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Histoire

  • cadeaux secrets

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    Une société littéraire préexistante a été fondée en 1769 sous les auspices de Karl von Cobenzl, alors plénipotentiaire des Pays-Bas autrichiens sous l'Impératrice Marie Thérèse. En 1772 le successeur de Cobenzl, le Prince de Starhemberg a continué les efforts de son prédécesseur en développant la société en académie scientifique. Cette académie s'est vue accorder le droit de porter le titre d'Académie Impériale et Royale de Science et de Lettres de Bruxelles par le Brevet de Lettre patente paraphé par l'Impératrice et daté du 16 décembre 1772. Une autre bibliothèque thérésienne sera fondée à Mantoue en 1780. le Souverain a donné l'ordre aux universitaires d'animer la vie intellectuelle du pays et stimuler et coordonner la recherche scientifique dans une large variété de domaines. Voilà pour la chronologie, Mais si on cherche un peu dans les bonnes feuilles, c'est aussi la diplomatie secrète de l'Impératrice Marie-Thérèse qui s'informe sans relâche sur ses états et entretient une correspondance avec des francs-maçons célèbres. Dans Les loges, la noblesse, à Vienne, notamment celle de Liège, intriguait. La grande majorité de bons catholiques: qui, les jours  de solstice en juillet et septembre ne manquait jamais de porter le ruban bleu maçonnique. Les  clercs dans les loges étaient nombreux. A Liège le Prince-évêque comte Velbrück et les plupart des  chanoines de son chapitre appartenaient à la loge « Parfaite Intelligence ». Pour garder la maîtrise  de ces intrigues, l'Impératrice a besoin de fonds secrets, «los gratos secretos», escomptés par  l'intermédiaire Madame de Nettine veuve du banquier Dominique, vicomte de Nettine. Leurs comptes existent encore dans les archives belges. La pauvre Madame ne savait pas à quoi l'Impératrice douairière des Romains, Reine de Hongrie, de Bohème etc...utilisait ces fonds disponibles, prétendument destinés à l'Académie. En 1773, Dans une lettre à Starhemberg, elle  indique cependant l'usage fait de ces liquidités. 10.000 florins dépensés pour les informateurs et il y  a toujours 8,000 florins par an disponible à Liège. Cette Académie impériale ne fonctionnait que
    sous le contre-sceau de l'Impératrice douairière. Le sceau aux armes de Bourgogne de la nouvelle institution fut par elle offert. Lors de la première occupation française, l'ancienne académie se voit infligé deux mentor: Monsieur Hoppé, attaché impérial et le Marquis de Chabert, chef d'escadre et membre de l'académie royale de Paris. Après la victoire de Jourdan à Fleurus, l'institution n'a pas survécu à la seconde occupation française des régions belges et l'Académie a tenu sa dernière séance plénière le 21 mai 1794. Après 20 ans d'occupation française, faite de réquisitions, de pillages et d'exactions. Finalement, Les paysans se soulevèrent quand les français voulurent mobiliser leurs fils, les ouvriers de leurs moissons. Après Waterloo, Guillaume I, roi du Royaume-Uni des Pays-Bas depuis 1815, fils du dernier stadhouder de Hollande réinstitue l'académie selon le Décret Royal du 17 mai 1816 sur le titre d'Académie Royale de Sciences et de Lettres. Il promet le  rétablissement de l'Académie fondée par Marie-Thérèse, autant que possible,de manière dont elle
    existait autrefois. Le décret du 7 mai 1816 nomme nomme Charles van Hultem, ancien représentant du peuple au conseil des cinq-cents, qui, après sa sortie du Tribunat, devint recteur de l'académie de Bruxelles le 24 août 1809. C'est le nouveau secrétaire. Sont aussi confirmés dans leurs fonctions, le Commandeur de Nieuport, François de Burdin, le baron de Feltz ainsi qu'une trentaine de noms les plus prestigieux du pays, pour certains d'entre eux à l'origine de l'Orangisme  et des conspirations militaires de 1830. Le travail reprit son cours avec 8 universitaires restants associés à d'autres pairs néerlandais et belges. Après la Révolution belge 1830, l'Académie a trouvé son siège permanent et le 1 décembre 1845 Léopold I de Belgique l'a nommé Académie royale des les Sciences, des Lettres et les Beaux-arts des de Belgique. Il y distingue trois classes : la science, es lettres et les beaux-arts. Sa personnalité juridique est reconnue selon la loi du 2 août 1924. je vais donc vous réciter son statut officiel emprunté à l'institution elle-même : L'Académie est chargée de promouvoir les travaux de recherche et d'encourager les entreprises scientifiques et artistiques qui réclament son concours matériel ou moral. Elle constitue un centre de coopération entre les savants et artistes belges, de même qu'entre ceux-ci et les savants et artistes d'autres pays. Elle publie également les travaux de ses membres et ceux des chercheurs les plus méritants, auxquels elle peut attribuer des prix et des subventions. Enfin, l'Académie exprime, soit à la  demande des pouvoirs publics soit de sa propre initiative, tous avis qu'elle estime de nature à servir les intérêts des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts. Voilà qui est fait. Statut original qui oblige l'institution à se tourner vers le monde alors que la plupart des institutions semblables se penchent surtout sur elles-mêmes. Machine si complexe d'ailleurs qu'il est impossible en si peu de temps d'en évoquer toutes ses ramifications et toute son influence. L'académie de Belgique est aussi à l'origine de la création de l'union académique internationale. C'est un de ces grands académiciens belges , Adolphe Quetelet(1796-1874) qui, partout en Belgique met en pratique le rationalisme scientifique à des fins pratiques, Il pensait comme Gauss, que la statistique trouve sa source dans l'astronomie. Il nous laissera une équation déterminant l'indice de masse corporel, encore fort appréciée chez nos gloutons obèses. Une manière méthodique d'envisager les problèmes sociaux, sanitaires et criminelles,une arithmétique à la fois empirique et expérimentale, qui initiera les valeurs normatives des sciences sociales, une génération plus tard, la méthode de Binet n'utilisera pas d'autres moyens. Quetelet, membre fondateur de l'université libre de Bruxelles restera le secrétaire perpétuel de l'académie pendant 40 ans. C'est l'inventeur de la mécanique sociale, notion qui inquiète quelque peu aujourd'hui. Citons aussi Jules Jean Baptiste Vincent Bordet (1870-1961) , fondateur de l'institut Pasteur à Bruxelles,continuateur et rénovateur de la méthode pastorienne, ce  qui lui valut un prix Nobel pour ses découvertes en immunologie. La même méthode de comptage sérique est toujours utilisée aujourd'hui. Dans le domaine de l'écriture, songeons à Maurice Polydore Marie Bernard Maeterlinck, élève des jésuites, avocat et fils de notaire, né à Gand, flamand qui écrivait en français, il obtint le prix Nobel de littérature en 1911, en appréciation de ses multiples activités littéraires,spécialement dans les arts dramatiques ou il se distingue par la richesse de l'imagination et la fantaisie poétique qui montre sous la forme de contes de fée, une inspiration profonde qui révèle chez le lecteur ses propres sentiments et stimule son imagination. Ses travaux principaux ont attrait à la mort et au sens de la vie. Ses pièces jouent un rôle important dans le mouvement symboliste. Il est membre fondateur de l'académie des lettres, choisi par le Roi Albert I en 1920. Personnalité multiple à la fois poétique, littéraire et scientifique. Il devait sa gloire parisienne à l'article dithyrambique, paru dans Le Figaro du 24 août 1890, où Octave Mirbeau déclarait La Princesse Maleine, publiée un an auparavant, à trente exemplaires, l'oeuvre la plus géniale de son temps et son auteur, un inconnu, comparable à Shakespeare. La nature de cette institution est si polymorphe, qu'il est difficile  de se donner autre chose que les quelques réflexions qui précèdent. 

  • Umberto Eco : «les gens sont fatigués des choses simples»

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    Pape Satàn Aleppe : les Chroniques d'une Société Liquide sont une collection d' essais d' Umberto Eco publiées auparavant dans l'hebdomadaire italien L’Expresso depuis 2000, indique son éditeur, La Nave di Teseo, sa publication est repoussée en mai 2016. “Papé Satàn, papé Satàn aleppe” est la ligne préliminaire de Chant VII du Brasier, première partie du poème de la Comédie Divine . La ligne est réputée énigmatiques pour les traducteurs, on croit aujourd’hui à une invocation diabolique. La Nave di Teseo éditeur d'Eco est un nouvel le maison d'édition fondée par auteurs remarquables, incluant Eco, craignant la création d'un monopole en Italie sous l'empire deséditions Arnoldo Mondadori , possédé par la famille de l'ancien Premier ministre et milliardaire Silvio Berlusconi, qui a acheté RCS Libri en 2015. Eco a personnellement donné €2 million pour aider à financer la Nave di Teseo. Arnoldo Mondadori Editore a maintenant une part de marché d'environ 38 % dans le livre en Italie.Dans une dernière interview, il parle de thrillers et de story telling et des forces qui ont formé l'Italie moderne depuis la seconde guerre mondiale.Au cours d'un entretien donné à la la Repubblica , la directrice de Nave di Teseo Elisabetta Sgarbi a appelé le nouveau livre “un livre ironique, comme il l'était” et a parlé de lui comme d'un travailleur infatigable. Umberto Eco, si érudit dans les choses impénétrables de la sémiotique et auteur du célèbre Nom de la Rose, mystère médiéval connu mondialement est mort dan sa maison à Milan. Il avait 84 ans.Comme un sémioticien, M. Eco a cherché à interpréter des cultures par leurs signes et symboles, les mots, les icônes religieuses, les bannières, les vêtements, les partitions musicales, même les bandes dessinées .Il a publié plus de 20 livres de littérature non-romanesque sur ces sujets en enseignant à l'Université de Bologne, l'université la plus vieille d'Europe. Mais plutôt que de séparer sa vie théorique de sa fiction populaire, M. Eco insuffle à ses sept romans beaucoup de ses préoccupations intellectuelles. Le fait de construire un pont sur ces deux mondes, n'était jamais plus réussi qu'avec “le Nom de la Rose” son premier roman, à l'origine publié en Europe en 1980.s'est vendu plus de 10 millions de copies dans environ 30 langues. (Une adaptation d'Hollywood 1986 dirigée par Jean Jacques Annaud et avec Sean Connery n'a reçut qu'une critique mitigée. Le livre se déroule dans un monastère italien du 14ème siècle où les moines sont assassinés par leurs coreligionnaires pour s'approprier un traité philosophique d'Aristote perdu depuis longtemps.Malgré de longues digressions sur les hérésies et sur la théologie chrétienne, M. Eco a réussi à captiver une audience nombreuse avec ce livre, sorte de joyeux thriller policier. Ses romans ultérieurs font apparaître des protagonistes comme un croisé clairvoyant du moyen-age, un aventurier naufragé des années 1600 et un physicien du 19ème siècle qui sont aussi fort demandé que les lecteurs malgré les lourdes doses de ruminations sémiotiques dans les limites de ce type de roman Eco avait beaucoup de défenseurs dans l'université et le monde littéraire, les protagonistes des deux domaines les critiquent quelquefois pour ne pas savoir choisir entre le sérieux scientifique et le talent romanesque. “Aucun objet fabriqué n'est trop modeste ou trop banal pour l'analyse d'Eco,” Ce don de faire des trouvailles dans la Langue et la Folie, ou comment les conceptions erronées ont changé l'histoire. Il affrontaient sa situation de star avec un humour résigne “Je ne suis pas un fondamentaliste, disait-il, il n'y a aucune différence entre Homère et Walt Disney,” “ Mickey Mouse peut être aussi parfait qu'un haîku japonais l'est.” Capable de livrer les conférences dans cinq langues vivantes, aussi bien en grec latin et classique, M. Eco a sillonné l'Atlantique pour des conférences , la promotion de ses ouvrages et les cocktails mondains. Espiègle, effronté et gros fumeur, il aimait badiner le nuit, dans les tavernes de Bologne, avec ses étudiants Lui et sa femme allemande, Renate Ramge, une architecture et enseignant d'arts, ont gardé des appartements à Paris et à Milan ainsi qu' un manoir du 17ème siècle jadis possédé par les Jésuites dans les collines près de Rimini, sur la Mer Adriatique. Ils avaient deux enfants, Stefano, un producteur de télévision à Rome et Carlotta, un architecte à Milan. Umberto Eco est né le janvier. 5, 1932, à Alessandria, une ville industrielle dans la région de Piémont dans l'Italie nord-ouest. Son père, Giulio, était comptable à une société métallurgique, sa mère, Giovanna, était employée de bureau. Enfant, Umberto a passé des heures, chaque jour, dans la cave de son grand-père, à feuilleter la collection éclectique du vieil homme,Jules Verne, Marco Polo, bandes dessinées d'aventure et Charles Darwin. Pendant la dictature de Benito Mussolini, il s'est souvenu d'avoir porter un uniforme fasciste et gagner le premier prix à une concours d'écriture pour jeunes fascistes. Après la Seconde Guerre mondiale, M. Eco a rejoint une organisation de jeunes Catholiques et obtint des responsabilités nationales. Il a démissionné en 1954 pendant les protestations contre la politique conservatrice de Pape Pie XII. Mais il a maintenu un fort attachement à l'église, en écrivant son 1956 une thèse sur Thomas d'Aquin pour son doctorat à l'Université de Turin. Il a continué à enseigner la philosophie et ensuite la sémiotique à l'Université de Bologne. Il était très apprécié, en Italie pour ses articles hebdomadaires sur la culture populaire et la politique dans L’Expresso, le principal hebdomadaire du pays. Dans le Nom de la rose qui a fait sa renommée Le chanoine du roman, Guillaume de Baskerville, a été appelé comme un cas de Sherlock Holmes, “le Chien des Baskerville” Le roman est raconté par un jeune novice qui accompagne Guillaume pour son enquête au monastère pour un assassinat et agit comme un médiéval docteur Watson. Eco appelle le vilain du roman Jorge de Burgos, allusion à Jorge Luis Borges, il le décrit comme le bibliothécaire aveugle du monastère. De Burgos et ses complices exécutent leurs meurtres pour prévenir la divulgation d'un gros volume d'Aristote supposé disparu pour rajouter du rôle à l'humour. Les meurtriers croient que le livre est un instrument de Satan. Dans le Pendule de 'Foucault,” son deuxième roman, M. Eco tisse une conspiration compliquée inspirée partiellement par un pendule conçu par le physicien français du 19ème siècle Léon Foucault pour démontrer la rotation de la Terre. Malgré les allusions se mélangeant à la Kabbale , les formules mathématiques et les caractères de Disney, le roman est aussi devenu un best-seller mondial — bien qu'il n'ait pas reçu près l'unanimité l'acclamation des critiques avait trouvé son accords. Dan Baudolino, publié en 2000, on se demande comment un déambulatoire aussi complexe sur la théologie du du 12ème siècle a put cartonner ainsi partout dans le monde et en particulier en Allemagne ou il est devenu première vente de tous les temps. Les critiques se sont montrés meilleurs dans son roman de 1994, l'Île du Jour d'avant dans lequel un noble italien, qui ne peut pas nager, survit sur son vaisseau naufragé à un point dans l'Océan Pacifique tropical où la ligne de changement de date se divise un jour d'un autre. “Eco abandonne son moyen-age familier pour créer une célébration extravagante des obsessions du dix-septième siècle,” en faisant allusion à beaucoup d'anecdotes de l'auteur et à des explications sur la philosophie, la politique et les superstitions de l'Europe à cette époque L'automne dernier, Eco publie un nouveau roman , “le Numéro Zéro,” L'histoire se déroule en 1992, et tourne autour d'un nègre d'écriture attiré dans les enfers de politique de médias de masse et les conspirations d'assassinat, avec la suggestion que Mussolini ne soit pas vraiment mort en 1945, mais ait vécu dans les ténèbres pendant les décades. Ce petit roman , qui est un pur divertissement par rapport à ses travaux épiques, est pourtant bourré d' idées et d'énergie, M. Eco a reçu le plus haut prix littéraire d'Italie, le Premio Strega; il est Chevalier de la Légion d’Honneur et membre honoraire de l'Académie américaine d'Arts et de Lettres.

  • JOHN BUNYAN

    La vie de Bunyan n'est pas pour monsieur Southey un bien grand sujet et ne peut ajouter grand-chose à sa réputation littéraire. Mais n'est-il pas écris dans un anglais excellent, et dans ses intentions, pour la plupart, louables. Monsieur Southey entretient des opinions avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord et ses tentatives pour excuser les odieuses persécutions que l'on imposa à Bunyan, parfois, soulève l'indignation. Mais évitons ce sujet. Nous sommes plus enclins pour l'instant à nous joindre à l'hommage rendu au génie d'un grand homme plutôt qu'à nous engager dans un débat sur le gouvernement de l’Église et la tolérance. Toutes les gravures qui décorent le volume et les quelques bois de monsieur Harvey sont admirablement conçus et exécutés. Les illustrations de monsieur Martin ne nous plaisent pas autant. Sa vallée de l'ombre de la mort n'est pas celle que monsieur Bunyan imagina, ce n'est pas ce ravin sombre et horrible qui frappait nos imaginations enfantines. La vallée est une caverne, le marais un lac, la ligne droite s'incurve et le chrétien apparaît comme un spectre dans l’obscurité d'une vallée immense. Nous manquons aussi ces formes hideuses qui rendent si frappantes une partie des descriptions de Bunyan, que Salvator Rosa aurait aimé peindre. C'est avec beaucoup de prudence que nous nous prononçons sur les questions picturales. Mais il nous apparaît que monsieur Martin n'a pas eu beaucoup de chance dans le choix de ses sujets, ces temps-çi. Il n'aurait jamais dû essayer d'illustrer Le Paradis Perdu. Il n'y a pas deux manières plus opposées que sa façon de peindre et la poésie de monsieur Milton. Les accessoires de description deviennent les sujets des peintures et ce qui est le plus important dans les descriptions ne peut être détecté dans les peintures sinon après une observation attentive. Monsieur Martin réussit parfaitement dans la représentation des candélabres et des piliers du Pandémonium. Mais il a oublié que celui de Milton est simplement le décor de Satan. Dans l'image, on distingue difficilement l'archange des colonnes interminables ce son palais infernal. Le Paradis de Milton, de nouveau, est simplement le décor de son "Adam et Eve" Mais dans la peinture de Martin, le paysage est tout. Adam, Eve et Raphaël attirent beaucoup moins l'attention que le lac et les montagnes, les fleurs gigantesques et les girafes qui les changent. Nous lisons que Jacques II posa pour Varelst le grand peintre de fleurs, quand il eut terminé, Sa Majesté apparut au milieu d'une vasque de tournesols et de tulipes, qui supprimait complètement l'attraction de la figure principale. Tout ceux qui la regardaient la prenaient pour une peinture florale. Nous pensons que monsieur Martin introduit les espaces démesurés, les multitudes innombrables, ses beaux prodiges d' architecture et de paysage d'une manière aussi hors de propos que monsieur Varelst avec ses pots de fleurs et ses bouquets.

    Si monsieur Martin se mettait à peindre Lear dans l'orage, nous supposons que le ciel éclatant, les tranches de pluie, la forêt secouée distrairaient l'attention de l'agonie du roi et du père insulté, S' il peignait la mort de Lear. le vieil homme, auquel des suivants demandent de se déboutonner, serait jeté dans l'ombre par une envolée de papillons, étendards, armures et cottes de mailles. Martin illustrerait bien Roland Furieux, mieux, Roland amoureux et Nuits d'Arabie tout à fait convenablement. Des palais et des jardins féeriques, des portiques d'agate, ces drèves fleuries d'émeraudes et de rubis. habitées par des gens dont personne ne s'occupe. voilà son domaine. Il aurait beaucoup de succès à peindre les terres enchantées d'Alcina ou le palais d'Aladin. Mais il devrait éviter Milton et Bunyan. La particularité caractéristique du Progrès du Pèlerin est qu'il est le seul ouvrage du genre qui possède un véritable intérêt humain. Les autres allégories ne font qu'amuser la fantaisie. L'allégorie de Bunyan a été lue les larmes aux yeux par beaucoup de monde. Il y a en de bonnes dans les travaux de Johnson et d'excellentes chez Addison aussi subtiles et sages que celles de Bunyan. Mais le plaisir que crée la vision de Mizra. la vision de Théodore, le généalogie de l'esprit ou le conflit entre le repos et le travail, dérive exactement des odes de Cowley ou du canto d'Hudibras. C'est un plaisir qui découle totalement de l'entendement et où les sentiments n'ont point de part. Non, Spencer lui-même, assurément un des grands poètes qui ait jamais vécu, n'a pas réussi dans la tentative de rendre l'allégorie intéressante. C'est en vain qu'il distribue les richesses de son esprit dans La Maison de l'Orgueil et dans La Maison de la Tempérance. Une faute impardonnable. l'ennui envahit tout dans La Reine Des Fées. On se rend malade de vertus cardinales et de péchés mortels et pour longtemps de la société des hommes et des femmes ordinaires. Des personnes qui lisent le premier chant, pas une sur dix n'atteint la fin du premier livre et pas un sur cent qui finisse le poème. Il y en a très peu d'avertis qui sont là à la mort de la Bête Hurlante. Et les six derniers Livres détruits, dit-on, en Irlande avaient été préservés, nous doutons que quelque cœur moins brave que celui d'un commentateur, les eut terminés, Il n'en est pas ainsi avec Le Progrès du Pèlerin. Ce livre merveilleux, qui obtient l'admiration de la part des critiques les plus difficiles, est d'abord aimé d'esprits trop simples pour l'admirer. Le docteur Johnson, dont toutes les études étaient erratiques et qui haïssait, comme il disait, de finir un livre, fit une exception pour Le progrès du pèlerin. C'était un des deux ou trois ouvrages vers lesquels il revint souvent. Et ce n'est pas sans commun mérite que la secte des illettrés, extrait des prières à l'usage des critiques les plus pédants et des Tories les plus bigots. Dans les endroits les plus éculés d' Écosse, Le Progrès du Pèlerin faisait les délices de la paysannerie. Dans chaque garderie le Progrès du Pèlerin était plus apprécié que Jack le Tueur de géants. Chaque lecteur connaît le sentier droit et étroit aussi bien qu'il connaît la route empruntée cent fois.

    Ce serait le miracle le plus haut du génie si les choses qui ne sont pas et devraient être existaient quand-même, que l'imagination de quelqu'un devienne les souvenirs de quelqu'un d'autre. C'est ce miracle que le penseur a façonné. Il n'y a pas d'ascension, pas de descente, pas de lieu de repos, pas de barrière avec lesquelles nous sommes plus parfaitement familiarisés La Porte Mauvaise et le Marais Désolé qui séparent la cité de la destruction, la longue ligne de la route aussi droite qu une règle, la Maison de l'Interprète et toute sa foire, le prisonnier de la cage de fer, le palais, où les hommes armés montent la garde et l'apparat des personnes vêtues d'or, la Croix et le Sépulcre, la colline escarpée et le havre plaisant, le digne fronton de la Maison Belle sur le bord du chemin, les lions rampants enchaînés au porche, la vallée basse et verte de l'humiliation, riche d'herbage et couverte de troupeaux, sont aussi bien connus de nous que le spectacle habituel de nos rues." Alors nous arrivons dans ce lieu étroit ou Apollyon couvre toute la largeur du chemin pour arrêter le voyage de Chrétien, après quoi, un pilier est élevé qui témoigne de la bravoure du pèlerin pour le bon combat. Comme nous avançons, la vallée s'approfondit, l'ombre des précipices, des deux côtés, s'assombrit, les nuages se rencontrent sur nos têtes, Les voix dolentes, le cliquetis des chaînes, le frottement des pas ici et là, s'entendent dans le noir. Le chemin difficilement discernable dans l'obscurité incertaine, court près de la bouche du puits brûlant, qui envoie loin ses flammes, sa fumée sifflante et ses formes hideuses pour terrifier l'aventurier. Ensuite, il continue, parmi les pièges et es précipices, avec les corps agglomérés de ceux qui ont péri, couchés dans la tombe à ses côtés. A la fin de la longue vallée profonde, il arrive où vivent les vieux géants, au milieu des os de ceux qu'ils ont égorgé. Ensuite la route passe par une vaste lande, et bientôt le voyageur aperçoit une ville lointaine et le voilà dans la foule nombreuse d'une kermesse, Il y a des jongleurs, des singes, les boutiques et les marionnettes. On y voit des Italiens, des Français, des Espagnols et leur foule d'acheteurs, de vendeurs, bredouillant toutes les langues de la terre. Nous allons par le petit chemin de la vieille mine d'argent, et par les prés de lys, longeant la rive de ce délicieux ruisseau bordé d'arbres fruitiers. La branche gauche du sentier mène à l' horrible château à la cour pavée des crânes des pèlerins; tandis qu'à droite, les troupeaux, les vergers des montagnes délectables, par les brouillards et les ronces des terres enchantées où çà et là s'offre un lit aux coussins moelleux protégé d'ombrage et par delà le pays de Beulah où les fleurs, les grappes, le chant des oiseaux jamais ne cessent et où le soleil brille nuit et jour. Ainsi on voit tout à fait le pavement d'or, les rues de perle, de l'autre côté de cette rivière noire et or, qui n'a pas de pont. A toutes les étapes du voyage, les formes qui traversent les pas du pèlerin ou qui s'en emparent, avec les farfadets défavorisés, les brillants, les grands, les comédiens, l'avenante et bistre madame Bulle, avec sa grande bourse à son côté, et ses doigts qui jouent avec l'argent, l' homme noir à l' habit éclatant, monsieur Le Sage-qui-le-Vaut et monseigneur Hait-Bien, monsieur le Parleur, et monsieur Timoré existent tous vraiment, pour nous. Nous suivons le voyageur dans ses progrès allégoriques avec le même intérêt que le voyage d' Élisabeth de Sibérie à Moscou ou celui de Molly Flanders d' Édimbourg à Londres. Bunyan est presque le seul écrivain qui donne à l'abstrait l'intérêt du concret. Dans les ouvrages de nombreux auteurs célèbres, les hommes sont de simples personnifications. Nous n'avons pas un homme jaloux, mais la jalousie; non pas le traître, mais la perfidie, non pas un patriote, mais le patriotisme. Au contraire, l'imagination de Bunyan était si vive que ses personnifications devenaient réelles. le dialogue des deux qualités, dans son rêve, possédait plus d'effet dramatique que le dialogue de deux hommes dans la plupart des pièces. Dans ces termes, le génie de Bunyan ressemblait à celui d'un homme qui avait très peu en commun avec lui, Percy Bysshe Shelley. La forte imagination de Shelley fit de lui l'adorateur de son propre dépit. Des termes indéfinis d'un système métaphysique dur, froid et sombre, il fit un splendide panthéon, plein, beau, majestueux, aux formes vivantes. Il tourna l'athéisme lui-même en mythologie, riche de visions aussi glorieuses que les dieux qui vivaient dans les marbres de Phidias ou des vierges saintes qui nous sourient des toiles de Murillo. L'esprit de beauté, le principe du bien et celui du mal, quand il les traitait cessaient d'être abstraits, ils prenaient de la matière et de la couleur. Ils n'étaient plus des mots ordinaires, mais des formes intelligibles, une franche humanité, objet d' amour, d' adoration ou de crainte. Il n'y a pas de signe plus évident de la destitution de la faculté poétique que la tendance si commune chez les écrivains de l'école française de tourner les images en abstractions, Vénus par exemple en amour, Minerve en sagesse, Mars en guerre et Bacchus en ivresse, l'esprit véritablement poétique renverse cette abstraction et individualise les généralités. Certaines théories métaphysiques et éthiques de Shelley seraient, sans doute, absurdes et pernicieuses. Mais nous doutons qu'aucun poète ait possédé à un degré égal quelques-unes des hautes qualités des grands maîtres anciens. Les mots barde et inspiration, qui semblent si froids et affectés quand on les applique aux autres auteurs modernes, retrouvent toutes leurs propriétés appliqués à lui. Il n'était pas un auteur mais un barde. Sa poésie n'était pas un art mais une inspiration. S'il eût vécu son âge d'homme, sans doute eusse-t-il offert au monde un grand ouvrage du plus haut rang dans l'ordre de la conception et de l'exécution. Mais, hélas nous devons retourner à Bunyan. Le Progrès du Pèlerin n'est pas une allégorie parfaite, les types sont souvent inconsistants les uns avec les autres; et parfois le déguisement allégorique est jeté aux orties. La rivière, par exemple, est emblématique de la mort et on nous dit que chaque vivant doit la traverser. Mais le fidèle n'y passe pas. Il est martyrisé, non dans l'ombre mais à la kermesse, dans la lumière, ainsi que des paroles pleines d'espoir aux Chrétiens sur le droit de naissance d' Esaü et sur ses propres conceptions du péché comme s'il l'avait dit à une de ses propres congrégations.

    Les demoiselles de La Belle Maison catéchiseraient les garçons de Christ comme de bonnes dames d' œuvre catéchiseraient à l'école du dimanche. Mais nous ne croyons pas qu'un homme, quel que soit son génie et sa bonne fortune puisse continuer une histoire figurative sans tomber dans beaucoup d' inconsistances. Nous sommes certains que celles, moins grosses que d' autres, dans lesquelles il est tombé, peuvent se trouver, dans les allégories les plus courtes et les plus élaborées comme Le Spectateur et Le Promeneur, La légende du Bain et l' histoire de John Bull sont habitées de pareilles erreurs, si on peut appeler erreur ce qui est inévitable. Il n'est pas facile de les juger pareillement tous les quatre. Mais nous croyons qu'aucune intelligence humaine ne pourrait produire une allégorie si longue que la correspondance entre les signes extérieurs et la chose signifiée soit préservée exactement. Et certainement qu'aucun auteur moderne ou ancien n'a, à ce jour, mené à bien cette aventure. La meilleure chose, après tout, que peut achever un allégoriste est de présenter à ses lecteurs une succession d' analogies, chacune d'elle pouvant être frappante et joyeuse, sans trop regarder Si elles s'harmonisent. Ceci, Bunyan l'a fait, et bien qu'un instant d'attention puisse détecter des inconsistances à chaque page, le conte produit un effet général sur les personnes cultivées ou non, qui prouve que Bunyan ne s'est pas trompé. Les passages les plus difficiles à défendre sont ceux où il abandonne l'allégorie pour se mettre en bouche des jaculations religieuses et des digressions qui auraient mieux convenu à sa chaire de Bedford ou de Reading qu'à la Terre Enchantée ou au jardin de l'Interprète du Bien. Même ces passages, que nous n 'entreprendrons pas de défendre contre les objections des critiques, nous sentons que nous pourrions les épargner et l'histoire doit beaucoup au charme des impressions, occasionnelles de sujets solennels et affectés, qui ne seront pas cachés, qui trouveront leur chemin à travers le voile et nous apparaîtront dans leur aspect natif. L'effet ne doit pas être très différent de celui que produisait, dit-on, jadis, le théâtre comme il se jouait, quand on voyait les yeux de l'acteur lancer des flammes au travers de son masque et donner de la vie et de l'expression à ce qui, autrement, n'aurait été qu'un déguisement inanimé et sans intérêt. Il est très amusant et instructif de comparer le Voyage du Pèlerin et l'Abondance de Grâce. Ce dernier ouvrage est, sans doute, une des autobiographies les plus remarquables du monde. C'est la confession ouverte et complète de toutes les fantaisies qui passèrent par la tête d'un homme illettré aux affections chaleureuses, aux nerfs irritables, à l'imagination ingouvernable et qui se trouvait sous l'influence d'une grande exaltation religieuse. A quelque époque que ce soit, l'histoire de ses sentiments eût paru très curieuse, mais elle s'inscrivaient dans son temps, celui de profondes métamorphoses de l'esprit humain. Il se leva, formidable, contre la tyrannie de la hiérarchie et menaça les anciennes institutions ecclésiastiques de destruction. A l'obscure régularité d'une Église intolérante succéda. la licence, d'innombrables sectes, ivres de la douce musique de tête de leur nouvelle liberté. Le fanatisme, engendré par la persécution, à son tour, se répandit rapidement dans la société.

    Même les esprits forts n'étaient pas à l 'abri de cet étrange tain. N'importe quelle époque aurait pu produire Georges Fox ou James Naylor. Mais seulement, celle-là vit les délires fanatiques. d'un homme d'état comme Vane ou les larmes hystériques d'un soldat comme Cromwell. L'histoire de Bunyan est celle d'un esprit très excitable dans une époque d'excités. Il a été traité injustement par la plupart de ses biographes. Ils comprirent dans un sens populaire toutes ces expressions puissantes d'auto-condamnation qu'il employait dans un sens théologique. Ils l'ont, dès lors, représenté, comme un infortuné, abandonné, qui se réclamait de moyens presque miraculeux ou pour utiliser leur métaphore favorite: " comme un brandon tiré du feu." Monsieur Ivimey le nomme Bunyan le dépravé et le mauvais chaudronnier d'Elston. Bien sûr, Monsieur Ivimey était-il trop familier avec ces accusations que les gens pieux portent à l'égard d'eux-mêmes pour comprendre la " puissance des idiotismes" que l'on peut trouver dans en abondance pour la Grèce. Il est clair, ainsi que le souligne justement Monsieur Southey, que monsieur Southey ne fut jamais un homme vicieux. Il se maria jeune et déclara qu'il était strictement fidèle.sa femme. Il n'apparaît jamais comme un buveur. Il prétendait, qu'enfant, il ne parla jamais sans permission, car une simple admonestation suffit à l'en dissuader pour la vie. Finalement, si bien élevé, il se retrouva aux armées du Parlement, où on l'accusa d'apporter la profanation dans le service, ce qui voulait dire recevoir rien moins qu'une remarque du Sergent "Ronde De Rois Enchaînés" ou du capitaine "Hue....A Genoux Devant Le Seigneur". Sonner les cloches ou jouer au hockey le dimanche, semblent avoir été les pires vices de ce penseur dépravé, ils auraient, d'ailleurs, sembler des vertus au Cardinal Laud. Il est assez clair que Bunyan depuis son jeune âge , était l' homme d'une vie stricte et d'une conscience tendre. N' a -t-il pas, comme le dit monsieur Southey "un garde noir." Je crois que ceci est impossible à ne pas relever. Bunyan, n'était. pas, nous l'admettons, un gentilhomme aussi distingué que Lord Digby ; mais il n'était pas plus garde noir que le laboureur ne pourrait l'être. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre par sa naissance, son mariage et sa vocation, il n'aurait pas pu être autrement." dit Monsieur Southey. En effet, un homme avec de telles manières et de tels sentiments, si en dessous de sa classe, ne peut être appelé qu'un garde noir. Mais il est sans doute injuste de porter un jugement pareil sur quelqu'un qui est seulement ce que la grande masse de chaque communauté, doit inévitablement devenir. Ces horribles conflits intérieurs, décrits par Bunyan, dans une langue si puissante, prouvent qu'il n'est pas pire que ses voisins, que son esprit était constamment préoccupé de considérations religieuses, que sa ferveur dépassait son savoir et que son imagination exerçait un pouvoir despotique sur son corps et son esprit. Il entendait des voix venues du ciel. Il eut la vision de collines distantes, plaisantes et ensoleillées comme ses propres Montagnes Délectables. Rejeté de ces abbayes, jeté dans l'obscurité d'une horrible sauvagerie, ou il erra dans la neige et dans la glace, luttant pour parcourir le chemin qui mène à la lumière. Une fois, il fut tenté de faire des miracles, Une autre fois, il se senti réellement possédé par le démon. Il pouvait distinguer des murmures blasphémateurs. Il sentit son ennemi infernal tirer ses vêtements par-derrière. Il donna des coups de pied et frappa le destructeur avec ses mains.

    Parfois, il fut tenté de vendre sa part dans le salut de l'homme. Parfois, une impulsion violente le faisait quitter son repas et tomber à genoux pour commencer une prière. A la longue, il se persuada d'avoir commis le péché mortel. Son agonie convulsa sa robuste constitution. Il sentait, disait-il, que sa poitrine allait éclaté; ce fut, pour lui, le signe qu'il allait connaître le sort de Judas. Le caractère de monsieur Peur, de monsieur Faible-d'Esprit, de monsieur Désespoir et de sa fille mademoiselle Très-Effrayée, le conte d'une pauvre petite foi, dont la bourse fut enlevée par trois voleurs, la description de la terreur du Chrétien dans le donjon du Grand Désespoir et son passage de la rivière, tout montre quelle forte sympathie Bunyan ressentait, après que sa vision s'éclaircit, pour les personnes affligées de mélancolie religieuse. Monsieur Southey, qui n'aime pas les Calvinistes, admet que ceux-ci n'ont jamais revêtu une apparence aussi sombre que celle adoptée par Bunyan, ce qui n’apparaît pas comme un reproche. En fait, les écrits de Bunyan auxquels nous sommes habitués ne sont en aucune façon plus calvinistes que les articles et homélies de l' Église d'Angleterre. La modération de ses opinions, l'agitation de ses nerfs habitait tous ses mouvements et il y voyait la marque visible de la malédiction qui punit Caïn. Il est vrai qu'une voix encourageante, par la fenêtre, comme l'aimable voix du vent, commanda, un jour, un grand calme dans son âme. "On lui cria un mot de réconfort qui apparaît devant lui et qui semblait écrit en grandes lettres". Mais ces intervalles d'aise était rares. Son état , durant deux ans et demi, restait généralement le plus horrible qu'une intelligence humaine puisse imaginer. "Je marchai ", disait-il, avec son éloquence si particulière, " vers une ville voisine; m'assis sur le bord du trottoir et m'immobilisai dans une pause très profonde à cause de l'état effrayant dans lequel me mettaient mes pêchers. Après une longue absence, je levai ma tête et il m'apparût que le soleil me marchandait sa lumière, tout comme les pavés de la rue, les tuiles sur les toits, se liguaient contre moi. Comme s'ils s'entendaient pour me bannir du monde. Ils m'abhorraient et je ne pouvais rester parmi eux, parce que j'avais péché contre le Sauveur. Et que furent heureuses toutes ces créatures quand sur moi, elles gardèrent leur posture. Mais j'étais parti et perdu." Et il n'est pas certain qu'un asile de fous puisse produire une quantité pareille de déceptions et de misères aussi présentes. C'était dans la vallée de l'ombre de la mort, suspendue de noirceur, peuplée de démons, résonnante de blasphèmes et de lamentations, et passant au milieu des fondrières, des pièges et des écueils, très près de la bouche des enfers, que Bunyan chemina vers le brillant et fertile pays de Beulah, Où il séjourna pendant la dernière partie de son pèlerinage. La seule trace des souffrances et des tentations cruelles lui faisait éprouver une compassion affectionnée pour qui vivait encore l'état terrible qu'il avait connu. La religion a rarement atteint une forme qui calme et soulage, telles que dans ses allégories. Le sentiment qui domine dans le livre tout entier est celui la tendresse pour les esprits faibles, qu'elles soit timide ou hardie, la prédestination offensa des gens zélés. Nous avons vu une allégorie absurde, où l' héroïne se nomme Hephzibah , écrite sans doute par un prêcheur super-hérétique insatisfait par ta théologie douce du Progrès du Pèlerin. Dans ce livre sot, l'Interprète s'appelle l' Illuminateur ou quelque chose comme ça, La Maison-Belle devient Le Château-Force. Monsieur Southey nous dit que les Catholiques possèdent aussi leur Progrès du Pèlerin , sans Pape-Géant dans lequel l'Interprète est le Directeur, et la Maison Belle le Palais de la Grâce. C'est une preuve certaine du génie de Bunyan, que deux partis religieux, qui regardaient ses opinions comme hétérodoxes, durent lui demander de l'aide. Il y a, je crois, quelques scènes et quelques caractères dans Le Progrès du Pèlerin , qui ne peuvent se comprendre et s'apprécier que par des personnes déjà familiarisées l' histoire du temps de Bunyan. Le caractère de monsieur Grand-Coeur, le Guide est un exemple. Son combat est, bien sûr, allégorique, mais l’allégorie n'est pas strictement préservée. Il délivre un sermon plein de rigueur à ses compagnons et bientôt il se bat avec une ombre géante, jetée sur lui pour aider les lions, Il expose le cinquante-troisième chapitre d'Isaïe, la maisonnée et les invités de Gaius; et alors, il sort pour attaquer Égorge-Bien, le carnassier, dans son repaire. Ce sont des Inconsistances mais nous croyons qu'elles ajoutent à la narration. Nous n'avons pas le moindre doute que Bunyan gardait l'œil sur quelques Grand-Coeur de Naseby et Worcester qui, d'abord, prièrent avec lui avant qu'il ne les entraîne, lui qui connaissait l'état spirituel de chaque dragon de sa troupe, et qui, les prières de Dieu à la bouche, l' épée à deux tranchants entre les mains, fit s'envoler, sur beaucoup de champs de bataille, les bravades et les jurons d'ivrognes de Rupert et Lundsford. Chaque âge produit de tels hommes. Mais le milieu du dix-septième siècle en fut éminemment prolifique. Monsieur Southey pense que la satire visait un individu en particulier; et ce n'est pas improbable, il a, sans doute connu, beaucoup de ces hypocrites qui suivent la religion seulement quand elle marche en pantoufles d'argent, quand te soleil brille et que le peuple applaudit. Il pouvait trouver facilement la parenté entre les finalités des hommes publics de son temps. Il aurait trouvé, parmi les pairs, Monseigneur Tourne-Autour, Monseigneur Sert-Le-Temps et Monseigneur Discours-Honnête, et aux Communes, Monsieur Doux-Homme , monsieur N'importe-Quoi et monsieur Aux-Deux-Chemins et encore la personne de la paroisse, monsieur Deux-Langues, qui a été demandé. La ville de Bedford contient, sans doute, plus d'un politicien, qui après avoir essayé de se construire une propriété en cherchant Le Seigneur pendant te règne des Saints, et garder ce que nous possédions alors, que gouvernaient les putains et plus d'un prêtre, durant les changements répétés dans la discipline et dans les doctrines de l' Église, ne demeura constant pour rien d'autre que pour son bénéfice. Un des passages les plus remarquables du Progrès du Pèlerin est celui dans lequel sont décrits les procédés contre Fidèle. On ne peut douter que Bunyan faisait de la satire de la façon dont se rendaient les jugements d' État sous Charles II. La licence donnée aux témoins de l' accusation, la partialité scandaleuse et l’insolence féroce du juge, la précipitation et la rancœur aveugle du jury, nous rappellent les odieuses mascarades qui, de la Restauration à la Révolution, servaient de simples préliminaires à la pendaison, au pal ou à l'écartèlement. Monseigneur Hait-Bien exécute l'office de conseiller pour les prisonniers aussi bien que Guignol l'aurait fait. Le juge: "Toi, renégat, hérétique et traître, as-tu entendu ce que ces honorables gentilshommes ont témoigné contre toi?" Fidèle: "Puis-je dire quelques mots pour ma défense? Le juge: " Shirah, Shirah, tu ne mérites plus de vivre, mais d'être égorgé de suite sur place; et maintenant, pour que tous entendent notre miséricorde, laisses-nous entendre ce que toi, renégat, veut dire." Personne qui connaisse les procès d’état ne peut s'y tromper, ce que voulait décrire Bunyan, c'était la bassesse et la cruauté des hommes de loi de ces époques " qui péchèrent jusqu'à la fin et encore plus loin." Le procès imaginaire de Fidèle devant un jury composé des vices personnifiés est juste comparé à celui bien réel d'Alice Lisle devant un tribunal ou tous les vices siégeaient dans la personne de Jeffreys. Le style de Bunyan est délicieux pour tous et indispensable à qui souhaite obtenir une bonne connaissance de la langue anglaise. Le vocabulaire est celui de l'homme ordinaire. Il n'y a pas une expression, exceptés quelques termes techniques de théologie, qui embarrasserait le plus rude paysan, nous avons observé plusieurs pages qui ne contiennent pas un seul mot de plus de deux syllabes. Et aucun écrivain n'a dit plus exactement ce qu'il voulait dire. Pour la magnificence, le pathos, la véhémence de l'exhortation, la subtilité de la discussion, pour les moyens du poète, de l'orateur, et le divin dialecte du foyer, celui du travailleur. Il n'y a pas de livre, dans notre littérature auquel nous penserions plus évidemment pour illustrer la gloire de la vieille langue anglaise intacte, pas de livre qui ne montre si bien à quel point la langue vit de sa propre source et combien peu elle s'est enrichie par ses emprunts. Cowper, il y a une cinquantaine d'années, déclarait qu'il ne pouvait citer le nom de John Bunyan dans ses vers, par crainte de la raillerie. Je suppose que pour nos ancêtres raffinés comme Lord Roscommon dans son essai sur la traduction poétique et le Duc du Buckinghamshire dans son essai de poésie apparaissaient des compositions infiniment supérieures à celles du prêcheur pensant. Nous vivons des temps meilleurs ; et nous ne sommes pas effrayés de dire que bien qu'il y eût beaucoup d'hommes intelligents en Angleterre à la fin du dix-septième siècle, il y eut seulement deux esprits qui possédèrent la faculté d'imagination au plus haut degré. Un de ces esprit produisit Le Paradis Perdu, et l'autre Le Progrès Du Pèlerin.



    Sources: Macaulay's critical and historical essays in two volumes. Vol.II J.M.Dent & Sons, Ltd.

     

  • Le Commandant a quitté l'immeuble

     

    Voilà de quoi faire un film, l'histoire d'un homme du peuple qui, contre tout attente devient le Johnny de l’Amérique latine. Plus grand que Johnny, en réalité, un président qui a remporté 13 des 14 élections nationale. Peu de chances qu'on puisse voir un tel film gagner un Oscar.

     Il est assez révélateur d'observer les réactions des politiciens autour de la planète à la mort d' El Commandante Hugo Chavez du Venezuela. Le Président Jose Mujica  d'Uruguay, un homme qui n'accepte que 10% de son salaire et qui pense que c'est plus que suffisant pour couvrir ses besoins rappelle une fois de plus qu'il qualifiait Chavez d'homme le plus généreux qu'il aille jamais connu tout en saluant la « forteresse de démocratie » dont il était le constructeur.

     

    Comparé la déclaration copier/coller, d'Obama sans doute rédigée par un interne somnolent de la Maison Blanche, réaffirmant les soutien de l'Amérique au « peuple vénézuélien » celui-là même qui a réélu Chavez sans discontinuer depuis la fin des années 90, ou bien parlait-il du « peuple » qui échange des Martinis à Miami en le traitant de communiste démoniaque ? El Commandante a peut-être quitté l'immeuble, le corps défait par le cancer, mais la démonisation post-mortem continuera pour toujours. Une raison clé qui apparaît. La Venezuela détient une des plus importantes réserves de pétrole au monde. Washington et cette citadelle kafkaïenne ne train de s'effriter aussi connue sous l'expression Union européenne chantent des chansons d'amour aux monarchies pétrolières féodales du Golfe, pas tellement à leurs peuples, en échange de pétrole.

     

    Contrairement, au Venezuela, El Commandante à mis à l'honneur l'idée subversive d'utiliser l'argent du pétrole, pour au moins essayer de soulager les problèmes d'une partie importante de son peuple. Le capitalisme turbo des occidentaux, c'est bien connu, ne fait pas dans la redistribution de richesses ni dans la mise en œuvre de valeurs communautaristes.D'après le Ministère des Affaires Étrangères, le Vice-Président Nicolas Maduro,et non pas le Président de l'Assemblée Nationale, Diosdado Cabello, près proche des milieux militaires restera provisoirement le Chef de l’État avant les nouvelles élections qui doivent se tenir dans les 30 jours Maduro est sur le chemin de les gagner; l'opposition politique vénézuélienne est parfaitement fragmentée. Ce qui s'épelle le Chavisme sans Chavez au grand dam de l'industrie du dénigrement pan américain et pan européen.

     

    Ce n'est pas par hasard que le Commandant soit devenu si populaire parmi « le peuple » non seulement chez de nombreux sud-américains mais aussi sur la scène global des pays du sud. Ces « gens », pas dans le sens d'Obama, ont clairement vu la corrélation directe entre le néolibéralisme et l'augmentation de la pauvreté ( aujourd'hui, des millions d'européens en ont aussi le goût en bouche). Particulièrement en Amérique du Sud, c'est une réaction populaire contre le néolibéralisme qui, par le biez d'élections démocratiques à mener au pouvoir une vague de gouvernements de gauche depuis une décade, au Venezuela, en Bolivie, en Équateur et en Uruguay.

     

    L'administration Bush, pour dire le moins abhorrait ces situations nouvelles, elle n'a rien pu faire pour Lula au Brésil, opérateur astucieux revêtu d' oripeaux néo libéraux (Wall Street l'adorait) qui su rester un progressiste du fond du cœur. Washington, incapable de s'en débarrasser après les réflexes putschistes des années 60 et 70, a pensé que Chavez constituait le maillon faible. Ce qui amena à la tentative d'avril 2002 dirigé par une faction militaire, prête à donner le pouvoir à un riche entrepreneur. Ce putsch soutenu par les États-Unis dura moins de 48 heures, Le pouvoir de Chavez fut rapidement restaurer, avec l'aide du peuple (le vrai truc) et de la plupart des militaires.

     

    Donc, il n'y a rien d'inattendu à l'annonce de Maduro quelques heures avant le décès de Chavez, d'expulser deux employés d'ambassade dans les 24 heures, l'Attaché de l'Air David Delmonaco, et l'assistant Devlin Costal. Delmonaco était accusé de fomenter, avec quelques factions militaires, quoi d'autre, un nouveau coup. Ces gringos n'apprennent jamais rien. L'immense soupçon parmi les Chavistes qu' El Commandante  aurait pu être empoisonné, comme la aurait pu l’être Yasser Arafat en 2004 fait partie d'une éventualité. Du polonium 210 hautement radioactif, la CIA grande amie d'Hollywood a peut-être des idées la-dessus.

     
    L'appel au verdict est ouvert, de quel genre de était-il exactement ? Il louait chacun dans le panthéon révolutionnaire de Mao au Che. Il incarnait certainement un chef populaire très habile avec une vision géopolitique bien ajustée pour identifier les schémas de subjugation séculaires du monde latino américain. Comme le montarit ses références constantes à la tradition révolutionnaire de Bolivar à José Marti. Son mantra voulait que la seule voie pour l'Amérique Latine se dirige vers une meilleur intégration, raison pour laquelle il soutenait un maesltrom de mécanismes institutionnelles tels l'ALBA (l'alliance bolivarienne), Petrocaribe, la Banco del Sur (la Banque du Sud) et l'UNASUR (Union des Pays d'Amérique du Sud).

     
    Tout comme son « socialisme du 21ième siècle », qui au delà de toute camisole de force idéologique fait plus pour explorer le véritable esprit de valeurs communes comme antidote aux charges du capitalisme financier que des tonnes d'analyses académiques néo marxistes. Il ne faut donc pas s'étonner que la bande Goldman Sachs et ses cohortes le trouvait pire que la peste noire. Le Venezuela s'était muni de chasseurs  Sukhoi, entretenait des relations stratégiques avec les russes et les chinois, membres du BRICS, sans parler d'autres acteurs globaux du sud ; maintenant plus de 30.000 médecins cubains qui pratiquent la médecine préventive et vivent dans les communautés pauvres et qui ont suscité une augmentation considérables de jeunes vénézuéliens étudiant la médecine. 

     

    Des chiffres forts qui disent l'histoire ont besoin d’être connus. Le déficit public atteint 7,4% et la dette publique atteint 51,3% du produit domestique, beaucoup moins que la moyenne de l'Union Européenne. Le secteur publique, défiant les accusations apocalyptiques de « communisme » compte seulement pour 18,4% de l'économie, moins que la France aux orientations étatistes et même que toute la Scandinavie, les quotas d'exportation sont établis par l'OPEC; le Venezuela exporte donc moins vers les États-Unis( et de plus en plus vers son partenaire stratégique, la Chine).

     

    Et voilà l'argument conclusif ; la pauvreté comptait pour 71% des citoyens vénézuéliens en 1996 et il a été réduit à 21% en 2010. Il y a des années Garcia Marquez parlait du secret d' El Commandante, celui d'un grand communicateur, il était du peuple, il était l'un d'eux de l'apparence physique au maniérisme, de l'attitude convivial au langage, constat qui s'applique aussi à Lula dans sa relation à la plupart des brésiliens, on attend qu'un autre Garcia Marquez élève Chavez au Walhalla romanesque.

     

    Une chose est certaine, c'est qu'en termes de mythologie du sud, l'histoire se souviendra que si le Commandant a quitté l'immeuble,l'immeuble ne sera plus jamais le même.

     

     

    source


     

     

  • État des incapacités civiles et des exactions subies par les Juifs en Angleterre.

    Les membres distingués de la Chambre des Communes,
    alors près de fermer le défunt Parlement,
    remirent à l'ordre du jour une proposition sur
    l'émancipation des Juifs et signifièrent leur
    intention de la renouveler . Le bon sens, au
    cours de la dernière session, permit néanmoins
    un premier pas, ceci malgré une nette opposition
    des partis. Pouvoir et, raison, aujourd'hui,
    se réconcilient et espérons qu'ils achèvent
    conjointement une victoire décisive. Afin de
    contribuer au succès de justes principes,
    proposons-nous de passer en revue, quelques-uns des
    arguments ou quelques-unes des phrases se réclamant
    être des arguments, qui furent employés pour
    justifier et maintenir un système rempli d'absurdité
    et d'injustice. La constitution étant dite
    essentiellement chrétienne, ainsi donc, admettre
    les juifs aux responsabilités, détruit la constitution.
    Non seulement ,le Juif fut-il blessé par son exclusion
    de la vie publique, nonobstant qu'il n'eût droit à
    quelque pouvoir mais encore, un homme n'a-t-il pas
    droit sur ce qu'il possède; un homme a droit à la
    sécurité de sa personne. La loi donne ces droits aux
    Juifs et les remettre en question. Mais, c'est d'être
    admis au pouvoir politique et plaindre justement d'en
    être exclus. On ne peut qu'admirer l'innocence de
    l'artifice utilisé pour éloigner l'administration de
    la preuve, au grand embarras des vrais responsables
    et sûrement, aucun chrétien ne peut nier que chaque
    être humain possède le droit de se voir allouer les
    gratifications qui ne nuisent à personne et de se
    voir épargner les mortifications qui ne produisent
    de bien pour personne. N'est ce point une
    mortification, pour un homme d'être exclus de la
    vie publique Si cela est, ils ont d'après les
    principes chrétiens, le droit d'être libérés ce ces
    mortifications sauf s'il est démontré que leur
    exclusion est nécessaire à la prévention d'un plus
    grand danger. La présomption est, évidemment, en
    faveur de la tolérance. C'est au procureur de
    requérir. La démonstration de l'étrange argument
    considéré est trop évidente, même pour ceux qui
    l'avance. Si personne n'a droit à la puissance
    publique alors, ni Juif ni gentil n'ont un tel
    droit et le fondement même du gouvernement
    disparaît. Mais, si le gouvernement disparaît, la
    propriété et les personnes ne sont plus en
    sécurité et il est universellement accepté que les
    hommes ont droit à leur propriété et à leur
    sécurité personnelle. S'il est juste que la
    propriété des hommes soit protégée, ce ne peut
    être que par les moyens du gouvernement et ainsi
    il est juste que le gouvernement existe. Ensuite,
    il n'existe aucun gouvernement si personne n'en
    partie et donc, il est juste qu'une personne ou
    des personnes détiennent la puissance publique.
    Ce qui veut dire qu'une personne ou des
    personnes doivent détenir un droit sur la puissance
    publique. Les hommes n'ont pas l'habitude de
    considérer les buts de gouvernement, c'est
    pourquoi les incapacités juives et catholiques
    existent en souffrance depuis si longtemps et que
    l'on parle sans cesse de la cuisine protestante
    ou du palefroi catholique. Le gouvernement existe
    pour garantir la paix, dans le but de régler nos
    disputes par l'arbitrage plutôt que par les coups,
    dans le but ,de nous contraindre a suppléer à nos
    volontés par l'industrie plutôt que par des rapines.
    C'est l'opération pour laquelle la mécanique du
    gouvernement est la mieux adaptée, la seule
    opération que les gouvernements sages proposent pour
    achever leurs desseins. Si quelque catégorie de
    gens ne se sentent pas intéressés par la sécurité de
    la propriété ou par le maintien de l'ordre, cette
    classe ne devrait avoir aucune part dans les
    décisions concernant la sécurité de la propriété
    ou le maintien de l'ordre. Alors pourquoi un homme
    devrait-il être incapable ces pouvoirs parce qu'il
    porte une barbe, qu'il ne mange pas de jambon,
    parce qu' il va à la synagogue le samedi plutôt
    qu'à l'église le dimanche; c'est inconcevable.
    Les points de différence entre christianisme et
    judaïsme résident souvent dans l'adaptation plus ou
    moins bonne des hommes à devenir curé ou rabbin.
    Mais ils n'ont pas plus à faire avec la capacité
    d'être magistrat, législateur ou ministre des
    finances qu'avec celle d'être savetier.
    Personne n'a jamais demander à un savetier
    pratiquant de faire des déclarations publiques
    sur la vrai foi chrétienne et n'importe qui
    préférerait voir ses souliers réparés par un
    savetier hérétique que par quelqu'un ayant
    souscrit aux trente-neuf articles et qui n'a
    jamais tenu une alêne. Ainsi les hommes agissent
    non par indifférence à l'égard de la religion,
    mais parce que ils ne voient pas ce que la
    religion peut bien avoir à faire avec la
    réparation des chaussures. Bien sûr, la religion
    a autant de choses en commun avec le rapetassage
    qu'avec le budget ou les estimations militaires.
    Nous avons pourtant décelé de nombreux signes,
    ces vingt dernières années prouvant qu'un très
    bon Chrétien peut faire un détestable chancelier
    de l'échiquier Mais il serait monstrueux, disent
    les persécuteurs, que des Juifs légifèrent pour
    une communauté chrétienne. La fausseté de la
    représentation est palpable car ce qui est
    proposé ce n'est pas que les Juifs légifèrent à
    la place Chrétiens mais bien qu'une législature
    composée de Juifs et de Chrétiens légifère pour
    une communauté composée de Juifs et de Chrétiens.
    Dans la plupart des questions de police, de
    finance, de lois civiles et criminelles,
    de politique étrangère, le Juif en tant que juif,
    n'a pas d'intérêts hostiles à ceux des Chrétiens
    ni même à ceux des hommes d’Église. Sur les
    questions touchant à l'établissement ecclésiastique
    Les Chrétiens et les Juifs diffèrent, sans doute,
    mais pas autant que le Catholique et le pasteur
    ou l'indépendant et le pasteur. L'idée suivant
    laquelle les hommes Église voudraient monopoliser
    tout le pouvoir de l'état semble au moins
    intelligible, que les Chrétiens veuillent la même
    chose n'a aucun sens. Aucunes questions relatives
    aux institutions ecclésiastiques ne sont discutées
    au Parlement sous le prétexte qu'ils ne peut y
    avoir d'oppositions entre Chrétiens aussi grandes
    qu'il n'y en aurait entre n'importe quel Chrétien
    et n'in1porte quel Juif. En fait les Juifs ne sont
    pas exclus de la pouvoir politique. Ils le
    possèdent; aussi longtemps qu'on les autorisera à
    accumuler de grandes fortunes, ils doivent le
    posséder. La distinction parfois faite entre
    privilèges civils et pouvoir politique est indifférente.
    Privilèges, pouvoir civil et politique sont
    synonymes, l'un dérive du latin, l'autre du grec.
    il ne s'agit là que de joyeuses turlupinades
    verbales. Nous arrêterions-nous un instant aux
    faits de 1a cause, nous les verrions
    inséparables ou plutôt identiques. Qu'un Juif soit
    juge dans un pays chrétien serait choquant mais,
    il peut être juré argumenter des faits sans préjudice.
    Si il s'essayait à légiférer, cela mettrait fin à
    la constitution, il peut s'asseoir dans le prétoire
    dans son costume habituel et rendre des verdicts,
    alors qu'en robe noire et perruque blanche,
    concédant des nouveaux procès, ce serait une
    abomination impensable parmi le peuple des baptisés.
    La distinction est pour le moins philosophique.
    Quel pouvoir dans une société civilisée est-il
    plus fort que celui du créditeur sur le débiteur?
    Si nous retirons ce pouvoir au Juif, nous lui
    retirons du même coup le droit à la sécurité et
    à la propriété, si nous le lui laissons, nous
    le laisserions avec un pouvoir plus despotique
    que celui du roi et de son cabinet. Ce serait
    une impiété de laisser le Juif siéger au Parlement.
    Mais un Juif pourrait faire de l'argent qui lui
    pourrait faire des membres du Parlement. Là ou ils
    vivent, ils seraient chez eux pendant qu'un électeur
    d'une autre circonscription pourrait demander dix
    Livres à Sherlock et seulement neuf à Antonio.
    A ceci, on ne fait aucun les objections.
    Qu’un Juif possède la substance du pouvoir
    législatif, qu'il commande à des voix comme s'il
    était le grand duc de Newcastle lui-même, c'est
    exactement ainsi que cela devrait se passer.
    Mais qu'il passe la barre, s' assoit sur un de
    ces mystérieux coussins de cuir vert en criant
    "à l'ordre" parle debout et dise ce qu'il pense
    alors, c'est une profanation suffisante pour
    mener ce pays à la ruine. Que le Juif devienne
    le conseiller privé d'un roi chrétien serait
    une honte éternelle pour la nation. Mais si
    le Juif gouvernait le marché de l'argent et
    que l'argent gouvernait le monde, le ministre
    des finances ne pourrait clore son budget qu'après
    en avoir discuter avec un Juif.
    Un congrès de souverains pourrait sommer le Juif
    de leur prêter assistance,son paraphe sur un
    morceau de papier vaudrait plus que le serment
    de trois rois ou que la fierté des républiques
    américaines mais s'il devienne parlementaire,
    c'est la plus effrayante des calamités nationales.
    Quelques politiciens raisonnèrent de cette façon
    à propos des Irlandais catholiques,ils ne
    devaient exercer aucunes fonctions publiques.
    Le soleil d'Angleterre se serait couché à
    jamais; donner leur tout ,sauf ça. Ces hommes
    sages ne virent point qu'en accordant le reste,
    ils leurs donnèrent aussi le pouvoir politique.
    Il n'était même plus question de savoir si les
    catholiques exerceraient le pouvoir ou non alors
    qu'ils tiraient la barbe du parlement et qu'un
    agitateur catholique avait infiniment plus de
    puissance que le seigneur-Lieutenant. Si c'est
    notre devoir de Chrétiens d'exclure les Juifs
    du pouvoir politique,ce doit être notre devoir
    de le traiter comme l'on fait nos ancêtres, de
    la tuer,le bannir et le voler. C'est seulement
    de cette manière que nous réellement les priver
    de pouvoir. Si nous n'adoptons pas cette méthode,
    au moins,ne lâchons pas la proie pour l'ombre.
    Nous ferions assez pour les incommoder et les
    irriter sans pour autant nous prémunir du danger,
    si il existe. Où est la richesse est le pouvoir,
    inévitablement. Les Juifs nous dit-on ne sont pas
    anglais,ils vivent dan5 certains endroits de
    cette île mais vivent politiquement et moralement
    en communion avec ceux de leur race répandus
    dans le monde. Un Juif anglais regarde un Juif
    hollandais ou portugais comme un compatriote
    et un Anglais comme un étranger et il est dit
    que ce genre d'instinct patriotique le rend
    incapable de fonctions politiques. L'argument
    a quelque chose de plausible ,mais en
    l'examinant de plus près,il montre sa perversité.
    Même si les faits allégués sont admis,les juifs
    ne sont pas le seul peuple à préférer leur
    secte à leur pays. Le sentiment patriotique
    qu'une société en bonne santé secrète par une
    association naturelle et inévitable,dans l'esprit
    de citoyens,qui savent qu'ils doivent leur
    confort et leur plaisir aux liens qui les
    unit a leur communauté.
    Mais, sous un gouvernement oppressif et partial,
    ces associations mentales ne peuvent acquérir
    la farce qu'elles posséderaient dans une état
    de choses plus favorable. Les hommes ont
    tendance a rechercher dans leurs partis la
    protection qu' ils devraient recevoir de leur
    pays et, par une conséquence tout aussi
    naturelle transfèrent vers leurs partis
    l'affection qu'ils auraient sans cela ressentis
    pour leur pays. Les Huguenots français appelèrent
    à l'aide l'Angleterre contre les rois catholiques.
    Les Catholiques de France? demandèrent l'aide
    de l' Espagne contre le roi huguenot. Serait-il
    correct se supposer, qu'à présent, les protestants
    français souhaiteraient voir leur religion
    dominer grâce à l'aide des armées prussiennes
    ou anglaise Sûrement pas, alors qu'ils l'ont
    voulus et qu'ils ne veulent plus aujourd'hui,
    sacrifier l'intérêt de leur pays à celui de
    leur religion. La raison en est évidente:
    ils furent persécutés alors, ils ne le sont plus
    maintenant. Les Puritains anglais sous Charles II,
    l'emportèrent sur les Écossais pour envahir
    l'Angleterre. Les dissidents protestants de notre
    époque vaudraient-ils voir l' Église mise à bas
    par une invasion de Calvinistes étrangers. Sinon,
    à quoi attribuerions-nous le changement Sûrement
    au fait qu'ils sont beaucoup mieux traités qu'au
    dix-septième siècle, aujourd'hui. Quelques-uns des
    plus illustres hommes publics que l'Angleterre
    aie jamais produit se réfugièrent en Amérique pour,
    échapper à la tyrannie de Laud. Était-ce l'incapacité
    des Indépendants et presbytériens à aimer leur pays?
    Mais il est vain de multiplier les exemples.
    Que Rien n'est plus offensant pour quelqu'un qui sait
    un temps sait peu l' histoire et la nature humaine d'
    entendre ceux qui exercent le pouvoir accuser une
    secte d'attachements étrangers. S'il est une
    proposition universellement vraie en politique,
    c'est bien que les accointances étrangères sont le
    fruit des dérèglements domestiques. Le truc des bigots
    a toujours été de rendre les gens malheureux chez eux
    et d'ensuite se plaindre qu'ils regardent dehors,
    de diviser la société et de se plaindre qu'elle n'est
    pas unie, de gouverner comme si une partie de l'état
    était le tout et de sanctionner les autres pour
    leurs inclinaisons patriotiques.
    Si les Juifs ne se sentirent pas comme des enfants
    devant l'Angleterre ,c'est parce qu' elle les traita
    comme une belle-mère. Le patriotisme est
    certainement le sentiment qui se développe le plus
    facilement si le gouvernement est tolérable,
    depuis e commencement du monde, il n'y a jamais
    eu de nation ou de partie importante de nation qui,
    sans être cruellement oppressive fut entièrement
    privée de ce sentiment. Créer une base d'accusation
    contre une classe d'hommes en affirmant qu'ils ne
    sont pas patriotes est un tour de passe-passe
    du plus vulgaire sophisme C'est le genre de logique
    qu'use le loup avec l'agneau. C'est accuser
    l'embouchure d'empoisonner la source. Si les Juifs
    anglais haïssaient à ce point l'Angleterre que
    dans leurs prières hebdomadaires à la synagogue,
    ils suppliaient que toutes les malédictions annoncées
    par Ézéchiel sur Tyr et l' Égypte tombassent sur Londres.
    Si, dans leurs fêtes solennelles ils bénissaient
    tous ceux qui lapideraient les enfants, nous dirions
    que leur haine à l'égard de leurs compatriotes n'est
    pas plus intense que celle que des sectes de chrétiens
    se sont souvent infligées mutuellement . En fait,
    les sentiments des Juifs ne sont rien de tel,
    c'est pourtant dans la situation Ou, ils se trouvent
    placés ce que nous attendrions. Ils sont beaucoup
    mieux traités que ne le furent les protestants
    franchis au seizième et dix-septième siècles ou les
    Puritains au temps de Laud. Ils ressentent donc
    aucunes rancœurs contre le gouvernement ou leurs
    compatriotes. On ne peut même parier qu'ils ont de
    meilleurs relations avec l'état que les fidèles
    de Coligny ou de Vane . Mais ils ne sont pas mieux
    traités que Angleterre que les sectes chrétiennes
    divisées ne le sont . C'est Sur ces prémisses,
    et nous le croyons, sur ces prémisses seulement,
    qu'ils manifestent un esprit plus particulier.
    Nous n' avions pas le droit de conclure qu'ils
    ne peuvent devenir anglais avant de mener
    l'expérience plus loin. Les hommes d'état qui
    les traitent comme des étrangers et les accusent
    de ne pas manifester les mêmes sentiments que les
    indigènes sont, aussi peu raisonnables que le tyran
    qui fit punir ses ancêtres pour avoir fabriquer
    des briques sans y mettre de paille. On devrait
    souffrir que des dirigeants s'auto-absolvent
    de leurs responsabilités solennelles, ce n'est
    pas à leurs bouches de dire si une secte est
    patriote, mais c'est leur travail
    de la rendre patriotique.
    L'histoire et la raison en indique clairement
    les moyens. Les Juifs anglais sont précisément
    devenus ce que le gouvernement en a fait, et,
    ce que n'importe quelle classe serait devenu si
    elle avait été traitée de la sorte. Si tous les
    roux d'Europe avaient été, pendant des siècles
    outragés et opprimés, bannis de ceci, emprisonnés
    pour cela, privés de leur argent, privés de leurs
    dents, convaincus des crimes les plus improbables
    et de la plus faible évidence, écartelés par des
    chevaux, pendus, torturés, brûlés vivant, si,
    quand les mœurs s'adoucirent, ils eurent été sujets
    à des restrictions dégradantes et exposés aux
    insultes les plus vulgaires, parqués dans des
    rues spéciales dans certains pays, dépouillés
    et étouffés par la rage des autres, exclus
    partout de la magistrature et des honneurs,
    que serait le patriotismes de gentilshommes
    aux cheveux rouges Et si, dans de telles
    circonstances, une proposition était faite
    pour admettre les roux dans l'administration,
    le discours d'un admirateur de nos anciennes
    institutions à propos de cette mesure
    révolutionnaire n'en serait que plus frappant:
    s'ils se considèrent rarement comme des Anglais,
    ils pensent comme les roux français ou les roux
    allemands, se sentent plus près d'eux que d'un
    brun né dans leur propre paroisse. Si un
    souverain étranger patronne les roux, ils
    le préfèrent à leur propre roi. ils ne sont
    pas Anglais et ne peuvent pas l'être,
    la nature l'interdit et l'expérience prouve que
    c'est impossible, aucun d'entre eux n'a droit
    au pouvoir politique. Laissez les profiter de
    leur sécurité personnelle, que leurs biens
    soient protégés, mais ils ne peuvent pas
    exercer des prérogatives administratives à
    l'égard d'une communauté dont ils ne sont que
    des demi membres, une communauté dont la
    constitution faite principalement de bruns,
    répond suivant les mots de nos sages ancêtres:
    "nolumus leges Angliae mutari ". Les écritures
    déclarent que les Juifs verront la fin de l'exode,
    que toute la nation l'espère Ils ne sont donc pas
    aussi intéressés que d'autres à la prospérité de
    l'Angleterre, ce n'est pas leur foyer, mais
    simplement leur lieu de séjour, la maison de
    leurs attachements. Cette argument qui fut publié
    dans le "Times" et qui attira une attention
    davantage due à la réputation du journal qu'à
    sa valeur intrinsèque appartient à la classe
    de sophismes par lesquelles les persécutions
    les plus haïssables se justifient le plus facilement.
    Accuser des hommes de conséquences qu'ils nient
    manquent d'ingéniosité dans la controverse,
    c'est épouvantable en matière de gouvernement.
    La doctrine de la prédestination, dans l'opinion
    de beaucoup rend ceux qui la professent quelque
    peu immoraux. Et certainement, il semblerait que
    celui qui croit en que sa destinée éternelle est
    irrévocablement fixée est prompt à indulgencier
    sans limites ses passions et à négliger ses devoirs
    religieux. S'il est l'héritier de la colère ses
    tentatives seraient inutiles et s'il est d'une
    nature ordonnée, elles seraient superflues.
    Serait-il sage de punir tous les tenants des
    hautes doctrines calvinistes comme si ils avaient
    commis, tous les crimes que l'on sait, des Antinomistes?
    Évidemment non. Le fait notable est qu'il existe
    de nombreux Calvinistes aussi moraux dans leur
    conduite que n'importe quel. Arminien, et beaucoup
    d'Arminiens aussi débridés que certains Calvinistes.
    C'est généralement impossible de raisonner sur
    les opinions par lesquelles un homme explique ses
    sentiments ou ses actions, et en fait, personne
    n'est sot assez pour raisonner ainsi, excepté
    quand on cherche un prétexte pour persécuter
    ses voisins. On commande au Chrétien sous la
    menace des plus fortes sanctions, d'être juste
    dans ses toutes actions. Mais à combien des
    trente-quatre millions de chrétiens pratiquants
    de ces îles, un homme de bon sens prêterait-il
    mille livres sans garanties? Assurément un homme
    qui agirait, pour un jour, muni de la supposition
    que tous les gens qui l'entourent seraient
    influencés par la religion qu'ils professent se
    ruinerait avant la nuit et personne n'agit sur
    cette base, dans la vie quotidienne quand
    il prête, emprunte, achète ou vend.
    Mais quand on doit oppresser quelques
    une de nos amies créatures, le problème
    est différent. Alors, nous représentons
    les motifs que nous savons si faibles quand
    il s'agit du bien comme étant omnipotents
    quand il s'agit du mal, ensuite, nous chargeons
    nos victimes de tous les vices et de toutes
    les folies vers lesquelles, leurs doctrines,
    même de loin, sembleraient tendre. Nous oublions
    que la même faiblesse, le même laxisme, la même
    disposition A préférer le présent au futur qui
    rendent les hommes pire qu'une bonne religion,
    les rend aussi meilleurs qu'une mauvaise.
    C'est de cette façon que nos ancêtres
    raisonnaient et que quelques personnes
    raisonnent encore aujourd'hui au sujet des catholiques.
    Les papistes croient qu'ils obéissent au Pape,
    le Pape, par une bulle a déposé la reine Élisabeth.
    Donc chaque papiste voudra traiter le reine comme
    une usurpatrice, il s'en suit que chaque papiste
    est un traître et qu'il doit être pendu,
    noyé ou écartelé. A cette logique, nous devons
    les lois les plus détestables qui aient jamais
    dégrader notre histoire.
    Peut-être la réponse
    se trouvent-elle dans les apparences.
    L’église de Rome a, peut-être commander de traiter
    la reine comme une usurpatrice, mais elle a aussi
    commander bien d'autres choses auxquelles
    ils n' obéirent jamais. Elle enjoint ses prêtres
    à la chasteté, pourtant vous les tancez, sans cesse,
    sur leur licence. Elle commande, trop souvent,
    à ses fidèles, d'être charitable envers les pauvres,
    de ne pas agioter ni de se battre en duel,
    d'éviter le théâtre. Obéissent-ils à ces injonctions?
    Si c'est un fait, que quelques uns d' entre eux
    observent strictement ces principes quand ils
    sont opposés à leurs passions et à leurs intérêts,
    n'y-il aurait-il aucune loyauté, aucune humanité,
    aucun goût du confort, même pas la peur de la
    mort ne serait suffisante pour les prévenir
    d'exécuter les ordres pervers de l' Église
    de Rome contre le souverain d'Angleterre?
    Quand on sait que beaucoup de ces gens se foutent
    assez de leur religion pour ne même pas éviter
    de manger du bœuf le vendredi, pourquoi
    penserions-nous qu'ils prendraient le risque
    d'être flagellé ou pendu pour elle Les gens
    pensent aujourd'hui des Juifs ce qu'ils
    pensaient jadis des papistes. La loi inscrite
    sur les murs interdit la convoitise, si nous
    disons qu'un Juif renoncerait à ses hypothèques
    parce que Dieu commande de ne pas convoiter la maison
    de son voisin, tous le monde penserait que nous
    aurions perdus la tête. L'argument qui consiste à
    penser que le Juif n'a pas d'intérêt à la
    prospérité du pays dans lequel il vit, qu'il
    n'en a aucun soucis, aussi mauvaises que soient
    les lois et la police, qu'il soit durement
    taxé ou non, qu'il soit asservi ou que l'on se
    partage ses dépouilles, parce que Dieu a promis,
    que par des moyens indéterminés dans une époque
    inconnue, peut-être dans dix mille ans,
    les Juifs émigreraient en Palestine. N'est pas
    là une profonde ignorance de la nature humaine?
    Ne savons nous pas que ce qui est lointain et
    peu probable affecte beaucoup moins l'être
    humain que ce qui est certain et tout près?
    On peut appliquer le raisonnement aussi
    certainement aux Chrétiens qu'aux Juifs.
    Le Chrétien, comme le Juif croit que dans une
    période future l'ordre présent des choses
    arrivera à sa fin. De plus, beaucoup de chrétiens
    croient que le Messie établira prochainement
    son royaume et son règne visible sur tous les
    habitants de la terre. quelque soit l'orthodoxie
    de la doctrine, le nombre de gens qui y adhère
    est infiniment plus grand que tous les Juifs
    résidant en Angleterre. Beaucoup de ceux qui
    le tiennent se distinguent par leurs rangs,
    leurs fortunes ou leurs talents On l'entend
    des chaires, à la fois, des Églises anglaises
    et écossaises. L'aristocratie et les membres
    du Parlement le défendent. en quoi donc diffère
    cette doctrine, dans ses tendances politiques,
    de celle des Juifs? Si un Juif est incapable
    de légiférer pour nous parce qu'il croit que
    lui ou ses lointains descendants se retrouveront
    un jour en Palestine, pouvons-nous,
    en toute sécurité, confier l'ouverture de la
    chambre des communes à un homme de la cinquième
    monarchie qui s'attend, à ce que, avant que sa
    génération ne disparaisse, tous les royaumes
    de la terre seront avalés par l' empire divin.
    Les Juifs s'engagent-ils avec moins d'entrain
    dans les compétitions qui leurs restent ouvertes?
    sont-ils moins actifs et réguliers dans leurs
    affaires que leurs voisins Meublent-ils mal
    leurs maisons parce qu' ils ne font que
    séjourner sur ces terres? L'attente de se voir
    restaurer sur la terre de leurs ancêtres la
    rendent-ils insensibles au cours de la bourse?
    Prennent-ils en compte, dans la gestion de leurs
    affaires, l'éventualité de migrer vers la Palestine
    sinon pourquoi supposons-nous que les attitudes qui
    n'influencèrent jamais leurs positions comme
    marchands ou comme testataires, acquéraient
    une influence sans bornes aussitôt qu'ils
    deviendraient magistrats ou législateurs?
    Il y a un autre argument, que nous ne voudrions
    pas traiter avec légèreté sans savoir comment
    le traiter avec sérieux. L’Écriture est pleine
    de dénonciations terribles contre les Juifs,
    on dit que ce sont des vagabonds,est-ce alors
    juste de leur donner un foyer il est naturel
    qu'ils soient opprimés, pouvons-nous souffrir
    qu'ils dirigent Les admettre aux droit
    de cité est manifestement une insulte aux oracles divins.
    Falsifier une prophétie inspirée par la sagesse
    divine serait le crime le plus atroce mais,
    heureusement pour notre fragile espèce,
    c'est un crime impossible à commettre.
    Si nous admettons les Juifs au Parlement,
    en le faisant, nous prouverions que les
    prophéties en question, quoi qu'elles veuillent
    dire ne signifient pas que les Juifs doivent
    être exclus du Parlement. En fait, il est clair
    que les prophéties ne contiennent pas le sens
    annoncé par les personnes respectables à qui
    nous répondons. En France et aux États-Unis,
    les Juifs sont déjà admis à tous les droits
    civils. Une prophétie qui signifierait que
    les Juifs, au cours de leur errance, ne seront
    jamais admis à la citoyenneté dans le lieu
    de leur séjour, serait fausse. Donc, ce n'est
    pas le sens des prophéties de l’Écriture.
    Nous contestons la pratique de confondre le
    précepte et la prophétie, de clamer des prédictions
    souvent obscures contre une moralité, elle,
    toujours claire. Si les actions sont justes
    et bonnes parce qu'elles ont été prédites,
    quelle action est plus louable, que le crime dont
    les bigots nous pressent de nous venger
    sur les Juifs, qui fit trembler la terre et arracha
    le soleil du ciel. Le même argument qui sert
    à justifier les incapacités imposées à nos
    compatriotes hébreux, justifierait également
    le baiser de Judas et le jugement de Pilate.
    Comme il est écrit, le fils de l'homme pardonne,
    mais maudit l'homme par lequel il a été trahi,
    et maudit ceux qui, à n'importe quelle époque,
    et dans tous les pays désobéirent à ses généreux
    commandements avec la prétention d'accomplir
    ses prédictions. Si ces arguments justifient
    les lois existantes à l'encontre des Juifs,
    elles justifient également toutes les cruautés
    furent commises contre eux, les édits généraux
    de bannissement et de confiscation, le donjon,
    la roue et le feu lent. Comment pouvons-nous nous
    excuser plus longtemps de laisser des propriétés
    à des gens qui "servent leurs ennemis dans la faim,
    la soif, la nudité et dans le besoin de toutes choses,
    de donner protection à ces gens qui ont peur du
    jour et de la nuit et qui craignent tout"
    de ne pas se saisir des enfants d'une race
    dont les "fils et les filles doivent être
    dispersés parmi tes autres peuples".
    Nous n'avons pas encore appris la 1eçon de
    celui qui nous commanda d' aimer notre prochain
    comme nous-même et qui répondit quand on lui
    demanda ce qu'il voulait dire par prochain
    choisit comme exemple l'hérétique et l'étranger.
    Souvenons-nous que l'année dernière,un écrivain
    pieux du journa1 " John Bull'' et par un autre
    chrétien également fervent,présentèrent comme
    une indécence monstrueuse, que la mesure pour
    l'émancipation des juifs soit présentée pendant
    la semaine de la passion. Un de ces humoristes
    recommanda qu ' elle fut une seconde fois le
    Vendredi Saint. Nous n'avons aucune objection,
    ni que ce jour ne soit célébré d'une manière
    plus adéquate. Nous ne connaissons pas de meilleur
    jour pour terminer de longues hostilités et réparer
    de cruels impairs, que le jour Où la religion de
    la pitié fut fondée, nous ne connaissons pas de
    jour plus approprié pour rayer des livres les
    dernières traces d 'une alternance que ce lui
    pendant lequel l' esprit d’intolérance,
    produisit le plus infect des crimes judiciaires
    le jour par lequel la liste des victimes de
    l'intolérance, cette noble liste, où sont
    inscris les noms de Socrate et de Thomas More,
    fut glorifié par un nom plus grand encore.
     
     
     
    *
    Sources: Critical & historical essays: vol. II
    Thomas Babington Macau1ay
    Dent & sons 1914