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08/08/2009

Biographie de Judas

Une biographie de Judas

 

Le nom " Judas " est empoisonné, il est attaché à l'espion de la porte de prison,  au ver à soie sans soie qui pend, mort, d'un arbre, l'animal dépecé  par le chasseur  comme appât et la chaise à clous utilisée pour infliger des tortures sexuelles aux hérétiques, c'est un libelle politique, une accusation chantée par un chanteur populaire qui trahit ses racines, une malédiction collée à un ami qui retourne sa veste. Personne, aujourd'hui, c'est certain, ne souhaiterait appeler son enfant  Judas. Susan Gubar vient de publier une "bio graphie" qui porte ce nom. Ce n'est pas une tentative quichotesque pour écrire la vie d'un homme que le nouveau testament n'évoque que douze fois. Ce n'est pas l'étude de sa vie mais de son appréciation, dans l'art, la littérature et l'histoire de l' Ouest. L' histoire de 2.000 ans de nombreux Judas, apôtre anomale, traître et paria, l'embrasseur homophilique du Christ, le Zélote irritant et l'homme tombé sans joie pour la rédemption. De manière plus dérangeante; c'est l'histoire d'un Judas au nez crochu, roux, jaune qui hante tant de peintures de la dernière cène, assis de l'autre coté de la table dans un isolement torturé. C'est la représentation du totem antisémite monstrueux incarné dans le Judas-Juif. Il n'avait pas commencé carrière comme monstre. Les écrits bibliques les plus anciens ne font même pas allusion à son nom, d'ailleurs, ils ne parlent pas de la résurrection non plus. Paul ne semble pas en avoir entendu parler, notant simplement: "Jésus fut trahi" La question n'intéresse guère Marc qui ne fait que s'indigner sur son gaspillage de l'huile sainte déjà si chère qui donne à Jésus son baiser infâme et disparaît de l'histoire. Pendant toute la durée du premier siècle, les relations entre les chrétiens et les Juifs se détériorèrent, Les évangiles commençaient à rendre responsable de la crucifixion, les prêtres et les pharisiens plutôt que les Romains et leur nécessaire agent double. Judas devint "l'apôtre juif" solitaire avant que l'apparition de Jésus et ses siens. D'autres générations allèrent plus loin et les historiens nazis sont aller jusqu'à écrire que Jésus, venait, en réalité d'une tribu galiléenne non juive. en résumé Judas grandit en danger et en importance. le Judas de Matthieu est un intrigant déguisé, mais il se pend de remord. Le judas satanique, possédé, de Luc n'arrive pas à donner le baiser à Jésus car il est écarté et finit ses jours prosaïquement de telle manière qu'il s'ouvrit du milieu et que ses tripes en sautèrent  A l'époque ou Jean rédigea son évangile, Judas étais devenu le trésor de guerre des apôtres et un démon sous forme humaine de plein droit. Gubar souligne laborieusement que la nature de Judas a subsisté au travers de nombreuses périodes l'histoire. Mais elle indique aussi une large progression de la disgrâce à la dignité. La première fut profonde. Dans l'art médiéval Judas devient le démon lycanthrope qui mord autant qu'il embrasse, caricature boursouflée, aux taches de sang, exécrable avec une bourse qu'il traîne comme un utérus distendu suivi d'avatars aussi divers que Shiloh ou le Dracula de Bram Stocker. Son ascension finit par atteindre un affreuse apothéose antisémite dans l'extraordinaire jaculation de Martin Luther. Comme le tripes de judas commence à danser, Luther imagine les juifs attendre au pied de la potence avec des vases d'or et d'argent afin d'attraper l'explosion. Et luther ajoute: qu'ils prirent aussi son urine la mélangèrent aux excréments, qu'ils partagèrent ce repas en buvant, raison pour laquelle ils développèrent  un regard si perçant. La Renaissance essaya encore un peu plus loin. Les artistes se focalisèrent sur le baiser de Judas avec une telle attention  aimante, qu'il fit moins peur. Comptes-rendus tourmentés, sophistiqués et même érotiques en lisant la virtuosité de Carracci, Caravage et les autres, Gubar nous convainc que Judas peut aussi apparaître comme une silhouette sexuelle trahissant son ami et pris dans les bras de la loi et non ceux de son amant, finalement bannie des cieux. L'auteur est très douée dans ce type de relecture de l'art et de la littérature et a passé au moins la moitié de ses livres à fureter les poèmes, les pièces, les films représentant Judas qu'elle utilise pour calligraphier son contrepoint. Sa démonstration nous explique comment la sympathie pour Judas s'est accrue pendant les Lumières et comment les écrivains commencèrent à remettre en question le justice divine qui demandait tant de souffrances non seulement de Jésus mais aussi de Judas. L' essayiste opiomane Thomas De Quincey dit que c'était son coeur brisé qui se répandit et le  Méthodiste Charles Wesley remercie son Seigneur de libérer non seulement le juste mais aussi "Judas, Esau, Cain, et moi". Susan D. Gubar couvre un terrain qui coupe le souffle, de Dryden à Thomas Hardy en passant par la propagande nazie et " La Dernière Tentation du Christ" de Nikos Kazantzakis’s en 1960 qui fait de Judas l'homme de paille du plan divin. Elle privilégie l'art et non la théologie ou l'histoire des idées, ce qui rend ses écrits un peu glissant sur la surface. Le chapitre final, néanmoins  récollection de l'ouvrage, n'en est pas moins magnifique parce que Judas compte aujourd'hui et chaque réinvention de son personnage reconfigure Jésus puis il n'est pas L'antéchrist mais une figure spéculaire, par qu'il évoque l'évolution de l'attitude du christianisme à l'égard du judaïsme et qu'il nous réfléchit. Il incarne notre nature la plus sombre, notre capacité pour la misère, le désespoir et l'égoïsme. Il n'est pas seulement le négatif ultime mais aussi l'ennemi intérieur.

12:56 Écrit par walloween dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : judas, iscariote, susan gubar |  Facebook