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12/06/2009

Un potin sur Dumas

Les livres que nous relisons ne sont pas toujours ceux que nous admirons le plus, nous les révisions pour de nombreuses raisons, comme nous choisissons de revoir ceux que nous aimons.Shakespeare, Molière, Montaigne, l' Egoïste, le Vicomte de Bragelonne, quelques nouvelles de Walter Scott, forment 1e cercle de mes intimes. Derrière arrive une troupe d' amis , Le progrès du pèlerin en tête, La Bible d'Espagne, tout près. Il y a d'autres, par ailleurs, qui doivent me regarder avec reproche quand je les passe sans les regarder, livres, qu'un ,jour, j' étudiai et, qu'aujourd'hui je visite rarement, j'ai de tristes relations et hésite à. le confesser avec Wordsworth, Horace, Burns et Hazlitt, puis il y a ceux qui connurent leur heure de gloire, brillants, qui chantent, charment, ensuite s’évanouissent dans l'insignifiance jusqu'à. la prochaine fois et enfin ceux qui me sourient et me taquine de temps en temps, je dois nommer Virgile et Herrick, qui étaient-ils, sinon les mêmes, parfois, tout au long de l'année, ils restèrent en ma compagnie avec les six noms de mes intimes littéraires permanents. A ces six, aussi incongrus que cela semble, je suis fidèle depuis très longtemps et j'espère le rester jusqu'au jour de ma mort. Je n'ai jamais lu Montaigne en entier, mais je n'aime pas demeurer sans en lire un peu, et mon plaisir ne diminue jamais. De Shakespeare j'ai tout lu sauf Richard III, Henri VI, Titus Andronic us et Tout est Bien Qui Finit Bien, et ceux-ci, d'en avoir fait l'essai, je sais que je les ne lirai plus, car pour payer mon infidélité je pourrai lire le reste pour l'éternité., Du suivant, Molière, sûrement un autre grand nom de la chrétienté, je pourrai dire la même chose, mais dans ce petit coin d'un petit essai, ces princes ne sont pas à. leur place, je me contenterai donc de payer l'octroi et de passer. Combien de fois ai-je lu Guy Mannering, Rob Roy, ou Le Gantelet Rouge, je ne peux pas le deviner ayant commencé trop tôt. Mais peut-être ai-je lu l' Egoïste quatre ou cinq fois et cinq ou six fois Le Vicomte de Bragelonne. . Certains qui accepteraient les autres pourraient se demander pourquoi j'ai passé tant de cette brève vie sur un ouvrage aussi peu fameux que le dernier. Et j'en suis surpris moi-même, non de ma propre dévotion, mais leur incompréhension. Mon accointance avec le Vicomte commença, quelque peu indirectement, en l'an de grâce 1863, quand' j'eu l'avantage d'étudier quelques plats à. dessert illustrés dans un hôtel de Nice. Dans la légende, je saluais le nom de d'Artagnan comme celui d'un viei1 ami, je l'avais rencontré un an plus tard dans un ouvrage de Mademoiselle Yonge. Mon premier bréviaire était une de ce~ éditions pirates qui s’exportaient de Bruxelles à. l'époque et qui laissèrent un grand nombre de petits volumes nets et pratiques. Je compris peu de choses des mérites du livre, mon premier souvenir est l'exécution d' Eymeric et de Lyodot, puis l’étrange témoignage de la sottise d'un garçon tellement subjugué par l'agitation de la place de Grève qu'il en oublie la visite de d'Artagnan aux deux financiers. Ma lecture suivante eut lieu en hiver, quand je vivais seul dans les Pentlands. Je revenais, au début de la nuit, d'une de mes patrouilles avec le berger, un visage amical m'attendait à. la porte, celui d'un bon chien qui se précipita au premier étage pour m'attraper mes pantoufles et je m'assis avec Te Vicomte pour une soirée longue et silencieuse, sous la lumière de la lampe, près du feu . Je ne sais pas pourquoi je l'appelle silencieuse alors qu'elle fut avivée par des claquements de sabots de chevaux, des roulements de mousqueterie et par des conversations animées. Et pourquoi appellerais-je ces soirées solitaires alors que j'y gagnai tant d' amis. Je voudrais quitter mon livre, lever les yeux, voir la neige, et les gouttes glacées d'un jardin écossais, et a lumière de la lune d'hiver illuminer les collines blanches. Ensuite je me tournerais vers ce champ ensoleillé et peuplé-, dans lequel il m'était si simple dl oublier les soucis qui m'environnent, un endroit aussi actif qu'une ville, brillant comme un théâtre frappé de faces mémorables et résonnant de voix délicieuses. Je portai cette menace épique jusque dans mes quartiers, j'en sortis indemne et replongeai dans le livre, à. nouveau, au petit-déjeuner et ce fut avec un pincement que je dus le laisser pour me tourner vers mes propres travaux. Nulle part ailleurs dans le monde, je n'ai trouvé des pages aussi charmantes, même mes amis ne sont pas aussi véridiques ni même, peut-être aussi chers, que d'Artagnan. Je retourne vers mon livre favori à de brefs intervalles, et j'en suis à ma dernière lecture ( que j'appelle ma cinquième) l'aimant mieux et l'admirant plus sérieusement que jamais. Je finis, sans doute, par me sentir propriétaire à force d'habiter dans ces six volumes. Je pense, peut-être, à la joie de d’Artagnan de me voir lire ses aventures, Louis XIV, ravi, tandis que Fouquet me jette un regard et Aramis, qui sait que je l'aime se montre de la meilleure grâce avec moi à la manière d'un vieux patron de spectacle. Attention, si je ne suis pas attentif, quelque chose peut m'arriver qui arriva à Georges IV après la bataille de Waterloo, je finis par trouver que le Vicomte De Bragelonne est, et Dieu sait combien, le meilleur de mes travaux. Au moins, je, m'avoue partisan quand je compare la popularité du Vicomte et celle de Montecristo, et de leurs frères aînés Les Trois Mousquetaires, je confesse, que je suis peiné et divisé. Pour ceux qui connaissent le héros titulaire, des pages de Vingt Ans Après, peut-être le titre leur semblera-t-il rebutant. Un homme pourrait très bien reculer s’il était supposé suivre, en six volumes, un chevalier si beau parleur, avec de si bonnes manières et enfin, si triste et solitaire. Mais le crainte est sans fondement, j'ai peut-être, déjà dis avoir passé les meilleures années de ma vie, dans ces six volumes, et ma complicité avec Raoul ne fut jamais meilleure, et quand , ayant prétendu ""être vivant depuis si longtemps, on tolère finalement qu'il prétende ""être, mort, je, me souviens parfois de la phrase d'un volume précédent Enfin, dit Miss Stewart, Il en s'adressant à Bragelonne, "" enfin, il a fait quelque chose, c'est ma foi bien heureux. Je m'en souviens, comme je vous le disais, et un instant plus tard c'est mon cher d'Artagnan, à la mort d'Athos, qui sombre dans de profonds sanglots, Alors, je ne peut que déplorer ma légèreté. Ou est ce La Vallière, vers qui le lecteur incline. Eh bien, là aussi, il a raison, mais pas tant que çà. Louise n'est pas un succès. Son créateur ne s'est épargné aucune peine, elle est bien faite, elle dit la vérité de temps en temps ne fût-ce que d'un soupir, elle engagerait même notre sympathie. Mais je n’ai jamais envié le triomphe du roi, et tant qu'à plaindre Bragelonne pour sa défaite, je ne lui souhaite d'autre, mal, non par absence de malice, mais d'imagination, que d’épouser cette dame. Madame m'enchante, je peux pardonner à cette royale péronnelle, ses plus sérieuses offenses, plaisanter et chuchoter avec le roi avant qu’il ne monte vers ta romance et quand il donné dans l' "Allons, aimez-moi donc " , c’est mon cœur qui se mêle au frisson du comte de Guiche. Avec Louise, le lecteur ne peut manquer de remarquer que ce qu'un auteur dit de la beauté' ou du charme de ses créatures compte pour rien, que d'emblée, nous en savons d'avantage, que l'héroïne ne peut ouvrir la bouche, qu'en un instant, les phrases les plus belles tombent autour d'elle comme les robes de Cendrillon, et elle s'est trahie, debout devant nous comme une souillon pauvre, laide et maladive ou peut-être une marchande bancale. Les auteurs, au moins ,le savent bien, une héroïne commencera, trop souvent, par le truc "devenir moche" et il n'y a pas de maladie plus difficile à guérir que celle-là. Je dis des auteurs, mais, vraiment, je jette un regard de côté vers un auteur en particulier, avec les travaux duquel je suis très intime, bien que-je ne puisse pas les lire, et celui qui passe de longues veilles assis à côté de ses poupées, qui salue et qui, comme un magicien, réveille son art pour restaurer jeunesse et beauté. Il y en a d'autres qui chevauchent trop haut pour ces mauvaises fortunes. Qui doute du charme de Rosalinde ? Arden soi-même n'en possédait davantage. Qui remit en question les délices durables de Rose Jocelyn, Lucy Desborough olara Middleton ? Femmes claires aux noms clairs, filles de Georges Meredith. Elisabeth Bennet n'a qu'appeler et je suis à ses genoux. Ah! Ceux ci sont les créateurs de femmes désirables. Ils ne seraient jamais tombés dans la boue avec Dumas et la pauvre La Vallière. Ma seule consolation, c'est qu'aucun d'eux, excepté le premier, ne sauta à la moustache de d’Artagnan. Une proportion d'autres lecteurs hésitent sur le seuil. Dans une gentilhommière aussi vaste, il existe certainement des escaliers de service ou des cuisines où personne n'aimerait séjourner, mais c'était pour le moins malheureux que le vestibule soit aussi mal éc1airé et ce n'est qu'au dix-septième chapitre quand d'Artagnan part pour chercher ses amis que le roman, je dois le confesser, fait fort assez, mais à partir de là, comme 1a fête se répand! Le moine enlevé, d'Artagnan enrichi, Mazarin mort, l' aventure, toujours délicieuse de Belle-Île, où Aramis rivalise d'esprit avec d'Artagnan, dans l'épilogue où il regagne sa supériorité morale. Les aventures amoureuses de Fontainebleau, avec l'histoire de Saint-Aignan sur la sécheresse et les affaires du comte de Guiche, de Wardes et Manicamp, Aramis fait général des Jésuites, Aramis embastillé, la conversation nocturne dans la forêt de Sénart, à nouveau Belle-I1e, avec la mort de Porthos, et finalement, la domestication de d'Artagnan, l'indomptable, sous la férule du jeune roi. Quelle autre nouvelle possède une telle variété épique et une pareille noblesse d'incidence, souvent, si vous voulez, impossible, dans le genre d'une histoire arabe et toutes basées sur la nature humaine. Si vous en venez là, quelle nouvelle a plus d'humanité ? Non pas étudiée au microscope, mais vue largement à la lumière du jour, d'un regard naturel ? Quelle nouvelle offre plus de bon sens, de gaieté, de subtilité, et de plus admirable et constant talent littéraire. De bonnes âmes, je suppose, doivent parfois le lire dans le travesti noirâtre de la traduction. Mais il n'y a pas de style si intraduisible, la lumière, comme le fouet d'un soupçon, solide comme de la soie, sage comme une légende villageoise, en ordre comme les quartiers d'un général, sur chaque faute, n’être pas si tatillon. Sans mérite, on a toujours raison. Une fois de plus, pour en terminer de mes' recommandations, quelle nouve1le est inspirée par une moralité plus entière et sans contrainte ? Oui, en dépit de Mademoiselle Yonge, qui m'introduisit au nom de d'Artagnan seulement pour me dissuader de connaître l'homme plus précisément, je dois ajouter la morale, il n'y pratiquement pas de bon livre sans morale. Mais le monde est vaste et ainsi va-t-elle. Une des quelques personnes qui se sont plongées dans les Mille et une Nuits de Sir Richard Burton se sera peut-être offensée des détails animaliers, une autre, qui considérait ceux ci comme inoffensifs aurait été choquée par la crapulerie et la cruauté de tous les caractères. De deux lecteurs, l'un s' émerveillerait de la morale comprise dans la mémoire religieuse et l'autre, par celle du vicomte de Bragelonne. A un point que personne n’aura tort. Nous nous entre choquerons toujours dans les arts et dans la vie, nous ne pouvons pas mettre de soleil dans notre tableau ni des abstractions exactes ( si cela existe) dans nos livres, encore heureux que dans certains, nous 'puissions marauder une impression de la grande lumière qui nous aveugle du ciel. Et dans d’autres, il règne, même sur des détails idiots, un esprit magnanime. J'éviterais d'envoyer au Vicomte un lecteur en quête de ce que nous pourrions appeler une moralité puritaine. Le mulâtre ventripotent, le grand mangeur, travailleur, gagnant et perdant, homme généreux avec un rire plein d'esprit, un homme de cœur et hélas d'une honnêteté douteuse, n'est pas une figure clairement définie aux yeux du monde, il attend encore un portrait sobre mais génial, mais quelque art ou quelque indulgence qu'il utilise, ce n'est pas un portrait précis. Dumas ne pense certainement pas à. lui-même, mais à. Planchet, quand il met dans la bouche du vieux serviteur de d'Artagnan, cette excellente profession : " Monsieur, j‘ étais une de ces bonnes pâtes d'hommes que Dieu a fait pour s'animer pendant un certain temps et pour trouver bonnes toutes les choses qui accompagnent leur séjour sur terre." Il pensait à. Planchet à. qui ces mots convenaient aussi bien qu'à. son créateur et peut-être qu'il y songea quand il écrivit ce qui suit " D'Artagnan s'assit alors, près de la fenêtre, et, cette philosophie de Planchet lui ayant paru solide, il y songea." Chez un homme qui trouve tout bon, vous trouverez rarement du zèle pour les vertus négatives l'actif seul aura du charme pour lui. L'abstinence, aussi sage et aussi bonne soit-elle, semblera toujours entièrement mauvaise et partiellement impie à. un tel juge. C'est ainsi avec Dumas, la chasteté n'est pas près de son cœur, et non plus, et à. ses dépends, la vertu de frugalité non plus qui est l'armure des artistes. Dans le Vicomte, il a beaucoup à faire dans le débat entre Fouquet et Colbert. La justice historique sera du côté de Colbert, de l'honnêteté officielle, de la compétence fiscale, et Dumas le savait bien il le montre au moins trois fois par le rire de . Colbert lui-même, au cours de la conversation animée dans les jardins de Saint-Mandé, une autre fois, Aramis y fait allusion dans la forêt de Sénart et finalement, Colbert triomphant l'expose clairement dans un discours magnifique. Mais de Fouquet, le gaspilleur, l’amoureux de la bonne chère, du raffinement et de l'art, le négociant habi1e de tant d'affaires, 1 'homme de bruit, l’homme de plaisir, l’homme qui n’est que parce que les autres sont, « Dumas y vit quelque chose de lui-même et croqua le personnage plus tendrement. Il est touchant de voir combien il insiste sur l'honneur de Fouquet, sans voir, vous diriez, comme cet honneur est impossible à restaurer, mais peut-être, à la lumière de sa propre vie, voyant trop bien, et agitant d'autant plus ce qui restait. L'honneur peut survivre à une blessure, il peut vivre et se traîner sans membres. L'homme rebondit de sa disgrâce, il bâtit de nouvelles fondations sur les ruines de l'ancienne, et quand son épée est brisée, il se battra vaillamment avec sa dague. Comme Fouquet dans e livre, comme Dumas sur le champ de bataille de la vie. Exhiber ce qui reste des qualités abîmées est un talent chez l'homme, chanter ses prières peut être difficilement appelé moralité chez l’écrivain. Et c'est ailleurs dans le caractère de d'Artagnan, que nous devons chercher cet esprit moral, qui est un des mérites principaux du livre et fait d'abord la joie de sa lecture, Ce qui le met fort au-dessus d'autres rivaux plus populaires. Athos, en vieillissant, s'est trc1nsformé en prêcheur d'une foi desséchée, mais d'Artagnan s'adoucit en un homme si spirituel, brut, aimable et droit, qu'il prend le cœur par surprise. Il n'y a rien dans le livre de ses vertus, rien n‘ ébauche sa civilité fine et naturelle, il naviguera près du vent, pas comme un Wesley ou un Robespierre, sa conscience est vide de tout raffinement que ce soit pour le bien ou pour le mal, mais il sonne vrai comme un bon écu. Les lecteurs qui approchèrent, non par des chemins de traverse, mais la grande avenue de cinq vo1umes des Trois Mousquetaires et de Vingt Ans Après, n'auront pas oublié le chausse-trape rapide, viril et parfaitement improbable qu'il imposa à. Milady. Et quel plaisir, quelle récompense, quelle leçon agréable de voir le vieux capitaine s'humilier devant le fils de l'homme dont il prit l'identité. Ici et partout, si je dois choisir des vertus pour moi-même et pour mes amis, laissez moi choisir 1es vertus de d'Artagnan. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de caractères aussi bien amenés dans Shakespeare, je dis qu'il n'y en a pas que j'aime autant. Il y a de nombreux yeux spirituels qui semblent espionner nos actions, les yeux de la mort et de l'absent, que nous imaginons nous retenir dans nos heures les plus intimes, que nous craignons scrupuleusement d'offenser nos témoins et nos juges. Et parmi ceux-ci, même si vous me trouvez puéril, je dois compter mon d'Artagnan, pas le d'Artagnan des mémoires que Thackeray prétendait préférer, une préférence, je le dis librement, qui n'est que la sienne, non pas le d'Artagnan de chair et de sang, mais celui fait d'encre et de papier, pas la nature, mais Dumas ! C'est le triomphe particulier de l'artiste , ne pas seulement être vrai, mais aimable, ne pas simplement convaincre, mais aussi enchanter. D’autre part, je ne peux me souvenir d’aucune œuvre d’imagination où la fin de la vie est représentée avec plus de tact que dans le Vicomte, et c'est incomparable. On me demandait l'autre jour si Dumas me faisait rire ou pleurer. Bien, dans les cinq dernières lectures que je fis du Vicomte, j'ai ri une fois, au petit commerce de Coquelin de Volière, l'esprit étonné de l'avoir fait, je surenchéris en continuant de sourire. Si vous me mettez un pistolet sur la gorge, je dois dire que la fable voyage d'un pied fort léger, à une distance mesurable de l' irréalité, mais pour ceux qui aiment les grands déploiements et l'authenticité des passions, cela semblerait pour le moins, inadéquat. Mais pas pour moi, qu'est-ce qu'un pauvre dîner ou un pauvre livre si je rencontre ceux que j'aime, et surtout dans le dernier volume où je trouve un singulier esprit .Il exhale une tristesse plaisante, tonique, toujours brave et jamais hystérique. Par-dessus la vie bruyante et encombrée par la foule de cette longue fable, le soir, graduellement, tombe, les lumières sont éteintes et les héros disparaissent un à un. Il s'en vont et pas un regret n'aigrit leur départ, les jeunes s'asseyent à leurs places, Louis XIV s'enfle et brille d'avantage, une autre génération et une autre France se lèvent à l'horizon, mais pour nous et ces vieux hommes que nous aimons depuis si longtemps, la fin inévitable est proche et près d'être bienvenue. Bien lire ceci anticipe l'expérience. Ah, si seulement, quand ces heures aux longues ombres tombent sur nous en réalité et non plus en imagination, nous pouvions faire face, l'esprit aussi calme. Mais je n'ai plus de papier les canons du siège tonnent sur la frontière hollandaise, et je dois dire adieu pour la cinquième fois à mon vieux camarade tombé au champ d'honneur. Adieu, ou plutôt au revoir! Et une sixième fois, cher d'Artagnan, nous enlèverons Monk et chevaucheront ensemble vers Belle-Île.

R.L. Stevenson, Memories & Portraits, Chatto & Windus. London 1917

11:01 Écrit par walloween dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dumas, d'artagnan, stevenson |  Facebook

11/06/2009

L'illusionniste

Steven Millhauser ne trafique pas dans les dans la perturbation émotionnelle ni dans le conflit interpersonnel. La plupart des auteurs de fiction essayent de faire ressembler leurs personnages à des gens réels, mais Millhauser, lui, les aplatit, donnant de ses livres l'impression d'être plus vrais que vrais. Pour lui, une observation méticuleuse fait le travail de la psychologie. Il est presque notre animiste de pointe, dans ses histoires, les mannequins sortent du magasin par la fenêtre et des peintures tapent sur le chapeau du quidam de passage. Ses véhicules pour ces effets sont les paraboles et la confession. Chaque phrase de Millhauser recèle une tranquillité inquiétante qui la rend immédiatement reconnaissable, au sentiment que chacune d'entre elle est enregistrée pour la postérité par le dernier homme vivant. Les 13 histoires terribles de "Rires Dangereux" nous réintroduisent dans un étrange royaume, fondé il y a cinq ans, dans sa collection précédente, " Le Roi dans L'Arbre " Après la première histoire décrite comme un croquis d'introduction, il divise le reste en trois sections " Les actes qui disparaissent", "Architectures impossibles" et " Histoires hérétiques". ( Vous pouvez recomposer les noms et les adjectifs à souhait). Ensemble, elles représentent la galerie typique de Millhauser de miniaturistes obsédés, des adolescents papelards fascinés en quête de mystérieuses filles évanescentes et des observations à propos des futures dystopiques que font miroiter avec une confiance malade, les politiciens des villes. Avec les années l'élégante prose milieu vingtième s'est encore affermie, alors, il déplace ses thèmes choisis avec davantage de confiance et de puissance. Dans l'épisode appelé " Les actes qui disparaissent", Millhauser présente des gens qui, d'une facon ou d'une autre cessent d'exister. L'histoire titre montre une collégienne ordinaire, avec un talent pour le rire orgasmique et qui profite de sa popularité. Quand, l'épidémie d'hilarité s'abat, un jour d'été, sur une foule d'adolescents la tue après que ses condisciples l'avaient jeté par la fenêtre pour aller au balayage communal. Le narrateur adolescent de " La Chambre dans le grenier ", se lie d'amitié avec Wolf, un nouveau compagnon de classe sympathique, préoccupé par la maladie inconnue de sa sœur qui la garde hors de l'école. Ce couple, Isabelle et David, gardent leur relation secrète pendant des mois dans une chambre obscure, ne se connaissant que par la voix et d'occasionnels attouchements. Davis grandit, tranquillement obsédé, mais le climax, quand Isabelle s'apprête à ouvrir les rideaux, il s'échappe et quand il revient quelques jours plus tard, elle a disparu envoyée, d'après sa mère, chez une tante dans le Maine. "Elle adorait les jeux, tous les jeux ", il s'en rappelle et se demande si ce n'était pas finalement son propre jeu, plus rêve que réalité. La personnalité glissante est aussi le thème de " La disparition d'Hélène Coleman " à propos d'une femme qui retourne dans son appartement loué et qui n'en ressort plus. La police enquête et ne trouve aucune trace de crime ni d'Hélène Coleman. La porte était fermée, la clé à l'intérieur, avec la porte feuille de la femme. " C'est vrai qu'une chose vue ne s'oublie pas ". Le narrateur ne se demande seulement pour reconnaître que c'est que c'est faux. Elaine Coleman, conclut-il, disparaît graduellement, " s'évanouissant, fixée par la longue habitude de passer inaperçue. La partie nommée "Histoires érotiques" contient une série alternée de passé récent. Harlan Crane, le sujet de "Un précurseur du cinéma" est petit illustrateur à New York durant la période préhistorique de l'industrie du film, à l'époque, quand une montagne de beaux jouets, de spectacles et d'amusement produisaient des impressions de mouvement vivantes et éclatantes. Les peintures de Crane exposée dans son théâtre phantoptique, sont si vivantes que beaucoup d'observateurs les voient vraiment bouger. L'illusion ou peut-être une hallucination partagée, d'après la spéculation de certains journaux mènent à des rixes et à la mort du spectateur, La ville ferme le phantoptique avant le lien potentiellement remarquable au monde inanimé ne puisse être confirmer. Thomas Edison domine " Le Magicien d'Orange Ouest", qui travaille sur une invention appelée Haptographe, machine qui, une fois perfectionnée, donnera à ses utilisateurs l'impression d'être touché. Mais à la dernière minute, une recherche plus rémunératrice, un séparateur de lingots captive l'imagination d'Edison. Le microscope du toucher est remis sur une étagère avec ses potentiels pour de nouvelles formes, de nouveaux touchés, tout un monde enfermé. Un objet qui fera apparaître le phonographe comme un jouet intelligent sans plus, croit le narrateur agité. Dans le remarquable "Ici à la Société Historique ", un narrateur anonyme défend la décision d'une petite société dans une ville de province d'améliorer ses expositions. Les vieux mousquets typiques et les têtes de flèches en silex des "Indiens Setaucus " avec l'éphémère de ce qu'il appelle le nouveau passé, par exemple de signes de voirie, des extincteurs, des poteaux de téléphone de notre ville, chaque pièce de monopoly et chaque raquette de badminton. Il y a des assistants qui comptent les aiguilles de chaque sapin et chaque parcelle de mica sur toutes les tuiles de chaque toit. Comme argument le narrateur est que le soleil se reflétant sur un morceau de cellophane reposant entre les chiendents d'une route parle plus éloquemment que l'histoire de Rome et conclut en offrant les clés de son univers fictionnel que " Le présent est le seul passé que nous ne connaîtrions jamais ". Les histoires sur les sociétés d'un future proche en quête de progrès techniques sont réunies sous le titre "Architectures Impossibles ". Dans "Le Dome", quelques individus, puis des villes entières et finalement une nation sont couvertes progressivement de domes de plus en plus grands, d'abord manufacturés par Viviglas, puis par Slenpidmax enfin par la société Celestilux Supérieur. La communauté au centre de "L'Autre Ville" conçoit son sens des réalités d'une ville adjointe identique ou chaque détail, jusqu'à la corde à sauter à manches rouges dans le jardin de Langley, est reconstitué à l'identique et tous les détails mis à jour en temps réel par des "maîtres réplicateurs". La ville dans "La Tour" vit dans l'ombre d'un édifice sans cesse grandissant, incarnation de l'ambition de se libérer de la mort et qui physiquement, aux derniers moments de l'histoire s'effondre. La dernière histoire mêle les nuances de la bible et de 9/11. "L'Autre Ville" semble un commentaire sur nos existences dominées par la télévision, Dans "Le Dome" le pays n'est plus un centre commercial mais une immense salle de spectacles fait penser que le véritable sujet de Millhauser est l'Amérique contemporaine. Mais, dans ce monde post moderne, le sens n'est jamais dévoilé. Ce sont des fables et non pas des allégories, leurs qualités hermétiques nous découragent d'errer hors du texte. Raison pour laquelle semble moins un disciple de Jorge Luis Borges, auquel on le compare parfois, que de Shirley Jackson ou même de "Twilight Zone". Ces nouvelles sont offertes à votre appréciation, rien de plus. Millhauser commença son voyage inhabituel en 192 par une biographie parodique "Edwin Mullhouse : La vie et la Mort d'un Ecrivain Américain 1943-1954 ". Supposée écrite par un contemporain précoce et attentif Jeffrey Cartwright. Tout les thèmes travaillés par l'auteur dans les dernières années se trouvent dans ce premier livre : le moi instable, la différence tranchante entre le reve et la réalité. Le pouvoir d'hystérie de la jeunesse. La manière avec laquelle Millhauser convoie un monde suburbain ou un glissement tranquille du soi prenait plus de place que la violence correspond à peu près à cette époque. Ses caractères n'on pas apparus ou disparus. Ils vivent sous le ciel indifférent du Connecticut, amarrés à la réalité par leurs pensées et par leurs livres. Depuis lors, une vigilance visuelle affinée, qui fait le fond de son style es son possesseur, sont arrivés à quelques succès. Peu de choses ont change pour Millhausser. Mais pas pour nous, plus de trente ans plus tard avec la vie vécue partout ouvrant la voie à l'internet et à la télévision réalité. Les chroniques qu'offre Millhauser de notre paysage semi-habité ne sont pas seulement brillantes mais aussi teintées de prescience.


Source: D.T. MAX
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21:46 Écrit par walloween dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman |  Facebook

04/06/2009

Fantômes, une famille toute hantée par le grelot des secrets.

Les Fantômes d'Annie par Steve Luxenberg

luxenberg.jpgSe tourner vers le passé ne faisait pas partie de l'éducation de Steve Luxenberg. Juif ayant grandi dans un faubourg massivement catholique de Detroit, dans les années 50 et 60, cachant son asthme à son entraîneur de basket-ball pour ne pas être laissé au banc, gagnât Harvard grâce à une bourse, il avait pris ses intuitions sur le monde de parents laborieux et de grands-parents, pauvres émigrants,  "qui semble vivre une amnésie collective à propos de quoi que ce soit de triste, de tragique ou de pré américain". "Nous n'entendions jamais d'histoires sur le vieux pays, de plus nous nous en foutions, Nous étions une famille américaine moderne regardant vers le futur plutôt que vers le passé, déterminés à faire quelque chose de nous-même. Luxenberg, use dans "Les Fantômes d'Annie" sa mémoire, démonstrative, sage et affective des secrets de famille et des absolutions posthumes. " Le passé n'était pas juste le passé, il était hors de propos". Ceux qui ont travaillé dans une rédaction connaissent cet adage " Si votre mère vous dit qu'elle vous aime, vérifiez quand même".. En 1995, La vieille mère veuve  de Luxenberg, qui chapitrait souvent ses enfants sur la solitude dont elle souffrit en grandissant comme une enfant unique, à 78 ans avoua à une assistante sociale qu'elle avait une sœur en institution. Beth, malade, déprimée et prête de mourir d'emphysème, son fils ne lui en parla jamais. Après son décès, il  décida de s'intéresser à la vie de cette tante fantôme  Annie Cohen. La seconde fille de Tillie et Hyman Cohen,  immigrants ukrainiens, née 1919 avec une jambe difforme et avec des problèmes mentaux qui la classerait aujourd'hui à la limite de la débilité mentale. Le premier secret qu'il découvrit et qui l'incitera à creuser bien plus loin que les "fantômes" du titre, derrière la vie malheureuse d'Annie, soit qu'elle ne fut pas séparée de sa famille à l'age de 2 ans comme le lui avait affirmé sa mère mais bien à 21 ans alors que Beth en avait 23, célibataire et vivant toujours à la maison. Beth ne fut jamais été enfant unique, comme l'avait écrit Luxenberg les annonces nécrologiques préparées pour les journaux de Detroit mais elle avait vécu jusque l'age adulte sous le même toit qu'Annie, en compagnie de la honte et du stigmate d'avoir un membre de la famille malade à une époque ou les difformités physiques et mentales étaient comprises comme un sombre atavisme qui se reflétait sur chaque membre de la maisonnée. Comment était-ce possible ? Pourquoi sa mère avait -elle caché Annie ? Son père connaissait-il le secret ? Qui d'autre savait ? Comme Luxenberg se plongeait dans chaque question, le voyage du lecteur ne s'arrête pas simplement au passé familial de l'auteur mais aussi au monde ou ils habitent, un monde de secrets et de mensonges, de changements de noms, en partie du à  un fonctionnaire, d'autres intentionnels, qui s'incrustèrent profondément dans les efforts de la génération de ses parents pour aller vers l'avant et s'assimiler. Comme l'auteur le découvre, la forclusion de ses parents n'était pas seulement due à la douleur mais surtout à la crainte de bloquer le future. Sans avoir sa mère pour le lui demander, il structura ses investigations autour de la question fondamentale : Pourquoi ? Pourquoi sa mère avait-elle enterré sa sœur 32 ans avant qu'elle ne meure ? Sa quête le conduisit dans un nombre incalculable d'administrations et d'archives, chez tous ceux qui connaissaient Beth Luxenberg dans les années trente et quarante, Quand elle était Bertha Cohen et qu'elle vivait à la maison avec une sœur handicapée, jusque chez des experts en orthopédie, en schizophrénie et en Holocauste et finalement dans une petite ville d'Ukraine ou ses grands-parents avaient grandi, apparemment cousins au premier degré. Luxenberg est un journaliste exhaustif et méticuleux et il se pose les bonnes questions, ne pas céder à sa subjectivité, songer à la mémoire défaillante de ses sources et de non-dits vieux d'un demi-siècle. Il fait attention à ne pas guider le témoin qu'il puisse dire ce qu'il veut entendre. Il va parfois trop loin dans la description des minutes de son témoignage et détaille par trop de digressions ce qu'il a à dire, comme par exemple l'histoire des instituts de santé mentale de Détroit et les pratiques barbares telle que la thérapie par choc insulinique, qu'à la fin, Annie, eut quand même la chance d'éviter. Mais comme il est en même temps le fils de Beth et le neveu d'Annie, il a le sentiment très fort d'être le bénéficiaire de la fière détermination de sa mère à ne pas être tracassée par le passé. Beth répéta souvent à son fils qu'elle l'aimait. Et il lui rend son amour comme une élégie dans "Les Fantômes d'Annie". Poignant exercice d'investigation, rempli d'empathie et de vérité chagrinée.

Barry Werth pour le  Washington Post

 

12:13 Écrit par walloween dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : steve luxenberg |  Facebook

30/05/2009

Figures emblématiques du surréalisme catalan

On peut hésiter entre Torres García et son  époque catalane, Pau Gargallo, Joan Miró ou Picasso en  art ou d'autre part Joan Salvat-Papasseit, Josep Maria Junoy et  J.V.Foix dans les lettres. Sans oublier des mouvements plus que des organisations comme ADLAN et GATPAC Et bien sûr des revues de courte durée mais de tant de valeur (hèlix, Art…)  Si on tente de réduire le commentaire à quelques exemples sans retraduire l'atmosphère de l'époque qui explique la production des œuvres examinées. Vivre la Catalogne dans une euphorie d'enthousiasme et de ferveur contredit la chronologie historique. Dans la période étudiée entre la Semaine tragique de Barcelone en 1909, la première guerre mondiale(1914-1918) et la neutralité de l'Espagne, la dictature de Primo de Rivera (1923) et la Guerre Civile en 36. Pourquoi parler d'enthousiasme? Parce que entre le 14  avril  1931, la proclamation de la  niña bonita, la república de los trabajadores naquit sans verser une goutte de sang. Comment parler d'enthousiasme? Son intronisation se manifeste par les troubles entre la police espagnole et une modalité nouvelle catalane émerge en assumant une nouvelle façon de voir les relations avec la Castille par la reconnaissance et les relations mutuelles. Parallèlement, Gabriel Alomar revendiquera la paternité d'un catalanisme socialiste tourné vers le dialogue des différents protagonistes de la péninsule et l'état central. Utopie? En tout état de cause, cette période d'essais féconds fût courte, Période de sa vie(1932-1934/36) qui coïncide avec la déclaration de l'état catalan et l'établissement de la première généralité présidée par Francesc Macià. Toute l'avant-garde est tributaire d'un groupe réduit pour ne pas dire de quelques individus.Ainsi l'entend Salvador Dalí Depuis ses ismes, l'heure de l'individualisme est passée, ton heure Salvador! La prééminence patente des noms qui défilent au panthéon de l'art semblent imprescriptibles mais déjà, s'entrevoit l'humus qui facilite sa croissance. Sous-sol qui constitue et réfléchit l'émergence des figures les plus significatives. La figure la plus marquée des lettres catalanes de l'époque est sans conteste celle de J.V.Foix. qui partage sa position digame philo-catalaniste, peu connaisse son œuvre poétique. Lecteur de Maurras ou il trouva une forte conviction nationaliste essentiellement fondée sur la défense de la langue catalane. Il fera partie des écrivains qui refuseront de se renier, pendant la répression, en écrivant dans une autre langue que le catalan en se condamnant à l'exil intérieur et au silence éditorial s'il n'était clandestin. Face à l'affaissement et à l'adultération de la langue, il se montra toujours intransigeant, dénonçant tout y compris la lecture des modernes et conseillait la pratique exclusive des anciens. Adhérer à une esthétique de rupture impliquait une maturité culturelle suffisante pour se lever et  proclamer une alternative. Foix voyait dans la fragilité matérielle des institutions catalanes un danger guettant les jeunes générations après l'expérience qu'il eut lui-même de l'étrange et récente abîme socio-politique. Foix apparaît bon connaisseur des modalités futuristes(calligrammes) et surréalistes: KRTU (1927) et Gertrudis (1932) un livre qui adopte et adapte ses souvenirs à la manière de Papa André Breton, il ne cesse pas de faire valoir l'investigation onirique, l'écriture automatique et d'autres innovations qui se suivent, à propos, en forme de sonnets, il sait aussi se concilier la tradition de la forme et l'avant-garde thématique et expressive. Ici apparaît toute l'importance de l'article Teoría y práctica del sud-realismo (1930) qui se compare à la théorie bretonienne à l'entour si particulier de ce foixisme méditérannéïste. Sans oublier le dialogue établi et continu entre le poète et ses amis peintres Miró, Antoni Tàpies… qui se prolonge tout au long de sa vie par la réalisation de livres d'artistes. Le calligramme Poema de Catalunya  à une importance spéciale en mettant en évidence une forme calligrammatique reproduit à l'usage par Apollinaire et ses amis futuristes, forme, ici, plus proche d'un poème figuratif que d'un véritable calligramme. Il ajoute les thèmes et les éléments énoncés quant il écrit Catalunya, mar mediterrani et trace des triangles isocèles inversion au symbolisme clair sans plus le développer mais avec des réminiscences d'une autre étude antérieure énonçant en toute lumière l'exaltation d'une patrie, la revendication d'une culture incluant l'adhésion à une communauté prononcée par la métaphore géométrique. On voit se concrétiser dans le poème l'affirmation de catalinité, une première lecture, sans nostalgie du passé et avec une volonté proclamée de futur. Ainsi apparaît l'option à la fois circulaire et anbigue qui ne peut s'empêcher la stance de lamentation la plus programmée de sa poétique Lletra a Clara Sobirós, texte évidé: rêve et réalité à l'intérieur d'une inébranlable option catalane, servitude envers la langue et la communauté. Autre protagoniste, joseph Dalman archétype de l'ouverture à l'Europe et de la volonté d'une affirmation moderniste, sur les sentiers de l'avant-garde catalane du début du siècle. Chapelier de profession et marchand d'antiquités, il se consacre très tôt à la promotion de l'art contemporain jusqu'à en subir des désagréments économiques pour son établissement, ce qui est beaucoup dire pour un galeriste. A ce marchand atypique, on doit la présentation en 1912, pour la première fois dans péninsule, de quelques-unes des premières œuvres cubistes. Parmi lesquelles apparaît Marcel Duchamp et une grande série d'artistes, au nom aujourd'hui fameux. Mais durant tout ce temps, il ne vendit ni Albert Gleizes en 1916 ni  Serge Charchoune en 1917, ni Joan Miró en 1918 ni Dalí en1925, etc... Dans sa galerie se rencontrèrent les artistes européens de Paris de la guerre(1917) et parmi eux Picabia et ses amis Robert et Sonia Delaunay, Hans Harp… lui apportant un support économique et logistique à la publication de la revue 391 pendant le séjour de Picabia, son créateur, à Barcelone. Dalman se fît non seulement le promoteur de l'avant-garde étrangère et locale en Catalogne mais il entreprit aussi la projection de l'art catalan à l'extérieur en assurant ma première exposition de Miró à Paris. Un autre versant de son action se trouve dans la récollection vitale de l'art catalan, vision anticipative d'une ouverture maintenue pour le restant du siècle. Paris fût, était de deviendra l'interlocuteur privilégié dans le temps historique considéré. De la capitale française partait et retournait toute parole créatrice afin de recevoir un acte de reconnaissance. Ce dialogue s'affichait presque toujours à partie de contacts personnels, sans oublier les échanges épistolaires et les chroniques de presse qui s'inter changeaient. Sans oublier le recueil L'instant(1919) qui par sa seule présence enregistre l'existence d'une éphémère revue franco-catalane, au nom éponyme lisible dans les deux langues, éditée à París et plus tard à  Barcelone, Son fondateur Joan Pérez Jorba servit de lien entre les littératures catalanes(Josep Maria Junoy) et PAB (Pierre Albert-Birot), créateur de la revue SIC  et promoteur actif de la nouvelle esthétique à París.

 
 

 
 
 

13:35 Écrit par walloween dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : barcelone, catalogne, surréalisme |  Facebook