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Lettres - Page 3

  • Remarques générales sur le formalisme

    Le travail de l'art dépend de la qualité des compositions et un spectateur qui réfléchit est qualifié pour le percevoir . Ainsi, la composition, ou structure déterminée par le projet d'expression de l'artiste et la logique de sa vision sont fondamentaux pour la compréhension de l'œuvre d'art. On analyse la forme d’une œuvre d'art en examinant l'arrangement des éléments visuels liés à la ligne, à la couleur et à la texture, dans un processus approximatif imitant la prise de décision inhérente à la création d'une œuvre. Le formalisme est applicable à toutes les œuvres d'art, indépendamment de leur origine, sujet ou contenu. Il franchit les frontières entre les arts décoratifs et les "beaux" arts et s'applique également aux tapis persans et à une peinture de Rembrandt. Le formalisme est d'une utilité toute particulière pour les novices, pour instruire leurs yeux et les conduire à assimiler le raffinement des travaux s'attachant aux stimulus visuels.

    Il démystifie et procure l'accès aux œuvres les plus ésotériques et les plus étrangères, les ouvrant à la compréhension et à l'appréciation. Dans la tradition occidentale, l'éducation des artistes et des artisans inclut généralement l'attention à la forme et l' interaction des procédés et matériaux autant que les précédents qui encouragent la nature humaine. Où qu'étudient les jeunes artistes, à l' Ecole des Beaux-Arts, au Bauhaus ou dans les collèges américains, ils encourent des exercices didactiques formalistes. Le premier pas pour débrouiller la menace formaliste dans l'art moderne est de reconnaitre la dualité des ses applications, qui est unique et propre à méthode criticiste; le formalisme est intégré à l'acte créatif et aide à comprendre les oeuvres d'art. Ces deux applications du formalisme ont beaucoup en commun, mais leurs différences sont significatives. A la fois les artistes et ceux qui étudient les oeuvres d'art se fient à la vision et l'analyse, à l'intuition, la créativité et à la logique. Scruter une œuvre d'art qui n'est pas la sienne positionne à postériori. Il est naturel pour la logique et l'objectivité de commander cette situation récréative, tout comme l'intuition prend la tête dans le processus créatif. Le formalisme provoque quelques réponses impartiales et tend à n'avoir que des champions et des adversaires. Les plus véhéments parmi les critiques du formalisme sont des professeurs aux approches iconographiques, sociologiques, psychologiques et marxistes. Bien que l 'évaluation du formalisme ne soit pas le but de cet essai, les aspects positifs et négatifs du formalisme demandent attention en tant que facteurs contribuant à la nature et à l'extension des son influence. Comme outil d'histoire de l'art, le formalisme peut ressembler au professionnalisme par sa scrutation de l'œuvre d'art .Il est aussi approprié à l'analyse stylistique et à la morphologie, la composition est aussi la clé de ces méthodes. La nature et la multitude des facettes des oeuvres d'art demandent une combinaison d'approches; le travail particulier que l 'on examine, dicte quelles approches et disciplines l'historien de l'art doit apporter pour effectuer une étude. Cette base large propre à l'apprentissage de l'historien de l'art, au moins, recèle un peu de la nature de l'art lui-même, ce qui conduisit Erwin Panofsky à affirmer avec insistance que l'histoire de l'art est une "discipline humaniste." Le formalisme n'est pas plus approprié comme méthode de critique que ne l'est l'histoire pour l'iconographie, les rayons X ou le simple arpentage. C'est seulement en combinant plusieurs approches de l'œuvre d'art, en contrôlant contradictoirement plusieurs sortes d'évidences, que l'on arrive à une compréhension pleine de n'importe quelle œuvre d'art. Et même alors, l'explication est ouverte à ta discussion et à la révision.

    Le formalisme critique suit et dépend de la distinction augmentant graduellement entre la forme et le contenu dans la peinture d'avant-garde du dix-neuvième siècle; à l'époque de Manet, la forme et le contenu ne semblaient pas seulement différenciés mais aussi presque séparés. La flamboyante culmination de l'art pour l'art, dans sa maturité, triompha par sa puissance des contenus moralistes et narratifs, aimés des philistins, et pendant un siècle, les aspects visuels de l'art furent maintenus sous le boisseau par la littéralité. Ainsi, le formalisme en art évolua comme un esthéticisme progressif, mais sa contrepartie dans la critique évolua un peu comme un coup de force: Roger Fry et Clive Bell usurpèrent l'autorité de John Ruskin et de Walter Pater. Le formalisme critique naquit en Angleterre en 1910, quand Roger Fry avec Clive Bell et les autres de Bloomsbury, assemblèrent et cataloguèrent pour une exposition un troupe de travaux français, afin de démontrer l'influence libératrice de Manet sur la peinture et le triomphe ultime de la forme sur le contenu. La banalité des œuvres nécessita une expression commode à des fins publicitaires et manquant d'une véritable apposition, Fry inventa le "post-impressionnisme", une expression à l'emporte-pièce qu'il comprenait littéralement comme Manet et les post-impressionnistes Il enlumina les histoires de l'art et le criticisme de deux problèmes. distincts: un "style" qui n'en est pas vraiment un et le formalisme critique, sans parler de la fureur aussi générée. En insistant sur la composition dans le post-impressionnisme, Fry chercha à élucider les excès des écrits appréciatifs et moraux sur l'art qui fleurirent tard dans le dix-neuvième siècle. D'abord éduqué comme un scientifique, il s'attela à purger de la critique artistique ses côtés extrinsèques et chargés de valeurs et à les remplacer par un souci intrinsèque dont la nature conduirait à une étude objective et systématique de l'art, un vrai Kunstforschung ou science de l'art. Aurait-il résolu la formulation d'une discipline permettant une analyse quantitative consistante, rigoureuse et précisé des œuvres d'art. En tout cas, il aurait débarrassé l'humanisme du criticisme et de l'histoire de l'art. L 'émoi des journalistes, à l'exposition de 1910, et deux ans plus tard celui des leurs successeurs, concerna les travaux de Paul Cézanne, sans doute, la figure fécondante du modernisme. Indiscutablement, la stature et l'influence de Cézanne sont incontestables, sa peinture est autant d'impact sur la critique et l'histoire de l'art que sur les autres artistes. Comme résultat, il est maintenant virtuellement impossible de voir les peintures de Cézanne affranchies de ce qui s'est dit sur leurs formes, sur leur sens et sur leur influence.

    C'est le point de vue inévitable de Ruskin, pour qui l' imaginaire est une nécessité absolue. Vue qui mène à un plaidoyer dur et particulier et même à l'autodérision, ce qui est moralement indésirable. Mais voici la religion puisqu'elle est aussi, une affaire d imaginaire, et bien qu'elle clame son influence directe sur la conduite, Je suppose qu'aucune personne un peu sage ne va se mettre à la justifier uniquement par les effets de sa morale, alors qu'historiquement parlant, elle ne lui fut uniformément avantageuse. Elle dira probablement que l'expérience religieuse correspondait aux capacités spirituelles de la nature humaine, à l'exercice de ce qui est bon et désirable, indépendamment de son effet sur la vie ordinaire. Songeons aussi à ce que l'artiste pourrait, s'il choisissait de prendre une attitude mystique et déclarait que la plénitude et la complétude de l' imaginaire qu'il vit correspond à une existence plus réelle et plus importante que celle de la vie mortelle, et en disant, ceci, il éveillerait des échos de sympathie dans la plupart des esprits, et la plupart des gens diraient, je pense, que les plaisirs dérivés de l'art sont d'un caractère fondamental tout différent des plaisirs sensuels ordinaires et qu'ils exercent des facultés senties comme appartenant à la part, de nous-même, quelle que soit, non entièrement éphémère et matérielle, c' est même de ce point de vue que, nous devrions justifier la vie réelle et sa relation à l'imaginaire par son identité avec l'art. On veut dire ceci pour expliquer que l' imaginaire, depuis l'origine représente, plus ou moins, ce que l'homme ressent comme étant l'expression la plus complète de sa propre nature, l'usage le plus libre de ses capacités innées La réalité peut être justifiée et expliquée par approximations, ici et là, mais comme toujours, partiellement et inadéquatement par cette vie plus libre et plus pleine. Avant de laisser la question de la justification de l'art, laissez moi vous le dire autrement: l'imaginaire d'un peuple atteint des niveaux très variés aux différentes époques et ils ne correspondent généralement pas à la morale publique. Et quand nous lisons la barbarie et la cruauté du treizième siècle qui nous choquent encore, même nous, admettrions que notre niveau moral, la qualité de notre humanité générale est décidément bien meilleure aujourd'hui, mais que le niveau de notre imaginaire est incomparablement plus bas et que nous nous satisfaisons de grossièreté, de barbarie et de miasmes qui eussent profondément choqué le treizième siècle. Admettons que la morale y gagna, heureusement, mais ne sentons-nous pas une perte, ne sentons-nous pas que, le commis voyageur, serait bien plus admirable et plus respectable si la vie de son imagination n'était pas à ce point sordide et incohérente qu’elle soit permise ou demandée. On ne pouvait regarder tes dernières peintures de Cézanne sans questionner l'objet et la mise au point de la plupart des études, spécialement celles des formalistes. L'exposition, ses catalogues et les réactions aux deux, ont initié une nouvelle ère dans les études sur Cézanne, qui, en aucune manière, ne réfute l'interprétation formaliste mais qui lui enlève son autorité solitaire. Wayne Anderson proclama que l'exposition de New York aurait autant d'impact sur l'étude de l'art moderne que la rétrospective Cézanne au salon d'automne 70 ans plus tard. Le formalisme voyagea sur un sentier long et étroit entre Paris et New York. L'étape la plus précipitée de ce voyage s'arrêta à Bloomsbury, à peu près entre 1905 et 1930. C'est le but de cette étude. Les activités de Bloomsbury, quoi qu'il en soit, dépendait d'une tradition et en établit une autre; négliger ces influences créerait une vue coquette mais distordue. S'attachent a l'extérieur de Bloomsbury, l’ usage est la perspective non la profondeur. Faire justice a ces sujets signifierait la récriture de presque tout l'art moderne. La réputation de Fry, comme seule grande impulsion contre la domination cinquantenaire du formalisme, demande une grande attention, tout comme le demande la quantité, la qualité et la diversité de ses efforts comme critique et comme historien, entrepreneur, peintre et enseignant. Avec la part de Fry en 1934, l'orientation de cette étude se déplace de Bloomsbury et de l'Angleterre. Beaucoup de gens ont reconnu l'influence durable de Fry y compris les très différents et distingués Henry Moore, Kenneth Clark, Herbert Read, Meyer Shapiro et Clément Greenberg. Mais Fry exerça une influence plus profonde et plus directe, plus éphémère sans doute qu'il n'est possible par l' écriture seulement. Alors que ses lectures, ses expositions et les ateliers Omega rencontrèrent un large intérêt en Angleterre, sa plus profonde influence. s'exerça au cours des conversations informelles de Bloomsbury avec Maynard Keynes, Virginia Woolf, Clive et Vanessa Bell et leurs enfants. Quelques rares impressions de ces discussions restent dans les fragments tourmentés de la correspondance et des mémoires de Bloomsbury. Et plus avant encore, l'art et la littérature conçus à Bloomsbury, atteste du pouvoir de persuasion et de la conviction de l' esthétique formelle initiée par Roger Fry. L'Angleterre a beaucoup brocardé Bloomsbury depuis le début. Le mythe de Bloomsbury, les images nostalgiques de personnages tel Lytton Strachey et Virginia Woolf délicieusement occupés ne rien faire, combine aux exagérations esthétisantes, le pouvoir et le privilège de créer une image immobile dans la durée, sans fards, plus fausse que vrai, perpétua les illusions sur la solidarité auto satisfaite, sur l'irresponsabilité et l'hédonisme et prédisposèrent les Anglais à une relation amour haine a l'égard de Bloomsbury. Mais la séduction exercée par le groupe sur les Américains est plus difficile à expliquer que l'antagonisme des Anglais.

    La publication dans les années septante d'assez de matériel sur la personne fascinante et l' écrivain superbe qu'était Virginia Woolf précipita l'intérêt pour Bloomsbury. La splendeur édouardienne du vieux Bloomsbury dégage un allure similaire à la série télévisée "Ce soir au théâtre" et offre de la grande littérature, du gout, de la subtilité et des idées profondes de plus, Bloomsbury montre des valeurs que nous voyons disparaitre: de forts liens familiaux, de grandes amitiés, l'idéalisme en art, la vérité et l'amour. Beaucoup de ceux qui étudient Bloomsbury furent étudiants à la  fin des années soixante, et comme à Bloomsbury, ils croient dans la rébellion de la jeunesse contre le conservatisme de la génération précédente. Et peut-être qu'ayant cette expérience en commun avec Lord Keynes, Virginia Woolf et Roger Fry, ils nuancèrent le désappointement créé par cette époque trompeuse en approchant de l' âge mûr. La crédibilité des théories de Fry et de Keynes, qui détermina les disciplines que nous étudions en candidature, vient d 'être récemment. mise en question et supplantée, alors que nous entrons dans une période que quelques uns appellent "post-formaliste", "post-keynésienne" ou "post-moderne."

  • Thomas par son fils

    La mort De thomas Stevenson ne signifie pas grand chose pour le lecteur. Ses services au genre humain prit des formes que le public connaissait peu et qu’il ne comprenait pas. Il arriva, seul, à Londres pour des raisons pratiques et restait toujours un étranger et un provincial convaincu; vivant pour des années dans le même hôtel où sont père séjourna avant lui, fidèle au même restaurant, à la même église et au même théâtre, simplement choisis pour leur proximité et refusant consciencieusement de diner dehors. Il avait, bien sûr, un cercle qui lui était propre, à la maison; peu d’hommes furent plus aimés, à Édimbourg, il respirait l’air qui lui plaisait et où qu’il se rendit, dans les wagons de chemin de fer, dans les fumoirs d’hôtel, sa veine d’humour étrange, et sa transparente honnêteté, lui attirait des amis et des admirateurs. Mais pour le public général et le monde londonien, excepté dans les anti-chambres des sous-comités parlementaires, il resta un inconnu. Pendant tout ce temps, ses phares se retrouvaient partout dans le monde, guidant le marin, Ses ingénieurs consultaient aux phares et balises d’Inde, de Nouvelle-Zélande et du Japon, ce qui fit d’Édimbourg un centre mondial de science appliquée; en Allemagne, on l’appela Le Nestor de l’illumination des phares; même en France, où on contesta ses demandes pendant longtemps, il fut, finalement reconnu et médaillé, à l’occasion de la dernière exposition. Pour montrer l’inversion de sa réputation, assez limitée en Angleterre et qui maintenant empli le monde, un de mes ami qui passait l’hiver en Espagne se vit demandé par un Péruvien si il connaissait monsieur Stevenson l’auteur, parce que ses travaux étaient très estimés au Pérou. Mon ami crût qu’il faisait référence au conteur; mais le Péruvien n’avait jamais entendu parlé du Dr.Jekyll, ce qu’il avait à l’esprit, ce qui était estimé au Pérou, c’était les livres de l’ingénieur. Thomas Stevenson naquit à Édimbourg en l’an 1818, petit-fils de Thomas Smith, premier ingénieur à la chambre des phares et balises du Nord, fils de Robert Stevenson, frère d’Alan et de David; et son neveu David Alan Stevenson qui le rejoignit dans la compagnie d’ingénieurs, à l’époque de sa mort et qui devint ainsi le sixième de la famille à tenir successivement et conjointement, cet office. Le Bell Rock, grand triomphe de son père était achevé avant qu’il ne naisse; mais il servit sous son frère Alan pour la construction deSkerryvore, le phare de haute mer, sans conteste le plus extraordinaire; et, aidé de son frère David il en ajouta deux: Chiens et Dhu Heartach, au petit nombre des avant-postes sur l’océan. Les deux frères ne construisirent pas moins de vingt sept phares d’approche et vingt six balises. Beaucoup de ports furent menés à bien, un d’entre eux, le port de Wick, fut le désastre majeur de la vie de mon père et un échec. La mer se montra trop forte pour les hommes de l’art. Après des expédients cyclopéens que nous ne détaillerons pas, le chantier a du être déserté et demeure, maintenant, comme une ruine dans cette baie désolée, à 10 milles de John o’Groat’s. Les deux frères développaient leurs opérations parallèlement en Angleterre et en Écosse et aucun ingénieur britannique ne possédait leur expérience. C’est sur le noyau de ces préoccupations que se centrèrent toutes les enquêtes scientifiques et toutes les inventions; elles procédaient et rétro-agissaient sur son activité quotidienne. Il s’intéressa, comme architecte de ports, à la propagation et à la réduction des vagues; sujet difficile, pour un homme qui progressait de manière suggestive et avec de bons résultats approximatifs. Les tempêtes étaient ses ennemies jurées et c’est par l’étude des orages qu’il en vint à la météorologie en général. Beaucoup ne le connaissaient pas autrement que par les écrans bordés de louvre des pluviomètres de jardins. Mais la plus grande réussite de sa vie fut, naturellement l’optique appliquée à l’éclairage des phares. Fresnel avait fait le plus gros du travail en fixant l’appareil d’éclairage sur un principe qui semble encore irremplaçable; Thomas Stevenson s’en mêla et amena la lampe tournante à la même perfection, une jalousie peu artificielle et une controverse douloureuse naquit en France, elle eut son heure, mais elle s’est épuisée, ne le serait-elle pas , c’est sans importance, puisque toutes les pensées de mon père continuaient à justifier de nouveaux progrès. il concevait, sans cesse, de nouveaux appareils pour phares, avec le même recherche candide pour la perfection et la même intelligence de moyens. l’invention de la lampe tournante holophote en demeure la plus belle illustration. Il est difficile de lui donner la palme sur les systèmes de condensation ultérieurs, avec ses milliers de modifications possibles. Le nombre et la valeur de ces améliorations méritent à son auteur le nom de bienfaiteur de l’humanité. Partout dans le monde, un havre plus sûr attend le marin. Deux choses doivent être dites: et la première est que Thomas Stevenson n’était pas mathématicien, une perspicacité naturelle, l’intuition des lois optiques et un grand pouvoir de concentration le conduisirent à de justes conclusions; mais le calcul de la formule nécessaire à l’instrument qu’il concevait, le plus souvent, lui échappait et il devait demandé de l’aide aux autres, d’abord à son cousin et ami intime depuis toujours, émérites Professor Swan de St.Andrews et, son dernier ami, le Professeur P.G.Tait. C’est un grand encouragement pour les esprits incertains qu’un homme si mal préparé trouva un des sentiers les plus ardus et les plus abstraits des sciences appliquées. La seconde remarque est que cela s’applique à toute la famille et particulièrement à Thomas pour le nombre et l’importance de ses inventions. Contractuels du gouvernement, les frères Stevenson voyaient leurs travaux comme un devoir envers la nation et aucun d’entre eux ne prit jamais patente. C’est une autre cause de la relative obscurité de leurs noms. Une patente, non seulement amène de l’argent mais répand une réputation et les instruments de mon père entrèrent anonymement dans des centaines de phares et dans des centaines de rapports, où la plus simple des patentes eut témoigné de l’histoire de son auteur. Mais la vie de travail de Thomas Stevenson demeure; ce que nous avons perdu, ou plus exactement ce dont nous essayons de nous rappeler, c’est l’ami et le compagnon. C’était un homme à la manière antique, mélange d’humilité et de douceur entièrement écossais, d’abors un peu troublant; avec une mélancolie existentiel profonde et ce qui l’accompagne souvent, du génie humoristique en compagnie; astucieux et enfantin, passionnément attaché, passionnément vexé, un homme des extrêmes avec des fautes de tempérament et le pied pas très sûr dans les ennuis de la vie. Oui, c’était un conseiller avisé et de nombreux hommes considérables l’écoutaient habituellement. "Quand je lui demandais son avis" dit un parlementaire," Et quand il s’était fait une religion et qu’il la prononce d’ une voix ferme, je sais alors que nul au monde ne peut rien ajouter." Il avait un goût excellent bien que fantasque et partial, il collectionnait les vieux meubles et les tournesols faisaient ses délices bien avant ceux de Monsieur Wilde; il prenait un plaisir durable à contempler les gravures, les pages imprimées et les photographies. Il admirait Thomson et Duddington et à cette époque peu de monde partageait son avis. Bien qu’il lut peu, il relisait constamment ses livres favoris. Il n’apprit jamais le grec mais l'acquit en autodidacte après avoir quitté l’école où il se comporta en oisif consistant. Je dis que c’est une chance pour Lactance, Vossius, et le cardinal Bona qui étaient ses maitres auteurs. IL a du lire le premier pendant vingt ans sans interruption, il le gardait près de lui dans son bureau et le transportait dans un sac en voyage. Un autre vieux théologien Brown of Wamphray, se trouvait souvent entre ses mains. Si il ne se sentait pas bien, il avait deux livres Guy Mannering et The Parent’s assistant, desquels il ne se fatiguait jamais. Conservateur intransigeant, il préférait s’appeler Tory; mais il se départait de l’étiquette par un sentiment chaleureux, spontané et chevaleresque pour les femmes. D’ailleurs il était en faveur d’une loi sur le mariage qui accorderait le divorce aux femmes sur simple demande. Le même sentiment trouva une autre expression à la mission de la Madeleine à Édimbourg, fondée et largement financée par lui-même. c’était un des nombreux canaux de sa générosité publique, quand à sa privée elle se montrait aussi sans restriction. L’ Église d’Écosse dont il professait la doctrine qui était un peu la sienne et pour laquelle il confessait une foi d’homme de clan, profita souvent de son temps et de son argent et sans doute par un sens morbide d’indifférence à l’égard de lui-même, il ne consentit jamais à une charge et servit l’Église comme membre de nombreux comités. Ce qui avait le plus de valeur dans son travail, à ses yeux, c’était la défense du Christianisme. .

  • Musique et Architecture

    L'action et l'expérience se répondent, on peut mourir vite ou durer longtemps, partir d'un principe ou d'une variétés d'impressions, tonitruer, adoucir ou naviguer dans l’ambiguïté. Le présent est farci des expériences du passé que le besoin fait se manifester coloré par la symphonie de la résonance. Dites-moi, vous qui me semblez sensible aux effets de l'architecture, n'avez vous jamais remarqué en flânant dans la cité parmi tous ces immeubles peuplés, certains sont muets, d'autres parlent et certains plus rares chantent. Commençons par expérimenter cette complicité entre l'architecture et la musique, évoquons, en connaisseurs de l'art de construire , les photographies et les dessins des thermes de Vals, en Suisse par Peter Zumthor. Feuilleter ces pager est une chose, vivre l'expérience de la construction personnellement en est une autre. La constellation de ces chambres de bain organisée autour d'une d'une piscine intérieure centrale et d'une autre, extérieure, périphérique faites de murs en granite local, empilé haut, crée un environnement à la fois primitif et sophistiqué pour les sens de la vue et de l’ouïe. Pour la première visite, explorons, le mieux possible, les espaces de bain et leurs températures différentes. Le bain des grottes reste le favori, dans l'eau jusque la taille, déplaçons nous lentement vers l'étroit tunnel qui relie le grand bain extérieur avec cet espace beaucoup plus intime en carré tout en hauteur. Simplement éclairé par de petites lumières enfouies dans le sol, il donne la sensation d'un espace privé. Deux autres baigneurs sont déjà suspendus dans l'eau clair et se tiennent à la rampe tubulaire de cuivre qui coure tout autour des quatre murs. Après un ajustement visuel à l'espace lumineux évanouissant, un son léger, un soupir dans l'air nous fit remarquer les expressions plaisantes et ludiques adoptées par les visages des autres baigneurs. Que se passait-il? Apparemment, les rugueux à-plats de granit rendaient quelque peu audible le murmure des respirations. En recherchant l'accord vocal, chaque baigneur trouve rapidement une résonance sympathique entre corps et espace en fredonnant lentement dans un ambitus de fréquences différentes. En ajoutant les nôtres à ce concert impromptu, nous ne pouvions plus quitter la puissance de l'espace qui ridait nos corps des vibrations de l'air tout en les caressant d'eau chaude claire. Nous nous rappelons de cette expérience si vivement parce qu'elle combinait la plus sensible des vulnérabilités, presque nus et sans accessoires pour se défendre et simultanément, un moment sensoriel fait de vision et de son. Du point de vue de cette perspective, les torrents thermaux de Vals nous transportent vers une époque bien plus primitive, quand les humains furent prévenus de la puissance de leurs voix et des autres sons. Stephen J.Waller soutient que l'art paléolithique, à Lascaux, au Vallon des Roches résultaient de conditions acoustiques et culturelles particulières. Waller suggère que les facteurs d'outils du paléolithique , par le son de ceux-ci, créaient des échos qui, dans le lointain, semblaient le galop des hardes évanescentes et convoitées, invisibles. Elles incitèrent ces hommes à les saisir par la forme. Le son devint générateur des arts visuels. Après de nombreux millénaires, l'architecte grec Polyclèteconcevra l’amphithéâtre semi-circulaire d'Epidaure en 300 avant Jésus-Christ que l'on utilise encore aujourd’hui afin d'y donner des spectacles dramatiques. La forme du théâtre et de son environnement naturel creusée dans une colline devient un amplificateur de sons très précise quand les acteurs se produisent dans le skene. Ici, comme au paléolithique, des créateurs en techniques visuelles et sonores comprirent comment collaborer avec la nature pour l'avancement de leur art.. Á l'époque romaine, Vitruve (-80°-25), écrivain, architecte et ingénieur écrit De Architectura. Il infuse les préoccupations auriculaires dans les espaces intérieurs et naturels. Dans le livre V, au chapitre de la théorie musicale, il utilise la nomenclature grecque pour exposer les différents types de modulation, les notes et les tétracordes. Il insiste aussi pour que les architectes connaissent les principes acoustiques de base en citant pour exemple «les acteurs qui s'accompagnant eux-mêmes à la lyre, dans un théâtre de bois, quand ils veulent chanter plus haut, se tournent vers les portes de la scène et profitent du support harmonique que ces surfaces peuvent offrir à leur voix.» Pendant la Renaissance, la musique et l’architecture eurent une relation bien plus formelle que durant l'apogée des civilisations grecques et romaines. Le 25 mars 1436, la première du motet de Guillaume Dufay, Nuper Rosarum Flores,pour la consécration de la cathédrale de Florence. Dufay (1397-1474) écrit ce motet polyphonique en y incluant deux voix de ténor à l'unisson, aux mêmes symétries isorythmiques, en songeant, apparemment, au double dôme de la cathédrale conçuFilippo Brunelleschi entre 1420 et 1461. Quatorze ans plus tard, le polygraphe Leon Batista Alberti écrit, inspiré par Vitruve,De Re Aedificatoria et les nombres plus que l'acoustique deviennent la nouvelle focale dans la relation entre l'architecture et la musique. Rudolf Wittkower paraphrase Alberti quand il écrit que «la musique est une géométrie sonore, ses harmoniques informent de la géométrie de l'immeuble. L'écart structurel entre la musique et l’architecture est désormais bien défini. Si l'auditeur peut entendre les mêmes harmoniques utilisées dans l'architecture par la musique. Mais il y a peu de liens entre la musique et ses espaces architecturaux, Géométrisée, la musique perd sa relation à la matière dans l'expérience spatiale du son. Il n'est pas surprenant que les architectes de la Renaissance concentrèrent leur effort sur la mesure des proportions de l'espace plutôt que sur ses propriétés acoustiques plus spécialement à l'aide du nombre d'or et de la suite de Fibonacci utilisés comme outils générateurs pour de nombreux bâtiments. Les maisons de campagne d'Andrea Palladio (1508-1580), les exquises villasRotonda et Barbaro à Maser dans l'Italie du nord. Toutes, utilisent des ordonnancements formels tels la symétrie, le carré, les proportions harmoniques tout en reliant simultanément les espaces architecturaux à la campagne environnante. Le traité de Palladio I Quattro Libri dell' Architettura fait le plein des connaissances de l'art de construire mais nulle part il ne s'intéresse explicitement au son que ces immeubles pourraient produire. Cela ne signifie pas que de beaux espaces acoustiques n'existaient pas à la Renaissance mais ils restaient peu nombreux et fort dispersés. La Musique, naturellement, prit aussi une avance considérable en se distinguant des temps médiévaux. En l'espace de trois cent ans, les structures sonores monophoniques simples mais belles d' Hildegard von Bingen (1098-1179), dans O Viridissima Virga, l'Ave des Cantiques de l'Extase ont montré l'exemple de compositions polyphoniques relativement complexes à la Renaissance. Maddalena Casulana (1540-1583) qui créa son art et la poésie des autres en les tissant finement dans le réseau des quatre voix contrapuntiques de son célèbre Il Primo Libro di Madrigali a quattro voci en 1568. beaucoup de ces compositions sont chantées à l'intérieur d'espaces sacrés et leur long temps de réverbération; même les demeures privées possèdent de meilleurs caractéristiques acoustiques dues à leur hauteur de plafond et à des matériaux résonnants similaires à ceux qu'on peut trouver aujourd'hui. Du coté de l'architecture, ce n'est qu'en 1727 que le mathématicien suisse Leonhard Euler (1707-1783) publie le premier ouvrage théorique post vitruvien sur le son avec Dissertatio Physica de SonoLe jésuite allemand Athanasius Kircher (1601-1680) écrit un des premiers traités sur le son, Phonurgia Nova (1673), il y offre d'extraordinaires exemples d'instruments architecturaux pour entendre les domestiques dans la maison et faire parler les statues. Le travail avait du souffle, il n'avait pas la profonde compréhension théorique d'Euler. Ailleurs, le physicien allemand Ernst Chladni (1756-1827) mis au point les principes de l'analyse acoustique avec ses recherches sur les plateaux vibrantsil invente une méthode pour rendre le phénomène vibratoire visible en jouant de l'archet sur un plateau de métal uniformément recouvert de poudre fine. Cette technique est publiée en 1787, dans son ouvrage Entdeckungen uber die Theorie des Klanges, incita le scientifique suisse Hans Jenny (1904-1972) au vingtième siècle à explorer les schémas produits par les ondes sonores dans différents milieux, les fluides, les poudres, les liquides etc. Son livre Cinématique: Étude du Phénomène des Vagues (1967) témoigne de cette recherche. Les premiers signes d'un engagement post épidaurien entre la musique et l'architecture attendra 1723 quand Jean Sébastien Bach (1685-1750) devint maître de chapelle à la Thomasschulese mit à l 'orgue et dirigea le chœur de l'adjacente Thomaskirche à Leipzig en Allemagne. Cette église luthérienne, assez petite, avec un temps de réverbération plus court que n'importe quel édifice religieux médiéval existant en Europe permit à Bach de composer des mélodies polyphoniques complexes en usant de techniques contrapuntiques. L'espace, relativement sec, permet à l'auditeur de distinguer clairement la progression des accords et lui alloue ainsi l'écoute d'une musique à la complexité sans précédent dans un espace publique. Si ceci s'opérait dans le domaine sacré de la musique d'église, parallèlement, dans le monde profane du spectacle dramatiques, le renouveau voyait le jour. En Italie, vers le milieu du XVIIième. , l' opéra occupait le devant de la scène, il fallut néanmoins un siècle de plus pour construire un édifice approprié à ses performances. Le plan de Giuseppe Piermarini pour l'opéra de La Scala construit au bon endroit sur le site de l'église Santa Maria alla Scala, démolie à Milan entre 1776 et 1778 se fit le point de départ d'un grand nombre d'autres espaces de spectacles publics et ainsi transformer les interactions entre la musique, l'architecture et les arts dramatiques pour les 250 années suivantes. Pour l'oreille du connaisseur,le théâtre ovale Gewandhaus à Leipzig était le nec plus ultra au XVIIième.L'immeuble ne ressemblait en rien à celui d' Epidaure mais la capacité de résonance de ses surfaces intérieures en fit le précurseur de beaucoup de lieux musicaux de haute qualité. L'acoustique des ces espaces continuait pourtant à être basée sur une compréhension scientifique incomplète. Ce n'est qu'en 1962 que l'expert en acoustique Leo L. Beranek né en 1914, publia un livre Musique, Acoustique et Architecture qui révolutionna la perception des scientifiques et des artistes, il y analyse une série de salles au long de l'histoire et fournit aussi un langage pour décrire les caractéristiques acoustiques de ces immeubles. Il explique que nous avons besoin d'un idiome commun au trois disciplines pour comprendre les relations entre la musique, l'acoustique et l'architecture. Aujourd'hui, les architectes continuent à conjurer Epidaure sans retrouver l'épitomé originel du spectacle dramatique. L'architecte Gottfried Semper (1803-1874) y arriva presque avec son plan pour le théâtre de Munich, projet qui incorporait le demi cercle d' Epidaure dans un espace de style Renaissance. Initié par le compositeur Richard Wagner (1813-1883), que Semper connaissait et financé par le Roi de Bavière, le projet ne fut jamais réalisé. Et Wagner créa sa propre version, plus petite, à Bayreuth (sans en offrir le crédit à Semper qui avait eu la première idée). Il fit progresser à la fois les expériences musicales et spatiales dans le théâtre de Bayreuth qui représenta, pour assez longtemps, l'ultime intersection des arts. Paradoxalement, Wagner insistait, dans son intention, pour séparer visuellement la musique instrumentale, c'est à dire l'orchestre, du public et des chanteurs afin de créer un sentiment de communion sensuelle où la musique instrumentale viendrait de nulle part. Une section verticale du bâtiment montre la fosse d'orchestre munie d'un toit pointant vers la scène. L'espace, presqu'entièrement fermé contribue à la présence vocale des chanteurs au détriment de la projection instrumentale de l'orchestre vers le public. Il est vraisemblable que le format de l'orchestration wagnérienne grandit non seulement à cause de compositions aux dynamiques de plus en plus exigeantes mais aussi à l’idiosyncrasie et à la disposition du lieu. Si le théâtre de Wagner présentait une régression du point de vue acoustique, ses explorations musicales, au bord de l' atonalisme, devint le fondement du travail du compositeur et théoricien Arnold Schoenberg (1874-1951). A son tour, la musique dodécatonale de Schoenberg fut libérée par les compositions athématiques sérielles de Karlheinz Stockhausen (1928-2007) qui, pour les vingt ans qui suivirent prit de plus en plus en compte la construction spatiale de ses compositions qui culmina dan sa pièce Spiral au pavillon allemand de l'exposition d'Osaka au Japon en 1970. Là, l'audience se trouvait suspendue dans le plan équatorial de la sphère. Incidemment, c'est durant cette exposition mondiale que Iannis Xenakis (1922-2001) jouera sa composition électro-acoustique Hibiki Hana Ma dans le pavillon de la fédération nipponne de l'acier. Tous deux, Stockhausen et Xenakis, exhibent une sensibilité unique dans la relation entre l'espace et le son. plusieurs travaux de Xenakis, tel Psappha , par exemple qui demande que l'audience soit assisse en cercle entourés par un certain nombre de haut-parleurs. L'espace architectural devient un instrument. Peter Zumthor augmente la compréhension sensorielle de l'architecture en incluant son rôle comme instrument musical. Il écrit: «écoutez, les intérieurs sont comme de grands instruments qui collecte le son, l'amplifie et le transmette ailleurs. Comme empruntant une page de Zumthor, le groupe Music Architecture Sound (M.A.S.S.) crée des installations terre-harpe depuis quelques années. Il transforma aussi une des icônes du modernisme à Chicago,le Mies van der Rohe's Crown Hallconstruit, à l'origine sur le campus ITT entre 1950 et1956, en instrument à cordes avec lequel, le groupe étudia la résonance entre les matériaux de l'immeuble de verre et d'acier et l'espace qu'il enferme. Ces performances/exhibitions approche l'équilibre musical d'un immeuble dans son entièreté dans le sens du mot allemand stimmung qui signifie, à la fois, atmosphère et accord. Ici, la composition et la production de musique convergent dans le jeu de l'espace architectural. L'approche expérimentale de cette convergence a influencé la manière dont les compositeurs, désormais, conçoivent leur art. Zumthor rappelle que John Cagementionnait dans un de ses cours qu'il n'est «pas un compositeur qui entend de la musique dans son esprit puis essaie de la transcrire mais procède autrement en travaillant concepts et structures puis les jouent pour découvrir leurs sons.» Reprenant cette approche à propos de l’architecture, il suggère que de poser des questions sur des sujets, à priori, si peu visuels que site, but et matériaux de constructions, peut conduire à une conception architecturale, qui, tout comme les œuvres de Gage, possède le potentiel de trouver une audience que ce soit pour la musique ou l'architecture, à un niveau bien plus profond que «l'arrangement de formes stylistiques préconçues.» Volontairement, Zumthor restreint sa lecture de l'architecture à une expression matérielle qui crée un lien résonant à la musique. Il écrit que

    l'architecture est toujours une affaire concrète,
    elle n'a rien d'abstrait. Un dessin projeté
    sur le papier est à peine de l' architecture 
    mais une simple représentation,inadéquate 
    comparable à une partition musicale. Elle doit 
    se jouer comme l'architecture s'exécute. 
    Alors seulement, son corps peut s'incarner et 
    il est toujours sensuel.

    La perception sensuelle de la symbiose entre ces composants fondamentaux que sont l'espace et le son demande un récepteur actif aux perceptions en éveil envers les deux éléments. Un exemple issu des arts peut nous aider à illustrer cette relation symbiotique. En 1977 durant l’événement international Documenta 6 à Kassel, l'artiste Joseph Beuys (1921-1986) installe l’exhibition principale dans l'espace Fridericianumune pompe qui transporte par un long tuyau transparent de l'escalier de la cave jusque bien au milieu du troisième étage, dénommé Université Libre Internationale, utilisé par l'artiste pour des conversations impromptues avec les visiteurs de l'exposition et les habitants de la vie à propos de la dimension sociale de l'art. Pendant ces longues conversations, les participants pouvaient voir et entendre le miel couler dans les tuyaux en plastique qui devenait parfois immobile et puis recommençait à couler, d'un coup, avec un grand slurp, en se pressant dans le tube, un peu comme les discussions de Beuys et de son audience. Ici, le son sert un peu simultanément d'interrupteur de routine, d'exposition d'art et d'expression symbolique de la difficulté d'improviser une conversation verbale. Les conventions complices s'instituent alors que nous tendons de prendre en mains des sujets difficiles. Une absence à la perception est ainsi impossible dans ces circonstances. Une approche plus direct de la musique et de l'architecture peut être localisée dans le travail de l'artiste en sonsBernhard Leitner (1938...) qui, initialement, étudia l’architecture à Vienne puis déménagea à New York en 1968 mais est aujourd'hui de retour à Vienne. Il représente un des premiers artistes à concentrer son attention sur l'esthétique spatiale du son. Sa méthode de représentation visualise le chemin du son dans l'espace en dessinant des lignes continues et interrompues avec des flèches sur des photographies qui décrivent habituellement une situation simple ou un mouvement mené par un environnement sonore altéré, outil utile mais inadéquat pour communiquer son art. Pour rendre son travail plus accessible aux auditeurs qui ne peuvent reproduire ses installations techniques, Leitner a publié en 2003 un disque compact Kopfräume-Headscapes qui demande à l'auditeur de porter un casque sonore pour percevoir l'effet des sons enregistrés qui tourne autour de sa tête. Ses expériences peuvent inspirer les architectes et les musiciens à emprunter les idées de ses conceptions qui vont de l'espace libre aux meubles, aux objets vestimentaires etc... Leitner admet qu'il n'est pas très intéressé à l'usage de la musique dans son travail parce que le cerveau «est immédiatement distrait si des paramètres musicaux sont présents. Pour moi, il est important que ces sons ne soient pas musicaux.» Bien sur, la présence de la musique est conditionnée culturellement et ouverte au changement. Bernd Schulz souligne:

    En ce qui concerne la musique, le son et le bruit 
    sont physiquement une seule et même chose qui
    peuvent être compris par l' intégrale de leurs sinus. 
    Tout ce qu'on peut dire c'est que le nombre de 
    fréquences inclus dans les événements acoustiques 
    acceptés comme «des sons» est limité alors que
    le «bruit» comprend pratiquement toutes les
    fréquences dans la gamme de l'oreille humaine.

    Cette définition vague, que l'art du son de Leitner qualifie de musique même si il en pense autre chose est peut-être utile pour rappeler que notre réception du son en général et de la musique en particulier est conditionnée spécifiquement sur un plan culturel. Par exemple quand l'acteur Joe Pesci, une fois de plus en prison pour avoir manquer de respect au juge de la petite ville dans la comédie de 1992 My Cousin VinnyIl dort bien malgré la clameur des prisonniers qui l'entoure, le bruit des sirènes et les cris des gardiens feraient n'importe qui se dresser sur sa couchette. Pour Vinny qui n'entend pas les sons de la campagne tellement il est habitué aux bruits grossiers de New York, ce qu'il doit entendre en prison ressemble à une rengaine, c'est alors qu'il n'est pas temps de dormir.

    Conclusion

    J' entend le son de l'espace, les matériaux répondent au battement, 
    à la frappe et le silence, prérequis de l'écoute.

    Récemment la résonance créative entre l’architecture et la musique a commencé à porter ses fruits dans des endroits inhabituels. Par exemple chez le Groupe Technique Musical à l' Université Pompeu Fabra de Barcelone, qui a créé un élément d'ameublement interactif , le reactable permettant à l'utilisateur, avec l'aide d'un synthétiseur audio, d'un logiciel libre et de quelques composants électroniques sélectionnés de métamorphoser son environnement audio spatiale propre en événement musical et architectural. Un apprentissage intuitif sans manuel ni instructions autorise une interaction ludique entre le son et l'espace. Un autre groupe qui travaille en Suisse, Pe Lang et Zimoun ont conçus ces dernières années une série de musique architecturales usant de simples objets mécaniques tels des électro-aimants, des plaques métalliques, des accouplements excentriques, du papier, des senseurs. L'effet produit un curieux mélange de sophistication et de jouabilité qui rend l'intersection du son et de l'espace accessible au nouveau venu dans le genre. Leur site web à l'esthétique attrayante comprend des vidéos intelligentes et un dossier leur approche pratique et théorique de ce mariage interdisciplinaire.

     

    source


  • Signes et Symboles

    Pour la quatrième fois, depuis de nombreuses années, ils se trouvaient confrontés avec le problème d'offrir le cadeau d'anniversaire d' un jeune homme, malade mental incurable. Il vivait sans désirs et les objets faits de mains d'homme, tout vibrants d'une activité maligne, que lui seul pouvait percevoir, lui causaient des allergies infernales et il n'y puisait aucun usage ni agrément dans son monde abstrait. Après l'élimination d'un certain nombre d'articles qui pourraient l'offenser, n'importe quoi dans le genre bibelot, par exemple, était tabou, ses parents choisirent une jolie petite bagatelle, un panier avec dix petits pots de confitures différentes.

    A sa naissance, ils étaient mariés depuis longtemps déjà, bon nombre d'années écoulées et maintenant, ils étaient presque vieux, Ses cheveux en désordre attachés sommairement, elle portait des robes noires bon marché. Contrairement aux autres femmes de son age, telle sa voisine de palier, madame Sol, à la face toute rose et mauve de maquillage qui sortait en chapeau agrémenté d'un bouquet de simples, elle présentait une contenance toute blanche et nue à la lumière inquisitrice du printemps. Son mari, homme d'affaire ayant connu quelque succès au vieux pays, dépendait, aujourd'hui, à New-York, entièrement de son frère Isaac, un véritable américain depuis plus de quarante ans. Ils le voyaient rarement et l'avaient surnommé le Prince.

    Ce vendredi là, anniversaire de leur fils, tout se passa mal, le train du métro rendit l’âme entre deux stations et pendant un quart d'heure, elle ne ressentit que le battement affairé de son cœur et le bruit des journaux agités. L'autobus qu'ils devaient prendre ensuite se trouvait en retard et les garda un certain temps au coin de la rue. Quand il arriva, il était bondé d'écoliers adolescents trop bavards. Il commençait à pleuvoir tandis qu'il marchaient sur le chemin brun menant au sanatorium. Là, ils attendirent à nouveau et à la place de leur garçon faisant irruption dans la salle, comme il le faisait d'habitude, sa pauvre face souillée, confuse, mal rasée et couverte d'acné, une infirmière, qu'ils connaissaient et ne souciait guère de son apparence, apparut, finalement et leur expliqua brillamment, qu'une fois de plus, il avait essayé d'attenter à sa vie. Il allait bien, disait-elle, mais une visite des ses parents l'aurait dérangé. L'endroit manquait tellement de personnel et les choses tombaient dans l’anarchie et la confusion si facilement, qu'ils décidèrent de ne pas laisser le cadeau au bureau et le reprirent avec eux pour la prochaine fois.

    A l'extérieur de l'immeuble, elle attendit que son mari ouvre le parapluie et pris son bras. Il se raclait sans cesse la gorge, comme toujours quand il était contrarié, Ils rejoignirent l’arrêt de l'autobus, de l'autre coté de la rue et il replia son parapluie. A quelques mètres de là, sous un arbre coulant qui dandinait, un petit oiseau tout fragile, s'agitait inutilement dans une flaque.

    Durant le long trajet jusqu'à la bouche de métro, elle et son mari n'échangèrent aucun mot et chaque fois qu'elle jetait un coup d’œil vers ses vieilles mains crispées à malaxer la canne de son parapluie, sur ses veines dilatées et sa peau couvertes de taches brunes, elle sentit monter les larmes. En regardent ailleurs, tachant de fixer son attention sur autre chose, elle ressenti un genre de choc doux, une mélange de compassion et d’émerveillement en remarquant qu'une des passagères, une fille aux cheveux noirs et aux doigts de pied peints en rouge, pleurait sur d'épaule d'une femme plus âgée. A qui ressemblait-elle? Elle ressemblait à Rebecca Borisnovna; dont la fille avait épousé un des Soloveichik, à Minsk, bien des années plus tôt.

    La dernière fois que le garçon avait essayé, c'était, d'après les mots du docteur, un chef-d’œuvre d'invention, il y aurait réussi, si un autre patient, croyant qu'il apprenait à voler, ne l'avait arrêter juste à temps. Tout ce qu'il voulait vraiment était de creuser un trou dans son monde pour s'en échapper. Le système de son délire, sujet d'une communication élaborée, dans un mensuel scientifique, le médecin du sanatorium le leur avait donner à lire , le titre de l'article «  manie référentielle» les avait troubler bien avant çà. Dans ces cas très rares, le patient imagine que tout ce qui se passe autour de lui est une référence voilée à son existence et à sa personnalité, il exclut les personnes réelles de la conspiration, parce qu'il se croit beaucoup plus intelligent que les autres hommes. Une nature phénoménale l'assombrissait ou qu'il aie, les nuages, dans le ciel étoilé communiquent entre eux, par le moyen de signes ralentis, des signes très détaillés l'observe. Ses pensées les plus intimes se discutent au crépuscule par l'alphabet manuel de sombres arbres qui gesticulent. Les cailloux et les taches, les rayons de soleil forment des schémas qui représentent, de façon effrayante, des messages qu'il doit intercepter. Tout n'est que chiffres dont il est le thème. Tout autour de lui, rodent les espions. Certains d'entre eux jouent les observateurs faussement distraits, comme la surface des verres et les poteaux immobiles, les persiennes des fenêtres, des témoins à charge, prêtes à le lyncher, les eaux courantes et les orages, sont hystériques à la folie, possèdent une opinion déformée de lui et interprètent mal ses actions. Il doit incessamment rester sur ses gardes et voue chaque minute et chaque phase de sa vie à décoder l'hostilité des choses. L'air qu'il exhale est indexé et ranger dans un dossier. Le seul intérêt qu'il provoque se limite à ce qui l'entoure, même pas hélas. Dans la distance, les torrents d'un scandale sauvage, augmentent en volume et en intensité. Les silhouettes de ses globules, magnifiées mille fois volent au dessus de vastes plaines et plus loin encore, vers de grandes montagnes d'une hauteur et d'une solidité insupportables, en termes de granite et d'estuaires grondants, vérité ultime de son être.

    Quand ils sortirent du métro sous le tonnerre et l'air mauvais, les derniers lambeaux du jour se mélangeaient aux lumières des rues ? Elle voulait acheter du poisson pour souper, lui remit le panier de pots de confiture en lui disant de rentrer. Il rentra donc, grimpa jusqu'au troisième étage et se souvint qu'il lui avait laissé les clés plus tôt dans la journée. Il s'assit sur l'escalier et se leva en silence, quand, quelque dix minutes plus tard, elle arriva, le pas pesant grimpant les marches, secouant la tête en souriant à sa sottise. Ils entrèrent dans leur logement de deux pièces et il se dirigea directement vers la miroir. Écartant les coins de sa bouche à l'aide de ses pouces, avec une horrible figure de masque, il retira son nouveau squelettique à l'inconfort sans espoir. Il lisait son quotidien russe quand elle mit la table. Toujours lisant, il se restaura des pales victuailles qui n'ont pas besoin de dents. Elle connaissait ses humeurs et demeura également silencieuse. Il s'en fut au lit, elle resta dans le séjour avec son jeu de cartes souillé et ses vieux albums de photos.

    De l'autre coté de la cour étroite, ou la pluie teintait sur les poubelles, les lumières des fenêtres brillaient, et dans l'une d'entre elles découpait la silhouette d'un homme en caleçon noir, les mains sur la tête et les épaules levées, debout, sur un lit défait. Elle tira la persienne et examina les photographies. En bébé, elle avait l'air plus surprise que les autres bébés. La photographie d'une servante allemande et de son fiancé à la grosse face, qu'ils avaient eu à Leipzig tomba d'une feuille de l'album, elle tourna les pages du livre : Minsk ; la révolution, Leipzig, Berlin, Leipzig à nouveau, une façade de maison bancale mal focalisée, trouble. Ici, le garçon quand il avait quatre ans, dans un parc, timidement, éloignant le regard de sa tète tordue, de la vision d'un écureuil au regard vif comme il l'aurait fait de tout autre étranger. Ici, Tante Rosa, une veille dame, à l’œil sauvage, confuse et anguleuse, qui vécut dans le monde palpitant des mauvaises nouvelles, faillites, accidents de train, et croissances cancéreuses jusqu'au jour ou les allemands la mirent à mort, tous ensemble, avec les gens qu'elle aimaient. Une autre, du garçon,en compagnie de son cousin, aujourd'hui fameux joueur d'échec. Á six ans, il dessinait de merveilleux oiseaux avec des mains et des pieds d'humains et souffrait d'insomnies comme un adulte Le garçon, de nouveau, vers l'age de huit ans, déjà difficile à comprendre, effrayé par le papier-peint d' un passage, apeuré d'une certaine image dans un livre, qui ne montrait qu'un paysage idyllique avec des rochers sur une colline, une vieille roue de charrette pendue à la branche d'un arbre sans feuilles. Il avait dix ans quand ils quittèrent l'Europe, Elle se souvint de la honte, des difficultés humiliantes du voyage et des enfants retardés laids et vicieux avec lesquels il se retrouva dans l'école spéciale ou ils le placèrent dès leur arrivée en Amérique. Une époque de sa vie arriva, coïncidant avec une longue convalescence suite à une pneumonie, quand ses petites phobies, que ses parents avaient toujours vue, stupidement, comme l'expression des excentricités d'un enfant prodigieusement doué, se durcirent d'illusions interactives aux intrications logiques, les rendant totalement inaccessibles aux esprits normaux.

    Tout ceci, et bien plus, elle l'accepta, si, après tout, vivre signifie d'accepter la perte d'une joie après l'autre, de la joie, pas même, dans son cas, mais de simples possibilités d'amélioration. Elle pensait aux vagues récurrentes de douleur, qu'elle et son mari eurent a subir, pour une raison ou pour une autre ; aux géants invisibles blessant son enfant de manière inimaginable ; à la tendresse incalculable que le monde contient, au destin de cette tendresse, soit ébréchée ou perdue, métamorphosée en folie, aux enfants négligés, laissés à eux-mêmes, dans des coins sales, aux belles herbes folles qui ne peuvent se cacher du fermier. Presque minuit, du salon, elle entendit son mari grogner. A présent, le voilà debout, portant par dessus son pyjama le vieux manteau, au col d'astrakan qu'il préférait, de loin, à sa belle robe de chambre bleue.

     

    «  Je ne peux pas dormir ! » gémit-il

    «  Pourquoi ? » fit-elle. « Tu étais si fatigué. »

    «  Je ne peux pas dormir parce que je meurs,  » dit-il, et se recoucha.

    «  C'est ton estomac? Veux-tu que j'appelle le docteur Solov ? »

    «  Pas de docteurs, pas de docteurs,  » grommela-t-il. « au diable, les docteurs ! Nous devons le sortir de là en vitesse. Autrement nous serons responsables...responsables ! » Il s'assit brusquement, les deux pieds par terre, se frappant la tête, le poing fermé.

    « D'accord,  » dit-elle tranquillement. « Nous le ramènerons à la maison demain. »

    « J'aimerai du thé,  » dit son mari en se rendant dans la salle de bain.

    En se penchant avec difficulté, elle ramassa quelques cartes et une photo, tombés sur le sol, le valet de cœur, le neuf et l'as de pique, la servante Elsa et son fiancé bestial. Il revint, l'esprit content, en disant d'une voix forte, «  j'ai tout arrangé, nous lui donnerons la chambre. Chacun de nous passera une partie de la nuit tout près de lui et l'autre dans le sofa. Le docteur le visitera au moins deux fois par semaine. Peu importe ce que dira le Prince, De tout façon, il ne devrait pas dire grand chose, çà lui coûtera moins cher.

    Le téléphone sonna à cette heure inhabituelle. Il restait au milieu de la pièce cherchant du pied la pantoufle qui en avait glissé, puéril et édenté, il jeta un regard à sa femme. Elle comprenait mieux l'anglais que lui et répondait toujours aux appels. 

    «  Puis-je parler à Charlie ? » lui demanda la voix sotte d'une fille

    « Quel numéro voulez-vous ?...Non, vous avez le mauvais numéro. »

    Elle reposa le combiné gentiment, portant sa main à son cœur.

    « J'ai eu peur,  » dit-elle.

    Il sourit rapidement et reprit tout de suite son monologue excité, ils iront le cherche aussitôt qu'il fera jour. Pour sa propre protection, il garderaient tout les couteaux dans un tiroir fermé, même dans le pire état, il ne présentait aucun danger pour les autres.

    Le téléphone se mit à sonner une seconde fois. La même jeune voix atone et anxieuse demanda après Charlie.

    « Vous avez le mauvais numéro, faites le « o » à la place du zéro. » et raccrocha.

    Ils s'assirent, pour ce thé de minuit, un peu gai, qu'ils n'attendaient pas. Il le sirota bruyamment, le visage détendu. De temps à autre, il levait son verre d'un mouvement circulaire, comme pour dissoudre le sucre plus complètement. La jugulaire sur le coté de sa tète chauve, ressortait, ostensible et des brisures argentées apparaissaient à son menton. Le cadeau d'anniversaire demeurait sur la table. Quand elle lui resservit du thé, il remit ses binocles et réexamina avec plaisir les petites jarres lumineuses, jaunes, vertes et rouges. Ses lèvres, hésitantes et humides épelèrent les mots élégants, abricot, raisin, prunes, coing. Sa pomme d'Adam tressaillit quand le téléphone, à nouveau, sonna.

     

     

    Vladimir Nabokov

  • État des incapacités civiles et des exactions subies par les Juifs en Angleterre.

    Les membres distingués de la Chambre des Communes,
    alors près de fermer le défunt Parlement,
    remirent à l'ordre du jour une proposition sur
    l'émancipation des Juifs et signifièrent leur
    intention de la renouveler . Le bon sens, au
    cours de la dernière session, permit néanmoins
    un premier pas, ceci malgré une nette opposition
    des partis. Pouvoir et, raison, aujourd'hui,
    se réconcilient et espérons qu'ils achèvent
    conjointement une victoire décisive. Afin de
    contribuer au succès de justes principes,
    proposons-nous de passer en revue, quelques-uns des
    arguments ou quelques-unes des phrases se réclamant
    être des arguments, qui furent employés pour
    justifier et maintenir un système rempli d'absurdité
    et d'injustice. La constitution étant dite
    essentiellement chrétienne, ainsi donc, admettre
    les juifs aux responsabilités, détruit la constitution.
    Non seulement ,le Juif fut-il blessé par son exclusion
    de la vie publique, nonobstant qu'il n'eût droit à
    quelque pouvoir mais encore, un homme n'a-t-il pas
    droit sur ce qu'il possède; un homme a droit à la
    sécurité de sa personne. La loi donne ces droits aux
    Juifs et les remettre en question. Mais, c'est d'être
    admis au pouvoir politique et plaindre justement d'en
    être exclus. On ne peut qu'admirer l'innocence de
    l'artifice utilisé pour éloigner l'administration de
    la preuve, au grand embarras des vrais responsables
    et sûrement, aucun chrétien ne peut nier que chaque
    être humain possède le droit de se voir allouer les
    gratifications qui ne nuisent à personne et de se
    voir épargner les mortifications qui ne produisent
    de bien pour personne. N'est ce point une
    mortification, pour un homme d'être exclus de la
    vie publique Si cela est, ils ont d'après les
    principes chrétiens, le droit d'être libérés ce ces
    mortifications sauf s'il est démontré que leur
    exclusion est nécessaire à la prévention d'un plus
    grand danger. La présomption est, évidemment, en
    faveur de la tolérance. C'est au procureur de
    requérir. La démonstration de l'étrange argument
    considéré est trop évidente, même pour ceux qui
    l'avance. Si personne n'a droit à la puissance
    publique alors, ni Juif ni gentil n'ont un tel
    droit et le fondement même du gouvernement
    disparaît. Mais, si le gouvernement disparaît, la
    propriété et les personnes ne sont plus en
    sécurité et il est universellement accepté que les
    hommes ont droit à leur propriété et à leur
    sécurité personnelle. S'il est juste que la
    propriété des hommes soit protégée, ce ne peut
    être que par les moyens du gouvernement et ainsi
    il est juste que le gouvernement existe. Ensuite,
    il n'existe aucun gouvernement si personne n'en
    partie et donc, il est juste qu'une personne ou
    des personnes détiennent la puissance publique.
    Ce qui veut dire qu'une personne ou des
    personnes doivent détenir un droit sur la puissance
    publique. Les hommes n'ont pas l'habitude de
    considérer les buts de gouvernement, c'est
    pourquoi les incapacités juives et catholiques
    existent en souffrance depuis si longtemps et que
    l'on parle sans cesse de la cuisine protestante
    ou du palefroi catholique. Le gouvernement existe
    pour garantir la paix, dans le but de régler nos
    disputes par l'arbitrage plutôt que par les coups,
    dans le but ,de nous contraindre a suppléer à nos
    volontés par l'industrie plutôt que par des rapines.
    C'est l'opération pour laquelle la mécanique du
    gouvernement est la mieux adaptée, la seule
    opération que les gouvernements sages proposent pour
    achever leurs desseins. Si quelque catégorie de
    gens ne se sentent pas intéressés par la sécurité de
    la propriété ou par le maintien de l'ordre, cette
    classe ne devrait avoir aucune part dans les
    décisions concernant la sécurité de la propriété
    ou le maintien de l'ordre. Alors pourquoi un homme
    devrait-il être incapable ces pouvoirs parce qu'il
    porte une barbe, qu'il ne mange pas de jambon,
    parce qu' il va à la synagogue le samedi plutôt
    qu'à l'église le dimanche; c'est inconcevable.
    Les points de différence entre christianisme et
    judaïsme résident souvent dans l'adaptation plus ou
    moins bonne des hommes à devenir curé ou rabbin.
    Mais ils n'ont pas plus à faire avec la capacité
    d'être magistrat, législateur ou ministre des
    finances qu'avec celle d'être savetier.
    Personne n'a jamais demander à un savetier
    pratiquant de faire des déclarations publiques
    sur la vrai foi chrétienne et n'importe qui
    préférerait voir ses souliers réparés par un
    savetier hérétique que par quelqu'un ayant
    souscrit aux trente-neuf articles et qui n'a
    jamais tenu une alêne. Ainsi les hommes agissent
    non par indifférence à l'égard de la religion,
    mais parce que ils ne voient pas ce que la
    religion peut bien avoir à faire avec la
    réparation des chaussures. Bien sûr, la religion
    a autant de choses en commun avec le rapetassage
    qu'avec le budget ou les estimations militaires.
    Nous avons pourtant décelé de nombreux signes,
    ces vingt dernières années prouvant qu'un très
    bon Chrétien peut faire un détestable chancelier
    de l'échiquier Mais il serait monstrueux, disent
    les persécuteurs, que des Juifs légifèrent pour
    une communauté chrétienne. La fausseté de la
    représentation est palpable car ce qui est
    proposé ce n'est pas que les Juifs légifèrent à
    la place Chrétiens mais bien qu'une législature
    composée de Juifs et de Chrétiens légifère pour
    une communauté composée de Juifs et de Chrétiens.
    Dans la plupart des questions de police, de
    finance, de lois civiles et criminelles,
    de politique étrangère, le Juif en tant que juif,
    n'a pas d'intérêts hostiles à ceux des Chrétiens
    ni même à ceux des hommes d’Église. Sur les
    questions touchant à l'établissement ecclésiastique
    Les Chrétiens et les Juifs diffèrent, sans doute,
    mais pas autant que le Catholique et le pasteur
    ou l'indépendant et le pasteur. L'idée suivant
    laquelle les hommes Église voudraient monopoliser
    tout le pouvoir de l'état semble au moins
    intelligible, que les Chrétiens veuillent la même
    chose n'a aucun sens. Aucunes questions relatives
    aux institutions ecclésiastiques ne sont discutées
    au Parlement sous le prétexte qu'ils ne peut y
    avoir d'oppositions entre Chrétiens aussi grandes
    qu'il n'y en aurait entre n'importe quel Chrétien
    et n'in1porte quel Juif. En fait les Juifs ne sont
    pas exclus de la pouvoir politique. Ils le
    possèdent; aussi longtemps qu'on les autorisera à
    accumuler de grandes fortunes, ils doivent le
    posséder. La distinction parfois faite entre
    privilèges civils et pouvoir politique est indifférente.
    Privilèges, pouvoir civil et politique sont
    synonymes, l'un dérive du latin, l'autre du grec.
    il ne s'agit là que de joyeuses turlupinades
    verbales. Nous arrêterions-nous un instant aux
    faits de 1a cause, nous les verrions
    inséparables ou plutôt identiques. Qu'un Juif soit
    juge dans un pays chrétien serait choquant mais,
    il peut être juré argumenter des faits sans préjudice.
    Si il s'essayait à légiférer, cela mettrait fin à
    la constitution, il peut s'asseoir dans le prétoire
    dans son costume habituel et rendre des verdicts,
    alors qu'en robe noire et perruque blanche,
    concédant des nouveaux procès, ce serait une
    abomination impensable parmi le peuple des baptisés.
    La distinction est pour le moins philosophique.
    Quel pouvoir dans une société civilisée est-il
    plus fort que celui du créditeur sur le débiteur?
    Si nous retirons ce pouvoir au Juif, nous lui
    retirons du même coup le droit à la sécurité et
    à la propriété, si nous le lui laissons, nous
    le laisserions avec un pouvoir plus despotique
    que celui du roi et de son cabinet. Ce serait
    une impiété de laisser le Juif siéger au Parlement.
    Mais un Juif pourrait faire de l'argent qui lui
    pourrait faire des membres du Parlement. Là ou ils
    vivent, ils seraient chez eux pendant qu'un électeur
    d'une autre circonscription pourrait demander dix
    Livres à Sherlock et seulement neuf à Antonio.
    A ceci, on ne fait aucun les objections.
    Qu’un Juif possède la substance du pouvoir
    législatif, qu'il commande à des voix comme s'il
    était le grand duc de Newcastle lui-même, c'est
    exactement ainsi que cela devrait se passer.
    Mais qu'il passe la barre, s' assoit sur un de
    ces mystérieux coussins de cuir vert en criant
    "à l'ordre" parle debout et dise ce qu'il pense
    alors, c'est une profanation suffisante pour
    mener ce pays à la ruine. Que le Juif devienne
    le conseiller privé d'un roi chrétien serait
    une honte éternelle pour la nation. Mais si
    le Juif gouvernait le marché de l'argent et
    que l'argent gouvernait le monde, le ministre
    des finances ne pourrait clore son budget qu'après
    en avoir discuter avec un Juif.
    Un congrès de souverains pourrait sommer le Juif
    de leur prêter assistance,son paraphe sur un
    morceau de papier vaudrait plus que le serment
    de trois rois ou que la fierté des républiques
    américaines mais s'il devienne parlementaire,
    c'est la plus effrayante des calamités nationales.
    Quelques politiciens raisonnèrent de cette façon
    à propos des Irlandais catholiques,ils ne
    devaient exercer aucunes fonctions publiques.
    Le soleil d'Angleterre se serait couché à
    jamais; donner leur tout ,sauf ça. Ces hommes
    sages ne virent point qu'en accordant le reste,
    ils leurs donnèrent aussi le pouvoir politique.
    Il n'était même plus question de savoir si les
    catholiques exerceraient le pouvoir ou non alors
    qu'ils tiraient la barbe du parlement et qu'un
    agitateur catholique avait infiniment plus de
    puissance que le seigneur-Lieutenant. Si c'est
    notre devoir de Chrétiens d'exclure les Juifs
    du pouvoir politique,ce doit être notre devoir
    de le traiter comme l'on fait nos ancêtres, de
    la tuer,le bannir et le voler. C'est seulement
    de cette manière que nous réellement les priver
    de pouvoir. Si nous n'adoptons pas cette méthode,
    au moins,ne lâchons pas la proie pour l'ombre.
    Nous ferions assez pour les incommoder et les
    irriter sans pour autant nous prémunir du danger,
    si il existe. Où est la richesse est le pouvoir,
    inévitablement. Les Juifs nous dit-on ne sont pas
    anglais,ils vivent dan5 certains endroits de
    cette île mais vivent politiquement et moralement
    en communion avec ceux de leur race répandus
    dans le monde. Un Juif anglais regarde un Juif
    hollandais ou portugais comme un compatriote
    et un Anglais comme un étranger et il est dit
    que ce genre d'instinct patriotique le rend
    incapable de fonctions politiques. L'argument
    a quelque chose de plausible ,mais en
    l'examinant de plus près,il montre sa perversité.
    Même si les faits allégués sont admis,les juifs
    ne sont pas le seul peuple à préférer leur
    secte à leur pays. Le sentiment patriotique
    qu'une société en bonne santé secrète par une
    association naturelle et inévitable,dans l'esprit
    de citoyens,qui savent qu'ils doivent leur
    confort et leur plaisir aux liens qui les
    unit a leur communauté.
    Mais, sous un gouvernement oppressif et partial,
    ces associations mentales ne peuvent acquérir
    la farce qu'elles posséderaient dans une état
    de choses plus favorable. Les hommes ont
    tendance a rechercher dans leurs partis la
    protection qu' ils devraient recevoir de leur
    pays et, par une conséquence tout aussi
    naturelle transfèrent vers leurs partis
    l'affection qu'ils auraient sans cela ressentis
    pour leur pays. Les Huguenots français appelèrent
    à l'aide l'Angleterre contre les rois catholiques.
    Les Catholiques de France? demandèrent l'aide
    de l' Espagne contre le roi huguenot. Serait-il
    correct se supposer, qu'à présent, les protestants
    français souhaiteraient voir leur religion
    dominer grâce à l'aide des armées prussiennes
    ou anglaise Sûrement pas, alors qu'ils l'ont
    voulus et qu'ils ne veulent plus aujourd'hui,
    sacrifier l'intérêt de leur pays à celui de
    leur religion. La raison en est évidente:
    ils furent persécutés alors, ils ne le sont plus
    maintenant. Les Puritains anglais sous Charles II,
    l'emportèrent sur les Écossais pour envahir
    l'Angleterre. Les dissidents protestants de notre
    époque vaudraient-ils voir l' Église mise à bas
    par une invasion de Calvinistes étrangers. Sinon,
    à quoi attribuerions-nous le changement Sûrement
    au fait qu'ils sont beaucoup mieux traités qu'au
    dix-septième siècle, aujourd'hui. Quelques-uns des
    plus illustres hommes publics que l'Angleterre
    aie jamais produit se réfugièrent en Amérique pour,
    échapper à la tyrannie de Laud. Était-ce l'incapacité
    des Indépendants et presbytériens à aimer leur pays?
    Mais il est vain de multiplier les exemples.
    Que Rien n'est plus offensant pour quelqu'un qui sait
    un temps sait peu l' histoire et la nature humaine d'
    entendre ceux qui exercent le pouvoir accuser une
    secte d'attachements étrangers. S'il est une
    proposition universellement vraie en politique,
    c'est bien que les accointances étrangères sont le
    fruit des dérèglements domestiques. Le truc des bigots
    a toujours été de rendre les gens malheureux chez eux
    et d'ensuite se plaindre qu'ils regardent dehors,
    de diviser la société et de se plaindre qu'elle n'est
    pas unie, de gouverner comme si une partie de l'état
    était le tout et de sanctionner les autres pour
    leurs inclinaisons patriotiques.
    Si les Juifs ne se sentirent pas comme des enfants
    devant l'Angleterre ,c'est parce qu' elle les traita
    comme une belle-mère. Le patriotisme est
    certainement le sentiment qui se développe le plus
    facilement si le gouvernement est tolérable,
    depuis e commencement du monde, il n'y a jamais
    eu de nation ou de partie importante de nation qui,
    sans être cruellement oppressive fut entièrement
    privée de ce sentiment. Créer une base d'accusation
    contre une classe d'hommes en affirmant qu'ils ne
    sont pas patriotes est un tour de passe-passe
    du plus vulgaire sophisme C'est le genre de logique
    qu'use le loup avec l'agneau. C'est accuser
    l'embouchure d'empoisonner la source. Si les Juifs
    anglais haïssaient à ce point l'Angleterre que
    dans leurs prières hebdomadaires à la synagogue,
    ils suppliaient que toutes les malédictions annoncées
    par Ézéchiel sur Tyr et l' Égypte tombassent sur Londres.
    Si, dans leurs fêtes solennelles ils bénissaient
    tous ceux qui lapideraient les enfants, nous dirions
    que leur haine à l'égard de leurs compatriotes n'est
    pas plus intense que celle que des sectes de chrétiens
    se sont souvent infligées mutuellement . En fait,
    les sentiments des Juifs ne sont rien de tel,
    c'est pourtant dans la situation Ou, ils se trouvent
    placés ce que nous attendrions. Ils sont beaucoup
    mieux traités que ne le furent les protestants
    franchis au seizième et dix-septième siècles ou les
    Puritains au temps de Laud. Ils ressentent donc
    aucunes rancœurs contre le gouvernement ou leurs
    compatriotes. On ne peut même parier qu'ils ont de
    meilleurs relations avec l'état que les fidèles
    de Coligny ou de Vane . Mais ils ne sont pas mieux
    traités que Angleterre que les sectes chrétiennes
    divisées ne le sont . C'est Sur ces prémisses,
    et nous le croyons, sur ces prémisses seulement,
    qu'ils manifestent un esprit plus particulier.
    Nous n' avions pas le droit de conclure qu'ils
    ne peuvent devenir anglais avant de mener
    l'expérience plus loin. Les hommes d'état qui
    les traitent comme des étrangers et les accusent
    de ne pas manifester les mêmes sentiments que les
    indigènes sont, aussi peu raisonnables que le tyran
    qui fit punir ses ancêtres pour avoir fabriquer
    des briques sans y mettre de paille. On devrait
    souffrir que des dirigeants s'auto-absolvent
    de leurs responsabilités solennelles, ce n'est
    pas à leurs bouches de dire si une secte est
    patriote, mais c'est leur travail
    de la rendre patriotique.
    L'histoire et la raison en indique clairement
    les moyens. Les Juifs anglais sont précisément
    devenus ce que le gouvernement en a fait, et,
    ce que n'importe quelle classe serait devenu si
    elle avait été traitée de la sorte. Si tous les
    roux d'Europe avaient été, pendant des siècles
    outragés et opprimés, bannis de ceci, emprisonnés
    pour cela, privés de leur argent, privés de leurs
    dents, convaincus des crimes les plus improbables
    et de la plus faible évidence, écartelés par des
    chevaux, pendus, torturés, brûlés vivant, si,
    quand les mœurs s'adoucirent, ils eurent été sujets
    à des restrictions dégradantes et exposés aux
    insultes les plus vulgaires, parqués dans des
    rues spéciales dans certains pays, dépouillés
    et étouffés par la rage des autres, exclus
    partout de la magistrature et des honneurs,
    que serait le patriotismes de gentilshommes
    aux cheveux rouges Et si, dans de telles
    circonstances, une proposition était faite
    pour admettre les roux dans l'administration,
    le discours d'un admirateur de nos anciennes
    institutions à propos de cette mesure
    révolutionnaire n'en serait que plus frappant:
    s'ils se considèrent rarement comme des Anglais,
    ils pensent comme les roux français ou les roux
    allemands, se sentent plus près d'eux que d'un
    brun né dans leur propre paroisse. Si un
    souverain étranger patronne les roux, ils
    le préfèrent à leur propre roi. ils ne sont
    pas Anglais et ne peuvent pas l'être,
    la nature l'interdit et l'expérience prouve que
    c'est impossible, aucun d'entre eux n'a droit
    au pouvoir politique. Laissez les profiter de
    leur sécurité personnelle, que leurs biens
    soient protégés, mais ils ne peuvent pas
    exercer des prérogatives administratives à
    l'égard d'une communauté dont ils ne sont que
    des demi membres, une communauté dont la
    constitution faite principalement de bruns,
    répond suivant les mots de nos sages ancêtres:
    "nolumus leges Angliae mutari ". Les écritures
    déclarent que les Juifs verront la fin de l'exode,
    que toute la nation l'espère Ils ne sont donc pas
    aussi intéressés que d'autres à la prospérité de
    l'Angleterre, ce n'est pas leur foyer, mais
    simplement leur lieu de séjour, la maison de
    leurs attachements. Cette argument qui fut publié
    dans le "Times" et qui attira une attention
    davantage due à la réputation du journal qu'à
    sa valeur intrinsèque appartient à la classe
    de sophismes par lesquelles les persécutions
    les plus haïssables se justifient le plus facilement.
    Accuser des hommes de conséquences qu'ils nient
    manquent d'ingéniosité dans la controverse,
    c'est épouvantable en matière de gouvernement.
    La doctrine de la prédestination, dans l'opinion
    de beaucoup rend ceux qui la professent quelque
    peu immoraux. Et certainement, il semblerait que
    celui qui croit en que sa destinée éternelle est
    irrévocablement fixée est prompt à indulgencier
    sans limites ses passions et à négliger ses devoirs
    religieux. S'il est l'héritier de la colère ses
    tentatives seraient inutiles et s'il est d'une
    nature ordonnée, elles seraient superflues.
    Serait-il sage de punir tous les tenants des
    hautes doctrines calvinistes comme si ils avaient
    commis, tous les crimes que l'on sait, des Antinomistes?
    Évidemment non. Le fait notable est qu'il existe
    de nombreux Calvinistes aussi moraux dans leur
    conduite que n'importe quel. Arminien, et beaucoup
    d'Arminiens aussi débridés que certains Calvinistes.
    C'est généralement impossible de raisonner sur
    les opinions par lesquelles un homme explique ses
    sentiments ou ses actions, et en fait, personne
    n'est sot assez pour raisonner ainsi, excepté
    quand on cherche un prétexte pour persécuter
    ses voisins. On commande au Chrétien sous la
    menace des plus fortes sanctions, d'être juste
    dans ses toutes actions. Mais à combien des
    trente-quatre millions de chrétiens pratiquants
    de ces îles, un homme de bon sens prêterait-il
    mille livres sans garanties? Assurément un homme
    qui agirait, pour un jour, muni de la supposition
    que tous les gens qui l'entourent seraient
    influencés par la religion qu'ils professent se
    ruinerait avant la nuit et personne n'agit sur
    cette base, dans la vie quotidienne quand
    il prête, emprunte, achète ou vend.
    Mais quand on doit oppresser quelques
    une de nos amies créatures, le problème
    est différent. Alors, nous représentons
    les motifs que nous savons si faibles quand
    il s'agit du bien comme étant omnipotents
    quand il s'agit du mal, ensuite, nous chargeons
    nos victimes de tous les vices et de toutes
    les folies vers lesquelles, leurs doctrines,
    même de loin, sembleraient tendre. Nous oublions
    que la même faiblesse, le même laxisme, la même
    disposition A préférer le présent au futur qui
    rendent les hommes pire qu'une bonne religion,
    les rend aussi meilleurs qu'une mauvaise.
    C'est de cette façon que nos ancêtres
    raisonnaient et que quelques personnes
    raisonnent encore aujourd'hui au sujet des catholiques.
    Les papistes croient qu'ils obéissent au Pape,
    le Pape, par une bulle a déposé la reine Élisabeth.
    Donc chaque papiste voudra traiter le reine comme
    une usurpatrice, il s'en suit que chaque papiste
    est un traître et qu'il doit être pendu,
    noyé ou écartelé. A cette logique, nous devons
    les lois les plus détestables qui aient jamais
    dégrader notre histoire.
    Peut-être la réponse
    se trouvent-elle dans les apparences.
    L’église de Rome a, peut-être commander de traiter
    la reine comme une usurpatrice, mais elle a aussi
    commander bien d'autres choses auxquelles
    ils n' obéirent jamais. Elle enjoint ses prêtres
    à la chasteté, pourtant vous les tancez, sans cesse,
    sur leur licence. Elle commande, trop souvent,
    à ses fidèles, d'être charitable envers les pauvres,
    de ne pas agioter ni de se battre en duel,
    d'éviter le théâtre. Obéissent-ils à ces injonctions?
    Si c'est un fait, que quelques uns d' entre eux
    observent strictement ces principes quand ils
    sont opposés à leurs passions et à leurs intérêts,
    n'y-il aurait-il aucune loyauté, aucune humanité,
    aucun goût du confort, même pas la peur de la
    mort ne serait suffisante pour les prévenir
    d'exécuter les ordres pervers de l' Église
    de Rome contre le souverain d'Angleterre?
    Quand on sait que beaucoup de ces gens se foutent
    assez de leur religion pour ne même pas éviter
    de manger du bœuf le vendredi, pourquoi
    penserions-nous qu'ils prendraient le risque
    d'être flagellé ou pendu pour elle Les gens
    pensent aujourd'hui des Juifs ce qu'ils
    pensaient jadis des papistes. La loi inscrite
    sur les murs interdit la convoitise, si nous
    disons qu'un Juif renoncerait à ses hypothèques
    parce que Dieu commande de ne pas convoiter la maison
    de son voisin, tous le monde penserait que nous
    aurions perdus la tête. L'argument qui consiste à
    penser que le Juif n'a pas d'intérêt à la
    prospérité du pays dans lequel il vit, qu'il
    n'en a aucun soucis, aussi mauvaises que soient
    les lois et la police, qu'il soit durement
    taxé ou non, qu'il soit asservi ou que l'on se
    partage ses dépouilles, parce que Dieu a promis,
    que par des moyens indéterminés dans une époque
    inconnue, peut-être dans dix mille ans,
    les Juifs émigreraient en Palestine. N'est pas
    là une profonde ignorance de la nature humaine?
    Ne savons nous pas que ce qui est lointain et
    peu probable affecte beaucoup moins l'être
    humain que ce qui est certain et tout près?
    On peut appliquer le raisonnement aussi
    certainement aux Chrétiens qu'aux Juifs.
    Le Chrétien, comme le Juif croit que dans une
    période future l'ordre présent des choses
    arrivera à sa fin. De plus, beaucoup de chrétiens
    croient que le Messie établira prochainement
    son royaume et son règne visible sur tous les
    habitants de la terre. quelque soit l'orthodoxie
    de la doctrine, le nombre de gens qui y adhère
    est infiniment plus grand que tous les Juifs
    résidant en Angleterre. Beaucoup de ceux qui
    le tiennent se distinguent par leurs rangs,
    leurs fortunes ou leurs talents On l'entend
    des chaires, à la fois, des Églises anglaises
    et écossaises. L'aristocratie et les membres
    du Parlement le défendent. en quoi donc diffère
    cette doctrine, dans ses tendances politiques,
    de celle des Juifs? Si un Juif est incapable
    de légiférer pour nous parce qu'il croit que
    lui ou ses lointains descendants se retrouveront
    un jour en Palestine, pouvons-nous,
    en toute sécurité, confier l'ouverture de la
    chambre des communes à un homme de la cinquième
    monarchie qui s'attend, à ce que, avant que sa
    génération ne disparaisse, tous les royaumes
    de la terre seront avalés par l' empire divin.
    Les Juifs s'engagent-ils avec moins d'entrain
    dans les compétitions qui leurs restent ouvertes?
    sont-ils moins actifs et réguliers dans leurs
    affaires que leurs voisins Meublent-ils mal
    leurs maisons parce qu' ils ne font que
    séjourner sur ces terres? L'attente de se voir
    restaurer sur la terre de leurs ancêtres la
    rendent-ils insensibles au cours de la bourse?
    Prennent-ils en compte, dans la gestion de leurs
    affaires, l'éventualité de migrer vers la Palestine
    sinon pourquoi supposons-nous que les attitudes qui
    n'influencèrent jamais leurs positions comme
    marchands ou comme testataires, acquéraient
    une influence sans bornes aussitôt qu'ils
    deviendraient magistrats ou législateurs?
    Il y a un autre argument, que nous ne voudrions
    pas traiter avec légèreté sans savoir comment
    le traiter avec sérieux. L’Écriture est pleine
    de dénonciations terribles contre les Juifs,
    on dit que ce sont des vagabonds,est-ce alors
    juste de leur donner un foyer il est naturel
    qu'ils soient opprimés, pouvons-nous souffrir
    qu'ils dirigent Les admettre aux droit
    de cité est manifestement une insulte aux oracles divins.
    Falsifier une prophétie inspirée par la sagesse
    divine serait le crime le plus atroce mais,
    heureusement pour notre fragile espèce,
    c'est un crime impossible à commettre.
    Si nous admettons les Juifs au Parlement,
    en le faisant, nous prouverions que les
    prophéties en question, quoi qu'elles veuillent
    dire ne signifient pas que les Juifs doivent
    être exclus du Parlement. En fait, il est clair
    que les prophéties ne contiennent pas le sens
    annoncé par les personnes respectables à qui
    nous répondons. En France et aux États-Unis,
    les Juifs sont déjà admis à tous les droits
    civils. Une prophétie qui signifierait que
    les Juifs, au cours de leur errance, ne seront
    jamais admis à la citoyenneté dans le lieu
    de leur séjour, serait fausse. Donc, ce n'est
    pas le sens des prophéties de l’Écriture.
    Nous contestons la pratique de confondre le
    précepte et la prophétie, de clamer des prédictions
    souvent obscures contre une moralité, elle,
    toujours claire. Si les actions sont justes
    et bonnes parce qu'elles ont été prédites,
    quelle action est plus louable, que le crime dont
    les bigots nous pressent de nous venger
    sur les Juifs, qui fit trembler la terre et arracha
    le soleil du ciel. Le même argument qui sert
    à justifier les incapacités imposées à nos
    compatriotes hébreux, justifierait également
    le baiser de Judas et le jugement de Pilate.
    Comme il est écrit, le fils de l'homme pardonne,
    mais maudit l'homme par lequel il a été trahi,
    et maudit ceux qui, à n'importe quelle époque,
    et dans tous les pays désobéirent à ses généreux
    commandements avec la prétention d'accomplir
    ses prédictions. Si ces arguments justifient
    les lois existantes à l'encontre des Juifs,
    elles justifient également toutes les cruautés
    furent commises contre eux, les édits généraux
    de bannissement et de confiscation, le donjon,
    la roue et le feu lent. Comment pouvons-nous nous
    excuser plus longtemps de laisser des propriétés
    à des gens qui "servent leurs ennemis dans la faim,
    la soif, la nudité et dans le besoin de toutes choses,
    de donner protection à ces gens qui ont peur du
    jour et de la nuit et qui craignent tout"
    de ne pas se saisir des enfants d'une race
    dont les "fils et les filles doivent être
    dispersés parmi tes autres peuples".
    Nous n'avons pas encore appris la 1eçon de
    celui qui nous commanda d' aimer notre prochain
    comme nous-même et qui répondit quand on lui
    demanda ce qu'il voulait dire par prochain
    choisit comme exemple l'hérétique et l'étranger.
    Souvenons-nous que l'année dernière,un écrivain
    pieux du journa1 " John Bull'' et par un autre
    chrétien également fervent,présentèrent comme
    une indécence monstrueuse, que la mesure pour
    l'émancipation des juifs soit présentée pendant
    la semaine de la passion. Un de ces humoristes
    recommanda qu ' elle fut une seconde fois le
    Vendredi Saint. Nous n'avons aucune objection,
    ni que ce jour ne soit célébré d'une manière
    plus adéquate. Nous ne connaissons pas de meilleur
    jour pour terminer de longues hostilités et réparer
    de cruels impairs, que le jour Où la religion de
    la pitié fut fondée, nous ne connaissons pas de
    jour plus approprié pour rayer des livres les
    dernières traces d 'une alternance que ce lui
    pendant lequel l' esprit d’intolérance,
    produisit le plus infect des crimes judiciaires
    le jour par lequel la liste des victimes de
    l'intolérance, cette noble liste, où sont
    inscris les noms de Socrate et de Thomas More,
    fut glorifié par un nom plus grand encore.
     
     
     
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    Sources: Critical & historical essays: vol. II
    Thomas Babington Macau1ay
    Dent & sons 1914