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31/01/2011

Heidegger rendu kascher

 

En 2005, c'était l'année Sartre, centenaire du célèbre existentialiste, A Paris les libraires étaient noyés de publications commémoratives, Presque chaque journaux consacraient des pages spéciales à son propos. La toute nouvelle bibliothèque de France montait une exposition multimédia des souvenirs saillants de sa carrière ainsi que quelques rares séquences filmées de ses pièces, L'obligatoire CD d'entretiens oubliés stratégiquement placés près de la caisse et ainsi tenter la compulsion de l'aficionado et comme prévu, à l'étranger et en France d'innombrables conférences et colloques au long cours dévoués à son travail. Paradoxalement, personne n'avait l'air de savoir quoi dire, D'un coté, personne n'a dominé la vie intellectuelle de son siècle comme Jean-Paul Sartre, en fait, personne ne l'approcha. C'est là que réside le problème, Après tout, à l'exception de la poésie, il excella dans toutes les disciplines littéraires imaginables, traités de philosophie, nouvelles, histoires courtes, essais, théâtre, biographies et manifestes politiques. On parle encore aujourd'hui de beaucoup d'entre elles. A une époque de spécialisation obérant l'esprit, Sartre apparaissait comme un anachronisme bienvenu, un véritable homme de la renaissance. De plus, après la guerre, il hérita du manteau convenu de l'intellectuel engagé, vénérable tradition datant de Victor Hugo et d'Émile Zola. En 1961, il signa le manifeste des 121 protestant contre la brutalité de la guerre en Algérie en pressant les troupes françaises de déserter, il provoqua délibérément l'autorité politique française, Quand les conseillers de de Gaulle le pressèrent de mettre le philosophe gaffeur aux arrêts, de Gaule répondit avec emphase: «on n'arrête pas Voltaire!» Alors, comment faire pour le célébrer, son polymorphisme quintessencié, une figure qui, sans forfanterie, excella dans virtuellement toutes les entreprises qu'il engagea? Qui, en fait, est vraiment qualifié pour faire justice à ses résultats pluridisciplinaires, aux nombreuses facettes de son œuvre? Quand il vivait toujours, on pouvait, au moins, s'adresser successivement à chaque livre, traité ou article de manière sérielle, au moment ou elles apparaissaient, Sa mort nous a privé de cette règle de trois. Les possibilités d'évaluation donne le tournis et sont sans limites. Mais il existe une autre raison à l'inflation du centenaire. Parmi les intellectuels, avec l'atmosphère politique turbide d'aujourd'hui, le concept d'engagement de Sartre est devenu une source de mauvaise conscience. De plusieurs manières, il était ce que nous ne sommes pas et ce que nous ne pourrons, en étant réaliste, plus jamais devenir. Naturellement, il a commis d'ingrates erreurs dans son jugement politique, Jusqu'en 1973, il pouvait encore proclamer que l'échec de la révolution française venait du fait que les jacobins n'avaient pas accepté de tuer plus de monde. Un peu après, le soi-disant moment anti-totalitaire trouva ses marques parmi les écrivains français et les meneurs de l'opinion, Dissidence devint le nouveau mot de passe, Le style de militantisme de Sartre perdit rapidement de sa vogue, Une génération plus jeune firent un adieu sans fard aux tentations et aux illusions du gauchisme, Sartre représentait un héros de l'ego marxiste à vaincre pour faire en sorte que le libéralisme français puisse vivre, Plus tard, les intellectuels français se rappelèrent les injustices du néo-libéralisme, Ironiquement, ils n'avaient qu'eux-mêmes à blâmer.

Cette année, en France, c'est l'année Lévinas, Le philosophe français, né en Lituanie (1906-1995), mourut un peu avant son quatre vingt dixième. Il existe des faits quelques faits pervers à propos de la chronologie commémorative, Sous de nombreux aspects, Emmanuel Lévinas incarnait l' anti-Sartre. Comme l'auteur de l'Être et le Néant, il était amoureux de la culture allemande et comme Sartre, se voyait aussi comme un héritier de la méthode phénoménologique conçue par Edmund Husserl

et utilisée par Martin. Mais, c'est plus ou moins là ou les ressemblances cessent, Ce ne serait pas exagérer de décrire l'entière tentative de Lévinas comme une machine de guerre dirigée contre l'humanisme existentialiste sartrien, Avec Sartre, c'est l'en soi qui est la conscience, valeur conceptuelle originelle tiré du système archimédien. Inversement, pour Lévinas, c'est l'autre, autrui dans toute son étrangeté métaphysique sans apprêt. Bien que nés tout deux dans l'intervalle d'une année, l'anti sartrisme de Lévinas porte un caractère œdipien distinctif, La version sartrienne de existentialisme doit périr pour que celle de Lévinas vive. En fait, pour la génération de penseurs français arrivant à maturité dans les années quarante et cinquante, la présence de Sartre était tellement titanesque que d'égorger Sartre le père devint un rite de passage obligatoire. En dominant si complètement chaque champ de la quête littéraire, ses héritiers potentiels sentaient qu'ils manquaient de souffle. Tous, Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes, Michel Foucault, et les deux Jacques, Derrida et Lacan, à un moment ou à un autre tirèrent des explosifs textuels enduits de venin dans la direction du maitre. Sous le couvert de la «mort de l'auteur», les penseurs structuralistes, espéraient secrètement d'évincer rapidement Sartre. Lévinas n'était rien sinon une vocation tardive. Son œuvre majeure, Totalité et Infini, parut en 1961 quand il avait déjà 55 ans. Les acclamations du milieu philosophique arrivèrent encore plus tard. Pas avant 1980, quand Lévinas, septuagénaire, la France, sa patrie adoptive, prit l'illustre et prolifique immigrant sous son aile. La France avait une longue histoire d'accueil des intellectuels et des universitaires étrangers: Jean Piaget, Lévi-Strauss, Derrida et Julia Kristeva tous nés hors de France métropolitaine, Parfois, il leur fallu plus de temps pour être reconnu.

Dans le cas de Lévinas, les difficultés se trouvaient mêlées aux hasards de la biographie. Par plusieurs cotés, sa philosophie reflète son propre itinéraire distinct, marginal et pérenne, Dans sa jeunesse Lévinas et sa famille furent déplacé de sa ville natale de Kaunas vers l' Ukraine aux approches de la première guerre mondiale. Il y fréquenta l'école secondaire. Mais, la révolution bolchevique, et la guerre civile suivirent et il fut impossible de rester, Toute la famille retourna vers la Lituanie nouvellement indépendante ou elle espérait trouver finalement la tranquillité mais l'installation du nationalisme lituanien rendait les choses difficiles aux russophones tels les Lévinas. Alors, en 1923, la famille déménagea à nouveau, cette fois-ci vers Strasbourg ville française la plus proche de Kaunas. En 1923 s'inscrivit à l'université de Strasbourg, compléta une thèse sur Husserl en 1930. Mais, à la place de suivre une carrière universitaire, comme ses mentors l'en pressèrent au regard de ses talents philosophiques prodigieux, il prit un poste à l'alliance israélite universelle, une organisation chargée d'acculturer les Juifs d'Europe de l'est et de défendre les minorités juives. À la fin des années trente rejoignit l'armée française, La même année, son unité fut capturée durant l'ignominieuse «étrange défaite » rendue aux mais de l'armée allemande. La mauvaise fortune enferma Lévinas dans un camp de prisonniers pour le reste de la guerre, autre recul de ses aspirations vocationnelles en tant que philosophe mais pour lui, juif français né à l'étranger, les choses auraient pu tourner beaucoup plus mal. Après la guerre, il enseigna à l'école normale israélite orientale, une école préparatoire pour instituteurs juifs. Ce n'est qu'en 1961 qu'il termina la thèse de doctorat qui lui valut une position à l'université de Poitiers, En 1973, à l'age de 67 ans reçu une chaire à la Sorbonne, pinacle de la vie universitaire française. Trois ans plus tard, il prit sa retraite. Il obtint une reconnaissance tardivement et circonstancielle. Ses réalisations de philosophe sont considérables et il apportait une dimension éthique qui manquait tellement aux structuralistes. Dans les années 80, le structuralisme tomba de grâce. Les structuralistes et leurs héritiers tardifs, Foucault et Derrida s'étaient lancés dans une critique toujours plus large de la société, théorie humaniste plaçant l'homme au centre de ses analyses, en gardant à l'esprit un des textes de Sartre les plus lus d'après-guerre, «l'Existentialisme est un humanisme». Dans cette ordre de choses, Foucault prophétisa que l'homme allait bientôt balayé comme un dessin sur le sable effacé par la marée et qu'après çà, on se sentirait bien mieux. Dans les années 70 et 80, les intellectuels français, déchirés, désillusionnés par le communisme, abusés et déçus par la dissidence à l'est, découvrirent «les droits de l'homme»; A partir de là, cela devint la quadrature du cercle: on ne pouvait se poser en détracteur de l'humanisme tout en reprenant les couplets des droits de l'homme. Le rejet du paradigme anti humaniste prit de la cinétique quand les implications pro nazie de qu'il termina sa thèse de doctorat qui lui valut furent connues dans toute leur étendue. Puisque c'était les assauts radicaux de qu'il termina sa thèse de doctorat qui lui valut contre l'humanisme sartrien qui avait donné le ton et les munitions pour les attaques structuralistes ultérieures.

Dans son essai de 1941, «Souvenirs Métaphysiques», Heidegger déclare » l'histoire de l'être n'est ni l'histoire de l'homme ni celle des relations du surmoi au soi, l'histoire du moi est unique. En 46, cinq ans plus tard, il adresse une «Lettre sur l'humanisme» à un interlocuteur français ou il clame que le concept d'homme est le point d'entrée pour qui veut comprendre l'être. Cette lettre, manifeste anti sartrien radical deviendra par certain de ses aspects le texte fondateur de la philosophie française d'après guerre. L'anti cartésianisme résolu de Heidegger, son rejet du cogito comme point de départ de la philosophie, a permis aux intellectuels français d'échapper aux contraintes et aux limitations de leurs traditions intellectuelles indigènes, En somme, il a permis aux intellectuels français d'être moins nationaux. En France l'étoile de Heidegger se levait quand celle de Marx déclina. Elle séduisit les gauchistes désenchantés qui réalisaient tardivement que le futur radieux de l'Union Soviétique n'était pas celui qu'ils avaient espéré. Les disciples d'Heidegger en conclurent que le marxisme n'était pas la solution mais bien le problème. Ils limogèrent la doctrine marxiste du prolétariat comme une autre forme des échecs de l'humanisme occidental. La classe ouvrière n'était plus qu'une autre incarnation du «sujet métaphysique» dans son ensemble. Cette popularité grandissante exprimait à la paralysie politique et sociale largement ressentie sous la «dictature présidentielle»

(1958-1969) de Charles de Gaulle, justification pro vita sua pour une génération de penseurs français ayant abandonner les barricades pour les platitudes de la critique culturelle allemande des années 20. En vilipendant la subjectivité et la conscience, ce à quoi Sartre apportait du prix, les heideggériens français ont complètement inhibé la passivité politique invalidante du maitre dictée par l'idée que toute action humaine est finalement stérile. Si on en croit Heidegger, l'Être détermine tout, la contribution des hommes et des femmes est épiphénoménale, et pour la plupart du temps sans objet. Alors, la seule chose que nous pouvons faire, comme Heidegger le dit une fois, est d'attendre Dieu patiemment qui «peut nous aider». Quand les philosophes français remplacèrent imprudemment Marx par Heidegger, ils jetèrent simultanément l' émancipation humanisme à la poubelle, Ils échangèrent la liberté pour les «mystères» du «Soi» La philosophie de Heidegger trouve ses prédicats dans une critique radicale de la raison et de la métaphysique. Un jour, il observa que «la raison, glorifiée durant des siècles est l'adversaire la plus féroce de la pensée». Mais, en rejetant la raison, Heidegger et ses disciples français détruisirent le lien essentiel entre vision et émancipation. Socrate dicta que «la connaissance est vertu». En d'autres mots: l'intuition et la réflexion sont les clés d'une vie bien vécue. Comme Socrate le déclare, «une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue». Sans l'association entre vision, intuition et émancipation, ni la doctrine de Marx ni celle de Freud ne sont possibles et pour eux, comme pour Socrate, connaissance et liberté humaine sont coalescentes. En heiddegérien convalescent, Sartre comprit le problème mieux que personne, Il réalisa qu'une philosophie comme celle d'Heidegger, qui demande une obéissance sans questions à l'innommé, à d'autres puissances comme l'Être, les dieux, la foi etc. est une garantie d'aliénation humaine. Comme Sartre le remarque astucieusement, en prêchant la soumission et plus tard l'autoritarisme, une philosophie qui subordonne l'humain à ce qui est autre que l'homme a pour base et pour conséquence la haine, soit il est soit il est l'autre. Choisir la seconde doctrine fait simplement d'une victime le complice de son aliénation.

A la fin des années 80 le vide moral de la philosophie d'Heidegger se trouva pleinement exposée. Par dessus tout, elle manquait d'éthique. Pour ses disciples français, l'éthique avait semblé superflue, redondante de l'antique schéma de l'humanisme occidentale. L'éthique implique la notion de rédemption épouse du paradigme de la subjectivité, niée vigoureusement par les structuralistes et leurs alliés heideggériens qui cherchèrent fébrilement à la nier. Lévinas fournissait donc ce qu'ils cherchaient, une doctrine éthique solide consistante avec les prémisses de l'anti humanisme critique. Ainsi, le docent de Kaunas devint l'improbable sauveur d'une tradition fondée par un ancien nazi. Quel en était le bénéfice. Aucun, Les anti humanistes français régressent au regard de l'existentialisme sartrien. Sartre soutient que l'action humaine au monde a un sens. Contrairement à Heidegger, il croit sincèrement que le question de la liberté demeure. Sa œuvre constitue la méditation d'une vie sur la signification et les paramètres de cet impératif moral et existentiel fondamental. A la afin des années cinquante, Sartre réalise les contradictions du stoïcisme cartésien exposé dans l'Être et le Néant. Afin de la réduire, il se tourne vers l'histoire et le marxisme. On dit souvent que le dit des grands philosophes peut souvent se réduire à une phrase telle le «connais toi» de Socrate, le «je pense donc je suis», pour Hegel, «unité de la substance et du sujet», pour Kierkegaard, «la vérité est subjective» et pour Lévinas, ce serait «l'éthique comme philosophie première». En 1928 Lévinas se rendit à Fribourg pour étudier avec Husserl. Mais son enthousiasme pour l'auteur de « Philosophie et Rigueur Scientifique» fondit rapidement. A son point de vue Husserl, comme Descartes restait trop attachés au paradigme de l'ego ou «conscience» ce qui l'intéressait rassemblait les questions qui perfuse hors du champ de la conscience. Rapidement, il fut introduit auprès d'Heidegger et ses allégeances changèrent brusquement de direction. Comme Lévinas le dit «j'ai l'impression d'être allé à Fribourg en pensant visiter Husserl et j'ai trouvé Heidegger à la place, chez qui il rencontra une riche audace philosophique mal acceptée dans la pensée contemporaine. Avec Heidegger, la philosophie transcende l'auto référentiel confiné de la conscience et accède au plan de la vie et du monde. Il avait senti que la phénoménologie husserlienne resta attachée à l'aride rationalisme du néo kantisme régnant. Comme tel, elle restait étroitement focalisée sur la perception et le cognition. Avec Heidegger, au contraire, on parlait de quotidien, d'authenticité, d'historicité, de l'être au delà de la mort. Ce que Lévinas trouvait très stimulant comme une génération entière de jeunes allemands qui en entendant « La rumeur du roi caché» processionnèrent pour écouter ses cours. Afin d'éviter l' afflux d'étudiants par trop motivés, il donnait souvent la classe à sept heures du matin. Le jeune Lévinas se pensait heideggérien orthodoxe. Il assista au fameux débat de Davos entre Heidegger et Ernst Cassirer en applaudissant avec enthousiasme au triomphe de Heidegger. Pour beaucoup, c'était le passage du témoin d'un néo kantisme rassis à la forme vigoureuse d'existentialisme propre à Heidegger. Dans les années 30, Lévinas rédigeât plusieurs articles sortant des sentiers battus sur la philosophie d'Heidegger. Dans l'un d'eux, il s'enthousiasmait: « Personne qui s'intéresse la philosophie ne peut s'empêcher de déclarer, devant le corpus heideggérien, que l'originalité et la puissance de son effort, né du génie, se sont alliées la conscience, la méticulosité et à une solide élaboration.» Il venait de terminer sa dissertation sur la théorie de l'intuition de Husserl et projeta d'écrire un livre dur Heidegger. Son entrée au parti nazi, le premier mai 1933, changea tout. Heidegger avait succombé à l'illusion qu'il pourrait « guider le guide» (den Führer führen), qu'il pourrait jouer le philosophe roi du tyran résident de l'Allemagne, Adolphe Hitler. En ceci; il se montra plus royaliste que le roi en disant: «Ne laissez pas les doctrines et les idées régler votre être, le Führer et lui seul est le présent et l'avenir de l'Allemagne et sa loi.»Il réalisa rapidement son erreur: la révolution nazie n'était pas destinée à rendre le monde plus sur pour l'Être, comme il l'avait espéré. Néanmoins, il existe des erreurs politiques pou lesquelles un philosophe peut implorer le pardon, mais il y en a une autre, du genre impardonnable. Son enthousiasme pour la révolution brune, loyauté à laquelle il refusa de renoncer, d'une variété plus tardive. A la lumière de l'adhésion de Heidegger au nazisme, Lévinas se sentit obligé de réévaluer son heideggérianisme passionné. La problème ne résidait pas dans le fait qu'Heidegger, l'individu empirique soit devenu nazi mais il se sentait obligé de justifier son choix politique dans un idiome tiré de son propre style de philosophie de l'existence. Toute l'affaire suscite le sentiment d'une attitude schizophrénique de la part de Lévinas. D'une part, certains choix heideggériens, la critique du point de vue du sujet transcendantal gardait sa validité. De l'autre, la proximité d'Heidegger au nazisme lui donnait le sentiment simultané que cette philosophie était pourrie jusqu'à l'os. Lévinas tente de résoudre ou de travailler le problème par étapes. Dans «Réflexions sur la Philosophie de l'Hitlérisme» en 1934, il condamne le nazisme comme une forme de néo paganisme qui menace les traditions judéo-chrétiennes. Une de ses cibles fut Heidegger, qui avait renoncé au christianisme et resta un athée déclaré. Plus tard, son analyse s'affina dans une perspective plus complète entre le nazisme et la pensée occidentale en général. Après la guerre, la terrible révélation des camps de la mort, dans lesquelles la plupart de la famille étendue de Lévinas avait péri, lui fit reconsidérer la tradition occidentale dans son ensemble. Comment se fait-il, que la philosophie occidentale, malgré son sublime naturel et sa grandeur, soit resté impuissante à prévenir la manie génocidaire des nazis? Pensée d'autant plus infecte, que face à la réalisation du mal radical, l'occident n'a put que démontrer l'impuissance de sa compréhension. Ces réflexions l'amène à mettre en cause des pans entiers de la tradition philosophique occidentale. La question principale réside dans l'habitude immémoriale de la métaphysique à privilégier l'ontologie, l'étude de l'Être alors que l'essentiel, c'est l'éthique. En d'autres mots, les traditions philosophiques les plus intimes et précieuses se sont davantage souciées de l'Être, que des relations éthiques entre humains.

La maxime de sa maturité, «l'éthique avant la politique», cherchait un remède à la grossière injustice perpétrée le privilège occidental de la «raison théorique» sur le sujet moral. Déjà sous les grecs, l'occident s'est aventurer sur un sentier erroné. Il repose la question d'Athènes contre Jérusalem, de la philosophie contre la théologie. En optant pour Athènes, c'est à dire pour l'ontologie, l'occident, à son propre détriment, a dénaturé l'importance de la tradition biblique dans laquelle, la tradition mosaïque, les dix commandements et l'injonction christique d'aimer son prochain comme soi-même, trouvaient tout leur sens.

Il essaya, par sa conception éthique de redresser ce déséquilibre invasif et débilitant. Il découvrit une source nouvelle dans l'inspiration éthique des nouvelles de Dostoïevski, qui met en scène le pouvoir spirituel de l'amour ou caritas contre les effets de la raison instrumentalisante . Pour lui, l'éthique trouve son origine dans la demande de l'autre, autrui. Le pierre d'angle de sa maturité est l'idée de la «face» de l'autre. De son point de vue, la face de l'autre nous confronte à une quête morale infinie, antérieure à tout jugement intellectuel ou théorique. Il utilise une série de métaphores dramatiques quand il parle de nudité ou de destitution de l'autre qui fait qu'elle ou lui reste totalement à notre merci. Pour dramatiser notre dette à l'autre, essentiellement insatisfaisante, Lévinas cite fréquemment cette maxime incertaine des Frères Karamazov: « chacun est coupable devant l'autre et moi le premier». Et en tenant compte les limitations intrinsèques des êtres finis, nous ne pourrons jamais satisfaire la quête de l'autre. La question en reste à la relation entre «infinité» et «transcendance». Au contraire, la raison théorique, vise à un type de compréhension totalisante ou «fermeture» que Lévinas minimise en l'appelant «totalité». Ce qui est incurablement égocentrique et procède en réduisant l'autre à l'identique, «l'ipséïté», dans sa langue. Son chef d'œuvre de 1961 «Totalité et infinité» animera ces oppositions. Les limitations de sa méthode ne manque pas de souligner aussi ses propres contradictions. En tentant, de concert, de se distancier des erreurs d'Heidegger, il s'est intriquer encore plus avant dans l'approche du philosophe de Fribourg. En jugeant la raison totalisante, il trahit ses affinités imprudentes avec les dernières pensées d'Heidegger, qui prédisait aussi le rejet de la raison comme forme de d'instrument simplificateur de la volonté de domination. Dans les deux cas, la vilification de la raison va trop loin. Dans les annales de la pensée occidentale, la raison a toujours contenu de fortes aspirations utopiques. Elle promet une rectification de l'injustice sociale et des torts. La critique radicale de la raison, à la fois chez Lévinas et chez Heidegger, mettent en avant le risque de rendre l'expression de la critique sociale impuissante. Sans les capacités raisonnables de distinction, de discrimination et de jugement de fait, nous serions privés des outils conceptuels nécessaires à notre propre émancipation. Nous resterions là muets et impuissants. De plus, Si leurs propres philosophies se désintéressent entièrement de la raison communicante, ils seraient inintelligibles et dans ce cas, franchement, à peu prêt inutiles. Le raisonnement morale nous fournit un moyen puissant pour agir au monde et pour remédier à l'oppression. La vénération quasi mystique de l'Autre, chez Lévinas, ressemble inversement à une «épiphanie». Mais, il est presque impossible de transformer une épiphanie en action politique sensée. On ne la peut transformer en sujet de législation. D'autant plus, qu'avec Lévinas, la dette à l'égard de l'Autre devient une relation d'exclusivité au point qu'il devient impossible émotionellement et physiquement d'assumer une loyauté aux autres multiples. Pour cette raison, on ne peut dériver des politiques sensées de ses doctrines éthiques. Il confirme ces suspicions quand, dans «Totalité et Infinité», il déclare: «La politique laissée à elle-même porte la tyrannie dans son essence». Sa référence messianique à l'Autre dénigre toute autre forme d'action, y compris l'adhésion politique, comme un instrumentalisme sordide. Il résiste à la généralisation et nous laisse avec un genre de paralysie politique. Samuel Moyn, dans son ouvrage lucide et rafraichissant: «Origines de l'Autre» caractérise de manière adéquate l'approche crypto théologique de l'éthique chez Lévinas, il met en lumière l'ambivalence fondamentale de la perception séculariste de ses intentions phénoménologiques et de l'occultation de ses aspirations eschatologiques. Répondant au profond désespoir culturel provoqué par la première guerre mondiale, les années 20 ont connu des résurgences théologiques importantes qui donnèrent , d'après ce que dit Moyn, le cresson de son approche distinctive à l'égard de l'éthique. Une des vertus du livre de Moyn, c'est sa découverte de la notion de l'Autre chez Lévinas, ou personne n'était aller la chercher avant. Des commentateurs, auparavant, interprétèrent l'éthique théologique légèrement voilée de Lévinas en l'identifiant à la soi-disant «Nouvelle Pensée» mise en avant par Franz Rosenzweig en 1921,dans son ouvrage « L'Étoile de la Rédemption». Mais Moyn souligne que Lévinas ne lut point Rosensweig avant le milieu des années trente. Et si Rosensweig reconnaît que nous pouvons gagner quelque chose qui ressemble à une connaissance théologique. La notion de l'Autre de Lévinas déplace expressément les prétentions et les méthodes cognitives, la face de l'Autre possède le statut de révélation, elle met en œuvre une quête éthique pré discursive entièrement transcendante. Pour déchiffrer «L'origine de l'Autre» Moyn nous suggère d'examiner plutôt la résurgence kierkegaardienne présentée par la «Théologie Dialectique» de Karl Barth que Lévinas lut avidement dans les années vingt et trente. Par son opposition affirmée à la vogue séculariste de la critique de l'histoire biblique des années vingt. Barth reconçoit la divinité, dans les mots de Moyn, comme qualitativement différente du fini, des objets quotidiens. L'Autre, Dieu, est transcendant non immanent et il conclut qu'en dépit des protestations variées du contraire, «Lévinas n'a jamais abandonné l'habitude de se soumettre au commandement de Dieu et il l'a intégré au royaume de la théologie humaine.» Comme philosophe, on l'a traité justement d' «anti Sartre» et on peut voir facilement pourquoi. Il idéalise l'Autre et la pensée de Sartre, fondamentalement, manque de confiance dans l'individu. Dans l'Être et le Néant, l'autre ne signifie rien de plus que la limitation ou l'obstacle à la liberté de soi, le regard de l'autre est essentiellement objectivant, il cherche à tourner le pour soi, ou conscience en en soi, soit quelque chose d'inerte. Le apothéose littéraire de Sartre, la pièce Huis-Clos ou on prononce que «l'enfer, c'est les autres». L'animus anti sartrien aide Lévinas à composer d'étranges mouvements philosophiques dans la glorification excessive de l'autre.

Une des raisons derrière son immense popularité en France réside dans sa copieuse littérature sur des thèmes juifs. Traditionnellement la conception française de la citoyenneté est restée rigoureusement assimilationniste et n'est pas sensible à la différence. Le débat classique sur ce point de vue est celui de la révolution qui se demande si les Juifs doivent être reconnus comme citoyens. Comme un des délégués, Clermont-Tonnerre l'exprime «rien aux Juifs comme nation, tout aux Juifs comme citoyens.» Autrement dit les Juifs sont les bienvenus tant qu'ils abandonnent leur particularisme. Dans l'après 68, ce sentiment commence à évoluer, beaucoup des protagonistes oscillent entre Mao et Moise. Ensuite, ils embrayèrent sur leur atavisme juif pour trouver une orientation une fois la ferveur révolutionnaire gauchiste éteinte. L'examole le plus connu est celui de Benny Lévy, un ancien chef étudiant maoïste (et confident de Sartre) qui abandonna la politique révolutionnaire pour le judaïsme orthodoxe. Soudainement, les juifs français assimilés suivant la voie des immigrants séfarades d'Afrique du Nord ,qui vécurent au préalable dans des communautés religieuses fermées, commencèrent à avouer publiquement leur identité. Étant donné les persécutions dont avaient été victimes leurs familles sous le régime de Vichy, ils se pensaient un titre à la reconnaissance, non seulement comme citoyens mais aussi comme Juifs. Paradoxalement, le nouvel esprit de «communautarisme juif» trouva une aide dans l'approche de Lévinas, qui était parvenu à ébranler avec succès la barrière entre deux cultures très différentes: le monde de la philosophie académique française et celui des traditions religieuses juives. Un des manifestes distinctifs de Lévinas comme penseur juif est sa rupture avec les générations précédentes d'érudits juifs assimilés de Moise Mendelssohn à Hermann Cohen, qui tentèrent de démontrer la compatibilité entre l'enseignement juif et les canons de la pensée séculière occidentale. L'originalité de Lévinas, en recourant à la phénoménologie consiste à traduire les principes éthiques de l'ancien testament directement en langage philosophique en négligeant la préoccupation ontologique des Grecs. A cet égard, son influence sur une génération plus jeune d'intellectuels juifs français arrivée à maturité dans l'après guerre est inestimable. A la fois Benny Lévy ( mort en 2003) et l'omniprésent essayiste- philosophe Alain Finkielkraut étudièrent le dernier livre de Lévinas «Être juif» qui est la signature de sa pensée religieuse. Il y a six ans Lévy, Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy, payant tribu à leur maitre décédé, fondèrent un Institut des Études Lévinatiennes à Jérusalem. La suspicion légitime de Moyn à propos de la résilience des habitudes théologiques de Lévinas a soulevé des questions troublantes sur la vénération anacritique caractérisée par la réception de son œuvre.

Comme Heidegger, Lévinas suggère sur un mode rhétorique ampoulé l'accès privilégié aux vérités ultimes de l'Être et de l'existence. Mais la posture discursive n'est pas très propre au débat. La philosophie avance par la discussion critique et l'examen des prédicats comme instances de vérité alors que les écrite de Lévinas encourage une attitude d'adulation soumise. Et, sans surprise, la plupart de ses milliers d'articles et de monographies exhibent des révérences exégétiques confites de flagornerie, Comme si sa pensée reflétait les écritures saintes plutôt qu'un travail de pensée séculière. Ni ses proclamations à propos de «l'aristocratisme de la vraie connaissance»et de «la nécessité d'une pensée secrète» inspirent confiance dans le champ des potentiels démocratiques de sa philosophie. Et son œuvre apparait gélifiée et terminale par son mode d'enthousiasme quasi adolescent. Comme Nietzsche le reconnaît:«on rembourse ses maitres bien pauvrement quand on reste un disciple.»

Richard Wolin

 

18/01/2011

Dodo, Rita et Leila

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12:54 Écrit par walloween dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ouatara, ben ali, leila, dominique, fromentin |  Facebook

09/01/2011

digressions à propos de Milgram

Dans les années soixante, une série d'expériences rompt les lignes en trouvant que 65% d'entre nous tueraient si on leur en donnait l'ordre. Nos cerveaux sont vains; nous nous voyons meilleurs que nous ne le sommes réellement, nous aimons à penser que nous exerçons notre volonté librement, qu'en situation ou nous sommes mis en demeure de faire quelque chose, nous refuserions si nous la jugions inacceptable. Si vous croyez ceci, vous souffrez certainement de d’illusion. Je le proclame en me basant partiellement sur le travail du psychologue Stanley Milgram.  Milgram mis au point et mena à bien des expériences ingénieuses qui exposèrent la fragilité et l'auto-illusion si centrales à nos existences. Il montra combien il est facile d'obliger des gens ordinaires à faire d'horribles choses, et que ces horreurs arrivent souvent pour les raisons les plus sociales. Mais, qu'avons-nous appris à propos de nous-mêmes par les travaux des psychologues les plus influents et les plus surfaits du vingtième siècle. En fouillant les archives, on trouve des compte-rendus de première main sur les nombreuses façons inventives et parfois sinistres utilisées par les psychologues pour démontrer, taquiner, contrôler et manipuler le comportement humain. En haut de la liste, essayons d'en savoir un peu plus sur Stanley Milgram. Fils d'émigrants juifs d’ Europe de l'est, Milgram essaya de comprendre comment les soldats allemands furent amenés à prendre part à des actes de barbarie en se demandant comment des gens ordinaires d'une parfaite décence et tout à fait courtois dans la vie quotidienne pouvaient agir cruellement, de manière inhumaine, sans limites de conscience. Assistant à Yale en 1960, il songea à une expérience qui puisse répondre à cette question,assez bien conçue pour révéler les vérités inconfortables de la nature humaine. Milgram décrit l'instant de l'idée comme "incandescent." Certains disent que ce qu'il fit était éthiquement et scientifiquement ambigu. J'ai toujours pensé qu'elle était importante et justifiée, mais je n'ai jamais eu la chance d'interroger ne fusse qu'un seul "volontaire" qui pris part, sans réfléchir, à cette notable expérience, afin de recueillir leur perspective. L'été dernier, près de cinquante ans après l'expérience originale, j'ai finalement rencontré un des rares survivants restant, Bill Menold. Je lui ai parlé dans sa cuisine, entouré de ses petits enfants, curieux d'entendre son récit. En 1961 Bill Menold avait 23 ans et venait de quitter récemment l'armée. " j'ai vu une annonce dans le journal qui parlait d'"expérience de mémoire et d'apprentissage" La rétribution était de 4$, je me suis dis, je vais en ville ce jour là pourquoi pas?" Il y est allé et a rencontré un jeune homme sérieux en tablier de laboratoire, l'expérimentateur et un volontaire d'âge moyen. L'expérimentateur lui dit qu'il sera le professeur et l'autre volontaire l'élève. Le rôle du maître consistait à donner à l'élève une série simple de taches mémorielles qui serait testée. Si l'élève donnait une mauvaise réponse, le maître devait le rétribuer d'un choc électrique. Si les réponses restaient mauvaises, les chocs augmenteraient régulièrement bill fut laissé dans la salle avec un micro et une série d'interrupteurs. L'élève se trouvait dans une autre pièce ou Bill  pouvait l'entendre mais ne le voyait pas. L'expérience commença, l'élève apprenait lentement.


A 150 volts; Bill était assis au bureau effectuant ce qui lui était demander. En dépit des cris qui venait de l'autre pièce, il continuait à poser des questions et à appliquer des chocs électrique si l'élève échouait à répondre correctement. 195 Volts. Même aujourd'hui, il se demande se qui s'est passer en lui ce jour là.." Vous êtes assis dans cette chaise, avec ce qui se passe et la pression présente, c'est dur de penser clairement,je n'avais jamais ressenti cela avant et je ne l'ai jamais plus ressenti après, j'avais littéralement perdu mes esprits. 350 volts, je me suis dit, je vais me dépêcher et nous serons bientôt hors d'ici, je vais finir, je me fiche de ce qui arrivera. Quand on a fait ce choix, on va vite, je veux rentrer, je veux sortir d'ici, aller boire une bière quelque part et rentrer à la maison, vous voyez? 450 volts, faux, je lui ai demandé s'il croyait avoir tuer l"élève, Bill m'a répondu " Oui, quand il ne répondait plus." Ce qu'on n'a pas dit à Bill et aux autres participants,c'est que les chocs électriques n'existaient pas et que l'expérimentateur comme l'élève jouaient un rôle. La vraie raison de cette expérience était de voir jusqu'où iraient les volontaires. Milgram avait demandé à ses collègues, combien, à leurs avis, iraient jusqu'au bout et administreraient les 450 volts léthaux. La plupart répondirent moins de 1% et que ceux-ci seraient sûrement des psychopathes. Pourtant Bill, comme 65% des autres volontaires n'hésitèrent point. La première fois que je découvrit le chiffre, je ne me résignais pas à y croire. Peut-être, me dis-je, croyaient-ils savoir que l'expérience était fictive? Qu'ils en étaient les acteurs simplement. Quand les critiques évoquèrent cette argument à Milgram, il répondit acidement: " la suggestion que les sujets feignaient la sueur et les tremblement pour faire plaisir à l'expérimentateur est parfaitement détaché de toute réalité, c'est comme si vous disiez que les hémophiles saignent afin d'occuper leurs médecins." Milgram arguait, que son argument, loin d'être fallacieux, démontrait d'une manière très forte des événement de l'existence humaine qui arrivent mais que nous ne pouvons croire. Il est plus confortable de penser que ce ne fut que le mal ou la faiblesse des gardiens allemands que de penser que la plupart d'entre nous se seraient comporter de la même façon dans les mêmes circonstances. "Une des illusions du comportement humain est de penser qu'il trouve ses origines dans la personnalité ou le caractère, mais la psychologie sociale montre que le comportement humain est dominé par les rôles qu'on demande de jouer." Bill se montrait singulièrement irrité d'avoir été joué, et resta très honnête, particulièrement à propos du moment ou il abdiqua de sa responsabilité morale aux mains de l'expérimentateur tout en admirant la complétude de la recherche et la conviction avec laquelle les acteurs avaient jouer leurs rôles.

Voilà un élément critique plus légitime que," ce n'était que de la comédie," commentaire habituel de l'époque. On pouvait penser que l'expérience s'était ainsi déroulée largement du fait d'une mise en situation artificielle? En 1966, inspiré par les trouvailles de Milgram, un psychiatre du nom de Charles Hofling mis au point un scénario plus réaliste. Il s'arrangea pour pouvoir faire téléphoner à 22 infirmières, séparément,  dans un grand hôpital, un homme nommé simplement, "Docteur Smith". Le docteur Smith dit à chacune d'elles qu'il voulait les voir administrer 20mg. d'un produit appelé Astroten à un patient, il ajouta qu'il était que le chemin de l'hôpital et signera les ordonnances nécessaires en arrivant. L'Astroten, une invention des expérimentateurs,était placer dans l'armoire à pharmacie depuis plusieurs jours avant l'appel téléphonique. L'indication sur la boite, écrite en grand, prévenait que la dose maximum d'usage de ce médicament ne pouvait dépasser 10 mg.

En dépit de ceci et du fait qu'un règlement de l'hôpital interdit spécifiquement l'administration d'une ordonnance téléphonée, 21 des 22 infirmières, se préparèrent pour administrer les 20 mg. Quand on les  arrêta. Elles s'étaient inclinées devant la volonté du "docteur".

L'humanité connaissait ce fait bien avant Milgram et Hofling, la tendance à suivre aveuglément les ordres si ils sont présentés de façon plausible par quelqu'un détenant apparemment l'autorité. La démonstration révèle à quel point cette "tendance" est forte. La psychologie, souvent critiquée pour la découvertes d'évidences sanglantes,montre qu'elle est capable d'offrir des contributions surprenantes, originales et dérangeantes à la compréhension de nous-mêmes.

Certains corps professionnels tel l'armée américaine qui a répondu à ces découvertes en incorporant ces paramètres dans leurs entraînements afin d'être certain de l'éveil de leurs aspirants officiers aux pressions dont ils pourraient se trouver la cible et qu'ils jugeraient manquantes d'éthique. On explique aussi les dangers de suivre aveuglément les ordres aux infirmières et aux étudiants en médecine. D'autres, telle la société de psychologie américaine a répondu aux critiques de la méthode de Milgram en adoptant des lignes de conduite pour le traitement des volontaires en expériences psychologiques. D'une manière plus nébuleuse, on peut penser que Milgram a aussi contribué à la remise en question de l'autorité qui fut caractéristique de cette période. Les motivations de Milgram ne résidaient pas dans un manque de confiance à l'égard de l'autorité, mais le désir de comprendre pourquoi l'autorité possède une telle emprise sur nous. Afin d'en savoir plus, il observa la rue pour voir comment les gens se comportaient dans une situation sans autorité évidente. Il se rendit,avec ses étudiants, dans le métro de New-york. Leur tache était d'approcher les passagers de la rame en leur disant, sur un ton plaisant:"j'aimerai votre place, s'il vous plaît". Comme Milgram le soulignait avant de commencer." Si vous demandez à un new-yorkais de vous donner son siège sans raison. Il dira 'jamais'. Mais que fera-t-il, en réalité?" La réponse est qu'un peu plus de la moitié des gens sollicités se levèrent. Récemment, je décidais de répéter l'expérience dans un centre commercial animé de Londres avec des résultats similaires et je fut surpris du nombre de gens qui acceptèrent ma requête tout à fait irraisonnable et plus surpris encore de la gène qui finissait par me gagner, ce que Milgram avait aussi remarqué. " J'en étais à dire les mots:'excusez moi, monsieur, puis-je avoir votre siège,' avec une énorme inhibition,ce  j'ai découvert avec intérêt, les mots ne voulais pas sortir, je ne pouvais tout simplement pas les prononcer, c'était une terrible contrainte pour prononcer la phrase." Bien que ce fut inattendu, Milgram pensa que cette découverte était très significative. Il découvrait par expérience personnelle à quel point la sensation de l'ambiguïté sociale prend de l'importance quand il s'agit de modifier un comportement. Nous n'aimons pas briser les règles sociales qu'il s'agisse de prendre la place de quelqu'un d'autre ou de désobéir aux ordres d'une autorité acceptée. Dans les situations quotidiennes, il existe une série de règles, si nous les violons,une atmosphère d'embarras paradoxale s'insinue avec une telle intensité que nous préférons accepter le role de soumission que la situation induit. C'est une critique terrible du comportement humain que nous préferons laisser quelque chose d'horrible se passer plutôt que d'adopter un comportement socialement embarrassant. Cela aide à expliquer ces quelques crimes frigorifiants ou quelqu'un est attaqué et même tué sur la place publique sans que personne n'intervienne. On aimerait penser que grace à des psychologues tel que Milgram, le public est devenu moins aveugle sur le comportement de l'autorité, mais, il n'en est rien, j'aimerais le croire mais je ne peux pas.

Le docteur Thomas Blass, biographe de Milgram,se posait récemment cette question: " Milgram aurait-il trouver moins d'obéissance s'il avait conduit ses expériences aujourd'hui? J'en doute, pour éprouver la spéculation sur le sujet, j'ai réunis toutes les expériences conventionnelles d'obéissance de Milgram et les répliques conduites par d'autres chercheurs. Ces expériences se sont étendues sur 25 ans entre 1961 et 1985. Je me suis livrer à une analyse corrélative mettant en relation chaque année de publication des études et le taux d'obéissance découvert, je n'ai trouvé aucun rapport, autrement dit aucunes relations, en d'autres mots, sur la moyenne, les études tardives n'ont pas trouvé plus ou moins d'obéissance que celles conduites plus tot". Il existe un exemple récent de cette tendance continue vers l'obéissance aveugle aux États-Unis quand un quidam se faisant appellé le "Milgram moderne" a persuadé les personnel de douzaines de restaurants populaires d'agir de manière la plus consternante simplement en téléphonant et en se présentant comme un policier. Il persuada lesgérants de déhabiller leur personnel à la recherche d'objets volés, ils se retrouvèrent carrément à poil devant la clientèle médusée. Un gérant, qui déhabilla un employé et fut ensuite emprisonné est  tout de même parvenu à prononcer: "Je ne voulais pas le faire, mais c'est comme s'il me faisait".

Milgram, écrivit une fois que nous sommes des " marionnettes contrôlées par les fils de la société". Mais toutes les marionnette ne dansent pas quand on tire sur leurs fils. Beaucoup des gérants contactés par le "policier" refusèrent de suivre ses ordres. Dans les propres expériences de Milgram si 65% sont prêts à donner la mort, il en reste encore 35% qui refusent.

Ce qu'aucun chercheur n'est parvenu à déterminer, ce sont les caractéristiques des rebelles par rapport au reste. Le seul moyen de savoir votre propre mesure, c'est de vous soumettre au test vous-même. Vous avez une chance sur trois de passer.

Michael Mosley

 

16:22 Écrit par walloween dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stanley milgram |  Facebook

06/01/2011

Une devise convertible pour 2020

Le Yuan deviendra pleinement convertible puisqu'il sera une des monnaies les plus importantes du monde vers 2020, suivant certains experts. Les bourses majeures de Chine s'ouvriront aussi aux investisseurs étrangers et les gestionnaires de fonds chinois vont générer un impact sur les marchés autour du monde. Stuart Leckie patron de Stirling Finance à Hong-Kong titulaire d'une expérience de 30 années dans les fonds de pensions et les investissements de la région dit que la prochaine décade sera déterminante alors que la chine nouent des liens de plus en plus étroits avec le système financier mondiale." Nous nous attendant avoir le Yuan convertible dans le laps de la décade à venir certainement plus qu'il ne l'est maintenant." Le Yuan dont le taux de change est réglé contre un panier de monnaies est, couramment une devise internationale limitée. Il n'est pas utilisé à une échelle significative pour les transactions commerciales internationales entre la Chine et le reste du monde. La Banque Populaire de Chine, quoi qu'il en soit, a augmenter, début décembre, le nombres de compagnies qualifiés à négocier le Yuan à l'extérieur de 365 à 67.359. A l'intérieur de la Chine, il n'est possible à aucune personne physique de convertir plus de 50.000$ de Yuans par an. Le manque de convertibilité pose un tel problème à la Chine, qu'elle se retrouve avec 2.600 milliard $ en devises étrangères dont une portion significative en dollars. Wu Changqi,professeur de gestion stratégique à l'école Guanghua de l'Université de Pékin, affirme que la convertibilité est inévitable." Je pense que nous assistons en ce moment à une phase transitoire avant l'événement et qu'en 2020, la monnaie sera entièrement convertible" dit-il. Personne ne sait si cela  amènera une revalorisation du Yuan. En juin, cette année, la Banque Populaire de Chine a supprimé l'alignement de la devise sur le dollar (qu'on avait rétabli pendant la crise de 2008) et pris 2,5 % sur le billet vert cette année. David Goodman, directeur du centre d'études sur la Chine de l'Université de Sydney, pense qu'une valorisation soudaine du Yuan n'aura pas l'effet positif que beaucoup espèrent,en particulier, aux Etats-Unis." On a eu un groupe de parlementaires américains qui voudrait voir le Yuan s'apprécier de 40% ( afin de rendre les produits manufacturés américains plus compétitifs sur le marché intérieur). Moi, je vous dis ce qu'il se produira. L'économie chinoise deviendra la plus puissante du monde et le dollar américain périclitera. L'effet sera aussi important en Europe, puisqu'elle détient la plupart de ses réserves en dollars." L'autre grosse question financière qui attend la Chine dans les 10 années à venir, c'est de savoir si les deux grandes bourses de Shanghai et de Shenzhen seront entièrement ouverts aux investisseurs étrangers. Ils sont sujets à des contrôles sévères mais, la bourse de Shanghai, qui célèbre, cette année, le vingtième anniversaire de sa réouverture en 1990, commence à permettre, depuis 2011,  aux investisseurs étrangers d'en négocier les titres. Si les échanges se retrouvaient entièrement libres, il resterait  les risques de l'argent errant et des bulles financières. On pense que les marchés chinois vont devenir de plus en plus sophistiqués et que le capital spéculatif, les différents types d'investissements y trouveront des places, qui existent en Chine et qu'ils ne connaissent pas actuellement. Dans 10 ans, les institutions financières chinoises seront bien connues du public international et la Banque Commerciale et industrielle de Chine voisinera avec CityBank.


china daily

13:11 Écrit par walloween dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, shanghai, yuan, convertibilité |  Facebook