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31/07/2014

Royaume de Fantaisie

Keats quelques heures avant sa mort

Royaume de Fantaisie

Laisse toujours la fantaisie errer,
Le plaisir n'est jamais à la maison,
Une caresse de sa douceur mêle,
Ses bulles aux larmes de la pluie.
Laisse , la fantaisie ailée, vagabonder
Par les pensées, qu'elle répand derrière elle,
Ouvrant, toute grande, la porte de la cage,
Elle darde fort et blesse les nuages.
Laissez courir la douce fantaisie.
Nous gâtons les joies de l'été,
Celles du printemps s'évanouissent.
Comme naquirent les lèvres rouges
Des fruits de l'automne.
dissous dans la rosée
Le goût affadi. Que faire, alors?
Assied toi près de l'âtre,
Quand le fagot brûle et éclaire.
L'esprit d'une nuit d'hiver,
Quand la terre silencieuse,
Enfouie dans la neige immobile,
Soulagée du laboureur, conspire
Entre le jour et la nuit,
Pour bannir l'indifférence.
Assied toi et envoie partout,
L'âme exaltée, la fantaisie
Enfin reconnue, des vassaux
L'attendent, elle amènera,
En dépit du gel, des beautés
Que la terre a oublié.
Elle t'amènera,
Tous les délices de l'été,
Tous les bourgeons de mai.
Les pluies et les rosées
T'apporteront le meilleur
De l'automne, immanent, immobile.
Elle mêlera ces plaisirs
Comme trois vins dans une coupe
Et tu les boiras
Tu entendras clairement
Le chant des moissons
Crépiter des grains agités.
De doux oiseaux entonner l’aube
Et au même instant,
L’alouette d’avril
Les corneilles, aux mines affairées,
Qui fourrage pour des brindilles.
Tu saisiras, d’un seul regard,
La marguerite et le souci.
Les lys blancs et les premières aubépines,
La hyacinthe toujours ombragée,
Reine saphir de la mi-mai.
Et chaque feuille, chaque fleur
Perlées de la même pluie
Tu entendras le cri du mulot
Amaigri par son sommeil confiné.
Le serpent émergeant de l'hiver
Laissant sa peau sur les rives ensoleillées.
Tu verras les œufs tachetés
éclorent dans l'arbre rabougri
Et la poule d'eau, étendre son aile,
Sur son nid moussu.
Puis , l'alarme et l'urgence,
Quand l'essaim prend son vol.
Et que chantent les brises de septembre
Quand les grenaches se posent.
Libérez la douce fantaisie,
Tout est usé par le temps
Où est la joue qui ne fane pas
d'avoir trop bavarder?
Où est la fille aux lèvres
Matures et toujours neuves.
Où est l'œil, aussi bleu soit-il
Qui ne pâlit pas?
Où est le visage
Que l'on rencontre partout?
Quelle est la voix, si douce
Qu' on écouterait souvent?
D'un frôlement, le plaisir se mêla
Comme les bulles d'une flaque de pluie.
Laissez la fantaisie ailée trouver en toi
Une maitresse de ton esprit:
L'œil adouci de la fille de Cérès
Apprit de l'Héra des tourments
Comment se lover et comment gronder
Des hanches ou du côté,
Blanche comme Hébé, quand de ses flancs
Glisse la broche d'or qui heurte le sol en tintant,
Et tombe à ses pieds.
Jupiter, languide, rompt la ceinture
De la précieuse parure de soie,
Vite brise les sceaux de sa prison
Et les joies qu'elles apportent sont telles
Qu'il faut laisser la fantaisie se promener,
Parce que le plaisir n'est jamais chez lui.

03:01 Écrit par walloween dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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