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Politique - Page 12

  • Heidegger rendu kascher

     

    En 2005, c'était l'année Sartre, centenaire du célèbre existentialiste, A Paris les libraires étaient noyés de publications commémoratives, Presque chaque journaux consacraient des pages spéciales à son propos. La toute nouvelle bibliothèque de France montait une exposition multimédia des souvenirs saillants de sa carrière ainsi que quelques rares séquences filmées de ses pièces, L'obligatoire CD d'entretiens oubliés stratégiquement placés près de la caisse et ainsi tenter la compulsion de l'aficionado et comme prévu, à l'étranger et en France d'innombrables conférences et colloques au long cours dévoués à son travail. Paradoxalement, personne n'avait l'air de savoir quoi dire, D'un coté, personne n'a dominé la vie intellectuelle de son siècle comme Jean-Paul Sartre, en fait, personne ne l'approcha. C'est là que réside le problème, Après tout, à l'exception de la poésie, il excella dans toutes les disciplines littéraires imaginables, traités de philosophie, nouvelles, histoires courtes, essais, théâtre, biographies et manifestes politiques. On parle encore aujourd'hui de beaucoup d'entre elles. A une époque de spécialisation obérant l'esprit, Sartre apparaissait comme un anachronisme bienvenu, un véritable homme de la renaissance. De plus, après la guerre, il hérita du manteau convenu de l'intellectuel engagé, vénérable tradition datant de Victor Hugo et d'Émile Zola. En 1961, il signa le manifeste des 121 protestant contre la brutalité de la guerre en Algérie en pressant les troupes françaises de déserter, il provoqua délibérément l'autorité politique française, Quand les conseillers de de Gaulle le pressèrent de mettre le philosophe gaffeur aux arrêts, de Gaule répondit avec emphase: «on n'arrête pas Voltaire!» Alors, comment faire pour le célébrer, son polymorphisme quintessencié, une figure qui, sans forfanterie, excella dans virtuellement toutes les entreprises qu'il engagea? Qui, en fait, est vraiment qualifié pour faire justice à ses résultats pluridisciplinaires, aux nombreuses facettes de son œuvre? Quand il vivait toujours, on pouvait, au moins, s'adresser successivement à chaque livre, traité ou article de manière sérielle, au moment ou elles apparaissaient, Sa mort nous a privé de cette règle de trois. Les possibilités d'évaluation donne le tournis et sont sans limites. Mais il existe une autre raison à l'inflation du centenaire. Parmi les intellectuels, avec l'atmosphère politique turbide d'aujourd'hui, le concept d'engagement de Sartre est devenu une source de mauvaise conscience. De plusieurs manières, il était ce que nous ne sommes pas et ce que nous ne pourrons, en étant réaliste, plus jamais devenir. Naturellement, il a commis d'ingrates erreurs dans son jugement politique, Jusqu'en 1973, il pouvait encore proclamer que l'échec de la révolution française venait du fait que les jacobins n'avaient pas accepté de tuer plus de monde. Un peu après, le soi-disant moment anti-totalitaire trouva ses marques parmi les écrivains français et les meneurs de l'opinion, Dissidence devint le nouveau mot de passe, Le style de militantisme de Sartre perdit rapidement de sa vogue, Une génération plus jeune firent un adieu sans fard aux tentations et aux illusions du gauchisme, Sartre représentait un héros de l'ego marxiste à vaincre pour faire en sorte que le libéralisme français puisse vivre, Plus tard, les intellectuels français se rappelèrent les injustices du néo-libéralisme, Ironiquement, ils n'avaient qu'eux-mêmes à blâmer.

    Cette année, en France, c'est l'année Lévinas, Le philosophe français, né en Lituanie (1906-1995), mourut un peu avant son quatre vingt dixième. Il existe des faits quelques faits pervers à propos de la chronologie commémorative, Sous de nombreux aspects, Emmanuel Lévinas incarnait l' anti-Sartre. Comme l'auteur de l'Être et le Néant, il était amoureux de la culture allemande et comme Sartre, se voyait aussi comme un héritier de la méthode phénoménologique conçue par Edmund Husserl

    et utilisée par Martin. Mais, c'est plus ou moins là ou les ressemblances cessent, Ce ne serait pas exagérer de décrire l'entière tentative de Lévinas comme une machine de guerre dirigée contre l'humanisme existentialiste sartrien, Avec Sartre, c'est l'en soi qui est la conscience, valeur conceptuelle originelle tiré du système archimédien. Inversement, pour Lévinas, c'est l'autre, autrui dans toute son étrangeté métaphysique sans apprêt. Bien que nés tout deux dans l'intervalle d'une année, l'anti sartrisme de Lévinas porte un caractère œdipien distinctif, La version sartrienne de existentialisme doit périr pour que celle de Lévinas vive. En fait, pour la génération de penseurs français arrivant à maturité dans les années quarante et cinquante, la présence de Sartre était tellement titanesque que d'égorger Sartre le père devint un rite de passage obligatoire. En dominant si complètement chaque champ de la quête littéraire, ses héritiers potentiels sentaient qu'ils manquaient de souffle. Tous, Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes, Michel Foucault, et les deux Jacques, Derrida et Lacan, à un moment ou à un autre tirèrent des explosifs textuels enduits de venin dans la direction du maitre. Sous le couvert de la «mort de l'auteur», les penseurs structuralistes, espéraient secrètement d'évincer rapidement Sartre. Lévinas n'était rien sinon une vocation tardive. Son œuvre majeure, Totalité et Infini, parut en 1961 quand il avait déjà 55 ans. Les acclamations du milieu philosophique arrivèrent encore plus tard. Pas avant 1980, quand Lévinas, septuagénaire, la France, sa patrie adoptive, prit l'illustre et prolifique immigrant sous son aile. La France avait une longue histoire d'accueil des intellectuels et des universitaires étrangers: Jean Piaget, Lévi-Strauss, Derrida et Julia Kristeva tous nés hors de France métropolitaine, Parfois, il leur fallu plus de temps pour être reconnu.

    Dans le cas de Lévinas, les difficultés se trouvaient mêlées aux hasards de la biographie. Par plusieurs cotés, sa philosophie reflète son propre itinéraire distinct, marginal et pérenne, Dans sa jeunesse Lévinas et sa famille furent déplacé de sa ville natale de Kaunas vers l' Ukraine aux approches de la première guerre mondiale. Il y fréquenta l'école secondaire. Mais, la révolution bolchevique, et la guerre civile suivirent et il fut impossible de rester, Toute la famille retourna vers la Lituanie nouvellement indépendante ou elle espérait trouver finalement la tranquillité mais l'installation du nationalisme lituanien rendait les choses difficiles aux russophones tels les Lévinas. Alors, en 1923, la famille déménagea à nouveau, cette fois-ci vers Strasbourg ville française la plus proche de Kaunas. En 1923 s'inscrivit à l'université de Strasbourg, compléta une thèse sur Husserl en 1930. Mais, à la place de suivre une carrière universitaire, comme ses mentors l'en pressèrent au regard de ses talents philosophiques prodigieux, il prit un poste à l'alliance israélite universelle, une organisation chargée d'acculturer les Juifs d'Europe de l'est et de défendre les minorités juives. À la fin des années trente rejoignit l'armée française, La même année, son unité fut capturée durant l'ignominieuse «étrange défaite » rendue aux mais de l'armée allemande. La mauvaise fortune enferma Lévinas dans un camp de prisonniers pour le reste de la guerre, autre recul de ses aspirations vocationnelles en tant que philosophe mais pour lui, juif français né à l'étranger, les choses auraient pu tourner beaucoup plus mal. Après la guerre, il enseigna à l'école normale israélite orientale, une école préparatoire pour instituteurs juifs. Ce n'est qu'en 1961 qu'il termina la thèse de doctorat qui lui valut une position à l'université de Poitiers, En 1973, à l'age de 67 ans reçu une chaire à la Sorbonne, pinacle de la vie universitaire française. Trois ans plus tard, il prit sa retraite. Il obtint une reconnaissance tardivement et circonstancielle. Ses réalisations de philosophe sont considérables et il apportait une dimension éthique qui manquait tellement aux structuralistes. Dans les années 80, le structuralisme tomba de grâce. Les structuralistes et leurs héritiers tardifs, Foucault et Derrida s'étaient lancés dans une critique toujours plus large de la société, théorie humaniste plaçant l'homme au centre de ses analyses, en gardant à l'esprit un des textes de Sartre les plus lus d'après-guerre, «l'Existentialisme est un humanisme». Dans cette ordre de choses, Foucault prophétisa que l'homme allait bientôt balayé comme un dessin sur le sable effacé par la marée et qu'après çà, on se sentirait bien mieux. Dans les années 70 et 80, les intellectuels français, déchirés, désillusionnés par le communisme, abusés et déçus par la dissidence à l'est, découvrirent «les droits de l'homme»; A partir de là, cela devint la quadrature du cercle: on ne pouvait se poser en détracteur de l'humanisme tout en reprenant les couplets des droits de l'homme. Le rejet du paradigme anti humaniste prit de la cinétique quand les implications pro nazie de qu'il termina sa thèse de doctorat qui lui valut furent connues dans toute leur étendue. Puisque c'était les assauts radicaux de qu'il termina sa thèse de doctorat qui lui valut contre l'humanisme sartrien qui avait donné le ton et les munitions pour les attaques structuralistes ultérieures.

    Dans son essai de 1941, «Souvenirs Métaphysiques», Heidegger déclare » l'histoire de l'être n'est ni l'histoire de l'homme ni celle des relations du surmoi au soi, l'histoire du moi est unique. En 46, cinq ans plus tard, il adresse une «Lettre sur l'humanisme» à un interlocuteur français ou il clame que le concept d'homme est le point d'entrée pour qui veut comprendre l'être. Cette lettre, manifeste anti sartrien radical deviendra par certain de ses aspects le texte fondateur de la philosophie française d'après guerre. L'anti cartésianisme résolu de Heidegger, son rejet du cogito comme point de départ de la philosophie, a permis aux intellectuels français d'échapper aux contraintes et aux limitations de leurs traditions intellectuelles indigènes, En somme, il a permis aux intellectuels français d'être moins nationaux. En France l'étoile de Heidegger se levait quand celle de Marx déclina. Elle séduisit les gauchistes désenchantés qui réalisaient tardivement que le futur radieux de l'Union Soviétique n'était pas celui qu'ils avaient espéré. Les disciples d'Heidegger en conclurent que le marxisme n'était pas la solution mais bien le problème. Ils limogèrent la doctrine marxiste du prolétariat comme une autre forme des échecs de l'humanisme occidental. La classe ouvrière n'était plus qu'une autre incarnation du «sujet métaphysique» dans son ensemble. Cette popularité grandissante exprimait à la paralysie politique et sociale largement ressentie sous la «dictature présidentielle»

    (1958-1969) de Charles de Gaulle, justification pro vita sua pour une génération de penseurs français ayant abandonner les barricades pour les platitudes de la critique culturelle allemande des années 20. En vilipendant la subjectivité et la conscience, ce à quoi Sartre apportait du prix, les heideggériens français ont complètement inhibé la passivité politique invalidante du maitre dictée par l'idée que toute action humaine est finalement stérile. Si on en croit Heidegger, l'Être détermine tout, la contribution des hommes et des femmes est épiphénoménale, et pour la plupart du temps sans objet. Alors, la seule chose que nous pouvons faire, comme Heidegger le dit une fois, est d'attendre Dieu patiemment qui «peut nous aider». Quand les philosophes français remplacèrent imprudemment Marx par Heidegger, ils jetèrent simultanément l' émancipation humanisme à la poubelle, Ils échangèrent la liberté pour les «mystères» du «Soi» La philosophie de Heidegger trouve ses prédicats dans une critique radicale de la raison et de la métaphysique. Un jour, il observa que «la raison, glorifiée durant des siècles est l'adversaire la plus féroce de la pensée». Mais, en rejetant la raison, Heidegger et ses disciples français détruisirent le lien essentiel entre vision et émancipation. Socrate dicta que «la connaissance est vertu». En d'autres mots: l'intuition et la réflexion sont les clés d'une vie bien vécue. Comme Socrate le déclare, «une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue». Sans l'association entre vision, intuition et émancipation, ni la doctrine de Marx ni celle de Freud ne sont possibles et pour eux, comme pour Socrate, connaissance et liberté humaine sont coalescentes. En heiddegérien convalescent, Sartre comprit le problème mieux que personne, Il réalisa qu'une philosophie comme celle d'Heidegger, qui demande une obéissance sans questions à l'innommé, à d'autres puissances comme l'Être, les dieux, la foi etc. est une garantie d'aliénation humaine. Comme Sartre le remarque astucieusement, en prêchant la soumission et plus tard l'autoritarisme, une philosophie qui subordonne l'humain à ce qui est autre que l'homme a pour base et pour conséquence la haine, soit il est soit il est l'autre. Choisir la seconde doctrine fait simplement d'une victime le complice de son aliénation.

    A la fin des années 80 le vide moral de la philosophie d'Heidegger se trouva pleinement exposée. Par dessus tout, elle manquait d'éthique. Pour ses disciples français, l'éthique avait semblé superflue, redondante de l'antique schéma de l'humanisme occidentale. L'éthique implique la notion de rédemption épouse du paradigme de la subjectivité, niée vigoureusement par les structuralistes et leurs alliés heideggériens qui cherchèrent fébrilement à la nier. Lévinas fournissait donc ce qu'ils cherchaient, une doctrine éthique solide consistante avec les prémisses de l'anti humanisme critique. Ainsi, le docent de Kaunas devint l'improbable sauveur d'une tradition fondée par un ancien nazi. Quel en était le bénéfice. Aucun, Les anti humanistes français régressent au regard de l'existentialisme sartrien. Sartre soutient que l'action humaine au monde a un sens. Contrairement à Heidegger, il croit sincèrement que le question de la liberté demeure. Sa œuvre constitue la méditation d'une vie sur la signification et les paramètres de cet impératif moral et existentiel fondamental. A la afin des années cinquante, Sartre réalise les contradictions du stoïcisme cartésien exposé dans l'Être et le Néant. Afin de la réduire, il se tourne vers l'histoire et le marxisme. On dit souvent que le dit des grands philosophes peut souvent se réduire à une phrase telle le «connais toi» de Socrate, le «je pense donc je suis», pour Hegel, «unité de la substance et du sujet», pour Kierkegaard, «la vérité est subjective» et pour Lévinas, ce serait «l'éthique comme philosophie première». En 1928 Lévinas se rendit à Fribourg pour étudier avec Husserl. Mais son enthousiasme pour l'auteur de « Philosophie et Rigueur Scientifique» fondit rapidement. A son point de vue Husserl, comme Descartes restait trop attachés au paradigme de l'ego ou «conscience» ce qui l'intéressait rassemblait les questions qui perfuse hors du champ de la conscience. Rapidement, il fut introduit auprès d'Heidegger et ses allégeances changèrent brusquement de direction. Comme Lévinas le dit «j'ai l'impression d'être allé à Fribourg en pensant visiter Husserl et j'ai trouvé Heidegger à la place, chez qui il rencontra une riche audace philosophique mal acceptée dans la pensée contemporaine. Avec Heidegger, la philosophie transcende l'auto référentiel confiné de la conscience et accède au plan de la vie et du monde. Il avait senti que la phénoménologie husserlienne resta attachée à l'aride rationalisme du néo kantisme régnant. Comme tel, elle restait étroitement focalisée sur la perception et le cognition. Avec Heidegger, au contraire, on parlait de quotidien, d'authenticité, d'historicité, de l'être au delà de la mort. Ce que Lévinas trouvait très stimulant comme une génération entière de jeunes allemands qui en entendant « La rumeur du roi caché» processionnèrent pour écouter ses cours. Afin d'éviter l' afflux d'étudiants par trop motivés, il donnait souvent la classe à sept heures du matin. Le jeune Lévinas se pensait heideggérien orthodoxe. Il assista au fameux débat de Davos entre Heidegger et Ernst Cassirer en applaudissant avec enthousiasme au triomphe de Heidegger. Pour beaucoup, c'était le passage du témoin d'un néo kantisme rassis à la forme vigoureuse d'existentialisme propre à Heidegger. Dans les années 30, Lévinas rédigeât plusieurs articles sortant des sentiers battus sur la philosophie d'Heidegger. Dans l'un d'eux, il s'enthousiasmait: « Personne qui s'intéresse la philosophie ne peut s'empêcher de déclarer, devant le corpus heideggérien, que l'originalité et la puissance de son effort, né du génie, se sont alliées la conscience, la méticulosité et à une solide élaboration.» Il venait de terminer sa dissertation sur la théorie de l'intuition de Husserl et projeta d'écrire un livre dur Heidegger. Son entrée au parti nazi, le premier mai 1933, changea tout. Heidegger avait succombé à l'illusion qu'il pourrait « guider le guide» (den Führer führen), qu'il pourrait jouer le philosophe roi du tyran résident de l'Allemagne, Adolphe Hitler. En ceci; il se montra plus royaliste que le roi en disant: «Ne laissez pas les doctrines et les idées régler votre être, le Führer et lui seul est le présent et l'avenir de l'Allemagne et sa loi.»Il réalisa rapidement son erreur: la révolution nazie n'était pas destinée à rendre le monde plus sur pour l'Être, comme il l'avait espéré. Néanmoins, il existe des erreurs politiques pou lesquelles un philosophe peut implorer le pardon, mais il y en a une autre, du genre impardonnable. Son enthousiasme pour la révolution brune, loyauté à laquelle il refusa de renoncer, d'une variété plus tardive. A la lumière de l'adhésion de Heidegger au nazisme, Lévinas se sentit obligé de réévaluer son heideggérianisme passionné. La problème ne résidait pas dans le fait qu'Heidegger, l'individu empirique soit devenu nazi mais il se sentait obligé de justifier son choix politique dans un idiome tiré de son propre style de philosophie de l'existence. Toute l'affaire suscite le sentiment d'une attitude schizophrénique de la part de Lévinas. D'une part, certains choix heideggériens, la critique du point de vue du sujet transcendantal gardait sa validité. De l'autre, la proximité d'Heidegger au nazisme lui donnait le sentiment simultané que cette philosophie était pourrie jusqu'à l'os. Lévinas tente de résoudre ou de travailler le problème par étapes. Dans «Réflexions sur la Philosophie de l'Hitlérisme» en 1934, il condamne le nazisme comme une forme de néo paganisme qui menace les traditions judéo-chrétiennes. Une de ses cibles fut Heidegger, qui avait renoncé au christianisme et resta un athée déclaré. Plus tard, son analyse s'affina dans une perspective plus complète entre le nazisme et la pensée occidentale en général. Après la guerre, la terrible révélation des camps de la mort, dans lesquelles la plupart de la famille étendue de Lévinas avait péri, lui fit reconsidérer la tradition occidentale dans son ensemble. Comment se fait-il, que la philosophie occidentale, malgré son sublime naturel et sa grandeur, soit resté impuissante à prévenir la manie génocidaire des nazis? Pensée d'autant plus infecte, que face à la réalisation du mal radical, l'occident n'a put que démontrer l'impuissance de sa compréhension. Ces réflexions l'amène à mettre en cause des pans entiers de la tradition philosophique occidentale. La question principale réside dans l'habitude immémoriale de la métaphysique à privilégier l'ontologie, l'étude de l'Être alors que l'essentiel, c'est l'éthique. En d'autres mots, les traditions philosophiques les plus intimes et précieuses se sont davantage souciées de l'Être, que des relations éthiques entre humains.

    La maxime de sa maturité, «l'éthique avant la politique», cherchait un remède à la grossière injustice perpétrée le privilège occidental de la «raison théorique» sur le sujet moral. Déjà sous les grecs, l'occident s'est aventurer sur un sentier erroné. Il repose la question d'Athènes contre Jérusalem, de la philosophie contre la théologie. En optant pour Athènes, c'est à dire pour l'ontologie, l'occident, à son propre détriment, a dénaturé l'importance de la tradition biblique dans laquelle, la tradition mosaïque, les dix commandements et l'injonction christique d'aimer son prochain comme soi-même, trouvaient tout leur sens.

    Il essaya, par sa conception éthique de redresser ce déséquilibre invasif et débilitant. Il découvrit une source nouvelle dans l'inspiration éthique des nouvelles de Dostoïevski, qui met en scène le pouvoir spirituel de l'amour ou caritas contre les effets de la raison instrumentalisante . Pour lui, l'éthique trouve son origine dans la demande de l'autre, autrui. Le pierre d'angle de sa maturité est l'idée de la «face» de l'autre. De son point de vue, la face de l'autre nous confronte à une quête morale infinie, antérieure à tout jugement intellectuel ou théorique. Il utilise une série de métaphores dramatiques quand il parle de nudité ou de destitution de l'autre qui fait qu'elle ou lui reste totalement à notre merci. Pour dramatiser notre dette à l'autre, essentiellement insatisfaisante, Lévinas cite fréquemment cette maxime incertaine des Frères Karamazov: « chacun est coupable devant l'autre et moi le premier». Et en tenant compte les limitations intrinsèques des êtres finis, nous ne pourrons jamais satisfaire la quête de l'autre. La question en reste à la relation entre «infinité» et «transcendance». Au contraire, la raison théorique, vise à un type de compréhension totalisante ou «fermeture» que Lévinas minimise en l'appelant «totalité». Ce qui est incurablement égocentrique et procède en réduisant l'autre à l'identique, «l'ipséïté», dans sa langue. Son chef d'œuvre de 1961 «Totalité et infinité» animera ces oppositions. Les limitations de sa méthode ne manque pas de souligner aussi ses propres contradictions. En tentant, de concert, de se distancier des erreurs d'Heidegger, il s'est intriquer encore plus avant dans l'approche du philosophe de Fribourg. En jugeant la raison totalisante, il trahit ses affinités imprudentes avec les dernières pensées d'Heidegger, qui prédisait aussi le rejet de la raison comme forme de d'instrument simplificateur de la volonté de domination. Dans les deux cas, la vilification de la raison va trop loin. Dans les annales de la pensée occidentale, la raison a toujours contenu de fortes aspirations utopiques. Elle promet une rectification de l'injustice sociale et des torts. La critique radicale de la raison, à la fois chez Lévinas et chez Heidegger, mettent en avant le risque de rendre l'expression de la critique sociale impuissante. Sans les capacités raisonnables de distinction, de discrimination et de jugement de fait, nous serions privés des outils conceptuels nécessaires à notre propre émancipation. Nous resterions là muets et impuissants. De plus, Si leurs propres philosophies se désintéressent entièrement de la raison communicante, ils seraient inintelligibles et dans ce cas, franchement, à peu prêt inutiles. Le raisonnement morale nous fournit un moyen puissant pour agir au monde et pour remédier à l'oppression. La vénération quasi mystique de l'Autre, chez Lévinas, ressemble inversement à une «épiphanie». Mais, il est presque impossible de transformer une épiphanie en action politique sensée. On ne la peut transformer en sujet de législation. D'autant plus, qu'avec Lévinas, la dette à l'égard de l'Autre devient une relation d'exclusivité au point qu'il devient impossible émotionellement et physiquement d'assumer une loyauté aux autres multiples. Pour cette raison, on ne peut dériver des politiques sensées de ses doctrines éthiques. Il confirme ces suspicions quand, dans «Totalité et Infinité», il déclare: «La politique laissée à elle-même porte la tyrannie dans son essence». Sa référence messianique à l'Autre dénigre toute autre forme d'action, y compris l'adhésion politique, comme un instrumentalisme sordide. Il résiste à la généralisation et nous laisse avec un genre de paralysie politique. Samuel Moyn, dans son ouvrage lucide et rafraichissant: «Origines de l'Autre» caractérise de manière adéquate l'approche crypto théologique de l'éthique chez Lévinas, il met en lumière l'ambivalence fondamentale de la perception séculariste de ses intentions phénoménologiques et de l'occultation de ses aspirations eschatologiques. Répondant au profond désespoir culturel provoqué par la première guerre mondiale, les années 20 ont connu des résurgences théologiques importantes qui donnèrent , d'après ce que dit Moyn, le cresson de son approche distinctive à l'égard de l'éthique. Une des vertus du livre de Moyn, c'est sa découverte de la notion de l'Autre chez Lévinas, ou personne n'était aller la chercher avant. Des commentateurs, auparavant, interprétèrent l'éthique théologique légèrement voilée de Lévinas en l'identifiant à la soi-disant «Nouvelle Pensée» mise en avant par Franz Rosenzweig en 1921,dans son ouvrage « L'Étoile de la Rédemption». Mais Moyn souligne que Lévinas ne lut point Rosensweig avant le milieu des années trente. Et si Rosensweig reconnaît que nous pouvons gagner quelque chose qui ressemble à une connaissance théologique. La notion de l'Autre de Lévinas déplace expressément les prétentions et les méthodes cognitives, la face de l'Autre possède le statut de révélation, elle met en œuvre une quête éthique pré discursive entièrement transcendante. Pour déchiffrer «L'origine de l'Autre» Moyn nous suggère d'examiner plutôt la résurgence kierkegaardienne présentée par la «Théologie Dialectique» de Karl Barth que Lévinas lut avidement dans les années vingt et trente. Par son opposition affirmée à la vogue séculariste de la critique de l'histoire biblique des années vingt. Barth reconçoit la divinité, dans les mots de Moyn, comme qualitativement différente du fini, des objets quotidiens. L'Autre, Dieu, est transcendant non immanent et il conclut qu'en dépit des protestations variées du contraire, «Lévinas n'a jamais abandonné l'habitude de se soumettre au commandement de Dieu et il l'a intégré au royaume de la théologie humaine.» Comme philosophe, on l'a traité justement d' «anti Sartre» et on peut voir facilement pourquoi. Il idéalise l'Autre et la pensée de Sartre, fondamentalement, manque de confiance dans l'individu. Dans l'Être et le Néant, l'autre ne signifie rien de plus que la limitation ou l'obstacle à la liberté de soi, le regard de l'autre est essentiellement objectivant, il cherche à tourner le pour soi, ou conscience en en soi, soit quelque chose d'inerte. Le apothéose littéraire de Sartre, la pièce Huis-Clos ou on prononce que «l'enfer, c'est les autres». L'animus anti sartrien aide Lévinas à composer d'étranges mouvements philosophiques dans la glorification excessive de l'autre.

    Une des raisons derrière son immense popularité en France réside dans sa copieuse littérature sur des thèmes juifs. Traditionnellement la conception française de la citoyenneté est restée rigoureusement assimilationniste et n'est pas sensible à la différence. Le débat classique sur ce point de vue est celui de la révolution qui se demande si les Juifs doivent être reconnus comme citoyens. Comme un des délégués, Clermont-Tonnerre l'exprime «rien aux Juifs comme nation, tout aux Juifs comme citoyens.» Autrement dit les Juifs sont les bienvenus tant qu'ils abandonnent leur particularisme. Dans l'après 68, ce sentiment commence à évoluer, beaucoup des protagonistes oscillent entre Mao et Moise. Ensuite, ils embrayèrent sur leur atavisme juif pour trouver une orientation une fois la ferveur révolutionnaire gauchiste éteinte. L'examole le plus connu est celui de Benny Lévy, un ancien chef étudiant maoïste (et confident de Sartre) qui abandonna la politique révolutionnaire pour le judaïsme orthodoxe. Soudainement, les juifs français assimilés suivant la voie des immigrants séfarades d'Afrique du Nord ,qui vécurent au préalable dans des communautés religieuses fermées, commencèrent à avouer publiquement leur identité. Étant donné les persécutions dont avaient été victimes leurs familles sous le régime de Vichy, ils se pensaient un titre à la reconnaissance, non seulement comme citoyens mais aussi comme Juifs. Paradoxalement, le nouvel esprit de «communautarisme juif» trouva une aide dans l'approche de Lévinas, qui était parvenu à ébranler avec succès la barrière entre deux cultures très différentes: le monde de la philosophie académique française et celui des traditions religieuses juives. Un des manifestes distinctifs de Lévinas comme penseur juif est sa rupture avec les générations précédentes d'érudits juifs assimilés de Moise Mendelssohn à Hermann Cohen, qui tentèrent de démontrer la compatibilité entre l'enseignement juif et les canons de la pensée séculière occidentale. L'originalité de Lévinas, en recourant à la phénoménologie consiste à traduire les principes éthiques de l'ancien testament directement en langage philosophique en négligeant la préoccupation ontologique des Grecs. A cet égard, son influence sur une génération plus jeune d'intellectuels juifs français arrivée à maturité dans l'après guerre est inestimable. A la fois Benny Lévy ( mort en 2003) et l'omniprésent essayiste- philosophe Alain Finkielkraut étudièrent le dernier livre de Lévinas «Être juif» qui est la signature de sa pensée religieuse. Il y a six ans Lévy, Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy, payant tribu à leur maitre décédé, fondèrent un Institut des Études Lévinatiennes à Jérusalem. La suspicion légitime de Moyn à propos de la résilience des habitudes théologiques de Lévinas a soulevé des questions troublantes sur la vénération anacritique caractérisée par la réception de son œuvre.

    Comme Heidegger, Lévinas suggère sur un mode rhétorique ampoulé l'accès privilégié aux vérités ultimes de l'Être et de l'existence. Mais la posture discursive n'est pas très propre au débat. La philosophie avance par la discussion critique et l'examen des prédicats comme instances de vérité alors que les écrite de Lévinas encourage une attitude d'adulation soumise. Et, sans surprise, la plupart de ses milliers d'articles et de monographies exhibent des révérences exégétiques confites de flagornerie, Comme si sa pensée reflétait les écritures saintes plutôt qu'un travail de pensée séculière. Ni ses proclamations à propos de «l'aristocratisme de la vraie connaissance»et de «la nécessité d'une pensée secrète» inspirent confiance dans le champ des potentiels démocratiques de sa philosophie. Et son œuvre apparait gélifiée et terminale par son mode d'enthousiasme quasi adolescent. Comme Nietzsche le reconnaît:«on rembourse ses maitres bien pauvrement quand on reste un disciple.»

    Richard Wolin

     

  • L'hiver de notre mécontentement

    Le truc, à propos de la presse, c'est qu'elle doit être inhabituelle, sinon, ce n'en est pas, ce n'est que la vie. C'est une théorie, du moins. Mais elle présente toutes sortes de problèmes. Imaginons un pays qui s'affuble de spectacles qui ridiculisent le danger en le rendant trivial. Nous en frissonnerions peu. La panique nationale devant la chute d'une souris ou le rappel du parlement, un coup de fil à l'armée. En attendant tout le monde regarde les meurtres au quotidien avec indifférence. C'est loucher hors de proportion. Fiction ou réalité ? Entrez dans le monde étrange de la loi d'Harrabin et décidez vous-même. Et la communication apparaît souvent comme l'endroit ou on entend parler des choses qui arrivent le moins souvent. Harrabin, journaliste à la BBC, la prononce ainsi : " Si on considère les problèmes sociétaux sur le long terme, la valeur des nouvelles est inversement proportionnelle à leurs fréquences. Si la question tombe dans le poncif, plus personne ne s'y intéresse et ce n'est plus une "nouvelle". Ce qui signifie que la presse mène  souvent les politiciens à choisir des problématiques moins gravement sérieuses aux dépens de problèmes systémiques plus sérieux.

    Homme, chien, Mordre

    Afin de découvrir si c'est vrai, on peut calculer la fréquence de réapparition d'une série de moyens de presse et comparer aux données. La loi semble s'appliquer. Autre exemple pour développer cette idée. "Eh bien quoi ?" diriez-vous, c'est çà les nouvelles, l'inhabituel. Comme disait un vieux journaliste : "Si un chien mord un homme, ce n'est pas une nouvelle, le contraire bien." Donc plus un événement est rare plus il tient en l'air, plus d'attention on lui accorde. C'est là que les ennuis commencent. Plus on porte d'attention, plus les gens entendent et répètent, plus nous l'écoutons, plus nous y songeons, plus nous pensons que le problème est important. Et voilà les spectacles. Harrabin dit " dans le domaine des politiques publiques, si on demande au gouvernement d'intervenir, alors, se crée une pression de la presse sur les politiciens au sujet de problèmes plus immédiats mais moins importants". L'exemple type, c'est la façon de rapporter les accidents de la route et ceux du chemin de fer. Les morts du rail sont moins fréquents mais plus spectaculaires, ils ont droit à plus de couverture. L'obsession millénariste, l'hiver de notre mécontentement, on le retrouve au printemps, comme en été, comme en automne depuis quelques années.

  • NATION BLANCHE ET PROTESTANTE

    Allan J. Lichtman jette un regard détaillé sur les forces qui revigorèrent le conservatisme aux États-Unis

    "Libération de la peur", son histoire honorée du prix Pulitzer, couvre la grande dépression et la seconde guerre mondiale, David M. Kennedy prend des notes d'une section spéciale du Congrès initiée par Franklin Roosevelt à la fin de 1937. Deux ans après la mise en œuvre des éléments clés de sa politique, un groupe bipartisan dominés par les Démocrates du sud proclamèrent un manifeste demandant une réduction des taxes, un budget en équilibre, une défense du droit des Etats, la protection des industries contre les inférences du gouvernement, il exposait aussi le danger de créer une classe sociale dépendante des services publics. Ce qui se révélait le ver dans la pomme pour Roosevelt et constituait un genre de chartre fondatrice du conservatisme américain moderne, C'était parmi les premières manifestations systématiques d'uns philosophie politique antigouvernementale qui avait déjà de profondes racines dans la culture politique américaine, mais de peu d'étendue avant l'époque Roosevelt.

    Alors là Kennedy encapsule proprement une perspective du 20° siècle conservatrice dominante mais non exclusive, tel que catalysée dans son ensemble par la résistance au New Deal, particulièrement quand l'administration s'engagea dans ce que les opposants de Roosevelt considéraient comme de l'ingénierie sociale. Aux rythmes compliqués du métronome politique, la vérité est que les conservateurs durent attendre la fin des époques Roosevelt et Truman pour enfin obtenir un républicain du centre comme Dwight Eisenhower. L'histoire de républicains raconte qu'Eisenhower pensait que les changements de la société américaine initiée par le New Deal ne pouvaient ne pas être pris en compte sans porter préjudice durablement à la cause républicaine. Et bien qu'il regarda les libéraux avec peu de sympathie, il était également consterné par l'aile droite du parti qu'il trouvait peu coopérative et souvent irresponsable. Quoi qu'il en soit, l'équilibre entre les libéraux et le fond du parti me montra fragile avec le temps. Frustrés mais persévérants, les conservateurs organisés en associations de base valurent à Barry Goldwater sa candidature à la présidence, qui même dans sa défaite généra une série de groupes politique et une piétaille énergisée contre l'agenda libéral de Lyndon Johnson et sa grande société. Ces groupes continuèrent leur effort avec des fonds de plus en plus importants et arrivèrent au succès électoral non pas avec Richard Nixon, autre conservateur réactionnaire mais avec la révolution Reagan en 1980. Les années Gringrich et le contrat avec l'Amérique débuta avec la montée en puissance du protestantisme conservateur avec l'arrivée de George W.Bush dans le bureau ovale.

    Ce terrain politique et culturel est passé en revue dans les détails par le nouveau livre de l'auteur
    " Une Nation Blanche et Protestante : l'Avènement du Mouvement Conservateur Américain" ou il argue du fait que" la droite moderne s'épanouit autour de la question constante et répandue de savoir si les forces pluralistiques et cosmopolitistes menacent l'identité nationale américaine," et," l'anti pluralisme, en retour donna à la droite une masse de manœuvre électorale et une passion absente dans le monde du conservatisme économique". Traçant un arc qui va de l'ère post wilsonienne, de l'époque du jazz, prédatant sur le New Deal, Lichtman trouve que les sentiments anti-pluralistes et les intérêts du monde des affaires coïncident, formant de facto un consensus conservateur qui finança le soutien à la libre entreprise et les valeurs culturelles blanches et protestantes

    "Le conservatisme qui domina la vie publique américaine dans les années 20 établit la plupart des idées et les institutions persistantes qui fondront le droit politique moderne" Il écrit encore " : toutes les controverses à propos du radicalisme, de la loyauté, de la reproduction, de la race, de 'immigration, de la sexualité, du crime, de la permissivité, du créationnisme, de la prière à l'école trouvent leurs précurseurs dans les années 20. Ce n'est qu'au cours des années récentes que le pouvoir recueillis par les urnes permit de rééquilibrer l'influence qu'ils exercèrent dans les années 20. Quand Davis perdu contre Coolidge en 24, les démocrates descendirent à un historique 29 % et pendant le de mandat de Coolidge, les Républicains appliquèrent des programmes limitant l'immigration, augmentant les tarifs et les prix, protégeant les affaires et réduisant les dépenses et les taxes. Les taxes les plus hautes passèrent de 73 à 25 %

    Coolidge ne s'est pas représenté en 28 et le parti nomma son secrétaire au commerce Herbert Hoover, lequel avait vu le budget de son département des finances triplé sous la politique d'associationnisme, partenariat volontaire entre le gouvernent et le monde des affaires.

    Ce qui représente un changement par rapport à la politique de chasse aux cartels de Roosevelt répudiée 12 ans plus tôt par les Républicains. Le Démocrate, Gouverneur de New York, Al Smith gagna le ticket, premier catholique à l'obtenir chez les Démocrates. Sa candidature souleva une campagne nationale chez les protestants blancs afin de bloquer l'élection d'un président catholique qui "aurait vendu l'Amérique au Pape".

    La politique des races et des religions ici convergeait, les Républicains instituant une "stratégie Sud" en fabriquant "Le Lys Blanc" et le ballottage divisé en lignes de classe, aussi, les riches républicains votant dans leur grande majorité républicain. Et pour les décades qui viendront, les élections reflétèrent le rôle des Républicains comme gardiens du consensus des valeurs conservatrices bien avant l'ère du New Deal.

    Lichtman réunit des évidences religieuses, économiques, raciales, culturelles et électorales pour montrer les schémas qui se renforcent mutuellement, constituant le fer de lance de ses propres préventions en se focalisant tout le temps sur le dispositif électoral et la disposition de ses principales cohortes démographiques, les protestants blancs. C'est au début du siècle dernier que les contours principaux du conservatisme racial moderne prirent forme associés à la politique d'immigration sanctualisèrent les blancs, légalement et culturellement en tant que catégorie privilégiée. Hollywood ratifiât cette politique par un code de production volontairement orienté vers le moralisme chrétien et les valeurs conservatrices. Défendant la nudité, la boisson, le sexe hors du mariage, les amours inter raciales, l'homosexualité, et le rapport au Christ " excepté avec révérence".

    Dans les cercles religieux, les conflits entre les fondamentalistes et les modernistes " reflétaient les divisions entre les pluralistes et les anti-pluralistes", les fondamentalistes opposés à la participation de la république à la Société des Nations, la législation du New Deal tel qu'elle sera, les congrès de travailleurs des organisations industrielles dans leur tentative pour "communiser totalement l'Amérique"

    Les fondamentalistes, le courant principal du protestantisme et les organisations patriotiques " incrustèrent la religion dans les écoles publiques, dont l'enrôlement doubla dans les années 20 et qui devinrent un lieu de contestation culturelle. En rupture avec le passé, de nombreux états fusionnèrent éducation et religion".

    Tous ceux qui ont suivi les combats de l'éducation au cours de ces dernières années sur l'évolution de l'éducation et le créationnisme remodelé reconnaîtront le présent dans l'enquête de Lichtman sur le passé et il est vrai que beaucoup de ses traits narratifs qui évoquent le Ku Klux Klan, le mouvement "Amérique d'abord", la société John Birch et quelques autres avatars réactionnaires du 20° siècle.


    Les premières décades de cette histoire apparaissent les plus clairement du fait de la relative obscurité des faits qu'elle décrit et des ombres presque iréniques du climat politique courant des années 30. James Fifield, Pasteur protestant de Los Angeles et industriel en vue fonde la "Mobilisation Spirituelle", rejeton des derniers groupes des droits chrétiens, qui insiste en disant que "la religion informe de toutes les questions de la politique". Et répandant son programme par plus de 600 stations de radio. La Ligue pour la Liberté Américaine, dépendant de l'aide de puissances d'argent majeures, fut formée vers la même période afin de promouvoir les l'idéologie conservatrice et combattre les initiatives du nouveau contrat social. C'est la première fois que des groupes d'intérêts richement fondés avançait une idéologie politique, implémentait une campagne d'éducation à l'échelle de la nation et s'adressait à une grande quantité de problèmes. Eddie Rickenbacker, ancien as de la chasse aérienne pendant la guerre de 14 et ex président décédé de Eastern Airlines, fut un de ces hommes d'affaire qui voyait l'entreprise, l'Amérique et la religion comme inexorablement intriquées et disait pendant la première guerre mondiale que la religion d'aujourd'hui c'est le patriotisme de demain. En se penchant, sur les décades plus récentes, Lichtman piste les développements politiques et les combats électoraux jusqu'au tournant de ce siècle. "Nation Blanche et Protestante" devient rapidement une histoire politique plus familière par beaucoup d'aspects. Enumérant admirablement et méticuleusement le détail des organisations, les joueurs individuels et les agendas politiques de la droite politique, des prémisses du néo-conservatisme et de ses protagonistes sur deux générations aux effets de l'évangélisation sur la vie publique de la Majorité Morale. C'est le meilleur inventaire tout en un de la politique de la droite au cours du siècle passé, si ce n'est son souffle qui limite nécessairement un peu de sa profondeur et la préférence de Lichtman pour les impulsions pluralistes dans les domaines sociaux et politiques est sans équivoque. Il décrit aussi l'avènement des fondations conservatrices (y compris les fondations Scaife , la fondation John M. Olin la fondation Adolph Coors , la fondation Lynde et Harry Bradley ); réservoirs idéologiques (tel la Fondation de l'Entreprise Américaine et la Fondation de l'Héritage, investissements concertés afin de développer la pensée conservatrice. Ceux qui financèrent, au début, la Fondation de l'Entreprise Américaine comprennent General Motors , U.S. Steel, General Dynamics, General Electric,Eli Lilly alors que la Fondation de l'Héritage incluent General Motors, Ford, Procter et Gamble, Chase Manhattan Bank, Dow Chemical et Mobil Oil); les comités d'action politique ont vu leur nombre augmenter de 139 en 1975 à 1710 une décade plus tard représentant une source très significative de financement pour les Républicains, comme l'écrit Lee Atwater, un stratège républicain, et la création d'une institution légale conservatrice extrêmement influente la Société Fédéraliste, qui dès 2000 " l'association légale la plus active, la plus influente et la plus richement dotée de tous les partis, note Lichtman. La dérive du vote blanc protestant vers le conservatisme et le républicanisme, Nixon récoltant 60% en 1968 des blancs protestants du sud seulement. 57% s'identifiaient comme Républicains en 2000, contre 38% en 1982. Ce compte rendu double un peu celui d'autres auteurs du sujet comme le journaliste politique vétéran Ronald Brownstein qui dans " La Seconde Guerre Civile" se concentrait sur l'uniformité idéologique grandissante de chaque parti et la démonstration de la migration vieille d'une génération des sudistes blancs vers le conservatisme. Lichtman n'en introduit pas moins des aspects paradoxaux. Par exemple, que leur gouvernement malgré l'acceptation des droits, n'utilise les notions de liberté individuelle et de marché libre, qui ne sont pas des valeurs fondamentales du conservatisme, que comme des "idées jetables" que la droite a calibré et recalibré, depuis que ses représentants " ont construit leur propre version d'une politique gouvernementale globale, y ont sculpté d'innombrables exceptions afin de libérer les marchés par les subsidiassions, les compromis amicaux et les restrictions de liberté l'intérêt de la sécurité, le tout agrémenté de droits inconsistants, appuyés par l'Etat, au coup par coup. Et alors que de nombreuses publications conservatrices ont stipendié George W. Bush pour avoir tourner le dos aux vraies valeurs conservatrices, Lichtman argue dans son épilogue que le président " n'était pas un factotum ou un apostat au conservatisme mais l'héritier d'une tradition troublée.

    White Protestant Nation : The Rise of the American Conservative Movement
    par Allan J. Lichtman Atlantic Monthly Press, Art Winslow