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18/09/2011

Clausewitz et Sun Tzu après les conservateurs

Les concepts d'information militaire stratégique et les théoriciens de la quatrième génération de penseurs de la guerre tels John Boyd ont beaucoup utilisé la pensée de Sun Tzu pour illustrer leurs points de vue. Quelques scribouillards ont même proclamé triomphalement Clausewitz défait par Sun Tzu dans cette guerre parce que Les Américains semblent avoir suivi les principes de Sun Tzu tandis que les experts russes qui conseillent les Irakiens se réfèrent plus habituellement à Clausewitz tout comme la défense des russes contre Napoléon en 1812. Ce genre de triomphalisme est abandonné depuis longtemps. Pour qui comprend l'Art de la Guerre, c'est un moyen de la gagner, alors que les théoriciens de l'information stratégique se focalisent sur l'aspect purement militaire et manquent absolument de perspective sur ce qui se passera après. Ils se concentrent trop sur les succès sur le terrain et sous-évaluent la nécessité de les transformer en victoire véritable. Les trois éléments fondamentaux de la stratégie de Sun Tzu qui trouve sont origine à la fin du sixième siècle avant notre ère pourrait difficilement s'applique à notre époque : en trompant  méthodiquement l'ennemi vous risquez de décevoir votre population, ce qui serait problématique dans n'importe quelle démocratie. Une stratégie indirecte, en général, affaiblirait les moyens d'atteindre un adversaire capable d'agir rapidement et avec détermination. La propagande lui éviterait d'entreprendre les combats à une époque qui le désavantagerait et le placerait dans la position de choisir un meilleur moment pour autant qu'ils possèdent des hommes et des armes en suffisance. On peut gagner des batailles grâce aux principes de Sun Tzu mais difficilement des guerres. Les principes de la gravitation des affaires militaires, le désir des conservateurs de remodeler le monde à leur convenance et les principes de Sun Tzu sont parmi les causes des victoires de l'Amérique  mais aussi de ses défaites. Insistons sur ces problèmes et concentrons-nous sur deux protagonistes fournisseurs de paradigmes, de lentilles aux travers desquelles nous essaierons de comprendre la stratégie de notre siècle. Il apparaît que Sun Tzu se préoccupait peu des conditions politique à une époque de guerres civiles incessantes, Son seul principe était de survivre en payant le moins cher possible et en évitant le combat, puisque même un combat victorieux contre des forces secondaire risquait de le laisser affaibli pour engager la bataille suivante avec un ennemi plus important. L'incapacité de Sun Tzu à concevoir à mettre en forme, par le calcul sur la conduite de la guerre, les conditions socio-politiques ultérieures se trouvaient sans importance comme l'indique la mention antérieure. Mais c'est un des aspects les plus importants de la guerre aujourd'hui. Finalement, si on prend en compte que l'approche de Sun Tzu est sans doute efficace à l'encontre d'e l'ordre de puissance militaire relativement faible  des communautés auxquels il appartient tels le système des seigneurs de guerre et des dictatures, adversaires habituels de ces époques. Son ouvrage est plein d'exemples d'actions relativement simples contre l'armée de l'adversaire ou contre sa communauté qui emmènent un désordre complet et dissout sa volonté de combattre entièrement. Cette méthode est, sans doute, profitable contre des adversaires assez faibles mais plus problématiques avec d'autres établis plus fermement. Apparemment, voilà le mauvais calcul effectué par l'état-major israélien dans sa lutte contre le Hezbollah lors de la dernière guerre du Liban.

 

Une nouvelle interprétation de Clausewitz

 

La plupart des interprétations précédentes fixèrent l'attention sur l'importance des victoires napoléoniennes pour la pensée de Clausewitz comme théoricien militaire. Arguons que ce ne sont pas uniquement ses victoires mais aussi les limites de sa stratégie, révélée en Russie et à Waterloo qui ont permis à Clausewitz (1780-1831) de développer une théorie générale de la guerre.

 

Bien que Clausewitz fut un admirateur de Napoléon presque toute sa vie, il reconnut, à la fin de sa vie, la signification théorique, des différents évènements historiques, issue de l'application d'une stratégie militaire simple et consistante. Il essaya désespérément de trouver une solution qui puisse réconcilier des extrêmes symbolisés par les succès de Napoléon à  Iéna et Auerstedt, Les limites du primat de la  force révélé par la campagne de Russie et la défaite finale à Waterloo. Ce qui le força à mettre l'emphase sur le rôle des méthodes et des politiques comme finalité dominante parmi lesquelles une bonne stratégie doit  opter. C'est pourquoi, il ne recommanda pas une seule stratégie dogmatiquement, mais la recherche de l'équilibre de différentes oppositions. On peut trouver quatre différences fondamentales qui contrastent le jeune et le vieux Clausewitz qu'il faut souligner ; elles sont importantes pour le débat contemporain à propos de son œuvre.

 

Le primat de la force sur la politique

 

La guerre existentielle relative à l'identité propre d'une nation qui l'engagea dans sa jeunesse contredit ses positions ultérieures contre la vision instrumentale de la guerre, qu'il favorisera dans ses derniers ouvrages.

La poursuite du succès militaire par une violence illimitée incarnant le "principe de destruction" contre l'importance d'une limitation de la violence de la guerre tel qu'il le préconisera plus tard. La primauté de la défense est la forme de guerre la plus forte opposée à la promesse d'un résultat décisif donné par l'offensive.

L'approche finale de Clausewitz se condense dans sa Trinité, décrite à la fin du chapitre I du livre I. La Trinité avec ses problèmes spécifiques est le legs de Clausewitz et le vrai commencement de sa théorie. Il dit " : n'importe comment le concept de la guerre que nous avons formulé(la Trinité) apporte un première lumière sur la structure fondamentale de la théorie et nous permettrons d'identifier  une première différenciation de ses composants majeurs."

 

Clausewitz décrit la Trinité comme suit :

 

La guerre est un véritable caméléon qui s'adapte aux caractéristiques d'une situation donnée. Comme phénomène totalisant ses tendances dominantes en font toujours une trinité paradoxale, composée de violence primordiale, de haine et d'inimité, qu'on doit voir comme une force aveugle jouant sur la chance et les probabilités, là où un esprit créatif est livre d'agir, là où son élément de subordination, instrument d'une méthode est le pur sujet de la raison. Le premier chapitre de "De la Guerre" et sa Trinité  est le résultat ultime de la théorie et une tentative pour synthétiser les paradoxes impériaux. Cette Trinité est assez différente de la soi-disant  "guerre trinitaire" qui n'est pas dérivée de Clausewitz lui-même mais du travail de Harry G Summers Jr.  Bien sur, il se réfère au concept de Clausewitz dans son livre très influent à propos de la guerre du Vietnam, il falsifie fondamentalement l'idée de Clausewitz qui explique dans son paragraphe que la première des trois tendances concerne les gens, la seconde, le commandant et son armée et la troisième principalement le gouvernement. A partir de ces prémisses, nous ne pouvons conclure que la "guerre trinitaire" et ses trois composants, le peuple, l'armée et le gouvernement qu'il s'agit vraiment d'une catégorie conceptuelle ni comment les trois éléments se combinent. Depuis que Summers mit en évidence cette conception, elle a été souvent répétée en particulier par le très influent Martin van Creveld. On doit donc conclure que les trois éléments de la "guerre trinitaire" ne sont que des exemples de la Trinité de Clausewitz, plus fondamentale. Ils  peuvent s'appliquer de manière significative à quelques situations historiques et politiques, comme Summers le démontre dans le cas du Vietnam avec ses fossés infranchissables entre le peuple, l'armée et le gouvernement américain. Nonobstant la possibilité d'utiliser ces exemples, Clausewitz, sans aucun doute, définit sa Trinité différemment dans un concept plus large et moins contingent

 

La notion de Trinité diffère explicitement de sa fameuse formule sur la guerre la décrivant comme la continuation de la politique par d'autres moyens. S'il semble répéter sa formule, ce n'est que pour une des trois tendances que chacun doit considérer s'il ne veut se retrouver sujet d'une perte de réalité immédiate. Si on interroge la formule de plus près, elle est décrite comme la continuation de la politique, mais avec d'autres moyens que ceux qui sont propres à la politique elle-même. Ces deux parties du constat constituent deux extrêmes :  la guerre, à la fois comme une continuation de la politique qui appartient principalement à la sphère militaire. Clausewitz souligne que les méthodes évoquées utilisent d'autres moyens, non politiques. Ceci crée une tension implicite entre le statut de la guerre, le continuum de la mise en œuvre d'une politique et la nature des autres moyens. Résoudre cette contradiction mène toujours à la primauté du militaire comme le démontre explicitement, ce tiers exclu qu'exprime la Trinité. Si on porte le discours sur les formes contemporaines de la guerre, Si Clausewitz incarne la "forme ancienne" de la guerre. Mais comme les intérêts n'importe quel  état et de la société en guerre se confondent, sa Trinité demeure le point de départ pour une théorie générale de la guerre et du conflit violent. Là où Sun Tzu généralise des principes stratégiques contres des adversaires faibles qui mènent au succès dans des circonstances particulières. Clausewitz développe une théorie politique de la guerre d'une grande ampleur en spéculant sur le succès, les limitations et l'échec des choix de Napoléon dans sa façon de mener la guerre. IL est parvenu, sur ce canevas, à développer une théorie générale de la guerre qui transcende la stratégie militaire purement circonstancielle. Clausewitz ne niait pas l'influence de la menée de la guerre sur la politique mais pour la contredire. Il insiste pour affirmer que c'est la politique de la communauté qui doit décider si la guerre est nécessaire et quels sont les buts qui doivent être atteints par celle-ci, sans promettre des victoires faciles comme le font les conservateurs inspirés par les théoriciens de la guerre de n'importe quelle génération ou finalement ceux qui s'inspirent absolument des utiles recommandations de Sun Tzu

 

Gageons que la guerre du vingt et unième siècle combine les deux. Au cours des décades précédentes, la promesse de résoudre les problèmes politiques en ne comptant que sur les moyens militaires a montré ses effets dévastateurs. Clausewitz, revenu dans l'agenda, le primat du politique est de retour

 

 

22/04/2011

Origines et techniques du système MONARCH

La programmation MONARCH est une méthode de contrôle mental utilisée par de nombreuses organisations à des fins cachées, c'est la suite du projet MK-ULTRA, programme de contrôle mental mis au point par la CIA et testé sur des militaires et des civils. Ces méthodes sont étonnamment sadiques(l'entièreté de ses moyens consiste à traumatiser les victimes) et les résultats attendus sont horrifiants. La création d'un esclave contrôlé mentalement qui peut être déclenché n'importe quand afin de réaliser une action requise par le manipulateur. Alors que les médias ignorent ce fait, plus de deux millions d'américains sont passés par les horreurs de ce programme. Cet article fait un tour d'horizon des origines de cette méthode et de son symbolisme. La programmation MONARCH est une technique de contrôle mental qui comprend des abus rituels de type satanique et l'utilisation des affections psychologiques liés à la personnalité multiple, elle utilise la psychologie, les neurosciences, des rituels occultes pour créer chez le sujet une personnalité alternative utilisable par les manipulateurs. Les esclaves MONARCH sont utilisés par de nombreuses organisations en relation avec avec les élites militaires, le monde de la prostitution et celui du spectacle.

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23/02/2011

Désordre de personnalité

Une personnalité est une collection de façons de penser et de ressentir qui permet d'interagir avec les autres, mais pour certains, ce n'est pas le cas.

Quels sont les symptômes?

Vous pourriez souffrir d'un désordre de personnalité si:

  • certains aspects de votre personnalité rend votre vie difficile ainsi que celle des autres.
  • l'expérience ne vous permet pas de modifier votre comportement ni ses aspects inutiles
  • vous trouvez difficile de créer des relations avec les amis, la famille, les collègues.
  • vous trouvez difficile de contrôler vos sentiments ou votre comportement.
  • Vous avez l'impression d'ennuyer ou de blesser certains parce que vous êtes en détresse.

La cause des désordres de la personnalité n'est pas claire, mais il existe des preuves similaires à d'autres problèmes mentaux, les gènes, les maladies cérébrales et l'atavisme peuvent jouer un rôle. On pense généralement que 10% de la population souffre d'une forme ou d'une autre de cette affection.

Les problèmes de personnalité tendent à tomber en trois groupes munis chacun de ses propres sous-groupes complexes:

Suspicieux
  • paranoïde, si vous soupçonnez les autres tout en étant sensibles au rejet avec une tendance à l'acrimonie.
  • schizoïde, si vous ne pouvez entrer en contact avec les autres et préférer une solitude enveloppée d'une monde fantasmatique riche
  • schizotype, si vous avez des idées bizarres et des difficultés pour penser, si les autres vous trouvent excentriques et que vous puissiez voir ou entendre des choses étranges. Émotionnel et impulsif
  • antisocial, quand vous ne vous souciez pas des sentiments des autres, si vous devenez facilement frustré et agressif et que vous trouviez difficile de développer des relations proches, que vous agissiez sous l'impulsion de l'instant sans vous sentir coupable tout en restant incapable de retenir les expériences déplaisantes.
  • comportement limite et instabilité émotionnelle, si vous agissez sans réfléchir, si vous ne contrôlez pas vos émotions, vous pouvez ressentir un sentiment de vide, vous vous auto-mutilez et tout en étant à même de vous créez rapidement des relations, vous pouvez néanmoins les perdre facilement, vous pourriez, aussi, vous sentir paranoïde ou déprimé, entendre des voix ou des bruits.
  • histrionique, si vous avez tendance à l'égocentrisme et à une sur dramatisation des évènements, vous émotions sont fortes mais vous en changez souvent, si vous etes très soucieux de votre apparence et aimez à suscitez l'excitation.
  • Narcissique: si le succès, le pouvoir et le statut vous obsède, vous cherchez l'attention et tendez à exploiter les autres pour votre propre gain. Anxieux
  • obsessif compulsif : si vous êtes perfectionniste, soucieux du détail de tout, vous êtes méfiant et trouvez difficile de pendre des décisions, vos conventions morales sont hautes, inquiet de mal agir et que vous jugiez les autres, vous êtes sensible à la critique et pourriez avoir des pensées et des comportements obsessionnelles.
  • Évitant: vous êtes anxieux et tendu, vous ne vous sentez pas en sureté, vous vous sentez inférieur aux autres et voulez être accepter, vous etes sensible à la critique.
  • Dépendant: si vous comptez sur les autres pour prendre des décisions à votre place ou faites ce que les autres veulent, vous trouvez difficile de réaliser les taches quotidiennes, vous vous sentez inutile, incompétent et facilement abandonné par les autres.

Quel traitement?

Des thérapeutiques variées y compris la psychothérapie et le comportementalisme cognitif peuvent aider. La communauté thérapeutique ou vous pouvez vous rendre et parfois y rester pour plusieurs semaines ou pour plusieurs mois peuvent aider. La presque totalité du travail se passe en groupe ou vous apprenez à vivre avec les autres dans une unité qui diffère de la «vraie vie» en ceci que les désagréments et les colères se passent en milieu sécurisé. L'équipe et les autres patients vous aident dans la résolution de vos problèmes et apprennent d'eux. L'usage de substances anti psychotiques peut réduire le groupe suspect des désordres tels les comportements limites, si les gens sont paranoïaques, si ils entendent des voix ou des bruits. Les antidépresseurs peuvent aider dans les désordres émotionnels. Quelques antidépresseurs, inhibiteurs de reprise de sérotonine peut aussi réduire les problèmes de la personnalité anxieuse, des stabilisateurs d'humeur tel le lithium peuvent aussi réduire l'impulsivité et l'agression.                                                                                                                                         partim

13/02/2011

A propos de Lévi-Strauss

 

Claude Lévi-Strauss mourut il y a un peu plus d'un an, âgé de 100 ans, il laisse derrière lui un héritage curieux et contesté. Pour le Français,il représentait un genre de monarchie intellectuelle. L'édition complètes de ses œuvres, parues dans la collection de la Pléiade correspondait à une canonisation rare pour un écrivain de son vivant. Lors de sa dernière apparition à la télévision, c'était moins l'invité qu'un objet de vénération. Quelque temps avant la fin, le Président Nicolas Sarkosy lui fit sa cour en lui souhaita un bon anniversaire chez lui.
"Tout les anthropologistes français sont les enfants de Lévi-Strauss" clamait le Monde dans son hommage mortuaire. Il est vrai qu'on trouve rarement une discipline des sciences humaines à laquelle il ne serait pas intéressé. Sa conception du mythe bouleversa la vision comparative des hautes cultures européennes et des cultures dites primitives. elle draina une partie des publics marxistes orthodoxes et existentialiste sartrien. Il n'aimait guère aborder sa paternité intellectuelle mais les carrières de Jacques Lacan, Roland Barthes, Louis Althusser et Michel Foucault s'imaginent mal sans lui. Pour beaucoup de ses lecteurs étrangers y compris les critiques anglo-saxons, la nature de ses réalisations est plus difficile à appréhender. Il est, sans nul doute, le pourvoyeur d'un sens puissant, mais sa rigueur rend suspicieux et son impressionnisme profondément idiosyncratique est en délicatesse avec la théorie générale.

On l'accuse de réduire le sens de l'existence humaine à un amoncellement de saveurs contrastées, cru et cuit, frais ou pourri, humide ou sec. D'autres prirent son programme structuraliste comme l' alibi d'une entreprise foncièrement artistique. C'était l'homme, qui ,après tout avait une fois écrit, quelque part au milieu de l'Amazone, une tragédie sur Auguste et dont l'opus majeur, les quatre volumes de Mythologies (1964-71) composés en séries de mouvements musicaux dédiant un note à chaque mythologie. Avec ce type d'appréciation, l'ambition de Lévi-Strauss est très à l'avant-garde de la pensée française. Le nouvelle biographie de Patrick Wilcken, Claude Lévi-Strauss, Le Poète dans un Laboratoire, navigue ambitieusement entre ces deux perspectives. Historien et anthropologue australien du Brésil, il est bien placé pour délivrer un compte rendu détaché de la vie et de la carrière de Lévi-Strauss. Il l'a interrogé deux fois pour ce livre et alors que le sujet semble comiquement bien loin de leurs échanges. " Mes états émotionnels ne représentaient pas grand chose pour moi," lui a-t-il avoué un jour. Wilcken est suffisamment réactif pour rassembler ses ironies contradictoires et le lire contre le grain avec profit. Si Lévi-Strauss a pu faire des découvertes scientifiques, ce n'était pas contre ses prédilections artistiques mais grâce à elle, argumente-t-il avec conviction. D'innombrables anthropologistes ont ratissé les restes des dernières sociétés aborigènes au cours du vingtième siècle, beaucoup avec plus d'expérience de terrain que Lévi-Strauss. Mais il leur manquait la culture de la sensibilité, le regard précis sur les schémas culturels, la sensation de conte qui façonne l'histoire, la patience pour synthétiser des données abstruses en un ensemble produisant du sens.

Lévi-Strauss était fait pour être artiste, élevé dans un foyer juif agnostiques dans le seizième, entouré du gout de son père pour les bibelots exotiques, les projets à moitié achevés. Raymond était un portraitiste avec une faiblesse pour le pastel. son gagne-pain fut lis en danger par la photographie et quand les commandes s'asséchèrent, dans les années vingt, son fils l'aida a rassembler ses dessins et à en faire de l'art décoratif pour payer les factures, exemple de ce que l'anthropologiste appellera plus tard le "bricolage-maison". En dépit de ses limites, Raymond donna à son fils une bonne éducation artistique. Il le mena vers les grands maîtres du Louvre, l'immergea dans les opéras de Wagner et l'encouragea dans ses dessins de décors de théâtre. Mais, le jeune se laissa tenté aussi par un monde loin de celui de son père, il admirait Céline et Breton et fit le tour de galeries de l'avant-garde.. Dans un article ancien publié dans les documents journal de Bataille, il appelle Picasso, le plus grand peintre de son temps mais il critique le cubisme pour sa rupture avec l'impressionnisme comme une autre manifestation d'un art sur mesure taillé sur mesure pour les initiés de bourgeoise. A l'age de 21 ans, Lévi-Strauss joue déjà les détectives, déchiffrant les indices que lui fournit la culture. ses premières expériences académiques furent moins enthousiasmantes que ses escapades extra universitaires. Dans ses mémoires Tristes Tropiques(1955), il se souviens amèrement "l'atmosphère claustrophobe, la sensation de bain turc générés par le système universitaire français et ses prétentions stochastiques. Il choisit la philosophie moins par réelle vocation mais par dégoût des autres sujets. Il se prépara à "l'épreuve inhumaine" de l'agrégation, concours, qui en France, seul permet, d'accéder à l'enseignement supérieure. "Je me disais, qu'en 10 minutes, j'aurais vite fait de rassembler une heure de lecture en un solide cadre dialectique, sur la supériorité respective des bus et des trams," se souvient-il. Dans sa relecture, Wilcken offre les impressions des autres silhouettes qui vont devenir les vedettes de la pensée française d'après-guerre voyons Lévi-Strauss en compagnie de Simone Weil, Maurice Merleau-Ponty et Simone de Beauvoir("très fraiche, de belle complexion, comme une fille de la campagne", se souvient-il. Comme beaucoup de sa génération, Lévi-Strauss s'impliqua profondément dans la politique, il servit de secrétaire général à l'union des étudiants socialistes, travailla avec un député socialiste et se fit le défenseur d'une mobilisation internationale des étudiants. Il savait allier gauchisme et diplomatie et son regard restait remarquablement conventionnel. Dans le portrait du livre, il émerge comme un colonialiste paternaliste doux, celui là même qu'il détestera plus tard. Champion, aussi d'un changement graduel et vague qu'il appelait "Révolution Constructive". S'il était bien radical dans quelque chose, c'était dans le cours de ses études, puisqu'il abandonna la poursuite de son doctorat en philosophie, rite de passage traditionnel pour l'élite intellectuelle française, pour un chemin de traverse. Les eaux non cartographiées de l'anthropologie en faisait un refuge séduisant pour un adepte intellectuel sans direction. Plus tard, il prétendra qu'il était fait pour çà. Je me suis souvent demandé pourquoi l'anthropologie ne m'attirait pas, sans réaliser, qu'à cause des affinité intellectuelles entre civilisations qu'étudie ces études et ma façon particulière de penser. Je n'ai aucune aptitude à prudemment cultiver mon champ et récolter année après année. J'ai un type d'intelligence néolithique. Comme le feu dans la savane parfois il en éclaire les parties sombres, il peut la fertiliser,en tirer quelques pâtures, puis, il s'en va, laissant en éveil la terre écorchée. Pur Lévi-Strauss, l'anthropologie était une vocation comme la musique ou les mathématiques, vous deviez découvrir votre vocation par vous-même. L'absence d'éducation formelle fut même un avantage. Il était trop jeune pour s'engager dans la première grande expédition ethnographique à travers l'Afrique, entreprise par Marcel Griaule et Michel Leiris et il négligea d'assister aux séminaires de Marcel Mauss, pionnier des travaux sur la réciprocité et l'échange de cadeaux. au Collège de France. Il s'imbiba, à la place, d'un brouet mélangé des derniers rapports de terrain et des compte-rendus surréalistes des écrivains français qui avaient rencontré des indigènes. Inspiré par les récits de voyage de Paul Nizan et du missionnaire explorateur Jean de Léry au seizième siècle. Il rêvait de trouver le bon sauvage plutôt que de philosopher avec Rousseau. En 1934, une opportunité s'offrait à lui à l'Université de São Paulo, il sauta dessus. On s'étonne de constater à quel point la réputation de Lévi-Strauss est encore tributaire d'un voyage de neuf mois dans le Mato-Grosso de l'ouest du Brésil, qui fut, par beaucoup d'aspects, un échec.
Son objectif était de longer une ligne de télégraphe abandonnée et mener une étude rigoureuse sur la tribu Nambikwara, peu connue. Mais une série de mésaventures le mena a ne passer que quelques jours parmi eux. Son compte-rendu de sa seule expérience de terrain continue, qui fait le cœur de Tristes Tropiques présente un défi tout biographe qui voudrait suivre ses traces d'un regard aussi vif. Mais c'est au Brésil que Wilcken mène le mieux son enquête, reconstruisant la narration manquante de Lévi-Strauss y compris les notes prises à l'instant et remplissant les rôles à peine évoqués dans le livre. Nous regardons Lévi-Strauss désargenté et réduisant ses rations, observant l'espion du gouvernement qui s'est joint au convoi, se débrouillant avec un enregistreur cassé et une mauvaise mule Quand, sa jeune épouse Dina, contracta une maladie qui menaçait sa vue, il ne perdit pas de temps pour la ramener à São Paulo. Penseur qui sera un anthropologiste en chambre pour le reste de sa vie, "J'ai réalisé que j'étais un homme de cabinet," avoua-t-il un jour à un journaliste. Il manifesta une remarquable dureté dans la jungle. Ici, Wilcken nous sert une digression à propos de la destinée d'un autre membre de l'expédition, un jeune diplômé colombien nommé Buell Quain, qui se suicidera plus tard, suite, semble-t-il aux pressions subies sur le terrain. Quand Lévi-Strauss rejoignit finalement les Nambikwara, après 1.300 kilomètres de piste, la rencontre ruina ses expectatives romantiques." J'avais cherché une société réduite à sa plus simple expression," écrit-il et les Nambikwara sont vraiment si simples, que tout ce que je pu trouver, ce fut des êtres humains individuels." Les hommes de la tribu le saluaient en riant, les femmes essayèrent de lui voler son savon à la rivière. Mal nourri, au bord de la crise de nerf, il se mis, malgré tout, à rassembler le matériel qu'il utilisera pour mettre à mal un consensus anthropologique vieux d'une génération. Les anthropologistes fonctionnalistes, disciples de Bronislaw Malinowski croyaient que la vie sociale des populations indigènes était déterminée par les besoins de base comme le sexe et la nourriture, Lévi-Strauss trouva près du contraire chez les communautés visitées:même dans les conditions les plus ingrates, il les trouva avant tout inspirés par le besoin intellectuel de comprendre le monde autour d'eux. Quand les Amérindiens choisissaient des animaux comme totems, ce n'est pas parce qu'ils étaient bons à manger mais parce qu'ils étaient bons à penser. Les Nambikwara avaient l'esprit aussi scientifique que celui qui les observait.(Leur inventaire mental pour le miel, par exemple, comprenait treize variétés différentes. La seule différence notable était " l'ambition totalitaire de l'esprit sauvage," basée sur l'assomption que si vous ne pouvez tout expliquer alors vous n'avez rien expliqué. Lévi-Strauss fut le témoin de cette rage de l'ordre pour tout de la peinture des faces à l'organisation du camp et plus spécialement dans leurs mythes, qu'ils cousaient avec les restes empruntés de mythes plus anciens. Il les quitta avec une manne d'impressions à propos de leur culture, mais il n'avait pas découvert leurs secrets.
La percée théorique provint d'une source inattendue pendant son exil de guerre à New-York, ou, rescapé de son propre pays, il enseigna dans un collège dépendant de l'Université de New-York. C'est là que son collègue Alexandre Koyré le présenta à Roman Jakobson, linguiste russe voyageur spécialisé dans l'analyse structurale du langage développée par Ferdinand de Saussure. Jakobson croyait avoir trouver un compagnon de beuverie, il fut très désappointé, Lévi-Strauss se levait tôt et ne buvait que du thé, mais leur amitié fleurit en un riche échange intellectuel. Il apprit de lui comment on peut réduire un mot à ses composantes phonétiques, le r de rat et le m de mat fonctionnent comme des déclencheurs de sens et indiquent des significations différentes et classiquement ce ne sont point les mots qui font sens mais leur agencement. L'étude de mots simples, qu'ils soient dans un mot ou dans une phrase, une famille ou une culture induit une approche différentielle de l'ensemble du signifiant, c'est l'essence même du structuralisme. Lévi-Strauss applique cette logique au travail sur les mythes, qu'il identifiait à une autre forme de langage. La mythologie, pour lui, les la tentative élaborée afin d'obtenir une interprétation cognitive des impressions multiples d'un monde chaotique. Nous répondons aux sollicitations du milieu en le réduisant à des dualismes utilisables, ce qui permet de nous orienter dans le notre existence dans le monde. En "cuisinant" le matériau "brut" de la nature, nous la traduisons culturellement. Il en vint à considérer les mythes indigènes comme une forme de création esthétique, supérieure au précaire investissement occidental en expressions douteuses d'artistes individuels. Tel que l'exhibition individuelle ne peut-être qu'une aporie si on la compare à la puissance des mythes collectifs façonnés par le génie des peuples et des générations. Il n'y a peut-être pas de Tolstoï chez les Nambikwara, mais, la culture et la langue qu'il ont inventé et partagé est bien plus féconde que Guerre et Paix. La méthode structurale de Jakobson devint un outil de prix et mena l'anthropologie près de devenir une science dure. Lévi-Strauss pouvait, maintenant mettre en œuvre l'énorme quantité de données des rapports de terrain de ses collègues en les rangeant en tables, cartes et schémas. Il rédigea Les Structures Élémentaires de la Parenté(1949) à la Libraire Publique de New-York ou il partageait une table avec un chef indien qui prenait des notes en veste de peau de bouquetin coiffé d'une coiffure emplumée complète. Les Structures Élémentaires reste l'ouvrage le plus ésotérique de ses travaux majeurs, mais, il révolutionna la perception des anthropologues à propos des systèmes de parenté et de castes. L'analyse horizontale se substitue à l'analyse verticale, on s'intéresse moins aux questions de lignage et de descendance qu'à l'échange de sœurs, de filles et de cadeaux entre hommes pour éviter le tabou de l'inceste que Lévi-Strauss explique comme la tentative la plus élémentaire pour contrôler les hasards de la nature. Quand il ne révélait pas les mystères de la parenté, Il Menait une existence joyeuse de bohémien à New York, passait ses fins de semaine à hanter les boutiques d'antiquaires, surpris de trouver des artéfacts indiens et des poteries presque pour rien. Les anthropologues et les surréalistes partageaient une passion pour les fragments culturels et les juxtapositions provocantes. Avec ses amis, Max Ernst et André Breton, il fouilla les poches enchantées du riche écosystème culturel new-yorkais, curieux des communautés ayant conservé des traditions oubliées depuis longtemps en Europe. Dans son petit mémoire, "New-York en 1941" Il se souvient avec ravissement des opéras chinois sous le pont de Brooklyn, de son enquête ethnographique bidon sur les insulaires de l'endroit, des lectures de traductions des discours du Président Roosevelt à la radio libre française (la clarté de sa diction le rendait apte à l'emploi.)
Il aurait pu faire carrière facilement dans son pays d'adoption. Mais, après la guerre, il rejoignit,muni de plus d'importance,sa vieille tribu à l'École Pratique des Hautes Études. Rentré à Paris au début des années cinquante, il écrivit Tristes Tropiques, un mémoire sur son voyage au Brésil déguisé en guide d'anti voyage, dans un moment de désespoir, sentant sa carrière académique bloquée il pouvait risquer une audience plus large. Sa stance d'ouverture: ("Je hais les voyages et les explorateurs"), ses déclarations désenchantées ("les tropiques sont moins exotiques que datés"), Le livre faisait preuve d'un pessimisme culturel qui allait devenir sa marque de fabrique. Quand il se moque du mythe occidental de l'individu transcendant, il autorise sa subjectivité à secouer Triste Tropiques dont la prose porte la marque d'un surréalisme lourd: deux montagnes en dehors de Rio de Janeiro ressembles à "deux chicots plantés dans une bouche édentée". Les précipices de New-York entre deux gratte-ciels deviennent " de sombres vallées ou les autos multicolores ressemblent à des fleurs." Avec Proust, Lévi-Strauss partage la capacité d"emprunter les style des grands écrivains français. Il pastiche les couleurs du coucher de soleil de Chateaubriand ou aiguise quelque argument raffiné de la pensée pascalienne. Wilcken, familier de ces transitions remarque alertement les passages ou Lévi-Strauss feint la nonchalance ou vire à la préciosité. La question demeure: comment se fait-il qu'un anthropologiste relativement obscure et taciturne, ayant écrit une thèse non supervisée sur un sujet déjà exploré et qui n'avait garder que les liens assez lâches avec l'établissement universitaire français est-il parvenu, dans l'espace d'une décade, à détrôner le penseur phare de l'époque? Sartre ne voyait pas en lui une menace et lui envoya une copie annotée de sa Critique de la Raison Dialectique(1960) en " témoignage d'une amitié fidèle" en citant et en approuvant les Structures Élémentaires dans son argumentation. Mais Lévi- Strauss ne se sentait pas d'humeur à retourner des compliments. Installé au prestigieux Collège de France, il consacra un séminaire d'un an à une étude détaillée de la critique sartrienne et quand son Esprit Sauvage parut en 1962, le livre se terminait par un assaut de 20 pages sur les implications fondamentales de la pensée de Sartre. "
Le pouvoir passait d'un fumeur à la chaîne, fantôme médicamenteux de la société des cafés de la rive gauche à un esthète du seizième arrondissement. Dans quelles conditions les échanges prirent-ils place, exactement? Très tôt héros des intellectuels français d'après-guerre en articulant une philosophie de la responsabilité face à l'histoire, il restaura la confiance d'une élite intellectuelle endommagée et l'aida à préparer la confrontation de son passé colonial. L'ambition impossible de la critique voulait réconcilier l'éthique de l'existentialisme sartrien avec la thèse marxiste de la nécessité historique. Avec la problématique sartrienne, l'histoire se présente à nous munie d'un nombre limité de possibilités dans lesquelles nous agissons et qui, à son tour, déclenche une nouvelle série de possibilités. Pour Lévi-Strauss, l'amalgame du déterminisme historique et de l'agencement personnel génère une double problématique. D'abord elle met l'individu au centre du processus historique, et comme il pensait l'avoir démontrer, les structures sociales sous-jacentes laissent peu de place à la fantaisie subjective.
"Le soi n'est non seulement haineux," écrit-il dans Tristes Tropiques, suivant Pascal," il n'y a pas de place pour moi entre nous et rien." Ensuite, Sartre propageait encore la vieille histoire de l'Europe comme une histoire narrative progressive alors que Lévi-Strauss tenait les cultures indigènes comme l'exemple d'autres, éventuellement plus séduisant afin d'organiser l'expérience humaine. Les mythes de tribus telles les Nambikwara et les Bororo étaient conçues pour insulariser leur ordre social apparemment immobile des irruptions de l'Histoire. En utilisant l'histoire comme facteur positif d'identification, en privilégiant la vitesse de casse-cou de l'histoire occidentale sur le monde lent et recyclable des peuples indigènes. Sartre avait commis "une sorte de cannibalisme intellectuel bien plus révoltant, pour l'anthropologue que le cannibalisme réel." Pour les universitaires et les intellectuels qui arrivait à maturité dans les années soixante, il était difficile d'éviter l'impression que Lévi-Strauss, en schématisant avec peine les leçons des peuples indigènes à travers le monde, travaillait à une échelle beaucoup plus vaste que Sartre. "Les arrêts de bus, les grèves, les combats de boxe, exemples sur lesquelles Sartre construisait son 'anthropologie sociale' semblaient provinciaux en comparaison de la recherche globale du structuralisme," écrit Wilcken. Sartre travaillait sur le problème de l'émancipation individuelle dans les confins étroits de la tradition philosophique occidentale et Lévi-Strauss en épluchant à rebours les expressions divergentes de la nature humaine commune partout dans le monde, fut à même de révéler à quel point des pans entiers de la culture occidentale fonctionnaient comme des aberrations malsaines. Le couplet autocritique devint une forme obligée d'anticolonialisme plus convaincant que l'appel de Sartre, à une troisième révolution mondiale, de sa table du café de Flore.
Notre civilisation, argumente Lévi-Strauss, est la seule qui tente de libérer l'humanité des liens de la nature, induisant l'illusion grossière que nous aurions tout écris depuis la destruction de l'environnement jusque l'holocauste. à "l'enfer, c'est les autres", l'anthropologue répond que l'enfer, c'est nous-mêmes. L'autre raison de ce triomphe improbable est que le structuralisme servait d'auberge espagnole aux marxistes désenchantés? Ceux qui avaient perdu la foi dans les lois d'airain du matérialisme historique durant la guerre pariaient dorénavant sur le structuralisme en l'identifiant à une forme plus crédible de critique sociale et ainsi résister aux avancées du libéralisme américain. Le structuralisme a aussi exercer un empire sur leur esprit parce que son concept central des codes sociaux représentait un système fermé invulnérable à l'expérimentation empirique. Son "impérialisme du signifiant", comme René Girard l'indique, peut explique pratiquement n'importe quoi et transforma le corpus Lévi-Strauss en un buffet intellectuel duquel la génération suivante sélectionnera ses idées définissantes. Pour Lacan, le structuralisme révélait le système des formes symboliques que l'esprit inconsciemment, cartographie dans la réalité. Pour Althusser, cela explique comment le mode de production capitaliste conçût un système d'acceptation complexe ayant peu de liens avec la réalité des travailleurs. Pour Foucault, profondément attiré par l'élément anti-humaniste du structuralisme tout en clamant ne pas en être.
Lévi-Strauss montra comment des concepts tel la "folie" constituaient une construction arbitraire dont le poids dépend uniquement d'un réseau serré de valeurs sociales changeantes. Tandis que Barthes utilisait ses techniques les plus formelles afin de révéler les implications réalistes de la nouvelle moderne et champion des "nouvelles sans sujet" de Nathalie Sarraute et d'Alain Robbe-Grillet. Lévi-Strauss avait peu de temps pour tout ceci,"je ne sais pas et je m'en fous" quand Wilcken quand il lui parlait de sa postérité intellectuelle. Jamais, il ne lut une "nouvelle" structuraliste et confessa trouver les séminaires de Lacan incompréhensible("pour ses fervents admirateurs, 'comprendre' signifiait autre chose que pour moi")
Il pensait qu'Althusser comme un pervers politique, Foucault comme un historien illuminé mais douteux et Barthes légèrement absurde. (Lévi-Strauss exécuta une analyse structurale d'une histoire de Balzac et l'envoya à Barthes, qui répondit avec enthousiasme en pressant Lévi-Strauss de la publier, jusqu'il fut prévenu que c'était une plaisanterie). Ce ne fut qu'en mai 68 que l'étoile du structuralisme commença à pâlir, libérant Lévi-Strauss de sa place sur le centre de la scène. il était communément admis parmi les protestataires étudiants que sa pensée ne contenait aucun potentiel révolutionnaire."les structures ne se promènent pas dans la rue" comme disait le slogan en se demandant même si elles pouvaient influer sue le progrès social. quelques uns des critiques les plus acérés proclamaient que le structuralisme incarnait l'expression théorique de la technocratie statique autoritaire du gouvernement de Gaulle. " Le structuralisme est la dernière barrière érigée par la bourgeoisie contre le marxisme" écrivait un Sartre réhabilité momentanément de retour sous les feux de la rampe Il se fera prosélyte de Mao, sa version du bon sauvage. Mais la politique de Lévi-Strauss resta fort incomprise. Il possédait un réel projet politique que Wilcken ne sais pas apprécier en insistant sur le souci esthétique. Si ses espoirs de devenir un fonctionnaire socialiste s'évanouirent rapidement, Lévi-Strauss admirait "l'esprit sauvage" principalement parce qu'il y croyait comme remède spécifique des maladies occidentales. Par exemple, en considérant le cannibalisme, il arguait que la pratique indigène de manger des morceaux du parent décédé de quelqu'un, afin qu'il puisse vivre symboliquement dans sa descendance, indique plus de respect pour les humains que le travail du bistouri sur une table de dissection. Il écrit aussi que les Amérindiens seraient, aujourd'hui, mystifiés par les pratiques carcérales modernes, qui séparent ceux qui sont en délicatesse avec la loi en essayant de les réformer en détruisant leurs liens sociaux. Les indiens des plaines, dit-il, possèdent une manière bien plus efficace pour réhabiliter les criminels. Par la confiscation provisoire leurs possessions et de leur tente, ils les obligent à des liens réciproques étroits avec la société. Le criminel effectuera donc une forme de service collectif qui créera une dette de la société à son égard et le restaurera à sa place primitive.
Lévi-Strauss ne songea jamais sérieusement à revenir vers quelque type d'age d'or; mais, sans doute, analysait-il les sociétés primitives à la recherche d'éléments qui pourraient contribuer à la critique ethnographique de la culture occidentale qui se déroulait alors. Pour cette raison, Lévi-Strauss eut à subir les attaques des critiques qui le taxaient de relativiste culturel de la pire espèce. La charge prononcée pour la première fois par Roger Caillois le traitait d'ethnocentriste inverti. Lévi-Strauss, disait-il, met en avant l'hypocrisie occidentale en mettant les cultures primitives sur un piédestal, alors que l'existence même de l'anthropologie est la preuve de la supériorité culturelle occidentale. Cette pastilla deviendra l'arme de guerre culturel des conservateurs contre l'anthropologie jusqu'aujourd'hui. L'année dernière, Pascal Bruckner, publia un livre qui estampillait Lévi-Strauss comme un des plus grands " camelots de la culpabilité" européen, son argument prononçait que l'auto flagellation de l'ouest rendait impossible toute critique des sociétés non européennes. Cette proclamation est en contradiction avec la position de Lévi-Strauss qui anticipa cette objection, il y a longtemps. Dans Tristes Tropiques il y répond avec succès: D'autres sociétés ne sont peut-être pas meilleurs que les nôtres, même si nous inclinons à le penser, nous n'avons aucun moyen de le prouver. Quoi qu'il en soit, en apprenant à les connaitre, nous pouvons nous distancier de notre propre société. Ce n'est pas qu'elle soit particulièrement ou absolument mauvaise. Mais c'est la seule qui nous mette dans l'obligation de nous en libérer, nous sommes, par définition, libres à notre relation à l'autre. comme pour le constat que, seul l'ouest s'intéresse "aux autres", Lévi-Strauss souligne, qu'entre autre, Les indiens Tète-plates des Rocheuses furent si intrigués par la nouvelle de l'existence de colons blancs, qu'il dépêchèrent plusieurs expéditions pour entrer en contact avec les missionnaires chrétiens de Saint Louis dans le Missouri. Dans les pages finales de Tristes Tropiques, il argue que toutes les cultures ne sont pas également humaines, Les Aztèques, les européens et les musulmans modernes occupent les échelons les plus bas. Il met en équation luthéranisme intransigeant de l'Islam et celui de la France révolutionnaire,comparaison qui restera célèbre. "Tout comme l'Islam
a gardé les yeux fixés sur une société qui était réelle il y a sept siècles, et les problèmes pour lesquels les solutions de l'époque étaient adéquates, nous les Français somme incapables de penser hors du cadre d'une époque qui connut sa fin il y a 150 ans." A l'inverse, certaines sociétés indigènes donnent des leçons plus significatives que d'autres quand il s'agit d'intégrer l'espèce humaine dans une relation plus intime au monde et la plupart d'entre elle ont su se préserver des influences extérieures. Encore, les fusillades que Lévi-Strauss dirigeait vers ses critiques ne l'ont pas empêché d'adhérer à son propre style de conservatisme jusque la fin de ses jours. Comme Wilcken le remarque, sa révérence paternelle pour les formes établies se réaffirma avec une force renouvelée dans le fils, une fois le gout de sa jeunesse pour l'avant-garde se trouva épuisée. En 1980, il vota contre la nomination de Marguerite Youcenar pour le siège de l'Académie Française parce que cela allait à l'encontre de "siècles de tradition". Un retour au traditionalisme n'est pas inusuel chez les vieux hommes. Mais, moins attendu, ce sera de voir son travail scientifique coopté à des fins politiques explicitement conservatives: dans les années 80, les députés français citèrent les Structures Élémentaires de la Parenté dans leurs arguments en faveur du mariage traditionnel comme pierre d'angle de la cinquième république. Wilcken conclut sa biographie sur une note destitutive. "Lévi-Strauss est l'école d'un seul homme, distribuant un type d'analyse devenu si idiosyncratique, qu'il est impossible d'y construire." Mais sa frustration sur l'ensemble de son projet est compréhensible. Sa vocation scientifique s'attendait à voir son héritage évoluer, mais, en pratique, il refusa obstinément de mettre sa pensée à jour et ne répondit pas aux révisions proposées par des penseurs comme Noam Chomsky et Clifford Geertz. Dans l'optique de Wilcken, Lévi-Strauss finit par ressembler à un scolastique médiéval, ruminant les structures de sa propre imagerie en faisant se mouvoir les "mobiles mythes" qui pendent au plafond de son bureau. "Dans un monde aux régions cognitives de plus en plus spécialisées, on ne trouvera sans doute plus, un travail d'une telle ambition et une quête si exaltante." Mais Lévi-Strauss est plus que le monument d'un intellect vieillissant devant lequel les pygmées du XXI° siècle que nous somme puissent se pâmer. On se souviendra de lui comme d'un moraliste appartenant à une tradition qui va de Diderot à Montaigne. Les moralistes français ont rempli une fonction corrective unique en occident, il ne sont pas les gardiens de l'ordre moral, ils le remeublent, vigilants à cerner les fausses positions morales. quand Lévi-Strauss étudient les cultures indigènes, il espérait augmenté la vigilance du répertoire des arrangements sociaux au delà de la culture au monolithisme croissant de l'occident. De ces pratiques de plus en plus stigmatisées par le racisme, les rites matrimoniaux, les cérémonies initiatiques, les mythes créationnistes, Lévi-Strauss extrait des préceptes utiles à la compréhension, sinon à la sympathie avec la logique interne de la plupart des cultures étrangères. La profonde rigueur scientifique de ses analyses, et le respect du sujet que cela supposait, fut finalement plus utile pour combattre le préjudice racial que le dit de grands philosophes comme Sartre. Lévi-Strauss pensait plus juste beaucoup de penseurs politiques d'aujourd'hui, en épelant les paradoxes de ses efforts anti discriminatoires. La lutte contre le racisme, qui enjoint l'humanité à adopter les normes de la civilisation globale se trouve aussi responsable de la destruction des différences culturelles, qu'elle était sensé protéger. au fur et à mesure que les sociétés sont plus attentives à l'importance de préserver les particularismes, leurs différences deviennent difficiles à justifier. "Quand la communication intégrale avec l'autre est complètement réalisée," écrit-il dans"Le Regard Éloigné"(1983) à propos des Afars,"tôt ou tard jette un sort à la fois sur sa créativité et sur la mienne." Lévi Strauss ne cessa jamais de pleurer les sources originelles du sens esthétique et moral en qui ne pouvait se trouver que dans les sociétés restées sourdes au reste du monde. Du moins, il en vint à voir son travail et celui de l'anthropologie en général à nous rendre plus méfiants et plus attentifs quand nous devrons, inévitablement, les rencontrer. Les charmes de la civilisation sont peut-être du essentiellement aux réminiscences variées qu'ils emportent," Mais pour Lévi-Strauss cela ne nous absout pas du devoir de les réformer. Pour ce sens réaliste des responsabilités et son refus de nous fournir de fausses certitudes dans une époque truffée de prophètes totalitarismes, on peut encore le lire avec beaucoup de profit.

 

31/01/2011

Heidegger rendu kascher

 

En 2005, c'était l'année Sartre, centenaire du célèbre existentialiste, A Paris les libraires étaient noyés de publications commémoratives, Presque chaque journaux consacraient des pages spéciales à son propos. La toute nouvelle bibliothèque de France montait une exposition multimédia des souvenirs saillants de sa carrière ainsi que quelques rares séquences filmées de ses pièces, L'obligatoire CD d'entretiens oubliés stratégiquement placés près de la caisse et ainsi tenter la compulsion de l'aficionado et comme prévu, à l'étranger et en France d'innombrables conférences et colloques au long cours dévoués à son travail. Paradoxalement, personne n'avait l'air de savoir quoi dire, D'un coté, personne n'a dominé la vie intellectuelle de son siècle comme Jean-Paul Sartre, en fait, personne ne l'approcha. C'est là que réside le problème, Après tout, à l'exception de la poésie, il excella dans toutes les disciplines littéraires imaginables, traités de philosophie, nouvelles, histoires courtes, essais, théâtre, biographies et manifestes politiques. On parle encore aujourd'hui de beaucoup d'entre elles. A une époque de spécialisation obérant l'esprit, Sartre apparaissait comme un anachronisme bienvenu, un véritable homme de la renaissance. De plus, après la guerre, il hérita du manteau convenu de l'intellectuel engagé, vénérable tradition datant de Victor Hugo et d'Émile Zola. En 1961, il signa le manifeste des 121 protestant contre la brutalité de la guerre en Algérie en pressant les troupes françaises de déserter, il provoqua délibérément l'autorité politique française, Quand les conseillers de de Gaulle le pressèrent de mettre le philosophe gaffeur aux arrêts, de Gaule répondit avec emphase: «on n'arrête pas Voltaire!» Alors, comment faire pour le célébrer, son polymorphisme quintessencié, une figure qui, sans forfanterie, excella dans virtuellement toutes les entreprises qu'il engagea? Qui, en fait, est vraiment qualifié pour faire justice à ses résultats pluridisciplinaires, aux nombreuses facettes de son œuvre? Quand il vivait toujours, on pouvait, au moins, s'adresser successivement à chaque livre, traité ou article de manière sérielle, au moment ou elles apparaissaient, Sa mort nous a privé de cette règle de trois. Les possibilités d'évaluation donne le tournis et sont sans limites. Mais il existe une autre raison à l'inflation du centenaire. Parmi les intellectuels, avec l'atmosphère politique turbide d'aujourd'hui, le concept d'engagement de Sartre est devenu une source de mauvaise conscience. De plusieurs manières, il était ce que nous ne sommes pas et ce que nous ne pourrons, en étant réaliste, plus jamais devenir. Naturellement, il a commis d'ingrates erreurs dans son jugement politique, Jusqu'en 1973, il pouvait encore proclamer que l'échec de la révolution française venait du fait que les jacobins n'avaient pas accepté de tuer plus de monde. Un peu après, le soi-disant moment anti-totalitaire trouva ses marques parmi les écrivains français et les meneurs de l'opinion, Dissidence devint le nouveau mot de passe, Le style de militantisme de Sartre perdit rapidement de sa vogue, Une génération plus jeune firent un adieu sans fard aux tentations et aux illusions du gauchisme, Sartre représentait un héros de l'ego marxiste à vaincre pour faire en sorte que le libéralisme français puisse vivre, Plus tard, les intellectuels français se rappelèrent les injustices du néo-libéralisme, Ironiquement, ils n'avaient qu'eux-mêmes à blâmer.

Cette année, en France, c'est l'année Lévinas, Le philosophe français, né en Lituanie (1906-1995), mourut un peu avant son quatre vingt dixième. Il existe des faits quelques faits pervers à propos de la chronologie commémorative, Sous de nombreux aspects, Emmanuel Lévinas incarnait l' anti-Sartre. Comme l'auteur de l'Être et le Néant, il était amoureux de la culture allemande et comme Sartre, se voyait aussi comme un héritier de la méthode phénoménologique conçue par Edmund Husserl

et utilisée par Martin. Mais, c'est plus ou moins là ou les ressemblances cessent, Ce ne serait pas exagérer de décrire l'entière tentative de Lévinas comme une machine de guerre dirigée contre l'humanisme existentialiste sartrien, Avec Sartre, c'est l'en soi qui est la conscience, valeur conceptuelle originelle tiré du système archimédien. Inversement, pour Lévinas, c'est l'autre, autrui dans toute son étrangeté métaphysique sans apprêt. Bien que nés tout deux dans l'intervalle d'une année, l'anti sartrisme de Lévinas porte un caractère œdipien distinctif, La version sartrienne de existentialisme doit périr pour que celle de Lévinas vive. En fait, pour la génération de penseurs français arrivant à maturité dans les années quarante et cinquante, la présence de Sartre était tellement titanesque que d'égorger Sartre le père devint un rite de passage obligatoire. En dominant si complètement chaque champ de la quête littéraire, ses héritiers potentiels sentaient qu'ils manquaient de souffle. Tous, Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes, Michel Foucault, et les deux Jacques, Derrida et Lacan, à un moment ou à un autre tirèrent des explosifs textuels enduits de venin dans la direction du maitre. Sous le couvert de la «mort de l'auteur», les penseurs structuralistes, espéraient secrètement d'évincer rapidement Sartre. Lévinas n'était rien sinon une vocation tardive. Son œuvre majeure, Totalité et Infini, parut en 1961 quand il avait déjà 55 ans. Les acclamations du milieu philosophique arrivèrent encore plus tard. Pas avant 1980, quand Lévinas, septuagénaire, la France, sa patrie adoptive, prit l'illustre et prolifique immigrant sous son aile. La France avait une longue histoire d'accueil des intellectuels et des universitaires étrangers: Jean Piaget, Lévi-Strauss, Derrida et Julia Kristeva tous nés hors de France métropolitaine, Parfois, il leur fallu plus de temps pour être reconnu.

Dans le cas de Lévinas, les difficultés se trouvaient mêlées aux hasards de la biographie. Par plusieurs cotés, sa philosophie reflète son propre itinéraire distinct, marginal et pérenne, Dans sa jeunesse Lévinas et sa famille furent déplacé de sa ville natale de Kaunas vers l' Ukraine aux approches de la première guerre mondiale. Il y fréquenta l'école secondaire. Mais, la révolution bolchevique, et la guerre civile suivirent et il fut impossible de rester, Toute la famille retourna vers la Lituanie nouvellement indépendante ou elle espérait trouver finalement la tranquillité mais l'installation du nationalisme lituanien rendait les choses difficiles aux russophones tels les Lévinas. Alors, en 1923, la famille déménagea à nouveau, cette fois-ci vers Strasbourg ville française la plus proche de Kaunas. En 1923 s'inscrivit à l'université de Strasbourg, compléta une thèse sur Husserl en 1930. Mais, à la place de suivre une carrière universitaire, comme ses mentors l'en pressèrent au regard de ses talents philosophiques prodigieux, il prit un poste à l'alliance israélite universelle, une organisation chargée d'acculturer les Juifs d'Europe de l'est et de défendre les minorités juives. À la fin des années trente rejoignit l'armée française, La même année, son unité fut capturée durant l'ignominieuse «étrange défaite » rendue aux mais de l'armée allemande. La mauvaise fortune enferma Lévinas dans un camp de prisonniers pour le reste de la guerre, autre recul de ses aspirations vocationnelles en tant que philosophe mais pour lui, juif français né à l'étranger, les choses auraient pu tourner beaucoup plus mal. Après la guerre, il enseigna à l'école normale israélite orientale, une école préparatoire pour instituteurs juifs. Ce n'est qu'en 1961 qu'il termina la thèse de doctorat qui lui valut une position à l'université de Poitiers, En 1973, à l'age de 67 ans reçu une chaire à la Sorbonne, pinacle de la vie universitaire française. Trois ans plus tard, il prit sa retraite. Il obtint une reconnaissance tardivement et circonstancielle. Ses réalisations de philosophe sont considérables et il apportait une dimension éthique qui manquait tellement aux structuralistes. Dans les années 80, le structuralisme tomba de grâce. Les structuralistes et leurs héritiers tardifs, Foucault et Derrida s'étaient lancés dans une critique toujours plus large de la société, théorie humaniste plaçant l'homme au centre de ses analyses, en gardant à l'esprit un des textes de Sartre les plus lus d'après-guerre, «l'Existentialisme est un humanisme». Dans cette ordre de choses, Foucault prophétisa que l'homme allait bientôt balayé comme un dessin sur le sable effacé par la marée et qu'après çà, on se sentirait bien mieux. Dans les années 70 et 80, les intellectuels français, déchirés, désillusionnés par le communisme, abusés et déçus par la dissidence à l'est, découvrirent «les droits de l'homme»; A partir de là, cela devint la quadrature du cercle: on ne pouvait se poser en détracteur de l'humanisme tout en reprenant les couplets des droits de l'homme. Le rejet du paradigme anti humaniste prit de la cinétique quand les implications pro nazie de qu'il termina sa thèse de doctorat qui lui valut furent connues dans toute leur étendue. Puisque c'était les assauts radicaux de qu'il termina sa thèse de doctorat qui lui valut contre l'humanisme sartrien qui avait donné le ton et les munitions pour les attaques structuralistes ultérieures.

Dans son essai de 1941, «Souvenirs Métaphysiques», Heidegger déclare » l'histoire de l'être n'est ni l'histoire de l'homme ni celle des relations du surmoi au soi, l'histoire du moi est unique. En 46, cinq ans plus tard, il adresse une «Lettre sur l'humanisme» à un interlocuteur français ou il clame que le concept d'homme est le point d'entrée pour qui veut comprendre l'être. Cette lettre, manifeste anti sartrien radical deviendra par certain de ses aspects le texte fondateur de la philosophie française d'après guerre. L'anti cartésianisme résolu de Heidegger, son rejet du cogito comme point de départ de la philosophie, a permis aux intellectuels français d'échapper aux contraintes et aux limitations de leurs traditions intellectuelles indigènes, En somme, il a permis aux intellectuels français d'être moins nationaux. En France l'étoile de Heidegger se levait quand celle de Marx déclina. Elle séduisit les gauchistes désenchantés qui réalisaient tardivement que le futur radieux de l'Union Soviétique n'était pas celui qu'ils avaient espéré. Les disciples d'Heidegger en conclurent que le marxisme n'était pas la solution mais bien le problème. Ils limogèrent la doctrine marxiste du prolétariat comme une autre forme des échecs de l'humanisme occidental. La classe ouvrière n'était plus qu'une autre incarnation du «sujet métaphysique» dans son ensemble. Cette popularité grandissante exprimait à la paralysie politique et sociale largement ressentie sous la «dictature présidentielle»

(1958-1969) de Charles de Gaulle, justification pro vita sua pour une génération de penseurs français ayant abandonner les barricades pour les platitudes de la critique culturelle allemande des années 20. En vilipendant la subjectivité et la conscience, ce à quoi Sartre apportait du prix, les heideggériens français ont complètement inhibé la passivité politique invalidante du maitre dictée par l'idée que toute action humaine est finalement stérile. Si on en croit Heidegger, l'Être détermine tout, la contribution des hommes et des femmes est épiphénoménale, et pour la plupart du temps sans objet. Alors, la seule chose que nous pouvons faire, comme Heidegger le dit une fois, est d'attendre Dieu patiemment qui «peut nous aider». Quand les philosophes français remplacèrent imprudemment Marx par Heidegger, ils jetèrent simultanément l' émancipation humanisme à la poubelle, Ils échangèrent la liberté pour les «mystères» du «Soi» La philosophie de Heidegger trouve ses prédicats dans une critique radicale de la raison et de la métaphysique. Un jour, il observa que «la raison, glorifiée durant des siècles est l'adversaire la plus féroce de la pensée». Mais, en rejetant la raison, Heidegger et ses disciples français détruisirent le lien essentiel entre vision et émancipation. Socrate dicta que «la connaissance est vertu». En d'autres mots: l'intuition et la réflexion sont les clés d'une vie bien vécue. Comme Socrate le déclare, «une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue». Sans l'association entre vision, intuition et émancipation, ni la doctrine de Marx ni celle de Freud ne sont possibles et pour eux, comme pour Socrate, connaissance et liberté humaine sont coalescentes. En heiddegérien convalescent, Sartre comprit le problème mieux que personne, Il réalisa qu'une philosophie comme celle d'Heidegger, qui demande une obéissance sans questions à l'innommé, à d'autres puissances comme l'Être, les dieux, la foi etc. est une garantie d'aliénation humaine. Comme Sartre le remarque astucieusement, en prêchant la soumission et plus tard l'autoritarisme, une philosophie qui subordonne l'humain à ce qui est autre que l'homme a pour base et pour conséquence la haine, soit il est soit il est l'autre. Choisir la seconde doctrine fait simplement d'une victime le complice de son aliénation.

A la fin des années 80 le vide moral de la philosophie d'Heidegger se trouva pleinement exposée. Par dessus tout, elle manquait d'éthique. Pour ses disciples français, l'éthique avait semblé superflue, redondante de l'antique schéma de l'humanisme occidentale. L'éthique implique la notion de rédemption épouse du paradigme de la subjectivité, niée vigoureusement par les structuralistes et leurs alliés heideggériens qui cherchèrent fébrilement à la nier. Lévinas fournissait donc ce qu'ils cherchaient, une doctrine éthique solide consistante avec les prémisses de l'anti humanisme critique. Ainsi, le docent de Kaunas devint l'improbable sauveur d'une tradition fondée par un ancien nazi. Quel en était le bénéfice. Aucun, Les anti humanistes français régressent au regard de l'existentialisme sartrien. Sartre soutient que l'action humaine au monde a un sens. Contrairement à Heidegger, il croit sincèrement que le question de la liberté demeure. Sa œuvre constitue la méditation d'une vie sur la signification et les paramètres de cet impératif moral et existentiel fondamental. A la afin des années cinquante, Sartre réalise les contradictions du stoïcisme cartésien exposé dans l'Être et le Néant. Afin de la réduire, il se tourne vers l'histoire et le marxisme. On dit souvent que le dit des grands philosophes peut souvent se réduire à une phrase telle le «connais toi» de Socrate, le «je pense donc je suis», pour Hegel, «unité de la substance et du sujet», pour Kierkegaard, «la vérité est subjective» et pour Lévinas, ce serait «l'éthique comme philosophie première». En 1928 Lévinas se rendit à Fribourg pour étudier avec Husserl. Mais son enthousiasme pour l'auteur de « Philosophie et Rigueur Scientifique» fondit rapidement. A son point de vue Husserl, comme Descartes restait trop attachés au paradigme de l'ego ou «conscience» ce qui l'intéressait rassemblait les questions qui perfuse hors du champ de la conscience. Rapidement, il fut introduit auprès d'Heidegger et ses allégeances changèrent brusquement de direction. Comme Lévinas le dit «j'ai l'impression d'être allé à Fribourg en pensant visiter Husserl et j'ai trouvé Heidegger à la place, chez qui il rencontra une riche audace philosophique mal acceptée dans la pensée contemporaine. Avec Heidegger, la philosophie transcende l'auto référentiel confiné de la conscience et accède au plan de la vie et du monde. Il avait senti que la phénoménologie husserlienne resta attachée à l'aride rationalisme du néo kantisme régnant. Comme tel, elle restait étroitement focalisée sur la perception et le cognition. Avec Heidegger, au contraire, on parlait de quotidien, d'authenticité, d'historicité, de l'être au delà de la mort. Ce que Lévinas trouvait très stimulant comme une génération entière de jeunes allemands qui en entendant « La rumeur du roi caché» processionnèrent pour écouter ses cours. Afin d'éviter l' afflux d'étudiants par trop motivés, il donnait souvent la classe à sept heures du matin. Le jeune Lévinas se pensait heideggérien orthodoxe. Il assista au fameux débat de Davos entre Heidegger et Ernst Cassirer en applaudissant avec enthousiasme au triomphe de Heidegger. Pour beaucoup, c'était le passage du témoin d'un néo kantisme rassis à la forme vigoureuse d'existentialisme propre à Heidegger. Dans les années 30, Lévinas rédigeât plusieurs articles sortant des sentiers battus sur la philosophie d'Heidegger. Dans l'un d'eux, il s'enthousiasmait: « Personne qui s'intéresse la philosophie ne peut s'empêcher de déclarer, devant le corpus heideggérien, que l'originalité et la puissance de son effort, né du génie, se sont alliées la conscience, la méticulosité et à une solide élaboration.» Il venait de terminer sa dissertation sur la théorie de l'intuition de Husserl et projeta d'écrire un livre dur Heidegger. Son entrée au parti nazi, le premier mai 1933, changea tout. Heidegger avait succombé à l'illusion qu'il pourrait « guider le guide» (den Führer führen), qu'il pourrait jouer le philosophe roi du tyran résident de l'Allemagne, Adolphe Hitler. En ceci; il se montra plus royaliste que le roi en disant: «Ne laissez pas les doctrines et les idées régler votre être, le Führer et lui seul est le présent et l'avenir de l'Allemagne et sa loi.»Il réalisa rapidement son erreur: la révolution nazie n'était pas destinée à rendre le monde plus sur pour l'Être, comme il l'avait espéré. Néanmoins, il existe des erreurs politiques pou lesquelles un philosophe peut implorer le pardon, mais il y en a une autre, du genre impardonnable. Son enthousiasme pour la révolution brune, loyauté à laquelle il refusa de renoncer, d'une variété plus tardive. A la lumière de l'adhésion de Heidegger au nazisme, Lévinas se sentit obligé de réévaluer son heideggérianisme passionné. La problème ne résidait pas dans le fait qu'Heidegger, l'individu empirique soit devenu nazi mais il se sentait obligé de justifier son choix politique dans un idiome tiré de son propre style de philosophie de l'existence. Toute l'affaire suscite le sentiment d'une attitude schizophrénique de la part de Lévinas. D'une part, certains choix heideggériens, la critique du point de vue du sujet transcendantal gardait sa validité. De l'autre, la proximité d'Heidegger au nazisme lui donnait le sentiment simultané que cette philosophie était pourrie jusqu'à l'os. Lévinas tente de résoudre ou de travailler le problème par étapes. Dans «Réflexions sur la Philosophie de l'Hitlérisme» en 1934, il condamne le nazisme comme une forme de néo paganisme qui menace les traditions judéo-chrétiennes. Une de ses cibles fut Heidegger, qui avait renoncé au christianisme et resta un athée déclaré. Plus tard, son analyse s'affina dans une perspective plus complète entre le nazisme et la pensée occidentale en général. Après la guerre, la terrible révélation des camps de la mort, dans lesquelles la plupart de la famille étendue de Lévinas avait péri, lui fit reconsidérer la tradition occidentale dans son ensemble. Comment se fait-il, que la philosophie occidentale, malgré son sublime naturel et sa grandeur, soit resté impuissante à prévenir la manie génocidaire des nazis? Pensée d'autant plus infecte, que face à la réalisation du mal radical, l'occident n'a put que démontrer l'impuissance de sa compréhension. Ces réflexions l'amène à mettre en cause des pans entiers de la tradition philosophique occidentale. La question principale réside dans l'habitude immémoriale de la métaphysique à privilégier l'ontologie, l'étude de l'Être alors que l'essentiel, c'est l'éthique. En d'autres mots, les traditions philosophiques les plus intimes et précieuses se sont davantage souciées de l'Être, que des relations éthiques entre humains.

La maxime de sa maturité, «l'éthique avant la politique», cherchait un remède à la grossière injustice perpétrée le privilège occidental de la «raison théorique» sur le sujet moral. Déjà sous les grecs, l'occident s'est aventurer sur un sentier erroné. Il repose la question d'Athènes contre Jérusalem, de la philosophie contre la théologie. En optant pour Athènes, c'est à dire pour l'ontologie, l'occident, à son propre détriment, a dénaturé l'importance de la tradition biblique dans laquelle, la tradition mosaïque, les dix commandements et l'injonction christique d'aimer son prochain comme soi-même, trouvaient tout leur sens.

Il essaya, par sa conception éthique de redresser ce déséquilibre invasif et débilitant. Il découvrit une source nouvelle dans l'inspiration éthique des nouvelles de Dostoïevski, qui met en scène le pouvoir spirituel de l'amour ou caritas contre les effets de la raison instrumentalisante . Pour lui, l'éthique trouve son origine dans la demande de l'autre, autrui. Le pierre d'angle de sa maturité est l'idée de la «face» de l'autre. De son point de vue, la face de l'autre nous confronte à une quête morale infinie, antérieure à tout jugement intellectuel ou théorique. Il utilise une série de métaphores dramatiques quand il parle de nudité ou de destitution de l'autre qui fait qu'elle ou lui reste totalement à notre merci. Pour dramatiser notre dette à l'autre, essentiellement insatisfaisante, Lévinas cite fréquemment cette maxime incertaine des Frères Karamazov: « chacun est coupable devant l'autre et moi le premier». Et en tenant compte les limitations intrinsèques des êtres finis, nous ne pourrons jamais satisfaire la quête de l'autre. La question en reste à la relation entre «infinité» et «transcendance». Au contraire, la raison théorique, vise à un type de compréhension totalisante ou «fermeture» que Lévinas minimise en l'appelant «totalité». Ce qui est incurablement égocentrique et procède en réduisant l'autre à l'identique, «l'ipséïté», dans sa langue. Son chef d'œuvre de 1961 «Totalité et infinité» animera ces oppositions. Les limitations de sa méthode ne manque pas de souligner aussi ses propres contradictions. En tentant, de concert, de se distancier des erreurs d'Heidegger, il s'est intriquer encore plus avant dans l'approche du philosophe de Fribourg. En jugeant la raison totalisante, il trahit ses affinités imprudentes avec les dernières pensées d'Heidegger, qui prédisait aussi le rejet de la raison comme forme de d'instrument simplificateur de la volonté de domination. Dans les deux cas, la vilification de la raison va trop loin. Dans les annales de la pensée occidentale, la raison a toujours contenu de fortes aspirations utopiques. Elle promet une rectification de l'injustice sociale et des torts. La critique radicale de la raison, à la fois chez Lévinas et chez Heidegger, mettent en avant le risque de rendre l'expression de la critique sociale impuissante. Sans les capacités raisonnables de distinction, de discrimination et de jugement de fait, nous serions privés des outils conceptuels nécessaires à notre propre émancipation. Nous resterions là muets et impuissants. De plus, Si leurs propres philosophies se désintéressent entièrement de la raison communicante, ils seraient inintelligibles et dans ce cas, franchement, à peu prêt inutiles. Le raisonnement morale nous fournit un moyen puissant pour agir au monde et pour remédier à l'oppression. La vénération quasi mystique de l'Autre, chez Lévinas, ressemble inversement à une «épiphanie». Mais, il est presque impossible de transformer une épiphanie en action politique sensée. On ne la peut transformer en sujet de législation. D'autant plus, qu'avec Lévinas, la dette à l'égard de l'Autre devient une relation d'exclusivité au point qu'il devient impossible émotionellement et physiquement d'assumer une loyauté aux autres multiples. Pour cette raison, on ne peut dériver des politiques sensées de ses doctrines éthiques. Il confirme ces suspicions quand, dans «Totalité et Infinité», il déclare: «La politique laissée à elle-même porte la tyrannie dans son essence». Sa référence messianique à l'Autre dénigre toute autre forme d'action, y compris l'adhésion politique, comme un instrumentalisme sordide. Il résiste à la généralisation et nous laisse avec un genre de paralysie politique. Samuel Moyn, dans son ouvrage lucide et rafraichissant: «Origines de l'Autre» caractérise de manière adéquate l'approche crypto théologique de l'éthique chez Lévinas, il met en lumière l'ambivalence fondamentale de la perception séculariste de ses intentions phénoménologiques et de l'occultation de ses aspirations eschatologiques. Répondant au profond désespoir culturel provoqué par la première guerre mondiale, les années 20 ont connu des résurgences théologiques importantes qui donnèrent , d'après ce que dit Moyn, le cresson de son approche distinctive à l'égard de l'éthique. Une des vertus du livre de Moyn, c'est sa découverte de la notion de l'Autre chez Lévinas, ou personne n'était aller la chercher avant. Des commentateurs, auparavant, interprétèrent l'éthique théologique légèrement voilée de Lévinas en l'identifiant à la soi-disant «Nouvelle Pensée» mise en avant par Franz Rosenzweig en 1921,dans son ouvrage « L'Étoile de la Rédemption». Mais Moyn souligne que Lévinas ne lut point Rosensweig avant le milieu des années trente. Et si Rosensweig reconnaît que nous pouvons gagner quelque chose qui ressemble à une connaissance théologique. La notion de l'Autre de Lévinas déplace expressément les prétentions et les méthodes cognitives, la face de l'Autre possède le statut de révélation, elle met en œuvre une quête éthique pré discursive entièrement transcendante. Pour déchiffrer «L'origine de l'Autre» Moyn nous suggère d'examiner plutôt la résurgence kierkegaardienne présentée par la «Théologie Dialectique» de Karl Barth que Lévinas lut avidement dans les années vingt et trente. Par son opposition affirmée à la vogue séculariste de la critique de l'histoire biblique des années vingt. Barth reconçoit la divinité, dans les mots de Moyn, comme qualitativement différente du fini, des objets quotidiens. L'Autre, Dieu, est transcendant non immanent et il conclut qu'en dépit des protestations variées du contraire, «Lévinas n'a jamais abandonné l'habitude de se soumettre au commandement de Dieu et il l'a intégré au royaume de la théologie humaine.» Comme philosophe, on l'a traité justement d' «anti Sartre» et on peut voir facilement pourquoi. Il idéalise l'Autre et la pensée de Sartre, fondamentalement, manque de confiance dans l'individu. Dans l'Être et le Néant, l'autre ne signifie rien de plus que la limitation ou l'obstacle à la liberté de soi, le regard de l'autre est essentiellement objectivant, il cherche à tourner le pour soi, ou conscience en en soi, soit quelque chose d'inerte. Le apothéose littéraire de Sartre, la pièce Huis-Clos ou on prononce que «l'enfer, c'est les autres». L'animus anti sartrien aide Lévinas à composer d'étranges mouvements philosophiques dans la glorification excessive de l'autre.

Une des raisons derrière son immense popularité en France réside dans sa copieuse littérature sur des thèmes juifs. Traditionnellement la conception française de la citoyenneté est restée rigoureusement assimilationniste et n'est pas sensible à la différence. Le débat classique sur ce point de vue est celui de la révolution qui se demande si les Juifs doivent être reconnus comme citoyens. Comme un des délégués, Clermont-Tonnerre l'exprime «rien aux Juifs comme nation, tout aux Juifs comme citoyens.» Autrement dit les Juifs sont les bienvenus tant qu'ils abandonnent leur particularisme. Dans l'après 68, ce sentiment commence à évoluer, beaucoup des protagonistes oscillent entre Mao et Moise. Ensuite, ils embrayèrent sur leur atavisme juif pour trouver une orientation une fois la ferveur révolutionnaire gauchiste éteinte. L'examole le plus connu est celui de Benny Lévy, un ancien chef étudiant maoïste (et confident de Sartre) qui abandonna la politique révolutionnaire pour le judaïsme orthodoxe. Soudainement, les juifs français assimilés suivant la voie des immigrants séfarades d'Afrique du Nord ,qui vécurent au préalable dans des communautés religieuses fermées, commencèrent à avouer publiquement leur identité. Étant donné les persécutions dont avaient été victimes leurs familles sous le régime de Vichy, ils se pensaient un titre à la reconnaissance, non seulement comme citoyens mais aussi comme Juifs. Paradoxalement, le nouvel esprit de «communautarisme juif» trouva une aide dans l'approche de Lévinas, qui était parvenu à ébranler avec succès la barrière entre deux cultures très différentes: le monde de la philosophie académique française et celui des traditions religieuses juives. Un des manifestes distinctifs de Lévinas comme penseur juif est sa rupture avec les générations précédentes d'érudits juifs assimilés de Moise Mendelssohn à Hermann Cohen, qui tentèrent de démontrer la compatibilité entre l'enseignement juif et les canons de la pensée séculière occidentale. L'originalité de Lévinas, en recourant à la phénoménologie consiste à traduire les principes éthiques de l'ancien testament directement en langage philosophique en négligeant la préoccupation ontologique des Grecs. A cet égard, son influence sur une génération plus jeune d'intellectuels juifs français arrivée à maturité dans l'après guerre est inestimable. A la fois Benny Lévy ( mort en 2003) et l'omniprésent essayiste- philosophe Alain Finkielkraut étudièrent le dernier livre de Lévinas «Être juif» qui est la signature de sa pensée religieuse. Il y a six ans Lévy, Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy, payant tribu à leur maitre décédé, fondèrent un Institut des Études Lévinatiennes à Jérusalem. La suspicion légitime de Moyn à propos de la résilience des habitudes théologiques de Lévinas a soulevé des questions troublantes sur la vénération anacritique caractérisée par la réception de son œuvre.

Comme Heidegger, Lévinas suggère sur un mode rhétorique ampoulé l'accès privilégié aux vérités ultimes de l'Être et de l'existence. Mais la posture discursive n'est pas très propre au débat. La philosophie avance par la discussion critique et l'examen des prédicats comme instances de vérité alors que les écrite de Lévinas encourage une attitude d'adulation soumise. Et, sans surprise, la plupart de ses milliers d'articles et de monographies exhibent des révérences exégétiques confites de flagornerie, Comme si sa pensée reflétait les écritures saintes plutôt qu'un travail de pensée séculière. Ni ses proclamations à propos de «l'aristocratisme de la vraie connaissance»et de «la nécessité d'une pensée secrète» inspirent confiance dans le champ des potentiels démocratiques de sa philosophie. Et son œuvre apparait gélifiée et terminale par son mode d'enthousiasme quasi adolescent. Comme Nietzsche le reconnaît:«on rembourse ses maitres bien pauvrement quand on reste un disciple.»

Richard Wolin