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12/06/2009

Un potin sur Dumas

Les livres que nous relisons ne sont pas toujours ceux que nous admirons le plus, nous les révisions pour de nombreuses raisons, comme nous choisissons de revoir ceux que nous aimons.Shakespeare, Molière, Montaigne, l' Egoïste, le Vicomte de Bragelonne, quelques nouvelles de Walter Scott, forment 1e cercle de mes intimes. Derrière arrive une troupe d' amis , Le progrès du pèlerin en tête, La Bible d'Espagne, tout près. Il y a d'autres, par ailleurs, qui doivent me regarder avec reproche quand je les passe sans les regarder, livres, qu'un ,jour, j' étudiai et, qu'aujourd'hui je visite rarement, j'ai de tristes relations et hésite à. le confesser avec Wordsworth, Horace, Burns et Hazlitt, puis il y a ceux qui connurent leur heure de gloire, brillants, qui chantent, charment, ensuite s’évanouissent dans l'insignifiance jusqu'à. la prochaine fois et enfin ceux qui me sourient et me taquine de temps en temps, je dois nommer Virgile et Herrick, qui étaient-ils, sinon les mêmes, parfois, tout au long de l'année, ils restèrent en ma compagnie avec les six noms de mes intimes littéraires permanents. A ces six, aussi incongrus que cela semble, je suis fidèle depuis très longtemps et j'espère le rester jusqu'au jour de ma mort. Je n'ai jamais lu Montaigne en entier, mais je n'aime pas demeurer sans en lire un peu, et mon plaisir ne diminue jamais. De Shakespeare j'ai tout lu sauf Richard III, Henri VI, Titus Andronic us et Tout est Bien Qui Finit Bien, et ceux-ci, d'en avoir fait l'essai, je sais que je les ne lirai plus, car pour payer mon infidélité je pourrai lire le reste pour l'éternité., Du suivant, Molière, sûrement un autre grand nom de la chrétienté, je pourrai dire la même chose, mais dans ce petit coin d'un petit essai, ces princes ne sont pas à. leur place, je me contenterai donc de payer l'octroi et de passer. Combien de fois ai-je lu Guy Mannering, Rob Roy, ou Le Gantelet Rouge, je ne peux pas le deviner ayant commencé trop tôt. Mais peut-être ai-je lu l' Egoïste quatre ou cinq fois et cinq ou six fois Le Vicomte de Bragelonne. . Certains qui accepteraient les autres pourraient se demander pourquoi j'ai passé tant de cette brève vie sur un ouvrage aussi peu fameux que le dernier. Et j'en suis surpris moi-même, non de ma propre dévotion, mais leur incompréhension. Mon accointance avec le Vicomte commença, quelque peu indirectement, en l'an de grâce 1863, quand' j'eu l'avantage d'étudier quelques plats à. dessert illustrés dans un hôtel de Nice. Dans la légende, je saluais le nom de d'Artagnan comme celui d'un viei1 ami, je l'avais rencontré un an plus tard dans un ouvrage de Mademoiselle Yonge. Mon premier bréviaire était une de ce~ éditions pirates qui s’exportaient de Bruxelles à. l'époque et qui laissèrent un grand nombre de petits volumes nets et pratiques. Je compris peu de choses des mérites du livre, mon premier souvenir est l'exécution d' Eymeric et de Lyodot, puis l’étrange témoignage de la sottise d'un garçon tellement subjugué par l'agitation de la place de Grève qu'il en oublie la visite de d'Artagnan aux deux financiers. Ma lecture suivante eut lieu en hiver, quand je vivais seul dans les Pentlands. Je revenais, au début de la nuit, d'une de mes patrouilles avec le berger, un visage amical m'attendait à. la porte, celui d'un bon chien qui se précipita au premier étage pour m'attraper mes pantoufles et je m'assis avec Te Vicomte pour une soirée longue et silencieuse, sous la lumière de la lampe, près du feu . Je ne sais pas pourquoi je l'appelle silencieuse alors qu'elle fut avivée par des claquements de sabots de chevaux, des roulements de mousqueterie et par des conversations animées. Et pourquoi appellerais-je ces soirées solitaires alors que j'y gagnai tant d' amis. Je voudrais quitter mon livre, lever les yeux, voir la neige, et les gouttes glacées d'un jardin écossais, et a lumière de la lune d'hiver illuminer les collines blanches. Ensuite je me tournerais vers ce champ ensoleillé et peuplé-, dans lequel il m'était si simple dl oublier les soucis qui m'environnent, un endroit aussi actif qu'une ville, brillant comme un théâtre frappé de faces mémorables et résonnant de voix délicieuses. Je portai cette menace épique jusque dans mes quartiers, j'en sortis indemne et replongeai dans le livre, à. nouveau, au petit-déjeuner et ce fut avec un pincement que je dus le laisser pour me tourner vers mes propres travaux. Nulle part ailleurs dans le monde, je n'ai trouvé des pages aussi charmantes, même mes amis ne sont pas aussi véridiques ni même, peut-être aussi chers, que d'Artagnan. Je retourne vers mon livre favori à de brefs intervalles, et j'en suis à ma dernière lecture ( que j'appelle ma cinquième) l'aimant mieux et l'admirant plus sérieusement que jamais. Je finis, sans doute, par me sentir propriétaire à force d'habiter dans ces six volumes. Je pense, peut-être, à la joie de d’Artagnan de me voir lire ses aventures, Louis XIV, ravi, tandis que Fouquet me jette un regard et Aramis, qui sait que je l'aime se montre de la meilleure grâce avec moi à la manière d'un vieux patron de spectacle. Attention, si je ne suis pas attentif, quelque chose peut m'arriver qui arriva à Georges IV après la bataille de Waterloo, je finis par trouver que le Vicomte De Bragelonne est, et Dieu sait combien, le meilleur de mes travaux. Au moins, je, m'avoue partisan quand je compare la popularité du Vicomte et celle de Montecristo, et de leurs frères aînés Les Trois Mousquetaires, je confesse, que je suis peiné et divisé. Pour ceux qui connaissent le héros titulaire, des pages de Vingt Ans Après, peut-être le titre leur semblera-t-il rebutant. Un homme pourrait très bien reculer s’il était supposé suivre, en six volumes, un chevalier si beau parleur, avec de si bonnes manières et enfin, si triste et solitaire. Mais le crainte est sans fondement, j'ai peut-être, déjà dis avoir passé les meilleures années de ma vie, dans ces six volumes, et ma complicité avec Raoul ne fut jamais meilleure, et quand , ayant prétendu ""être vivant depuis si longtemps, on tolère finalement qu'il prétende ""être, mort, je, me souviens parfois de la phrase d'un volume précédent Enfin, dit Miss Stewart, Il en s'adressant à Bragelonne, "" enfin, il a fait quelque chose, c'est ma foi bien heureux. Je m'en souviens, comme je vous le disais, et un instant plus tard c'est mon cher d'Artagnan, à la mort d'Athos, qui sombre dans de profonds sanglots, Alors, je ne peut que déplorer ma légèreté. Ou est ce La Vallière, vers qui le lecteur incline. Eh bien, là aussi, il a raison, mais pas tant que çà. Louise n'est pas un succès. Son créateur ne s'est épargné aucune peine, elle est bien faite, elle dit la vérité de temps en temps ne fût-ce que d'un soupir, elle engagerait même notre sympathie. Mais je n’ai jamais envié le triomphe du roi, et tant qu'à plaindre Bragelonne pour sa défaite, je ne lui souhaite d'autre, mal, non par absence de malice, mais d'imagination, que d’épouser cette dame. Madame m'enchante, je peux pardonner à cette royale péronnelle, ses plus sérieuses offenses, plaisanter et chuchoter avec le roi avant qu’il ne monte vers ta romance et quand il donné dans l' "Allons, aimez-moi donc " , c’est mon cœur qui se mêle au frisson du comte de Guiche. Avec Louise, le lecteur ne peut manquer de remarquer que ce qu'un auteur dit de la beauté' ou du charme de ses créatures compte pour rien, que d'emblée, nous en savons d'avantage, que l'héroïne ne peut ouvrir la bouche, qu'en un instant, les phrases les plus belles tombent autour d'elle comme les robes de Cendrillon, et elle s'est trahie, debout devant nous comme une souillon pauvre, laide et maladive ou peut-être une marchande bancale. Les auteurs, au moins ,le savent bien, une héroïne commencera, trop souvent, par le truc "devenir moche" et il n'y a pas de maladie plus difficile à guérir que celle-là. Je dis des auteurs, mais, vraiment, je jette un regard de côté vers un auteur en particulier, avec les travaux duquel je suis très intime, bien que-je ne puisse pas les lire, et celui qui passe de longues veilles assis à côté de ses poupées, qui salue et qui, comme un magicien, réveille son art pour restaurer jeunesse et beauté. Il y en a d'autres qui chevauchent trop haut pour ces mauvaises fortunes. Qui doute du charme de Rosalinde ? Arden soi-même n'en possédait davantage. Qui remit en question les délices durables de Rose Jocelyn, Lucy Desborough olara Middleton ? Femmes claires aux noms clairs, filles de Georges Meredith. Elisabeth Bennet n'a qu'appeler et je suis à ses genoux. Ah! Ceux ci sont les créateurs de femmes désirables. Ils ne seraient jamais tombés dans la boue avec Dumas et la pauvre La Vallière. Ma seule consolation, c'est qu'aucun d'eux, excepté le premier, ne sauta à la moustache de d’Artagnan. Une proportion d'autres lecteurs hésitent sur le seuil. Dans une gentilhommière aussi vaste, il existe certainement des escaliers de service ou des cuisines où personne n'aimerait séjourner, mais c'était pour le moins malheureux que le vestibule soit aussi mal éc1airé et ce n'est qu'au dix-septième chapitre quand d'Artagnan part pour chercher ses amis que le roman, je dois le confesser, fait fort assez, mais à partir de là, comme 1a fête se répand! Le moine enlevé, d'Artagnan enrichi, Mazarin mort, l' aventure, toujours délicieuse de Belle-Île, où Aramis rivalise d'esprit avec d'Artagnan, dans l'épilogue où il regagne sa supériorité morale. Les aventures amoureuses de Fontainebleau, avec l'histoire de Saint-Aignan sur la sécheresse et les affaires du comte de Guiche, de Wardes et Manicamp, Aramis fait général des Jésuites, Aramis embastillé, la conversation nocturne dans la forêt de Sénart, à nouveau Belle-I1e, avec la mort de Porthos, et finalement, la domestication de d'Artagnan, l'indomptable, sous la férule du jeune roi. Quelle autre nouvelle possède une telle variété épique et une pareille noblesse d'incidence, souvent, si vous voulez, impossible, dans le genre d'une histoire arabe et toutes basées sur la nature humaine. Si vous en venez là, quelle nouvelle a plus d'humanité ? Non pas étudiée au microscope, mais vue largement à la lumière du jour, d'un regard naturel ? Quelle nouvelle offre plus de bon sens, de gaieté, de subtilité, et de plus admirable et constant talent littéraire. De bonnes âmes, je suppose, doivent parfois le lire dans le travesti noirâtre de la traduction. Mais il n'y a pas de style si intraduisible, la lumière, comme le fouet d'un soupçon, solide comme de la soie, sage comme une légende villageoise, en ordre comme les quartiers d'un général, sur chaque faute, n’être pas si tatillon. Sans mérite, on a toujours raison. Une fois de plus, pour en terminer de mes' recommandations, quelle nouve1le est inspirée par une moralité plus entière et sans contrainte ? Oui, en dépit de Mademoiselle Yonge, qui m'introduisit au nom de d'Artagnan seulement pour me dissuader de connaître l'homme plus précisément, je dois ajouter la morale, il n'y pratiquement pas de bon livre sans morale. Mais le monde est vaste et ainsi va-t-elle. Une des quelques personnes qui se sont plongées dans les Mille et une Nuits de Sir Richard Burton se sera peut-être offensée des détails animaliers, une autre, qui considérait ceux ci comme inoffensifs aurait été choquée par la crapulerie et la cruauté de tous les caractères. De deux lecteurs, l'un s' émerveillerait de la morale comprise dans la mémoire religieuse et l'autre, par celle du vicomte de Bragelonne. A un point que personne n’aura tort. Nous nous entre choquerons toujours dans les arts et dans la vie, nous ne pouvons pas mettre de soleil dans notre tableau ni des abstractions exactes ( si cela existe) dans nos livres, encore heureux que dans certains, nous 'puissions marauder une impression de la grande lumière qui nous aveugle du ciel. Et dans d’autres, il règne, même sur des détails idiots, un esprit magnanime. J'éviterais d'envoyer au Vicomte un lecteur en quête de ce que nous pourrions appeler une moralité puritaine. Le mulâtre ventripotent, le grand mangeur, travailleur, gagnant et perdant, homme généreux avec un rire plein d'esprit, un homme de cœur et hélas d'une honnêteté douteuse, n'est pas une figure clairement définie aux yeux du monde, il attend encore un portrait sobre mais génial, mais quelque art ou quelque indulgence qu'il utilise, ce n'est pas un portrait précis. Dumas ne pense certainement pas à. lui-même, mais à. Planchet, quand il met dans la bouche du vieux serviteur de d'Artagnan, cette excellente profession : " Monsieur, j‘ étais une de ces bonnes pâtes d'hommes que Dieu a fait pour s'animer pendant un certain temps et pour trouver bonnes toutes les choses qui accompagnent leur séjour sur terre." Il pensait à. Planchet à. qui ces mots convenaient aussi bien qu'à. son créateur et peut-être qu'il y songea quand il écrivit ce qui suit " D'Artagnan s'assit alors, près de la fenêtre, et, cette philosophie de Planchet lui ayant paru solide, il y songea." Chez un homme qui trouve tout bon, vous trouverez rarement du zèle pour les vertus négatives l'actif seul aura du charme pour lui. L'abstinence, aussi sage et aussi bonne soit-elle, semblera toujours entièrement mauvaise et partiellement impie à. un tel juge. C'est ainsi avec Dumas, la chasteté n'est pas près de son cœur, et non plus, et à. ses dépends, la vertu de frugalité non plus qui est l'armure des artistes. Dans le Vicomte, il a beaucoup à faire dans le débat entre Fouquet et Colbert. La justice historique sera du côté de Colbert, de l'honnêteté officielle, de la compétence fiscale, et Dumas le savait bien il le montre au moins trois fois par le rire de . Colbert lui-même, au cours de la conversation animée dans les jardins de Saint-Mandé, une autre fois, Aramis y fait allusion dans la forêt de Sénart et finalement, Colbert triomphant l'expose clairement dans un discours magnifique. Mais de Fouquet, le gaspilleur, l’amoureux de la bonne chère, du raffinement et de l'art, le négociant habi1e de tant d'affaires, 1 'homme de bruit, l’homme de plaisir, l’homme qui n’est que parce que les autres sont, « Dumas y vit quelque chose de lui-même et croqua le personnage plus tendrement. Il est touchant de voir combien il insiste sur l'honneur de Fouquet, sans voir, vous diriez, comme cet honneur est impossible à restaurer, mais peut-être, à la lumière de sa propre vie, voyant trop bien, et agitant d'autant plus ce qui restait. L'honneur peut survivre à une blessure, il peut vivre et se traîner sans membres. L'homme rebondit de sa disgrâce, il bâtit de nouvelles fondations sur les ruines de l'ancienne, et quand son épée est brisée, il se battra vaillamment avec sa dague. Comme Fouquet dans e livre, comme Dumas sur le champ de bataille de la vie. Exhiber ce qui reste des qualités abîmées est un talent chez l'homme, chanter ses prières peut être difficilement appelé moralité chez l’écrivain. Et c'est ailleurs dans le caractère de d'Artagnan, que nous devons chercher cet esprit moral, qui est un des mérites principaux du livre et fait d'abord la joie de sa lecture, Ce qui le met fort au-dessus d'autres rivaux plus populaires. Athos, en vieillissant, s'est trc1nsformé en prêcheur d'une foi desséchée, mais d'Artagnan s'adoucit en un homme si spirituel, brut, aimable et droit, qu'il prend le cœur par surprise. Il n'y a rien dans le livre de ses vertus, rien n‘ ébauche sa civilité fine et naturelle, il naviguera près du vent, pas comme un Wesley ou un Robespierre, sa conscience est vide de tout raffinement que ce soit pour le bien ou pour le mal, mais il sonne vrai comme un bon écu. Les lecteurs qui approchèrent, non par des chemins de traverse, mais la grande avenue de cinq vo1umes des Trois Mousquetaires et de Vingt Ans Après, n'auront pas oublié le chausse-trape rapide, viril et parfaitement improbable qu'il imposa à. Milady. Et quel plaisir, quelle récompense, quelle leçon agréable de voir le vieux capitaine s'humilier devant le fils de l'homme dont il prit l'identité. Ici et partout, si je dois choisir des vertus pour moi-même et pour mes amis, laissez moi choisir 1es vertus de d'Artagnan. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de caractères aussi bien amenés dans Shakespeare, je dis qu'il n'y en a pas que j'aime autant. Il y a de nombreux yeux spirituels qui semblent espionner nos actions, les yeux de la mort et de l'absent, que nous imaginons nous retenir dans nos heures les plus intimes, que nous craignons scrupuleusement d'offenser nos témoins et nos juges. Et parmi ceux-ci, même si vous me trouvez puéril, je dois compter mon d'Artagnan, pas le d'Artagnan des mémoires que Thackeray prétendait préférer, une préférence, je le dis librement, qui n'est que la sienne, non pas le d'Artagnan de chair et de sang, mais celui fait d'encre et de papier, pas la nature, mais Dumas ! C'est le triomphe particulier de l'artiste , ne pas seulement être vrai, mais aimable, ne pas simplement convaincre, mais aussi enchanter. D’autre part, je ne peux me souvenir d’aucune œuvre d’imagination où la fin de la vie est représentée avec plus de tact que dans le Vicomte, et c'est incomparable. On me demandait l'autre jour si Dumas me faisait rire ou pleurer. Bien, dans les cinq dernières lectures que je fis du Vicomte, j'ai ri une fois, au petit commerce de Coquelin de Volière, l'esprit étonné de l'avoir fait, je surenchéris en continuant de sourire. Si vous me mettez un pistolet sur la gorge, je dois dire que la fable voyage d'un pied fort léger, à une distance mesurable de l' irréalité, mais pour ceux qui aiment les grands déploiements et l'authenticité des passions, cela semblerait pour le moins, inadéquat. Mais pas pour moi, qu'est-ce qu'un pauvre dîner ou un pauvre livre si je rencontre ceux que j'aime, et surtout dans le dernier volume où je trouve un singulier esprit .Il exhale une tristesse plaisante, tonique, toujours brave et jamais hystérique. Par-dessus la vie bruyante et encombrée par la foule de cette longue fable, le soir, graduellement, tombe, les lumières sont éteintes et les héros disparaissent un à un. Il s'en vont et pas un regret n'aigrit leur départ, les jeunes s'asseyent à leurs places, Louis XIV s'enfle et brille d'avantage, une autre génération et une autre France se lèvent à l'horizon, mais pour nous et ces vieux hommes que nous aimons depuis si longtemps, la fin inévitable est proche et près d'être bienvenue. Bien lire ceci anticipe l'expérience. Ah, si seulement, quand ces heures aux longues ombres tombent sur nous en réalité et non plus en imagination, nous pouvions faire face, l'esprit aussi calme. Mais je n'ai plus de papier les canons du siège tonnent sur la frontière hollandaise, et je dois dire adieu pour la cinquième fois à mon vieux camarade tombé au champ d'honneur. Adieu, ou plutôt au revoir! Et une sixième fois, cher d'Artagnan, nous enlèverons Monk et chevaucheront ensemble vers Belle-Île.

R.L. Stevenson, Memories & Portraits, Chatto & Windus. London 1917

11:01 Écrit par walloween dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dumas, d'artagnan, stevenson |  Facebook

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