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28/12/2013

JOHN BUNYAN

La vie de Bunyan n'est pas pour monsieur Southey un bien grand sujet et ne peut ajouter grand-chose à sa réputation littéraire. Mais n'est-il pas écris dans un anglais excellent, et dans ses intentions, pour la plupart, louables. Monsieur Southey entretient des opinions avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord et ses tentatives pour excuser les odieuses persécutions que l'on imposa à Bunyan, parfois, soulève l'indignation. Mais évitons ce sujet. Nous sommes plus enclins pour l'instant à nous joindre à l'hommage rendu au génie d'un grand homme plutôt qu'à nous engager dans un débat sur le gouvernement de l’Église et la tolérance. Toutes les gravures qui décorent le volume et les quelques bois de monsieur Harvey sont admirablement conçus et exécutés. Les illustrations de monsieur Martin ne nous plaisent pas autant. Sa vallée de l'ombre de la mort n'est pas celle que monsieur Bunyan imagina, ce n'est pas ce ravin sombre et horrible qui frappait nos imaginations enfantines. La vallée est une caverne, le marais un lac, la ligne droite s'incurve et le chrétien apparaît comme un spectre dans l’obscurité d'une vallée immense. Nous manquons aussi ces formes hideuses qui rendent si frappantes une partie des descriptions de Bunyan, que Salvator Rosa aurait aimé peindre. C'est avec beaucoup de prudence que nous nous prononçons sur les questions picturales. Mais il nous apparaît que monsieur Martin n'a pas eu beaucoup de chance dans le choix de ses sujets, ces temps-çi. Il n'aurait jamais dû essayer d'illustrer Le Paradis Perdu. Il n'y a pas deux manières plus opposées que sa façon de peindre et la poésie de monsieur Milton. Les accessoires de description deviennent les sujets des peintures et ce qui est le plus important dans les descriptions ne peut être détecté dans les peintures sinon après une observation attentive. Monsieur Martin réussit parfaitement dans la représentation des candélabres et des piliers du Pandémonium. Mais il a oublié que celui de Milton est simplement le décor de Satan. Dans l'image, on distingue difficilement l'archange des colonnes interminables ce son palais infernal. Le Paradis de Milton, de nouveau, est simplement le décor de son "Adam et Eve" Mais dans la peinture de Martin, le paysage est tout. Adam, Eve et Raphaël attirent beaucoup moins l'attention que le lac et les montagnes, les fleurs gigantesques et les girafes qui les changent. Nous lisons que Jacques II posa pour Varelst le grand peintre de fleurs, quand il eut terminé, Sa Majesté apparut au milieu d'une vasque de tournesols et de tulipes, qui supprimait complètement l'attraction de la figure principale. Tout ceux qui la regardaient la prenaient pour une peinture florale. Nous pensons que monsieur Martin introduit les espaces démesurés, les multitudes innombrables, ses beaux prodiges d' architecture et de paysage d'une manière aussi hors de propos que monsieur Varelst avec ses pots de fleurs et ses bouquets.

Si monsieur Martin se mettait à peindre Lear dans l'orage, nous supposons que le ciel éclatant, les tranches de pluie, la forêt secouée distrairaient l'attention de l'agonie du roi et du père insulté, S' il peignait la mort de Lear. le vieil homme, auquel des suivants demandent de se déboutonner, serait jeté dans l'ombre par une envolée de papillons, étendards, armures et cottes de mailles. Martin illustrerait bien Roland Furieux, mieux, Roland amoureux et Nuits d'Arabie tout à fait convenablement. Des palais et des jardins féeriques, des portiques d'agate, ces drèves fleuries d'émeraudes et de rubis. habitées par des gens dont personne ne s'occupe. voilà son domaine. Il aurait beaucoup de succès à peindre les terres enchantées d'Alcina ou le palais d'Aladin. Mais il devrait éviter Milton et Bunyan. La particularité caractéristique du Progrès du Pèlerin est qu'il est le seul ouvrage du genre qui possède un véritable intérêt humain. Les autres allégories ne font qu'amuser la fantaisie. L'allégorie de Bunyan a été lue les larmes aux yeux par beaucoup de monde. Il y a en de bonnes dans les travaux de Johnson et d'excellentes chez Addison aussi subtiles et sages que celles de Bunyan. Mais le plaisir que crée la vision de Mizra. la vision de Théodore, le généalogie de l'esprit ou le conflit entre le repos et le travail, dérive exactement des odes de Cowley ou du canto d'Hudibras. C'est un plaisir qui découle totalement de l'entendement et où les sentiments n'ont point de part. Non, Spencer lui-même, assurément un des grands poètes qui ait jamais vécu, n'a pas réussi dans la tentative de rendre l'allégorie intéressante. C'est en vain qu'il distribue les richesses de son esprit dans La Maison de l'Orgueil et dans La Maison de la Tempérance. Une faute impardonnable. l'ennui envahit tout dans La Reine Des Fées. On se rend malade de vertus cardinales et de péchés mortels et pour longtemps de la société des hommes et des femmes ordinaires. Des personnes qui lisent le premier chant, pas une sur dix n'atteint la fin du premier livre et pas un sur cent qui finisse le poème. Il y en a très peu d'avertis qui sont là à la mort de la Bête Hurlante. Et les six derniers Livres détruits, dit-on, en Irlande avaient été préservés, nous doutons que quelque cœur moins brave que celui d'un commentateur, les eut terminés, Il n'en est pas ainsi avec Le Progrès du Pèlerin. Ce livre merveilleux, qui obtient l'admiration de la part des critiques les plus difficiles, est d'abord aimé d'esprits trop simples pour l'admirer. Le docteur Johnson, dont toutes les études étaient erratiques et qui haïssait, comme il disait, de finir un livre, fit une exception pour Le progrès du pèlerin. C'était un des deux ou trois ouvrages vers lesquels il revint souvent. Et ce n'est pas sans commun mérite que la secte des illettrés, extrait des prières à l'usage des critiques les plus pédants et des Tories les plus bigots. Dans les endroits les plus éculés d' Écosse, Le Progrès du Pèlerin faisait les délices de la paysannerie. Dans chaque garderie le Progrès du Pèlerin était plus apprécié que Jack le Tueur de géants. Chaque lecteur connaît le sentier droit et étroit aussi bien qu'il connaît la route empruntée cent fois.

Ce serait le miracle le plus haut du génie si les choses qui ne sont pas et devraient être existaient quand-même, que l'imagination de quelqu'un devienne les souvenirs de quelqu'un d'autre. C'est ce miracle que le penseur a façonné. Il n'y a pas d'ascension, pas de descente, pas de lieu de repos, pas de barrière avec lesquelles nous sommes plus parfaitement familiarisés La Porte Mauvaise et le Marais Désolé qui séparent la cité de la destruction, la longue ligne de la route aussi droite qu une règle, la Maison de l'Interprète et toute sa foire, le prisonnier de la cage de fer, le palais, où les hommes armés montent la garde et l'apparat des personnes vêtues d'or, la Croix et le Sépulcre, la colline escarpée et le havre plaisant, le digne fronton de la Maison Belle sur le bord du chemin, les lions rampants enchaînés au porche, la vallée basse et verte de l'humiliation, riche d'herbage et couverte de troupeaux, sont aussi bien connus de nous que le spectacle habituel de nos rues." Alors nous arrivons dans ce lieu étroit ou Apollyon couvre toute la largeur du chemin pour arrêter le voyage de Chrétien, après quoi, un pilier est élevé qui témoigne de la bravoure du pèlerin pour le bon combat. Comme nous avançons, la vallée s'approfondit, l'ombre des précipices, des deux côtés, s'assombrit, les nuages se rencontrent sur nos têtes, Les voix dolentes, le cliquetis des chaînes, le frottement des pas ici et là, s'entendent dans le noir. Le chemin difficilement discernable dans l'obscurité incertaine, court près de la bouche du puits brûlant, qui envoie loin ses flammes, sa fumée sifflante et ses formes hideuses pour terrifier l'aventurier. Ensuite, il continue, parmi les pièges et es précipices, avec les corps agglomérés de ceux qui ont péri, couchés dans la tombe à ses côtés. A la fin de la longue vallée profonde, il arrive où vivent les vieux géants, au milieu des os de ceux qu'ils ont égorgé. Ensuite la route passe par une vaste lande, et bientôt le voyageur aperçoit une ville lointaine et le voilà dans la foule nombreuse d'une kermesse, Il y a des jongleurs, des singes, les boutiques et les marionnettes. On y voit des Italiens, des Français, des Espagnols et leur foule d'acheteurs, de vendeurs, bredouillant toutes les langues de la terre. Nous allons par le petit chemin de la vieille mine d'argent, et par les prés de lys, longeant la rive de ce délicieux ruisseau bordé d'arbres fruitiers. La branche gauche du sentier mène à l' horrible château à la cour pavée des crânes des pèlerins; tandis qu'à droite, les troupeaux, les vergers des montagnes délectables, par les brouillards et les ronces des terres enchantées où çà et là s'offre un lit aux coussins moelleux protégé d'ombrage et par delà le pays de Beulah où les fleurs, les grappes, le chant des oiseaux jamais ne cessent et où le soleil brille nuit et jour. Ainsi on voit tout à fait le pavement d'or, les rues de perle, de l'autre côté de cette rivière noire et or, qui n'a pas de pont. A toutes les étapes du voyage, les formes qui traversent les pas du pèlerin ou qui s'en emparent, avec les farfadets défavorisés, les brillants, les grands, les comédiens, l'avenante et bistre madame Bulle, avec sa grande bourse à son côté, et ses doigts qui jouent avec l'argent, l' homme noir à l' habit éclatant, monsieur Le Sage-qui-le-Vaut et monseigneur Hait-Bien, monsieur le Parleur, et monsieur Timoré existent tous vraiment, pour nous. Nous suivons le voyageur dans ses progrès allégoriques avec le même intérêt que le voyage d' Élisabeth de Sibérie à Moscou ou celui de Molly Flanders d' Édimbourg à Londres. Bunyan est presque le seul écrivain qui donne à l'abstrait l'intérêt du concret. Dans les ouvrages de nombreux auteurs célèbres, les hommes sont de simples personnifications. Nous n'avons pas un homme jaloux, mais la jalousie; non pas le traître, mais la perfidie, non pas un patriote, mais le patriotisme. Au contraire, l'imagination de Bunyan était si vive que ses personnifications devenaient réelles. le dialogue des deux qualités, dans son rêve, possédait plus d'effet dramatique que le dialogue de deux hommes dans la plupart des pièces. Dans ces termes, le génie de Bunyan ressemblait à celui d'un homme qui avait très peu en commun avec lui, Percy Bysshe Shelley. La forte imagination de Shelley fit de lui l'adorateur de son propre dépit. Des termes indéfinis d'un système métaphysique dur, froid et sombre, il fit un splendide panthéon, plein, beau, majestueux, aux formes vivantes. Il tourna l'athéisme lui-même en mythologie, riche de visions aussi glorieuses que les dieux qui vivaient dans les marbres de Phidias ou des vierges saintes qui nous sourient des toiles de Murillo. L'esprit de beauté, le principe du bien et celui du mal, quand il les traitait cessaient d'être abstraits, ils prenaient de la matière et de la couleur. Ils n'étaient plus des mots ordinaires, mais des formes intelligibles, une franche humanité, objet d' amour, d' adoration ou de crainte. Il n'y a pas de signe plus évident de la destitution de la faculté poétique que la tendance si commune chez les écrivains de l'école française de tourner les images en abstractions, Vénus par exemple en amour, Minerve en sagesse, Mars en guerre et Bacchus en ivresse, l'esprit véritablement poétique renverse cette abstraction et individualise les généralités. Certaines théories métaphysiques et éthiques de Shelley seraient, sans doute, absurdes et pernicieuses. Mais nous doutons qu'aucun poète ait possédé à un degré égal quelques-unes des hautes qualités des grands maîtres anciens. Les mots barde et inspiration, qui semblent si froids et affectés quand on les applique aux autres auteurs modernes, retrouvent toutes leurs propriétés appliqués à lui. Il n'était pas un auteur mais un barde. Sa poésie n'était pas un art mais une inspiration. S'il eût vécu son âge d'homme, sans doute eusse-t-il offert au monde un grand ouvrage du plus haut rang dans l'ordre de la conception et de l'exécution. Mais, hélas nous devons retourner à Bunyan. Le Progrès du Pèlerin n'est pas une allégorie parfaite, les types sont souvent inconsistants les uns avec les autres; et parfois le déguisement allégorique est jeté aux orties. La rivière, par exemple, est emblématique de la mort et on nous dit que chaque vivant doit la traverser. Mais le fidèle n'y passe pas. Il est martyrisé, non dans l'ombre mais à la kermesse, dans la lumière, ainsi que des paroles pleines d'espoir aux Chrétiens sur le droit de naissance d' Esaü et sur ses propres conceptions du péché comme s'il l'avait dit à une de ses propres congrégations.

Les demoiselles de La Belle Maison catéchiseraient les garçons de Christ comme de bonnes dames d' œuvre catéchiseraient à l'école du dimanche. Mais nous ne croyons pas qu'un homme, quel que soit son génie et sa bonne fortune puisse continuer une histoire figurative sans tomber dans beaucoup d' inconsistances. Nous sommes certains que celles, moins grosses que d' autres, dans lesquelles il est tombé, peuvent se trouver, dans les allégories les plus courtes et les plus élaborées comme Le Spectateur et Le Promeneur, La légende du Bain et l' histoire de John Bull sont habitées de pareilles erreurs, si on peut appeler erreur ce qui est inévitable. Il n'est pas facile de les juger pareillement tous les quatre. Mais nous croyons qu'aucune intelligence humaine ne pourrait produire une allégorie si longue que la correspondance entre les signes extérieurs et la chose signifiée soit préservée exactement. Et certainement qu'aucun auteur moderne ou ancien n'a, à ce jour, mené à bien cette aventure. La meilleure chose, après tout, que peut achever un allégoriste est de présenter à ses lecteurs une succession d' analogies, chacune d'elle pouvant être frappante et joyeuse, sans trop regarder Si elles s'harmonisent. Ceci, Bunyan l'a fait, et bien qu'un instant d'attention puisse détecter des inconsistances à chaque page, le conte produit un effet général sur les personnes cultivées ou non, qui prouve que Bunyan ne s'est pas trompé. Les passages les plus difficiles à défendre sont ceux où il abandonne l'allégorie pour se mettre en bouche des jaculations religieuses et des digressions qui auraient mieux convenu à sa chaire de Bedford ou de Reading qu'à la Terre Enchantée ou au jardin de l'Interprète du Bien. Même ces passages, que nous n 'entreprendrons pas de défendre contre les objections des critiques, nous sentons que nous pourrions les épargner et l'histoire doit beaucoup au charme des impressions, occasionnelles de sujets solennels et affectés, qui ne seront pas cachés, qui trouveront leur chemin à travers le voile et nous apparaîtront dans leur aspect natif. L'effet ne doit pas être très différent de celui que produisait, dit-on, jadis, le théâtre comme il se jouait, quand on voyait les yeux de l'acteur lancer des flammes au travers de son masque et donner de la vie et de l'expression à ce qui, autrement, n'aurait été qu'un déguisement inanimé et sans intérêt. Il est très amusant et instructif de comparer le Voyage du Pèlerin et l'Abondance de Grâce. Ce dernier ouvrage est, sans doute, une des autobiographies les plus remarquables du monde. C'est la confession ouverte et complète de toutes les fantaisies qui passèrent par la tête d'un homme illettré aux affections chaleureuses, aux nerfs irritables, à l'imagination ingouvernable et qui se trouvait sous l'influence d'une grande exaltation religieuse. A quelque époque que ce soit, l'histoire de ses sentiments eût paru très curieuse, mais elle s'inscrivaient dans son temps, celui de profondes métamorphoses de l'esprit humain. Il se leva, formidable, contre la tyrannie de la hiérarchie et menaça les anciennes institutions ecclésiastiques de destruction. A l'obscure régularité d'une Église intolérante succéda. la licence, d'innombrables sectes, ivres de la douce musique de tête de leur nouvelle liberté. Le fanatisme, engendré par la persécution, à son tour, se répandit rapidement dans la société.

Même les esprits forts n'étaient pas à l 'abri de cet étrange tain. N'importe quelle époque aurait pu produire Georges Fox ou James Naylor. Mais seulement, celle-là vit les délires fanatiques. d'un homme d'état comme Vane ou les larmes hystériques d'un soldat comme Cromwell. L'histoire de Bunyan est celle d'un esprit très excitable dans une époque d'excités. Il a été traité injustement par la plupart de ses biographes. Ils comprirent dans un sens populaire toutes ces expressions puissantes d'auto-condamnation qu'il employait dans un sens théologique. Ils l'ont, dès lors, représenté, comme un infortuné, abandonné, qui se réclamait de moyens presque miraculeux ou pour utiliser leur métaphore favorite: " comme un brandon tiré du feu." Monsieur Ivimey le nomme Bunyan le dépravé et le mauvais chaudronnier d'Elston. Bien sûr, Monsieur Ivimey était-il trop familier avec ces accusations que les gens pieux portent à l'égard d'eux-mêmes pour comprendre la " puissance des idiotismes" que l'on peut trouver dans en abondance pour la Grèce. Il est clair, ainsi que le souligne justement Monsieur Southey, que monsieur Southey ne fut jamais un homme vicieux. Il se maria jeune et déclara qu'il était strictement fidèle.sa femme. Il n'apparaît jamais comme un buveur. Il prétendait, qu'enfant, il ne parla jamais sans permission, car une simple admonestation suffit à l'en dissuader pour la vie. Finalement, si bien élevé, il se retrouva aux armées du Parlement, où on l'accusa d'apporter la profanation dans le service, ce qui voulait dire recevoir rien moins qu'une remarque du Sergent "Ronde De Rois Enchaînés" ou du capitaine "Hue....A Genoux Devant Le Seigneur". Sonner les cloches ou jouer au hockey le dimanche, semblent avoir été les pires vices de ce penseur dépravé, ils auraient, d'ailleurs, sembler des vertus au Cardinal Laud. Il est assez clair que Bunyan depuis son jeune âge , était l' homme d'une vie stricte et d'une conscience tendre. N' a -t-il pas, comme le dit monsieur Southey "un garde noir." Je crois que ceci est impossible à ne pas relever. Bunyan, n'était. pas, nous l'admettons, un gentilhomme aussi distingué que Lord Digby ; mais il n'était pas plus garde noir que le laboureur ne pourrait l'être. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre par sa naissance, son mariage et sa vocation, il n'aurait pas pu être autrement." dit Monsieur Southey. En effet, un homme avec de telles manières et de tels sentiments, si en dessous de sa classe, ne peut être appelé qu'un garde noir. Mais il est sans doute injuste de porter un jugement pareil sur quelqu'un qui est seulement ce que la grande masse de chaque communauté, doit inévitablement devenir. Ces horribles conflits intérieurs, décrits par Bunyan, dans une langue si puissante, prouvent qu'il n'est pas pire que ses voisins, que son esprit était constamment préoccupé de considérations religieuses, que sa ferveur dépassait son savoir et que son imagination exerçait un pouvoir despotique sur son corps et son esprit. Il entendait des voix venues du ciel. Il eut la vision de collines distantes, plaisantes et ensoleillées comme ses propres Montagnes Délectables. Rejeté de ces abbayes, jeté dans l'obscurité d'une horrible sauvagerie, ou il erra dans la neige et dans la glace, luttant pour parcourir le chemin qui mène à la lumière. Une fois, il fut tenté de faire des miracles, Une autre fois, il se senti réellement possédé par le démon. Il pouvait distinguer des murmures blasphémateurs. Il sentit son ennemi infernal tirer ses vêtements par-derrière. Il donna des coups de pied et frappa le destructeur avec ses mains.

Parfois, il fut tenté de vendre sa part dans le salut de l'homme. Parfois, une impulsion violente le faisait quitter son repas et tomber à genoux pour commencer une prière. A la longue, il se persuada d'avoir commis le péché mortel. Son agonie convulsa sa robuste constitution. Il sentait, disait-il, que sa poitrine allait éclaté; ce fut, pour lui, le signe qu'il allait connaître le sort de Judas. Le caractère de monsieur Peur, de monsieur Faible-d'Esprit, de monsieur Désespoir et de sa fille mademoiselle Très-Effrayée, le conte d'une pauvre petite foi, dont la bourse fut enlevée par trois voleurs, la description de la terreur du Chrétien dans le donjon du Grand Désespoir et son passage de la rivière, tout montre quelle forte sympathie Bunyan ressentait, après que sa vision s'éclaircit, pour les personnes affligées de mélancolie religieuse. Monsieur Southey, qui n'aime pas les Calvinistes, admet que ceux-ci n'ont jamais revêtu une apparence aussi sombre que celle adoptée par Bunyan, ce qui n’apparaît pas comme un reproche. En fait, les écrits de Bunyan auxquels nous sommes habitués ne sont en aucune façon plus calvinistes que les articles et homélies de l' Église d'Angleterre. La modération de ses opinions, l'agitation de ses nerfs habitait tous ses mouvements et il y voyait la marque visible de la malédiction qui punit Caïn. Il est vrai qu'une voix encourageante, par la fenêtre, comme l'aimable voix du vent, commanda, un jour, un grand calme dans son âme. "On lui cria un mot de réconfort qui apparaît devant lui et qui semblait écrit en grandes lettres". Mais ces intervalles d'aise était rares. Son état , durant deux ans et demi, restait généralement le plus horrible qu'une intelligence humaine puisse imaginer. "Je marchai ", disait-il, avec son éloquence si particulière, " vers une ville voisine; m'assis sur le bord du trottoir et m'immobilisai dans une pause très profonde à cause de l'état effrayant dans lequel me mettaient mes pêchers. Après une longue absence, je levai ma tête et il m'apparût que le soleil me marchandait sa lumière, tout comme les pavés de la rue, les tuiles sur les toits, se liguaient contre moi. Comme s'ils s'entendaient pour me bannir du monde. Ils m'abhorraient et je ne pouvais rester parmi eux, parce que j'avais péché contre le Sauveur. Et que furent heureuses toutes ces créatures quand sur moi, elles gardèrent leur posture. Mais j'étais parti et perdu." Et il n'est pas certain qu'un asile de fous puisse produire une quantité pareille de déceptions et de misères aussi présentes. C'était dans la vallée de l'ombre de la mort, suspendue de noirceur, peuplée de démons, résonnante de blasphèmes et de lamentations, et passant au milieu des fondrières, des pièges et des écueils, très près de la bouche des enfers, que Bunyan chemina vers le brillant et fertile pays de Beulah, Où il séjourna pendant la dernière partie de son pèlerinage. La seule trace des souffrances et des tentations cruelles lui faisait éprouver une compassion affectionnée pour qui vivait encore l'état terrible qu'il avait connu. La religion a rarement atteint une forme qui calme et soulage, telles que dans ses allégories. Le sentiment qui domine dans le livre tout entier est celui la tendresse pour les esprits faibles, qu'elles soit timide ou hardie, la prédestination offensa des gens zélés. Nous avons vu une allégorie absurde, où l' héroïne se nomme Hephzibah , écrite sans doute par un prêcheur super-hérétique insatisfait par ta théologie douce du Progrès du Pèlerin. Dans ce livre sot, l'Interprète s'appelle l' Illuminateur ou quelque chose comme ça, La Maison-Belle devient Le Château-Force. Monsieur Southey nous dit que les Catholiques possèdent aussi leur Progrès du Pèlerin , sans Pape-Géant dans lequel l'Interprète est le Directeur, et la Maison Belle le Palais de la Grâce. C'est une preuve certaine du génie de Bunyan, que deux partis religieux, qui regardaient ses opinions comme hétérodoxes, durent lui demander de l'aide. Il y a, je crois, quelques scènes et quelques caractères dans Le Progrès du Pèlerin , qui ne peuvent se comprendre et s'apprécier que par des personnes déjà familiarisées l' histoire du temps de Bunyan. Le caractère de monsieur Grand-Coeur, le Guide est un exemple. Son combat est, bien sûr, allégorique, mais l’allégorie n'est pas strictement préservée. Il délivre un sermon plein de rigueur à ses compagnons et bientôt il se bat avec une ombre géante, jetée sur lui pour aider les lions, Il expose le cinquante-troisième chapitre d'Isaïe, la maisonnée et les invités de Gaius; et alors, il sort pour attaquer Égorge-Bien, le carnassier, dans son repaire. Ce sont des Inconsistances mais nous croyons qu'elles ajoutent à la narration. Nous n'avons pas le moindre doute que Bunyan gardait l'œil sur quelques Grand-Coeur de Naseby et Worcester qui, d'abord, prièrent avec lui avant qu'il ne les entraîne, lui qui connaissait l'état spirituel de chaque dragon de sa troupe, et qui, les prières de Dieu à la bouche, l' épée à deux tranchants entre les mains, fit s'envoler, sur beaucoup de champs de bataille, les bravades et les jurons d'ivrognes de Rupert et Lundsford. Chaque âge produit de tels hommes. Mais le milieu du dix-septième siècle en fut éminemment prolifique. Monsieur Southey pense que la satire visait un individu en particulier; et ce n'est pas improbable, il a, sans doute connu, beaucoup de ces hypocrites qui suivent la religion seulement quand elle marche en pantoufles d'argent, quand te soleil brille et que le peuple applaudit. Il pouvait trouver facilement la parenté entre les finalités des hommes publics de son temps. Il aurait trouvé, parmi les pairs, Monseigneur Tourne-Autour, Monseigneur Sert-Le-Temps et Monseigneur Discours-Honnête, et aux Communes, Monsieur Doux-Homme , monsieur N'importe-Quoi et monsieur Aux-Deux-Chemins et encore la personne de la paroisse, monsieur Deux-Langues, qui a été demandé. La ville de Bedford contient, sans doute, plus d'un politicien, qui après avoir essayé de se construire une propriété en cherchant Le Seigneur pendant te règne des Saints, et garder ce que nous possédions alors, que gouvernaient les putains et plus d'un prêtre, durant les changements répétés dans la discipline et dans les doctrines de l' Église, ne demeura constant pour rien d'autre que pour son bénéfice. Un des passages les plus remarquables du Progrès du Pèlerin est celui dans lequel sont décrits les procédés contre Fidèle. On ne peut douter que Bunyan faisait de la satire de la façon dont se rendaient les jugements d' État sous Charles II. La licence donnée aux témoins de l' accusation, la partialité scandaleuse et l’insolence féroce du juge, la précipitation et la rancœur aveugle du jury, nous rappellent les odieuses mascarades qui, de la Restauration à la Révolution, servaient de simples préliminaires à la pendaison, au pal ou à l'écartèlement. Monseigneur Hait-Bien exécute l'office de conseiller pour les prisonniers aussi bien que Guignol l'aurait fait. Le juge: "Toi, renégat, hérétique et traître, as-tu entendu ce que ces honorables gentilshommes ont témoigné contre toi?" Fidèle: "Puis-je dire quelques mots pour ma défense? Le juge: " Shirah, Shirah, tu ne mérites plus de vivre, mais d'être égorgé de suite sur place; et maintenant, pour que tous entendent notre miséricorde, laisses-nous entendre ce que toi, renégat, veut dire." Personne qui connaisse les procès d’état ne peut s'y tromper, ce que voulait décrire Bunyan, c'était la bassesse et la cruauté des hommes de loi de ces époques " qui péchèrent jusqu'à la fin et encore plus loin." Le procès imaginaire de Fidèle devant un jury composé des vices personnifiés est juste comparé à celui bien réel d'Alice Lisle devant un tribunal ou tous les vices siégeaient dans la personne de Jeffreys. Le style de Bunyan est délicieux pour tous et indispensable à qui souhaite obtenir une bonne connaissance de la langue anglaise. Le vocabulaire est celui de l'homme ordinaire. Il n'y a pas une expression, exceptés quelques termes techniques de théologie, qui embarrasserait le plus rude paysan, nous avons observé plusieurs pages qui ne contiennent pas un seul mot de plus de deux syllabes. Et aucun écrivain n'a dit plus exactement ce qu'il voulait dire. Pour la magnificence, le pathos, la véhémence de l'exhortation, la subtilité de la discussion, pour les moyens du poète, de l'orateur, et le divin dialecte du foyer, celui du travailleur. Il n'y a pas de livre, dans notre littérature auquel nous penserions plus évidemment pour illustrer la gloire de la vieille langue anglaise intacte, pas de livre qui ne montre si bien à quel point la langue vit de sa propre source et combien peu elle s'est enrichie par ses emprunts. Cowper, il y a une cinquantaine d'années, déclarait qu'il ne pouvait citer le nom de John Bunyan dans ses vers, par crainte de la raillerie. Je suppose que pour nos ancêtres raffinés comme Lord Roscommon dans son essai sur la traduction poétique et le Duc du Buckinghamshire dans son essai de poésie apparaissaient des compositions infiniment supérieures à celles du prêcheur pensant. Nous vivons des temps meilleurs ; et nous ne sommes pas effrayés de dire que bien qu'il y eût beaucoup d'hommes intelligents en Angleterre à la fin du dix-septième siècle, il y eut seulement deux esprits qui possédèrent la faculté d'imagination au plus haut degré. Un de ces esprit produisit Le Paradis Perdu, et l'autre Le Progrès Du Pèlerin.



Sources: Macaulay's critical and historical essays in two volumes. Vol.II J.M.Dent & Sons, Ltd.

 

Le Commandant a quitté l'immeuble

 

Voilà de quoi faire un film, l'histoire d'un homme du peuple qui, contre tout attente devient le Johnny de l’Amérique latine. Plus grand que Johnny, en réalité, un président qui a remporté 13 des 14 élections nationale. Peu de chances qu'on puisse voir un tel film gagner un Oscar.

 Il est assez révélateur d'observer les réactions des politiciens autour de la planète à la mort d' El Commandante Hugo Chavez du Venezuela. Le Président Jose Mujica  d'Uruguay, un homme qui n'accepte que 10% de son salaire et qui pense que c'est plus que suffisant pour couvrir ses besoins rappelle une fois de plus qu'il qualifiait Chavez d'homme le plus généreux qu'il aille jamais connu tout en saluant la « forteresse de démocratie » dont il était le constructeur.

 

Comparé la déclaration copier/coller, d'Obama sans doute rédigée par un interne somnolent de la Maison Blanche, réaffirmant les soutien de l'Amérique au « peuple vénézuélien » celui-là même qui a réélu Chavez sans discontinuer depuis la fin des années 90, ou bien parlait-il du « peuple » qui échange des Martinis à Miami en le traitant de communiste démoniaque ? El Commandante a peut-être quitté l'immeuble, le corps défait par le cancer, mais la démonisation post-mortem continuera pour toujours. Une raison clé qui apparaît. La Venezuela détient une des plus importantes réserves de pétrole au monde. Washington et cette citadelle kafkaïenne ne train de s'effriter aussi connue sous l'expression Union européenne chantent des chansons d'amour aux monarchies pétrolières féodales du Golfe, pas tellement à leurs peuples, en échange de pétrole.

 

Contrairement, au Venezuela, El Commandante à mis à l'honneur l'idée subversive d'utiliser l'argent du pétrole, pour au moins essayer de soulager les problèmes d'une partie importante de son peuple. Le capitalisme turbo des occidentaux, c'est bien connu, ne fait pas dans la redistribution de richesses ni dans la mise en œuvre de valeurs communautaristes.D'après le Ministère des Affaires Étrangères, le Vice-Président Nicolas Maduro,et non pas le Président de l'Assemblée Nationale, Diosdado Cabello, près proche des milieux militaires restera provisoirement le Chef de l’État avant les nouvelles élections qui doivent se tenir dans les 30 jours Maduro est sur le chemin de les gagner; l'opposition politique vénézuélienne est parfaitement fragmentée. Ce qui s'épelle le Chavisme sans Chavez au grand dam de l'industrie du dénigrement pan américain et pan européen.

 

Ce n'est pas par hasard que le Commandant soit devenu si populaire parmi « le peuple » non seulement chez de nombreux sud-américains mais aussi sur la scène global des pays du sud. Ces « gens », pas dans le sens d'Obama, ont clairement vu la corrélation directe entre le néolibéralisme et l'augmentation de la pauvreté ( aujourd'hui, des millions d'européens en ont aussi le goût en bouche). Particulièrement en Amérique du Sud, c'est une réaction populaire contre le néolibéralisme qui, par le biez d'élections démocratiques à mener au pouvoir une vague de gouvernements de gauche depuis une décade, au Venezuela, en Bolivie, en Équateur et en Uruguay.

 

L'administration Bush, pour dire le moins abhorrait ces situations nouvelles, elle n'a rien pu faire pour Lula au Brésil, opérateur astucieux revêtu d' oripeaux néo libéraux (Wall Street l'adorait) qui su rester un progressiste du fond du cœur. Washington, incapable de s'en débarrasser après les réflexes putschistes des années 60 et 70, a pensé que Chavez constituait le maillon faible. Ce qui amena à la tentative d'avril 2002 dirigé par une faction militaire, prête à donner le pouvoir à un riche entrepreneur. Ce putsch soutenu par les États-Unis dura moins de 48 heures, Le pouvoir de Chavez fut rapidement restaurer, avec l'aide du peuple (le vrai truc) et de la plupart des militaires.

 

Donc, il n'y a rien d'inattendu à l'annonce de Maduro quelques heures avant le décès de Chavez, d'expulser deux employés d'ambassade dans les 24 heures, l'Attaché de l'Air David Delmonaco, et l'assistant Devlin Costal. Delmonaco était accusé de fomenter, avec quelques factions militaires, quoi d'autre, un nouveau coup. Ces gringos n'apprennent jamais rien. L'immense soupçon parmi les Chavistes qu' El Commandante  aurait pu être empoisonné, comme la aurait pu l’être Yasser Arafat en 2004 fait partie d'une éventualité. Du polonium 210 hautement radioactif, la CIA grande amie d'Hollywood a peut-être des idées la-dessus.

 
L'appel au verdict est ouvert, de quel genre de était-il exactement ? Il louait chacun dans le panthéon révolutionnaire de Mao au Che. Il incarnait certainement un chef populaire très habile avec une vision géopolitique bien ajustée pour identifier les schémas de subjugation séculaires du monde latino américain. Comme le montarit ses références constantes à la tradition révolutionnaire de Bolivar à José Marti. Son mantra voulait que la seule voie pour l'Amérique Latine se dirige vers une meilleur intégration, raison pour laquelle il soutenait un maesltrom de mécanismes institutionnelles tels l'ALBA (l'alliance bolivarienne), Petrocaribe, la Banco del Sur (la Banque du Sud) et l'UNASUR (Union des Pays d'Amérique du Sud).

 
Tout comme son « socialisme du 21ième siècle », qui au delà de toute camisole de force idéologique fait plus pour explorer le véritable esprit de valeurs communes comme antidote aux charges du capitalisme financier que des tonnes d'analyses académiques néo marxistes. Il ne faut donc pas s'étonner que la bande Goldman Sachs et ses cohortes le trouvait pire que la peste noire. Le Venezuela s'était muni de chasseurs  Sukhoi, entretenait des relations stratégiques avec les russes et les chinois, membres du BRICS, sans parler d'autres acteurs globaux du sud ; maintenant plus de 30.000 médecins cubains qui pratiquent la médecine préventive et vivent dans les communautés pauvres et qui ont suscité une augmentation considérables de jeunes vénézuéliens étudiant la médecine. 

 

Des chiffres forts qui disent l'histoire ont besoin d’être connus. Le déficit public atteint 7,4% et la dette publique atteint 51,3% du produit domestique, beaucoup moins que la moyenne de l'Union Européenne. Le secteur publique, défiant les accusations apocalyptiques de « communisme » compte seulement pour 18,4% de l'économie, moins que la France aux orientations étatistes et même que toute la Scandinavie, les quotas d'exportation sont établis par l'OPEC; le Venezuela exporte donc moins vers les États-Unis( et de plus en plus vers son partenaire stratégique, la Chine).

 

Et voilà l'argument conclusif ; la pauvreté comptait pour 71% des citoyens vénézuéliens en 1996 et il a été réduit à 21% en 2010. Il y a des années Garcia Marquez parlait du secret d' El Commandante, celui d'un grand communicateur, il était du peuple, il était l'un d'eux de l'apparence physique au maniérisme, de l'attitude convivial au langage, constat qui s'applique aussi à Lula dans sa relation à la plupart des brésiliens, on attend qu'un autre Garcia Marquez élève Chavez au Walhalla romanesque.

 

Une chose est certaine, c'est qu'en termes de mythologie du sud, l'histoire se souviendra que si le Commandant a quitté l'immeuble,l'immeuble ne sera plus jamais le même.

 

 

source


 

 

20:54 Écrit par walloween dans Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : venezuela, chavez |  Facebook

20/12/2013

État des incapacités civiles et des exactions subies par les Juifs en Angleterre.

Les membres distingués de la Chambre des Communes,
alors près de fermer le défunt Parlement,
remirent à l'ordre du jour une proposition sur
l'émancipation des Juifs et signifièrent leur
intention de la renouveler . Le bon sens, au
cours de la dernière session, permit néanmoins
un premier pas, ceci malgré une nette opposition
des partis. Pouvoir et, raison, aujourd'hui,
se réconcilient et espérons qu'ils achèvent
conjointement une victoire décisive. Afin de
contribuer au succès de justes principes,
proposons-nous de passer en revue, quelques-uns des
arguments ou quelques-unes des phrases se réclamant
être des arguments, qui furent employés pour
justifier et maintenir un système rempli d'absurdité
et d'injustice. La constitution étant dite
essentiellement chrétienne, ainsi donc, admettre
les juifs aux responsabilités, détruit la constitution.
Non seulement ,le Juif fut-il blessé par son exclusion
de la vie publique, nonobstant qu'il n'eût droit à
quelque pouvoir mais encore, un homme n'a-t-il pas
droit sur ce qu'il possède; un homme a droit à la
sécurité de sa personne. La loi donne ces droits aux
Juifs et les remettre en question. Mais, c'est d'être
admis au pouvoir politique et plaindre justement d'en
être exclus. On ne peut qu'admirer l'innocence de
l'artifice utilisé pour éloigner l'administration de
la preuve, au grand embarras des vrais responsables
et sûrement, aucun chrétien ne peut nier que chaque
être humain possède le droit de se voir allouer les
gratifications qui ne nuisent à personne et de se
voir épargner les mortifications qui ne produisent
de bien pour personne. N'est ce point une
mortification, pour un homme d'être exclus de la
vie publique Si cela est, ils ont d'après les
principes chrétiens, le droit d'être libérés ce ces
mortifications sauf s'il est démontré que leur
exclusion est nécessaire à la prévention d'un plus
grand danger. La présomption est, évidemment, en
faveur de la tolérance. C'est au procureur de
requérir. La démonstration de l'étrange argument
considéré est trop évidente, même pour ceux qui
l'avance. Si personne n'a droit à la puissance
publique alors, ni Juif ni gentil n'ont un tel
droit et le fondement même du gouvernement
disparaît. Mais, si le gouvernement disparaît, la
propriété et les personnes ne sont plus en
sécurité et il est universellement accepté que les
hommes ont droit à leur propriété et à leur
sécurité personnelle. S'il est juste que la
propriété des hommes soit protégée, ce ne peut
être que par les moyens du gouvernement et ainsi
il est juste que le gouvernement existe. Ensuite,
il n'existe aucun gouvernement si personne n'en
partie et donc, il est juste qu'une personne ou
des personnes détiennent la puissance publique.
Ce qui veut dire qu'une personne ou des
personnes doivent détenir un droit sur la puissance
publique. Les hommes n'ont pas l'habitude de
considérer les buts de gouvernement, c'est
pourquoi les incapacités juives et catholiques
existent en souffrance depuis si longtemps et que
l'on parle sans cesse de la cuisine protestante
ou du palefroi catholique. Le gouvernement existe
pour garantir la paix, dans le but de régler nos
disputes par l'arbitrage plutôt que par les coups,
dans le but ,de nous contraindre a suppléer à nos
volontés par l'industrie plutôt que par des rapines.
C'est l'opération pour laquelle la mécanique du
gouvernement est la mieux adaptée, la seule
opération que les gouvernements sages proposent pour
achever leurs desseins. Si quelque catégorie de
gens ne se sentent pas intéressés par la sécurité de
la propriété ou par le maintien de l'ordre, cette
classe ne devrait avoir aucune part dans les
décisions concernant la sécurité de la propriété
ou le maintien de l'ordre. Alors pourquoi un homme
devrait-il être incapable ces pouvoirs parce qu'il
porte une barbe, qu'il ne mange pas de jambon,
parce qu' il va à la synagogue le samedi plutôt
qu'à l'église le dimanche; c'est inconcevable.
Les points de différence entre christianisme et
judaïsme résident souvent dans l'adaptation plus ou
moins bonne des hommes à devenir curé ou rabbin.
Mais ils n'ont pas plus à faire avec la capacité
d'être magistrat, législateur ou ministre des
finances qu'avec celle d'être savetier.
Personne n'a jamais demander à un savetier
pratiquant de faire des déclarations publiques
sur la vrai foi chrétienne et n'importe qui
préférerait voir ses souliers réparés par un
savetier hérétique que par quelqu'un ayant
souscrit aux trente-neuf articles et qui n'a
jamais tenu une alêne. Ainsi les hommes agissent
non par indifférence à l'égard de la religion,
mais parce que ils ne voient pas ce que la
religion peut bien avoir à faire avec la
réparation des chaussures. Bien sûr, la religion
a autant de choses en commun avec le rapetassage
qu'avec le budget ou les estimations militaires.
Nous avons pourtant décelé de nombreux signes,
ces vingt dernières années prouvant qu'un très
bon Chrétien peut faire un détestable chancelier
de l'échiquier Mais il serait monstrueux, disent
les persécuteurs, que des Juifs légifèrent pour
une communauté chrétienne. La fausseté de la
représentation est palpable car ce qui est
proposé ce n'est pas que les Juifs légifèrent à
la place Chrétiens mais bien qu'une législature
composée de Juifs et de Chrétiens légifère pour
une communauté composée de Juifs et de Chrétiens.
Dans la plupart des questions de police, de
finance, de lois civiles et criminelles,
de politique étrangère, le Juif en tant que juif,
n'a pas d'intérêts hostiles à ceux des Chrétiens
ni même à ceux des hommes d’Église. Sur les
questions touchant à l'établissement ecclésiastique
Les Chrétiens et les Juifs diffèrent, sans doute,
mais pas autant que le Catholique et le pasteur
ou l'indépendant et le pasteur. L'idée suivant
laquelle les hommes Église voudraient monopoliser
tout le pouvoir de l'état semble au moins
intelligible, que les Chrétiens veuillent la même
chose n'a aucun sens. Aucunes questions relatives
aux institutions ecclésiastiques ne sont discutées
au Parlement sous le prétexte qu'ils ne peut y
avoir d'oppositions entre Chrétiens aussi grandes
qu'il n'y en aurait entre n'importe quel Chrétien
et n'in1porte quel Juif. En fait les Juifs ne sont
pas exclus de la pouvoir politique. Ils le
possèdent; aussi longtemps qu'on les autorisera à
accumuler de grandes fortunes, ils doivent le
posséder. La distinction parfois faite entre
privilèges civils et pouvoir politique est indifférente.
Privilèges, pouvoir civil et politique sont
synonymes, l'un dérive du latin, l'autre du grec.
il ne s'agit là que de joyeuses turlupinades
verbales. Nous arrêterions-nous un instant aux
faits de 1a cause, nous les verrions
inséparables ou plutôt identiques. Qu'un Juif soit
juge dans un pays chrétien serait choquant mais,
il peut être juré argumenter des faits sans préjudice.
Si il s'essayait à légiférer, cela mettrait fin à
la constitution, il peut s'asseoir dans le prétoire
dans son costume habituel et rendre des verdicts,
alors qu'en robe noire et perruque blanche,
concédant des nouveaux procès, ce serait une
abomination impensable parmi le peuple des baptisés.
La distinction est pour le moins philosophique.
Quel pouvoir dans une société civilisée est-il
plus fort que celui du créditeur sur le débiteur?
Si nous retirons ce pouvoir au Juif, nous lui
retirons du même coup le droit à la sécurité et
à la propriété, si nous le lui laissons, nous
le laisserions avec un pouvoir plus despotique
que celui du roi et de son cabinet. Ce serait
une impiété de laisser le Juif siéger au Parlement.
Mais un Juif pourrait faire de l'argent qui lui
pourrait faire des membres du Parlement. Là ou ils
vivent, ils seraient chez eux pendant qu'un électeur
d'une autre circonscription pourrait demander dix
Livres à Sherlock et seulement neuf à Antonio.
A ceci, on ne fait aucun les objections.
Qu’un Juif possède la substance du pouvoir
législatif, qu'il commande à des voix comme s'il
était le grand duc de Newcastle lui-même, c'est
exactement ainsi que cela devrait se passer.
Mais qu'il passe la barre, s' assoit sur un de
ces mystérieux coussins de cuir vert en criant
"à l'ordre" parle debout et dise ce qu'il pense
alors, c'est une profanation suffisante pour
mener ce pays à la ruine. Que le Juif devienne
le conseiller privé d'un roi chrétien serait
une honte éternelle pour la nation. Mais si
le Juif gouvernait le marché de l'argent et
que l'argent gouvernait le monde, le ministre
des finances ne pourrait clore son budget qu'après
en avoir discuter avec un Juif.
Un congrès de souverains pourrait sommer le Juif
de leur prêter assistance,son paraphe sur un
morceau de papier vaudrait plus que le serment
de trois rois ou que la fierté des républiques
américaines mais s'il devienne parlementaire,
c'est la plus effrayante des calamités nationales.
Quelques politiciens raisonnèrent de cette façon
à propos des Irlandais catholiques,ils ne
devaient exercer aucunes fonctions publiques.
Le soleil d'Angleterre se serait couché à
jamais; donner leur tout ,sauf ça. Ces hommes
sages ne virent point qu'en accordant le reste,
ils leurs donnèrent aussi le pouvoir politique.
Il n'était même plus question de savoir si les
catholiques exerceraient le pouvoir ou non alors
qu'ils tiraient la barbe du parlement et qu'un
agitateur catholique avait infiniment plus de
puissance que le seigneur-Lieutenant. Si c'est
notre devoir de Chrétiens d'exclure les Juifs
du pouvoir politique,ce doit être notre devoir
de le traiter comme l'on fait nos ancêtres, de
la tuer,le bannir et le voler. C'est seulement
de cette manière que nous réellement les priver
de pouvoir. Si nous n'adoptons pas cette méthode,
au moins,ne lâchons pas la proie pour l'ombre.
Nous ferions assez pour les incommoder et les
irriter sans pour autant nous prémunir du danger,
si il existe. Où est la richesse est le pouvoir,
inévitablement. Les Juifs nous dit-on ne sont pas
anglais,ils vivent dan5 certains endroits de
cette île mais vivent politiquement et moralement
en communion avec ceux de leur race répandus
dans le monde. Un Juif anglais regarde un Juif
hollandais ou portugais comme un compatriote
et un Anglais comme un étranger et il est dit
que ce genre d'instinct patriotique le rend
incapable de fonctions politiques. L'argument
a quelque chose de plausible ,mais en
l'examinant de plus près,il montre sa perversité.
Même si les faits allégués sont admis,les juifs
ne sont pas le seul peuple à préférer leur
secte à leur pays. Le sentiment patriotique
qu'une société en bonne santé secrète par une
association naturelle et inévitable,dans l'esprit
de citoyens,qui savent qu'ils doivent leur
confort et leur plaisir aux liens qui les
unit a leur communauté.
Mais, sous un gouvernement oppressif et partial,
ces associations mentales ne peuvent acquérir
la farce qu'elles posséderaient dans une état
de choses plus favorable. Les hommes ont
tendance a rechercher dans leurs partis la
protection qu' ils devraient recevoir de leur
pays et, par une conséquence tout aussi
naturelle transfèrent vers leurs partis
l'affection qu'ils auraient sans cela ressentis
pour leur pays. Les Huguenots français appelèrent
à l'aide l'Angleterre contre les rois catholiques.
Les Catholiques de France? demandèrent l'aide
de l' Espagne contre le roi huguenot. Serait-il
correct se supposer, qu'à présent, les protestants
français souhaiteraient voir leur religion
dominer grâce à l'aide des armées prussiennes
ou anglaise Sûrement pas, alors qu'ils l'ont
voulus et qu'ils ne veulent plus aujourd'hui,
sacrifier l'intérêt de leur pays à celui de
leur religion. La raison en est évidente:
ils furent persécutés alors, ils ne le sont plus
maintenant. Les Puritains anglais sous Charles II,
l'emportèrent sur les Écossais pour envahir
l'Angleterre. Les dissidents protestants de notre
époque vaudraient-ils voir l' Église mise à bas
par une invasion de Calvinistes étrangers. Sinon,
à quoi attribuerions-nous le changement Sûrement
au fait qu'ils sont beaucoup mieux traités qu'au
dix-septième siècle, aujourd'hui. Quelques-uns des
plus illustres hommes publics que l'Angleterre
aie jamais produit se réfugièrent en Amérique pour,
échapper à la tyrannie de Laud. Était-ce l'incapacité
des Indépendants et presbytériens à aimer leur pays?
Mais il est vain de multiplier les exemples.
Que Rien n'est plus offensant pour quelqu'un qui sait
un temps sait peu l' histoire et la nature humaine d'
entendre ceux qui exercent le pouvoir accuser une
secte d'attachements étrangers. S'il est une
proposition universellement vraie en politique,
c'est bien que les accointances étrangères sont le
fruit des dérèglements domestiques. Le truc des bigots
a toujours été de rendre les gens malheureux chez eux
et d'ensuite se plaindre qu'ils regardent dehors,
de diviser la société et de se plaindre qu'elle n'est
pas unie, de gouverner comme si une partie de l'état
était le tout et de sanctionner les autres pour
leurs inclinaisons patriotiques.
Si les Juifs ne se sentirent pas comme des enfants
devant l'Angleterre ,c'est parce qu' elle les traita
comme une belle-mère. Le patriotisme est
certainement le sentiment qui se développe le plus
facilement si le gouvernement est tolérable,
depuis e commencement du monde, il n'y a jamais
eu de nation ou de partie importante de nation qui,
sans être cruellement oppressive fut entièrement
privée de ce sentiment. Créer une base d'accusation
contre une classe d'hommes en affirmant qu'ils ne
sont pas patriotes est un tour de passe-passe
du plus vulgaire sophisme C'est le genre de logique
qu'use le loup avec l'agneau. C'est accuser
l'embouchure d'empoisonner la source. Si les Juifs
anglais haïssaient à ce point l'Angleterre que
dans leurs prières hebdomadaires à la synagogue,
ils suppliaient que toutes les malédictions annoncées
par Ézéchiel sur Tyr et l' Égypte tombassent sur Londres.
Si, dans leurs fêtes solennelles ils bénissaient
tous ceux qui lapideraient les enfants, nous dirions
que leur haine à l'égard de leurs compatriotes n'est
pas plus intense que celle que des sectes de chrétiens
se sont souvent infligées mutuellement . En fait,
les sentiments des Juifs ne sont rien de tel,
c'est pourtant dans la situation Ou, ils se trouvent
placés ce que nous attendrions. Ils sont beaucoup
mieux traités que ne le furent les protestants
franchis au seizième et dix-septième siècles ou les
Puritains au temps de Laud. Ils ressentent donc
aucunes rancœurs contre le gouvernement ou leurs
compatriotes. On ne peut même parier qu'ils ont de
meilleurs relations avec l'état que les fidèles
de Coligny ou de Vane . Mais ils ne sont pas mieux
traités que Angleterre que les sectes chrétiennes
divisées ne le sont . C'est Sur ces prémisses,
et nous le croyons, sur ces prémisses seulement,
qu'ils manifestent un esprit plus particulier.
Nous n' avions pas le droit de conclure qu'ils
ne peuvent devenir anglais avant de mener
l'expérience plus loin. Les hommes d'état qui
les traitent comme des étrangers et les accusent
de ne pas manifester les mêmes sentiments que les
indigènes sont, aussi peu raisonnables que le tyran
qui fit punir ses ancêtres pour avoir fabriquer
des briques sans y mettre de paille. On devrait
souffrir que des dirigeants s'auto-absolvent
de leurs responsabilités solennelles, ce n'est
pas à leurs bouches de dire si une secte est
patriote, mais c'est leur travail
de la rendre patriotique.
L'histoire et la raison en indique clairement
les moyens. Les Juifs anglais sont précisément
devenus ce que le gouvernement en a fait, et,
ce que n'importe quelle classe serait devenu si
elle avait été traitée de la sorte. Si tous les
roux d'Europe avaient été, pendant des siècles
outragés et opprimés, bannis de ceci, emprisonnés
pour cela, privés de leur argent, privés de leurs
dents, convaincus des crimes les plus improbables
et de la plus faible évidence, écartelés par des
chevaux, pendus, torturés, brûlés vivant, si,
quand les mœurs s'adoucirent, ils eurent été sujets
à des restrictions dégradantes et exposés aux
insultes les plus vulgaires, parqués dans des
rues spéciales dans certains pays, dépouillés
et étouffés par la rage des autres, exclus
partout de la magistrature et des honneurs,
que serait le patriotismes de gentilshommes
aux cheveux rouges Et si, dans de telles
circonstances, une proposition était faite
pour admettre les roux dans l'administration,
le discours d'un admirateur de nos anciennes
institutions à propos de cette mesure
révolutionnaire n'en serait que plus frappant:
s'ils se considèrent rarement comme des Anglais,
ils pensent comme les roux français ou les roux
allemands, se sentent plus près d'eux que d'un
brun né dans leur propre paroisse. Si un
souverain étranger patronne les roux, ils
le préfèrent à leur propre roi. ils ne sont
pas Anglais et ne peuvent pas l'être,
la nature l'interdit et l'expérience prouve que
c'est impossible, aucun d'entre eux n'a droit
au pouvoir politique. Laissez les profiter de
leur sécurité personnelle, que leurs biens
soient protégés, mais ils ne peuvent pas
exercer des prérogatives administratives à
l'égard d'une communauté dont ils ne sont que
des demi membres, une communauté dont la
constitution faite principalement de bruns,
répond suivant les mots de nos sages ancêtres:
"nolumus leges Angliae mutari ". Les écritures
déclarent que les Juifs verront la fin de l'exode,
que toute la nation l'espère Ils ne sont donc pas
aussi intéressés que d'autres à la prospérité de
l'Angleterre, ce n'est pas leur foyer, mais
simplement leur lieu de séjour, la maison de
leurs attachements. Cette argument qui fut publié
dans le "Times" et qui attira une attention
davantage due à la réputation du journal qu'à
sa valeur intrinsèque appartient à la classe
de sophismes par lesquelles les persécutions
les plus haïssables se justifient le plus facilement.
Accuser des hommes de conséquences qu'ils nient
manquent d'ingéniosité dans la controverse,
c'est épouvantable en matière de gouvernement.
La doctrine de la prédestination, dans l'opinion
de beaucoup rend ceux qui la professent quelque
peu immoraux. Et certainement, il semblerait que
celui qui croit en que sa destinée éternelle est
irrévocablement fixée est prompt à indulgencier
sans limites ses passions et à négliger ses devoirs
religieux. S'il est l'héritier de la colère ses
tentatives seraient inutiles et s'il est d'une
nature ordonnée, elles seraient superflues.
Serait-il sage de punir tous les tenants des
hautes doctrines calvinistes comme si ils avaient
commis, tous les crimes que l'on sait, des Antinomistes?
Évidemment non. Le fait notable est qu'il existe
de nombreux Calvinistes aussi moraux dans leur
conduite que n'importe quel. Arminien, et beaucoup
d'Arminiens aussi débridés que certains Calvinistes.
C'est généralement impossible de raisonner sur
les opinions par lesquelles un homme explique ses
sentiments ou ses actions, et en fait, personne
n'est sot assez pour raisonner ainsi, excepté
quand on cherche un prétexte pour persécuter
ses voisins. On commande au Chrétien sous la
menace des plus fortes sanctions, d'être juste
dans ses toutes actions. Mais à combien des
trente-quatre millions de chrétiens pratiquants
de ces îles, un homme de bon sens prêterait-il
mille livres sans garanties? Assurément un homme
qui agirait, pour un jour, muni de la supposition
que tous les gens qui l'entourent seraient
influencés par la religion qu'ils professent se
ruinerait avant la nuit et personne n'agit sur
cette base, dans la vie quotidienne quand
il prête, emprunte, achète ou vend.
Mais quand on doit oppresser quelques
une de nos amies créatures, le problème
est différent. Alors, nous représentons
les motifs que nous savons si faibles quand
il s'agit du bien comme étant omnipotents
quand il s'agit du mal, ensuite, nous chargeons
nos victimes de tous les vices et de toutes
les folies vers lesquelles, leurs doctrines,
même de loin, sembleraient tendre. Nous oublions
que la même faiblesse, le même laxisme, la même
disposition A préférer le présent au futur qui
rendent les hommes pire qu'une bonne religion,
les rend aussi meilleurs qu'une mauvaise.
C'est de cette façon que nos ancêtres
raisonnaient et que quelques personnes
raisonnent encore aujourd'hui au sujet des catholiques.
Les papistes croient qu'ils obéissent au Pape,
le Pape, par une bulle a déposé la reine Élisabeth.
Donc chaque papiste voudra traiter le reine comme
une usurpatrice, il s'en suit que chaque papiste
est un traître et qu'il doit être pendu,
noyé ou écartelé. A cette logique, nous devons
les lois les plus détestables qui aient jamais
dégrader notre histoire.
Peut-être la réponse
se trouvent-elle dans les apparences.
L’église de Rome a, peut-être commander de traiter
la reine comme une usurpatrice, mais elle a aussi
commander bien d'autres choses auxquelles
ils n' obéirent jamais. Elle enjoint ses prêtres
à la chasteté, pourtant vous les tancez, sans cesse,
sur leur licence. Elle commande, trop souvent,
à ses fidèles, d'être charitable envers les pauvres,
de ne pas agioter ni de se battre en duel,
d'éviter le théâtre. Obéissent-ils à ces injonctions?
Si c'est un fait, que quelques uns d' entre eux
observent strictement ces principes quand ils
sont opposés à leurs passions et à leurs intérêts,
n'y-il aurait-il aucune loyauté, aucune humanité,
aucun goût du confort, même pas la peur de la
mort ne serait suffisante pour les prévenir
d'exécuter les ordres pervers de l' Église
de Rome contre le souverain d'Angleterre?
Quand on sait que beaucoup de ces gens se foutent
assez de leur religion pour ne même pas éviter
de manger du bœuf le vendredi, pourquoi
penserions-nous qu'ils prendraient le risque
d'être flagellé ou pendu pour elle Les gens
pensent aujourd'hui des Juifs ce qu'ils
pensaient jadis des papistes. La loi inscrite
sur les murs interdit la convoitise, si nous
disons qu'un Juif renoncerait à ses hypothèques
parce que Dieu commande de ne pas convoiter la maison
de son voisin, tous le monde penserait que nous
aurions perdus la tête. L'argument qui consiste à
penser que le Juif n'a pas d'intérêt à la
prospérité du pays dans lequel il vit, qu'il
n'en a aucun soucis, aussi mauvaises que soient
les lois et la police, qu'il soit durement
taxé ou non, qu'il soit asservi ou que l'on se
partage ses dépouilles, parce que Dieu a promis,
que par des moyens indéterminés dans une époque
inconnue, peut-être dans dix mille ans,
les Juifs émigreraient en Palestine. N'est pas
là une profonde ignorance de la nature humaine?
Ne savons nous pas que ce qui est lointain et
peu probable affecte beaucoup moins l'être
humain que ce qui est certain et tout près?
On peut appliquer le raisonnement aussi
certainement aux Chrétiens qu'aux Juifs.
Le Chrétien, comme le Juif croit que dans une
période future l'ordre présent des choses
arrivera à sa fin. De plus, beaucoup de chrétiens
croient que le Messie établira prochainement
son royaume et son règne visible sur tous les
habitants de la terre. quelque soit l'orthodoxie
de la doctrine, le nombre de gens qui y adhère
est infiniment plus grand que tous les Juifs
résidant en Angleterre. Beaucoup de ceux qui
le tiennent se distinguent par leurs rangs,
leurs fortunes ou leurs talents On l'entend
des chaires, à la fois, des Églises anglaises
et écossaises. L'aristocratie et les membres
du Parlement le défendent. en quoi donc diffère
cette doctrine, dans ses tendances politiques,
de celle des Juifs? Si un Juif est incapable
de légiférer pour nous parce qu'il croit que
lui ou ses lointains descendants se retrouveront
un jour en Palestine, pouvons-nous,
en toute sécurité, confier l'ouverture de la
chambre des communes à un homme de la cinquième
monarchie qui s'attend, à ce que, avant que sa
génération ne disparaisse, tous les royaumes
de la terre seront avalés par l' empire divin.
Les Juifs s'engagent-ils avec moins d'entrain
dans les compétitions qui leurs restent ouvertes?
sont-ils moins actifs et réguliers dans leurs
affaires que leurs voisins Meublent-ils mal
leurs maisons parce qu' ils ne font que
séjourner sur ces terres? L'attente de se voir
restaurer sur la terre de leurs ancêtres la
rendent-ils insensibles au cours de la bourse?
Prennent-ils en compte, dans la gestion de leurs
affaires, l'éventualité de migrer vers la Palestine
sinon pourquoi supposons-nous que les attitudes qui
n'influencèrent jamais leurs positions comme
marchands ou comme testataires, acquéraient
une influence sans bornes aussitôt qu'ils
deviendraient magistrats ou législateurs?
Il y a un autre argument, que nous ne voudrions
pas traiter avec légèreté sans savoir comment
le traiter avec sérieux. L’Écriture est pleine
de dénonciations terribles contre les Juifs,
on dit que ce sont des vagabonds,est-ce alors
juste de leur donner un foyer il est naturel
qu'ils soient opprimés, pouvons-nous souffrir
qu'ils dirigent Les admettre aux droit
de cité est manifestement une insulte aux oracles divins.
Falsifier une prophétie inspirée par la sagesse
divine serait le crime le plus atroce mais,
heureusement pour notre fragile espèce,
c'est un crime impossible à commettre.
Si nous admettons les Juifs au Parlement,
en le faisant, nous prouverions que les
prophéties en question, quoi qu'elles veuillent
dire ne signifient pas que les Juifs doivent
être exclus du Parlement. En fait, il est clair
que les prophéties ne contiennent pas le sens
annoncé par les personnes respectables à qui
nous répondons. En France et aux États-Unis,
les Juifs sont déjà admis à tous les droits
civils. Une prophétie qui signifierait que
les Juifs, au cours de leur errance, ne seront
jamais admis à la citoyenneté dans le lieu
de leur séjour, serait fausse. Donc, ce n'est
pas le sens des prophéties de l’Écriture.
Nous contestons la pratique de confondre le
précepte et la prophétie, de clamer des prédictions
souvent obscures contre une moralité, elle,
toujours claire. Si les actions sont justes
et bonnes parce qu'elles ont été prédites,
quelle action est plus louable, que le crime dont
les bigots nous pressent de nous venger
sur les Juifs, qui fit trembler la terre et arracha
le soleil du ciel. Le même argument qui sert
à justifier les incapacités imposées à nos
compatriotes hébreux, justifierait également
le baiser de Judas et le jugement de Pilate.
Comme il est écrit, le fils de l'homme pardonne,
mais maudit l'homme par lequel il a été trahi,
et maudit ceux qui, à n'importe quelle époque,
et dans tous les pays désobéirent à ses généreux
commandements avec la prétention d'accomplir
ses prédictions. Si ces arguments justifient
les lois existantes à l'encontre des Juifs,
elles justifient également toutes les cruautés
furent commises contre eux, les édits généraux
de bannissement et de confiscation, le donjon,
la roue et le feu lent. Comment pouvons-nous nous
excuser plus longtemps de laisser des propriétés
à des gens qui "servent leurs ennemis dans la faim,
la soif, la nudité et dans le besoin de toutes choses,
de donner protection à ces gens qui ont peur du
jour et de la nuit et qui craignent tout"
de ne pas se saisir des enfants d'une race
dont les "fils et les filles doivent être
dispersés parmi tes autres peuples".
Nous n'avons pas encore appris la 1eçon de
celui qui nous commanda d' aimer notre prochain
comme nous-même et qui répondit quand on lui
demanda ce qu'il voulait dire par prochain
choisit comme exemple l'hérétique et l'étranger.
Souvenons-nous que l'année dernière,un écrivain
pieux du journa1 " John Bull'' et par un autre
chrétien également fervent,présentèrent comme
une indécence monstrueuse, que la mesure pour
l'émancipation des juifs soit présentée pendant
la semaine de la passion. Un de ces humoristes
recommanda qu ' elle fut une seconde fois le
Vendredi Saint. Nous n'avons aucune objection,
ni que ce jour ne soit célébré d'une manière
plus adéquate. Nous ne connaissons pas de meilleur
jour pour terminer de longues hostilités et réparer
de cruels impairs, que le jour Où la religion de
la pitié fut fondée, nous ne connaissons pas de
jour plus approprié pour rayer des livres les
dernières traces d 'une alternance que ce lui
pendant lequel l' esprit d’intolérance,
produisit le plus infect des crimes judiciaires
le jour par lequel la liste des victimes de
l'intolérance, cette noble liste, où sont
inscris les noms de Socrate et de Thomas More,
fut glorifié par un nom plus grand encore.
 
 
 
*
Sources: Critical & historical essays: vol. II
Thomas Babington Macau1ay
Dent & sons 1914

 

12/10/2013

Peurs et angoisses de la maison Saoud

Tout personne un peu sensible possédant un cerveau fonctionnel aperçoit la possibilité de la fin des 34 années du mur  de défiance entre entre Washington et Téhéran dans une situation dont les deux nations pourraient tirer parti.

 

En voici quelques-uns des bénéfices:

 

- Le prix des hydrocarbures baisseraient.

- Washington et Téhéran pourraient créer un partenariat afin de combattre les Salafistes Djihadistes ( ils l’avaient d’ailleurs déjà fait directement après 911 ainsi que de coordonner leurs politiques en Afghanistan pour maintenir les Talibans en échec après 2014.

- L’Iran et les États-Unis partagent les mêmes intérêts en Syrie, aucun ne veut ni l’anarchie ni la perspective de la prise de pouvoir par les radicaux islamiques.

- Cette éventualité inciterait l’influence iranienne à favoriser une compromis entre le régime Assad et l’opposition modérée non armée(qui existe mais est actuellement marginalisée).

 

Sans rhétorique sur le changement de régime et sans sanctions, il n’y aurait plus de limites pour plus d’échanges, d’investissements et d’options en matière d’énergie pour l’Ouest, en particulier pour l’Europe, ( L’Iran est la meilleure alternative pour les européens  pour adoucir leur dépendance à l’égard de Gazprom.

Une solution sur le dossier nucléaire permettrait à Téhéran de gérer son nucléaire civil comme alternative industrielle, lui permettent ainsi d’exporter davantage de gaz et de pétrole.


Sur le plan géopolitique, en reconnaissant  la nation iranienne pour ce qu’elle est, c’est à dire, un acteur clé en Asie du sud ouest, les américains pourraient se libérer du dogme stratégique auto- imposé qui consiste à dépendre de l’axe Israel-Arabie Saoudite. Ainsi, l’Amérique pourrait même commencer son pivotement vers l’Asie pour de bon. Et pas seulement avec des moyens militaires.

Aie, voilà ou çà gratte. Tout le monde sait pourquoi l’extrême droite israélienne voudra combattre à tout prix un traité entre les américains et les iraniens qu’elle voit comme une lèpre, puisque l’Iran comme “menace existentielle” est le prétexte idéal pour faire oublier la vraie nature du débat, le régime d’occupation et d’Apartheid  imposé à la Palestine. Tout comme pour la Maison Saoud ou cette perspective n’est rien de moins que l’apocalypse tout de suite.

 

Je ne suis rien d’autre qu’un tueur modéré 

 

Ça  commence en Syrie. aujourd’hui, tout le monde sait que  Bandar Ben Sultan, aka Bandar Bush, tire les ficelles de la guerre ne Syrie depuis que son oncle, le roi Abdallah, l’a nommé directeur de la sécurité national

Bandar ne fait pas de prisonniers. D’abord, il élimine le Qatar, financier principal de la soi disant Armée Syrienne Libre du paysage après avoir aidé à l’auto déposition de l’émir du Qatar le Cheikh Hamad  au profit de son fils Tamin en juin dernier.

 

Fin juillet Bandar rebondit de manière spectaculaire durant son désormais fameux “voyage secret” en Russie pour essayer extorquer l’abandon de la Syrie à Vladimir Putin en le payant.

 

Il est notoire que la « politique » des Saoud à l’égard de la Syrie, c'est le changement de régime, un point c'est tout. Ce n'est pas négociable et il s'agit de porter un coup à ces « apostats » de Téhéran et d'imposer la volonté saoudienne à la Syrie, à l'Irak, en fait, à l'ensemble du levant sunnite, pour la plupart.

 

Fin septembre, le Jaish al-Islam ("Armée de l'Islam") entre en scène, c'est une combinaison de « rebelles » d'une cinquantaine de brigades, appartenant à une nébuleuse qui va des « modérés » à des Salafistes pure jus contrôlés par Liwa al-Islam, appartenait à l'Agence National de Sécurité. Le seigneur de guerre en charge de Jaish al-Islam est Zahran Alloush – son père, Abdallah, est un imam salafiste pur et dur en Arabie Saoudite et les pétrodollars qui le soutiennent sont saoudiens via Bandar et son frère le Prince Salman, ministre saoudien de la défense.

 

Si ceci ressemble à une remise à la mode du « réveil sunnite » en Irak concocté par le Général Petraeus en 2007, c'est, en effet, bien ce que c'est ; la différence dans ce « réveil » financé par les saoudiens, c'est que le but n'est plus de combattre Al-Qaïda mais de changer les régimes.

 

Voilà ce que veut Alloush (en arabe) : une résurrection du Califat Ommayade (Damas est sa capitale) nettoyer la Syrie de ses Sites et des ses Alaouites. Il sont tous considérés comme des incroyants, soit ils se soumettent à l'Islam Salafiste sinon, ils doivent mourir. Qui que ce soit interprétant ces phrases comme modérées sont sûrement des lunatiques.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, même Ayman al-Zawahiri, le chef d' Al-Qaïda a publié une proclamation bannissant le meurtre des Chiites.

 

L'option « modération » est au centre du présent, la campagne de relations publique ramollit les seigneurs de guerre sectaires, tel la gens Alloush pour les rendre acceptables par un maximum de sources de financement dans le Golfe et par ces occidentaux toujours si faciles à rouler.


Le cœur de la question, c'est que Jaish al-Islam ne montre qu'une différence essentiellement chromatique avec l’État Islamique d'Irak et al-Sham (ISIS), parapluie d'

Al-Qaïda, qui est la première force combattante en Syrie constitué des fanatiques armés jusqu'aux dents accrocs à des degrés d'intoxications divers à la méthédrine cristal

 

Le paradis des paranoïaques

 

Pur compliquer les choses, la maison Saoud est en pleine guerre de succession. L'infant, Prince de la Couronne Salman est le dernier fils du Roi Abdul Aziz, fondateur de la dynastie, qui veut faireun tour sur le trône ( et ça ne fait que de s'aggraver avec l'age).

 

Rien ne va plus, avec des hordes de princes, ensablés dans la bataille pour le grand prix.

Ici, nous trouvons personne d'autre que Bandar Bush, qui est pour l'instant, a toutes fins pratiques, l'entité la plus puissante d'Arabie Saoudite après Khalid Twijri, le chef de cabinet du Roi Abdallah, qui, nonagénaire, est près de rejoindre son créateur. Twijri n'est pas membre de la famille royale alors Bandar court contre la montre. Il a besoin d'une victoire en Syrie comme ticket pour la gloire ultime.

 

Quand l'accord entre les russes et les américains sur les armes chimiques en Syrie est intervenu, la Maison des Saoud a pété les plombs non seulement en blâmant les suspects habituels mais aussi la Russie et la Chine et Washington. C'est donc sans étonnement que le Ministre des Affaires Étrangères à perpétuité, le Prince Saud al-Faisal,

a snobé son discours annuel à l'Assemblée Générale de l'ONU. C'est peu ire que personne ne l'a regretté.

 

Le cauchemar de la maison Saoud est amplifié par sa paranoïa. Après toutes ces déclarations, à l'intention de Washington de « couper la tète du serpent (l'Iran) immortalisées par les fuites de Wikileaks. Après toutes ces supplications pour que les américains bombardent la Syrie, pour qu'ils déclarent une interdiction de survol, pour qu'ils arment les « rebelles ». Voilà tout ce que les Saoud obtiennent : Washington et Téhéran sur la route d'un accord aux frais de Riyad.

 

Pas besoin de dire que l'angoisse, l'horreur et la paranoïa règnent, suprêmes. La maison Saoud continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que le Liban ne devienne un producteur de gaz. Elle continuera, sans relâche, à nourrir les flammes du sectarisme dans l’ensemble du spectre.

 

Et l'axe israelo-saoudien continuera à bourgeonner. Peu de monde sait qu'une agence israélienne, expérimentée dans la répression des palestiniens, est en charge de la sécurité à la Mecque. Si cela se savait, la rue, dans les pays arabes, n'y verrait qu'une preuve de plus de l'hypocrisie et de la duplicité, une fois de plus révélée de la couronne saoudienne.

 

Une chose est certaine, c'est que la clique des Saoud, Bandar et les israéliens, tireront

toutes les ficelles pour faire dérailler le train du rapprochement entre Washington et Téhéran.

 

Dans une perspective plus large, la vrai « communauté internationale » peur toujours rêver, qu'un jour, les élites de Washington verront finalement la lumière et qu'elles réaliseront que cette alliance stratégique scellée en 1945 entre Franklin D Roosevelt et le Roi Abdul Aziz ibn Saoud est désormais complètement dénuée de sens.

 

source

 

 

29/09/2013

"Eton était un monde si cloisonné que si le père de quelqu'un était en prison, ça n'avait pas grande importance."

Nicolas Mosley écrit...

"Eton était un monde si cloisonné que si le père de quelqu'un était en prison, ça n'avait pas grande importance."

Pour Nicolas Mosley et sa sœur Vivien, le monde venait à la vie, la nuit, dans la nurserie. Côte à côte, au dernier étage de la maison de Smith Square près du parlement où leurs parents étaient tous deux membres travaillistes, les enfants, eux, laissait errer leur fantaisie dans l'ombre. Ils s'imaginaient en orphelins voyageant et traversant l'orage vers des pays étranges, deux enfants sur un radeau trop petit pour les contenir tous deux, s'étreignant comme on étreint la vie. Leur père, Oswald Mosley -" rêveur étrange, caractère idéaliste et dangereux", qui devint plus tard chef fasciste et l'homme le plus haï d'Angleterre. Nicolas Mosley, Lord Ravensdale, né en 1923, produit maladif d'une grossesse traumatique durant laquelle, sa mère, Cynthia Curzon, fille du Vice-Roi des Indes, découvrit la vérité sur les infidélités de son mari. Néanmoins, peu après la naissance de leur fils, le couple s'en alla pour Venise laissant Nicolas dans les bras d'une nourrice humide imbibée du gin tiré du plein casier qu'elle cachait en dessous du lit. Seul, une loyale suivante de la famille, Nancy Hyslop, s'inquiéta assez pour le ramener à la santé. Elle effectua les mêmes devoirs pour sa mère, quand elle était jeune fille, en Inde et resta dans la famille durant cinquante ans. "Elle était tout ce que je connaissais de stable et toutes les certitudes que je possédait étaient basées sur elle. Le monde de mes parents, m' apparaissait traversé d'ambitions et de passions comme celles des dieux du mont Olympe." Une brève période sans attention commença à l'age de cinquante dans une ferme élisabéthaine à douves, dans le Buckinghamshire.

" C'était une vie très gaie, nous pouvions faire ce que nous voulions dans un paysage assez magique. Les grands ne s'occupaient pas de nous et nous pouvions faire ce que nous voulions, je me croyais au Jardin d' Eden."

Mais, rougeoyant aux limites de cette idylle se trouvait un père volatile qui se promenait nu dans la roseraie et qui se transformait d'un instant à l'autre de blagueur plein d'ironie à l'égard de lui-même en bête rugissante. Une fois, ses pensées dérangées par les aboiements, du chien des enfants, dans l'allée, près de sa fenêtre, il se jeta dehors et le tua. A sept ans, Nicolas commençait à s'enfermer dans les cabinets et développa un bégaiement si grave qu'il en arrêta de parler complètement.

" J'étais si coincé que je ne pouvais tout simplement pas prononcé de mots du tout. Mon père incarnait une figure assez effrayante avec cette gigantesque énergie, n'était pas spécialement bon avec ma sœur mais il criait sur moi rarement, je riais à ses plaisanteries et n'importe qui vous aime si vous appréciez ses plaisanteries."



Démoralisée par les aventures de son mari et se relevant de la naissance de son second fils, sa mère souffrait d'une santé et d'un esprit affaibli quand il quitta le foyer pour l'école préparatoire, à l'age de neuf ans.

"Je me sentais très misérable parmi les autres garçons qui trouvait terriblement amusant de me copier. La bonne Nancy m'écrivait chaque jour, ce qui était merveilleux, mais après un mois, elle commença à dire que ma mère était très malade et me dit de prier pour elle. Un jour, nous étions tous dans nos dortoirs quand le responsable arriva et dit, "Nicolas, ta nurse est là pour te voir," et j'en fut très content. Alors, elle dit: "Maman est morte." Je me rappelle avec un clarté parfaite. La terreur de ne pas être capable de le supporter, de devenir fou ou quelque chose. Les jours et les semaines après sa mort " des histoires, des impressions, des atmosphères" commencèrent à s'insinuer dans les chambres des enfants et Mosley fut envahi par la notion difficile qu'une personne pouvait mourir d'absence de tendresse. Il courrait partout, le nez par terre, avec son fusil en tuant des ragondins avec le fils du jardinier et inventa le nouveau sport de couper les oreilles de ses victimes avec des ciseaux. Quand il retourna à l'école, il s'accointa avec les bagarreurs et aida à enterrer dans les bois, d' autres garçons jusqu' au cou.

" A neuf ans, il est très difficile de se détacher du groupe; c'est seulement plus tard qu'on peut prendre la décision morale de ne pas obéir aux ordres. Pendant toute ma vie, j'ai détesté l'idée des groupes de pouvoir. Je n'appartiens à aucune société littéraire. Je n'aime pas les clubs et me sens viscéralement étranger à la Chambre des Lords, qui est un endroit admirable, vraiment. Mais en grandissant, mon père s'en trouvait de plus en plus exclus. Mosley avait douze ans le jour où on l'emmena voir son père mener une réunion de l'Union des Fascistes britanniques. " Il y avait papa qui marchait, de concert, à la tête de ses chemises noires. il n'était pas le même homme qu'à la maison, mais une autre personne, plus étrangère. Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire. Et soudain, j'avais besoin de savoir ce que mon père faisait quand il n'était pas à la maison. On enferma son père pour la première fois quand il avait seize ans et bien que les toilettes sans portes d'Eton ne lui offraient aucun refuge, il était blindé contre le ridicule. "Eton était un monde si cloisonné que si le père de quelqu'un était en prison, ça n'avait pas grande importance.

" Ce qui comptait c'était quand on élevait les couleurs de l'école à leurs hampes. Aucun de mes amis ne bougea un cheveu; c'était là toute la sophistication d'Eton."

Dans ses biographies Les règles du jeu, Au delà du pal et Efforts pour la vérité voit son père au travers d'un prisme, le juge plus égaré que monstrueux. C'est un acte généreux de la part d'un premier-né que son père raya de son testament parce qu' il n'était pas son genre de type