UA-7101967-1

29/07/2012

La guerre sainte en Syrie et le cours de l'histoire

 

 

Washington est clairement indisposé à la fois par intransigeance de Pékin et de Moscou, leur positions sur la crise syrienne et leur absence de volonté à justifier une frappe directe sur le Président Bashar al-Assad avec un blanc-seing de l'ONU. Les représentants américains à l'ONU qui décrivent de manière si vivante la brutalité du régime d'Assad en faisant appel à la fibre morale de la communauté internationale, en particulier, naturellement, à celles de la Chine et de la Russie. Les gouvernements des deux pays ne sont pas convaincus pour un certain nombre de raisons. L'une d'entre elles est que l'indignation morale de Washington passe difficilement le test de l'histoire puisque l'Amérique fut une amie de Joseph Staline, d'Augusto Pinochet et du Shah d'Iran. Cette nation a démontré que quand il s'agit de négocier des programmes politiques urgents, elle le peut avec des dictateurs de droite comme de gauche. Elle n'a non plus rien fait pendant les massacres génocidaires, de l'holocauste juif au génocide rwandais. En même temps, il ne serait pas logique d'accepter l'idée que Washington n'a aucuns amis étrangers dans son affaire syrienne. Il en a un, imprévisible Le Centre Kavkaz, le véhicule Internet des djihadistes du Nord-Caucasse. Récemment, Moscou a intensifié ses efforts pour mettre ce site hors ligne, mais il continue à fonctionner sous forme de blog c'est à dire à défier le Kremlin. Ses contributeurs encensent l'opposition syrienne comme des amis de coeur et encourage implicitement ses tentatives pour se débarrasser du régime d'Assad

Cette occurrence n'est pas isolée, Les autorités irakiennes ont informé le monde qu'un courant continu de djihadistes arrive en Syrie pour se joindre au combat contre Assad, elles n'ont pas seulement demandé des pressions de la part des américains mais aussi un engagement militaire direct dans les affaires syriennes, c'est à dire, implicitement, à une rupture directe avec l'Iran. Évidemment, une confrontation avec l'Iran en serait le résultat final. Mais bien qu'ils encouragent l'engagement direct, ils sont pourtant loin d'être des amis de Washington.

Après le 11 septembre 2001 les Centre Kavkaz présentait les Américains comme d'affreux zombies infidèles qui méritaient leur destinée, il affirmait que des centaines de milliers d'américains étaient morts et rendait hommage à ceux qui avaient démontré combien il était facile d'égarer l'Amérique grâce à quelques héros du djihad intelligents et sans égoïsme.

On peut supposer que cette attitude des djihadistes, y compris ceux engagés en Syrie ne soit pas un secret, pour Washington, spécialement pour les conservateurs si pressés de s'engager dans le conflit. Ce n'est pas, bien sur, du à un désir de sauver des vies. En réalité, ils font de leur mieux pour détruire les plans sociaux et médicaux prônés par les démocrates, indépendamment du fait que plusieurs milliers d'américains meurent chaque année par manque de traitement médical. Ici, le but majeur est d'affaiblir l'Iran, le problème géopolitique majeur des États-Unis au Moyen-Orient.

Ou pourrait mener une mésalliance si étrange ? Les analystes de Washington pensent qu'ils peuvent rouler leurs adversaires avec un genre de jeu byzantin. Quoi qu'il en soit, pour comprendre le résultat assez probable d'une telle stratégie, ils devraient se tourner vers le lieu de naissance du byzantinisme moderne, la Russie, et étudier le déroulement d'événements similaires, il y a presque un siècle.

Lénine, marxiste radical qui trouva sa maturation politique au début du siècle dernier, était convaincu que les masses satisfaites ne se lèveraient pas pour rejeter l'ordre capitaliste global, et que les Bolcheviques, son parti, étaient trop faibles pour s'engager contre le régime tsariste dont la chute aurait mené à une révolution mondiale et ou les masses établiraient un socialisme idéal global et plus tard une société communisme. Société qui rappelle un peu le califat général, but des djihadistes. Les Bolcheviques, groupe minuscule au début du vingtième siècle ne pouvait réussir que si les impérialistes s'autodétruisaient. Peu ami du Kaiser, il rêvait d'une confrontation générale entre Moscou et Berlin, en fait d'une guerre globale.

Aucune guerre générale européenne ne se montrait à l'horizon ; les dernières guerres, celles de Napoléon, vieilles de presque cent ans. Tout suggérait si on présumait de la santé mentale des plus grands chefs européens, qu'une telle guerre serait improbable. Les armes étaient devenues si destructives, les forces s'équilibraient et l'intégration européenne si avancée économiquement et politiquement, seul un fou comme Friedrich Nietzsche prédisait un énorme bain de sang dans le futur, que les Européens s'engageraient dans un conflit continental majeur.

Lénine le comprit et fit part de sa frustration à Maxime Gorky, le fameux écrivain radical russe. "Cher Alexis Maximovich," écrivait-il en 1912," la grande guerre européenne serait un bénéfice pour la révolution, hélas, ni le Tsar ou le Kaiser, ne nous procureront un tel plaisir". Lénine, et il n'était pas le seul, surestimait l'Empereur d'Allemagne et ses conseillers. Ils croyaient, comme les conservateurs américains, que ce serait une guerre éclair, il profitèrent de leur "11 septembre" le meurtre de l'Archiduc François-Joseph, comme un prétexte pour lancer la première guerre mondiale. La guerre n'obéit point au scénario allemand, et les évènements furent un peu similaire à ceux du Moyen-orient un siècle plus tard. La guerre éclair se tourna en guerre d'usure bien sale, les ressources allemandes commencèrent à s'épuiser dans sa propre version de la "séquestration" du budget militaire américain aujourd'hui attendue.

Tandis que les Européens mourraient par millions, Lénine se trouvait en extase, pour les grandes souffrances des masses renforcées des frustrations séculaires, qui rendaient la révolution russe possible. L'Empire Allemand en notant Lénine et ses suivants, comme Washington aujourd'hui au Moyen-Orient, qu'il pourrait utiliser les radicaux russes pour déstabiliser la situation en Russie et mener l'Allemagne à la victoire. Raison pour laquelle Berlin fournit des fonds à Lénine afin de lui permettre de voyager en Russie dans des "trains scellés" quand le Gouvernement Provisoire libéral qui émergea après février/mars 1917 l'autorisa à rentrer. Les Bolcheviques, menèrent la Russie à une seconde révolution, signèrent l'armistice avec l'Allemagne par comme disait Lénine "l'obscène traité" de Brest-Litovsk.

Berlin ne profita pas très longtemps des fruits de son stratagème. Les germes de la révolution se répandirent en Allemagne et menèrent à la chute de la monarchie allemande. Une génération plus tard, les fils spirituels et politiques de Lénine entrèrent avec leurs chars à Berlin.

Naturellement, l'histoire ne se répéta pas mot à mot, mais dessina quand même un nombre de ressemblances significatives. Les djihadistes du Nord Caucase au Moyen-Orient, croient que la chute d'Assad, mieux, une guerre avec l'Iran accomplira ce que la guerre des Américains avec l'Irak n'a pas su faire c'est à dire initier le chaos, non seulement au Moyen-Orient, mais avec un peu de chance globalement, ce qui permettrait aux djihadistes d'émerger.

Si cela arrive, le courant de marée du terrorisme ne touchera pas seulement Moscou et Beijing, les ennemis de Washington mais aussi Jérusalem. C'est la raison pour laquelle on entend à peine la voix du Premier Ministre Benjamin Netanyahu qui n'est guère excité par une chute brutale du régime d'Assad. Néanmoins, les Américains entendent avec difficulté les voix sobres de Jérusalem, non seulement parce qu'ils pourraient les jeter facilement comme ils l'ont fait, malgré toutes les assurances, avec Moubarak en Egypte, pas seulement pas qu'ils pensent que les Israéliens seraient peu affectés par le chaos et les vagues de terreur, mais aussi à cause des changements fondamentaux de leur politique.

Comme les problèmes économiques sont devenus trop évidents pour rester ignorés, les élites américaines ressentent que ce n'est pas seulement leur prédominance économique qui commence à faiblir mais aussi leur influence géopolitique qui commence à leur échapper des mains à grande vitesse. L'Amérique est une femme qui ne vieillit pas très bien sans se préparer à l'avenir. Dans ce cas, le nouvel ordre mondial et son privilège économique, son niveau de vie et son influence seront beaucoup plus modestes.

Obama et ses thuriféraires continuent à proclamer qu'ils ne font que rebondir pour mieux sauter. Et que, pour cette raison "elle" peut s'engager dans des actions stupides dont ne profitera que son amant djihadiste vigoureux et charismatique, préparé, par la persévérance, la planification à long terme et le sens du sacrifice, qualités aujourd'hui bien peu américaines

Alors, l'histoire pourrait bien se diriger vers une direction entièrement nouvelle, comme elle l'a fait en 1914, quand bien peu de gens connaissaient Lénine et bien moins encore Staline, Adolphe Hitler et Benito Mussolini, et que pratiquement personne pouvait prévoir ce qu'ils feraient dans le futur.

Comme Hegel le signalait avec raison, " La chouette de Minerve n'étend ses ailes qu'au crépuscule " ce qui veut dire que le sens des évènements ne peut être compris que rétrospectivement.

 

source