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18/12/2012

Frontières de sang

A quoi ressemblerait un meilleur Moyen-Orient ?

Les Frontières internationales ne sont jamais tout à fait justes. Mais le degré d'injustice infligé subis par ceux qu'elles réunit ou qu'elle sépare font une énorme différence, souvent celles entre de l'oppression, de la tolérance et des atrocités, de la loi et du terrorisme et même entre la guerre et la paix.

Les frontières les plus tordues et les plus arbitraires se trouvent en Afrique et au Moyen-Orient. Dessinées par des européens qui avaient eux-mêmes le plus grand mal du monde à définir les leurs, Les frontières de l'Afrique continuent à provoquer la mort de millions d'africains.

Mais les frontières du Moyen-Orient "génèrent plus de problèmes qu'elles ne peuvent en consommer localement" pour citer Winston Churchill. Le Moyen-Orient détient bien plus de problèmes en plus de ses limites territoriales disfonctionnelles, de la stagnation culturelle par une inégalité scandaleuse jusque qu'à l'extrémisme religieux. Le grand tabou qui nous permet d'éviter de comprendre les multiples faillites régionales n'est pas l'Islam mais bien les terribles mais sacro-saintes frontières révérées par nos propres diplomates.

Naturellement aucun ajustement de frontière aussi draconien soit-il ne saurait rendre heureuses toutes les minorités du Moyen-Orient. Dans certains cas, des groupes ethniques et religieux vivent ensemble sans problèmes socialisent et s'inter marient. Ailleurs, des réunions basées sur la loi du sang ou sur les croyances ne sont pas aussi joyeuses que leurs chefs respectifs le souhaitent.

On pourrait tenter de redresser les tricheries frontalières dont ont souffert les groupes de populations les plus significatifs, tels les Kurdes, les Baloutchis et les Arabes chiites sans pour autant tenir une comptabilité adéquate à propos des chrétiens du Moyen-Orient, des Bahaïs, des Ismaéliens, des Soufis et de nombreuses autres minorités numériquement plus faibles.

Un tort qui vous hante, tel les massacres des Arméniens par l'Empire Ottoman moribond, ne pourra jamais se payer d'une cession ou d'un échange de territoire. Toutes ces injustices, sans révisions de frontières majeures, ne trouveront jamais réparation.

Même ceux qui abhorrent l'idée d'altérer les frontières seraient bien inspirés de s'engager dans un exercice qui tenterait de concevoir des amendements aux frontières nationales, plus justes, sinon toujours imparfaits du Bosphore à l'Indus. Le talent des états, à part la guerre, n'a jamais développé des outils très pratiques, pour trouver une solution aux conflits frontaliers.

Un effort mental pour tenter d'appréhender les frontières "organiques" nous aide à cerner l'étendue des difficultés auxquelles nous continuerons à avoir à faire. Il s'agit de difformités colossales, gigantesques façonnées par la main de l'homme qui ne cesseront jamais de générer de la violence et de la haine tant qu'elles ne seront pas corrigées.

Pour ceux qui refusent de penser l'impensable, qui déclarent que les frontières ne doivent pas changer et que tout va bien comme çà, il ne faut pas oublier que les frontières n'ont jamais cessé de changer aux cours des siècles. Elles ne sont jamais restées statiques et de nombreuses d'entre elles du Congo, au Kosovo et dans le Caucase, changent même aujourd'hui (tandis que les ambassadeurs et les envoyés spéciaux se mirent dans le hublot pour vérifier si leur col est bien mis)

Sans oublier un autre petit secret bien sale vieux de 5.000 ans, les travaux de nettoyage ethnique. Pour que les Juifs aient quelque chance de vivre en paix avec ses voisins, ils devraient retourner vers les frontières d'avant 1967, (avec des ajustements nécessaires pour la sécurité locale). Mais la question des territoires entourant Jérusalem, ville tachée de milliers d'années de sang, peut ne pas trouver de réponse pendant plusieurs générations supplémentaires. Tous les partis ont changé leurs dieux en magnat de l'immobilier. Ces batailles tenaces et peu homériques, restent sans rivale face aux gloutonneries pétrolières et aux contredanses et autres passe-pieds ethniques.

Laissons de coté la question trop étudiée des Juifs et des Arabes pour nous intéresser à ce qui est studieusement ignoré. L'injustice la plus frappante dans ces terres notoirement injustes entre les Balkans et l'Himalaya est l'absence d'un état kurde indépendant la population de Kurdes qui vivent dans des régions contiguës du Moyen-Orient est, selon les estimations de 27 à 36 millions (les chiffres sont imprécis parce qu'aucun état n'autorise un recensement honnête.) Plus importante que la population irakienne, même les chiffres les plus bas font des Kurdes le groupe ethnique le plus important au monde, sans un état qui soit le sien. Les Kurdes se sont trouvés opprimés par tous les gouvernements qui contrôlèrent les collines et les montagnes depuis Xénophon.

La coalition et ses partenaires ont raté la glorieuse occasion de corriger cette injustice après la chute de Bagdad et l'Irak serait divisé en trois états immédiatement. A la fois par couarderie et par absence de vision, elle a poussé les Kurdes à supporter le nouveau gouvernement irakien, qu'ils confondent tout de suite avec un quiproquo du à sa bonne volonté. Mais soyez en sur organisez un plébiscite et l'immense majorité des Kurdes voteraient pour l'indépendance.

Comme le feraient les Kurdes de Turquie qui ont si longtemps enduré des décades d'oppression militaire violente à la dévotion de la "montagne turque", dans le but d'éradiquer leur identité. Bien le destin des Kurdes se soit un peu adouci ces dix dernières années, la répression récemment s'est à nouveau intensifié contre le cinquième oriental de la Turquie qui devrait être vu comme un territoire occupé. Les Kurdes de l'Iran, de l'Irak et de la Syrie, eux aussi rejoindraient un état kurde indépendant s'ils le pouvaient. Le refus des démocraties légitimes du globe de se faire les championnes de l'indépendance kurde est un péché d'omission humanitaire bien plus sot que bien d'autres qui excitent nos médias. D'autre part, un Kurdistan libre de Diyarbakir à Tabriz, serait l'état le plus pro-occidental entre la Bulgarie et le Japon.

Un alignement juste dans la région laisserait les trois provinces irakiennes majoritairement sunnites comme une troncature qui pourrait éventuellement choisir de s'unir à une Syrie qui perdrait sa façade maritime dans le Grand Liban. Ce serait la renaissance de la Phénicie. Le sud chiite du vieil Irak deviendrait un état arabe chiite contrôlant une bonne partie du golfe persique, avec quelques expansions aux dépens de l'Arabie Saoudite. Pour sa part, cet état subirait un démantèlement majeur aussi important que le Pakistan

Une des causes de la grande stagnation du monde arabe est le traitement que fait de Médine et de la Mecque la Famille Saoud qui considère les lieux saints comme un fief. Avec les saints reliquaires de l'Islam contrôlés par la police d'état d'une des nations les plus bigotes et les plus oppressives. Un régime qui commande à d'immenses réserves de pétrole enterré. Les Saoudiens se sont trouvés à même de projeter leur vision disciplinariste wahhabite, leur foi intolérante bien loin de leurs frontières.

L'accès de saoudiens à la richesse et par conséquent à l'influence est la pire chose qui soit arrivée au monde musulman depuis l'avènement du Prophète et la pire aux Arabes depuis la conquête (sinon mongole) ottomane

Les non-musulmans ne peuvent en aucune manière effectuer des changements dans les contrôles des cités saintes de l'Islam, mais imaginez, combien le monde musulman serait plus sain si Médine et la Mecque se voyaient gouvernées par un état sacré islamique sous contrôle enrôlé des représentants des plus grandes écoles et des mouvements majeurs, une sorte de super Vatican, ou l'avenir d'une grande foi peut y être débattu plutôt que décrété.

La véritable justice, que sans doute nous ne pourrions trop aimer, donnerait aussi les champs de pétrole côtiers aux Arabes Chiites qui peuplent cette sous-région. Le quadrant sud-est serait dévolu aux Yéménites.Confinés à leurs terres héréditaires, le Territoire Indépendant, autour de Riyad, la Maison des Saoud serait moins à même de jouer à son jeu de dupes envers l'Islam et le reste du monde.

L'Iran, non moins étrangement boutonnée quant à ses frontières perdrait une grande partie du territoire de l'Azerbaïdjan, du Kurdistan Libre, de l'Etat arabe Chiite et du Baloutchistan Libre, mais regagnerait les provinces autour de Herat, actuellement en Afghanistan, région d'anciennes affinités historiques et culturelles avec la Perse. L'Iran redeviendrait, en réalité, un état culturel et ethnique proprement perse, tout en sachant répondre à la question difficile de savoir si l'Iran conserve le port de Bandar Abbas ou le rendrait à l'Etat arabe Chiite.

L'Afghanistan perdrait à l'Ouest mais réunifierait à l'Est les tribus frontalières du Nord-ouest qui se réuniraient aux leurs. (sur la carte, comme ils le veulent et non pas nous).

Le Pakistan, autre état artificiel, perdrait aussi son territoire baloutche au profit du Baloutchistan Libre. Un Pakistan "naturel" s'étendrait à l'Est de l'Indus en plus de la grande voie de Karachi, vers l'Ouest.

Les villes états des émirats garderont leurs convictions habituelles et continueront à faire commerce des charmes de leur foi mélangée. Les cultures puritaines souffrant d'hypocrisie, comprendront et pourront très bien tolérer l'exception toujours si utile, à la règle. Les Arabes Chiites tiendront à conserver leur puissance vis-à-vis de Perses, et verront un moyen d'y arriver par cet expédient. Dubaï, par nécessité se verrait autoriser à conserver ce statut de plaine de jeu pour riches milliardaires débauchés et le Koweït restera dans ses frontières ainsi qu'Oman.

Dans chaque cas, cette redéfinition hypothétique des frontières reflète les affinités ethniques et le communalisme religieux, dans certains cas, les deux. La responsabilité des puissances occidentales, est partout présente dans ces dessins cartographiques, s'ils ne sont pas bons, on y devine au moins leurs intentions dans une région ou les populations se battaient pour émerger des humiliations et des défaites du dix-neuvième siècle.

Corriger les frontières pour refléter la volonté des gens peut sembler impossible. Maintenant, mais dans un temps donné et après bien des combats sanglants, des nouvelles frontières naturelles pourraient voir le jour, Babylone n'est pas tombée qu'une fois.

Pendant ce temps là, nos hommes et nos femmes, aussi, continueront à se battre pour se protéger du terrorisme, pour la perspective de la démocratie e pour l'accès à des ressources pétrolières dans une région destinée à se combattre elle-même.

Les divisions humaines habituelles et le mariage forcé entre Ankara et Karachi additionnées aux blessures que les régions s'auto-infligent, forment un substrat idéal pour l'extrémisme religieux, une culture de la honte et des blâmes et tout le monde peut y recrute des terroristes, là où les hommes et les femmes contemplent passionnément les horizons de leurs frontières tandis qu'ils cherchent du regard, avec enthousiasme, les ennemis.

Si, aux confins du grand Moyen-Orient, personne ne peut amender les frontières afin de rendre aux liens naturels du sang et de la foi, l'espace que la nature leur a offert, croyons alors, que ce sang versé continuera à rester le nôtre.

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29/11/2012

Gare au Piège Islamique

Tout en dominant dans le golfe, divers courants Salafistes émergent comme force majeure en Egypte et en Tunisie, deux des pays les plus occidentalisés du monde arabe. Les premières élections parlementaires égyptiennes libres les ont vus capturer plus ou moins 25% des voix pour 40% aux Frères Musulmans. Si on ajoute les votes modérés, çà donne 70% des voix populaires. En soustrayant les votes chrétiens, on voit que les Islamistes ont récolté près de 80% des voix musulmanes. La campagne fut amère, mais quand les Frères émergèrent au premier tour, comme candidat islamiste, ils trouvèrent le soutien le soutien des Salafistes et des autres courants plus modérés. Ils sont, maintenant, engagés dans une lutte sans merci pour tirer les Frères dans leurs directions respectives.

Au train ou vont les choses, les Salafistes sont si puissants, qu'ils regardent de haut ceux qui sont patronnés par la richesse pétrolière saoudienne, prêchent un anti-américanisme virulent. Contrairement aux Frères Musulmans, les Salafistes ne sont ni patients ni pragmatiques. Ils ne se rebellent pas contre les Frères Musulmans, mais ils soutiennent activement les attaques violentes contre les Américains et leurs alliés. Ils se sont aussi trouvés mêler, en Egypte et en Tunisie à des actes violents contre les courants chrétiens et séculiers qu'ils voient comme une menace contre l'Islam.

 

Ces attaques sont aussi conçues pour forcer le conflit entre les régimes de la Fraternité et les courants séculiers dans ces pays occidentalisés. Les nationalités n'y ont pas plus d'influence que la réalité ; La foi assurera le retour de la théocratie sunnite modelée sur l'Arabie du septième siècle. Les Chiites n'y ont aucune place. En attendant, les Salafistes font tout ce qu'ils peuvent pour obliger les sociétés musulmanes à vivre selon la loi islamique. Comparativement, les Frères Musulmans incarnent un libéralisme flamboyant. Il est vital que l'Ouest gardent les Frères sur une voie modérée pour ne pas les pousser dans le camp salafiste.

En retour, les Salafistes s'allient à l'intention djihadiste de nettoyer la société par la violence ? Rien d'autre ne fera l'affaire. Symbolisés par ben Laden et al-Qaeda, les Djihadistes diffèrent du courant principal salafiste de trois manières. D'abord, ils se sont arrogés le droit d'excommunier les chefs musulmans en les déclarant incroyants. La plupart des Salafistes n'accordent le droit d'excommunication qu'à Dieu sauf si des personnes individuelles dénoncent leur foi en Dieu et refusent d'accepter son prophète Mohammed comme son message, deuxièmement, en excommuniant les chefs politiques parce qu'ils collaborent avec les Américains. Les Djihadistes sont aussi exempts de soutenir leurs tyrans et leurs rois comme l'indiquent les écritures coraniques. La rébellion et l'assassinat attendent, finalement ce n'est pas suffisant, pour les Djihadistes d'imposer une loi islamique stricte à la société. De leur point de vue, toutes les sociétés musulmanes sont si corrompues par leur association avec l'Ouest qu'elles doivent être totalement détruites et reconstruites dans un cadre purement islamique. La seule manière d'arriver à cette fin, dans leur perspective, est la violence. Il n''y a aucune perspective de pragmatisme. Ben Laden a disparu et al-Qaeda s'est affaibli, mais les Djihadistes ont simplement éclaté en une nébuleuse multiple de groupes localisés, son intention est la terreur. Quand un groupe est détruit, un autre remplit l'espace laissé.

Pièges et conséquences

L'erreur de voir les principaux courants islamistes en tant que force cohérente prive l'Ouest d'une flexibilité bien nécessaire pour se livrer à une compétition avec les mouvements islamiques qui domineront probablement le Moyen-orient durant la décade à venir. L'Islamisme léger de la Turquie est compatible avec la stabilité et le développement du Moyen-orient, mais les Djihadistes ne le sont pas. Les Frères Musulmans prendront l'un ou l'autre chemin, tandis que les Salafistes, ardents soutiens d'un extrémisme rétrograde sont protégés par leurs liens avec la monarchie saoudienne. On ne peut avoir l'un sans l'autre. Les Djihadistes sont un danger clair et présent pour tout le monde. Ceci fournit, en soi, une base de coopération entre l'Ouest et les courants islamiques plus modérés.

L'illusion de voir les courants islamiques principaux comme unifiés met en scène la croyance que tous les courants islamiques constituent un danger imminent pour les Etats-Unis et ses alliés. Comment pourrait-il en être autrement quand l'islamisme modéré est lui-même peint aux couleurs djihadistes ?

La ligne de front pour un inévitable conflit entre l'Islam et l'Ouest est ainsi dessinée. La panique et l'islamophobie jaillissent. Ainsi que l'anti-américanisme dans le monde islamique. Il ne manque plus que le détonateur.

En retour, la définition des lignes de combat, pose le piège de l'urgence. Quelque chose doit être fait, mais quoi ?

L'Irak et l'Afghanistan ont quelque peu usé le goût de l'Ouest pour la guérilla. Gates, ancien Secrétaire d'Etat à la Défense a ainsi encadré la question :" Tout futur Secrétaire à la Défense qui conseillera au Président d'envoyer, à nouveau, une armée terrestre importante au Moyen-orient ou en Afrique devrait aller se faire examiner la tète". C4était une paraphrase directe du Général Macarthur, cette assertion met en place les prémisses de séries interminables de sanctions, d'actions secrètes, de frappes de drones qui alimentent l'extrémisme, l'anti-américanisme et une nouvelle explosion éventuelle.

Si les sanctions et les actions secrètes ne fonctionnent pas, le piège de penser que les Américains peuvent sauver le monde de la menace islamiste par la force militaire demeure. Les Etats-Unis, seulement, parce que ses alliés sont en train de se tirer tandis que le Japon, la chine et la Russie suivent un agenda contraire à celui des Américains. Les Djihadistes adorent çà, çà leur donne l'opportunité de victoires bon marché sur des militaires américains démoralisés répartis sur des territoires trop vastes qui mettent désormais l'emphase sur l'Asie de l'Est, comme le disent des rimes proverbiales :

Pour manque d'un ongle une chaussure fut perdue.
Par manque d'une chaussure, un cheval fut perdu.
Par manque de cheval, le cavalier fut perdu.
Par manque de cavalier, le message fut perdu.
Par manque de message, la bataille fut perdue.
Par la défaite, le royaume fut perdu.

Par manque de connaissance de la complexité des courants islamiques, le Moyen-orient pourrait être perdu.

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17/09/2012

Une guerre ouverte au Moyen-Orient telle qu'elle se profile

Les diplomates américains contemplent avec horreur la perspective d'une frappe unilatérale d’Israël sur l'Iran.

 Dans un rapport daté du 10 septembre, Anthony Cordesman, du Centre pour les Études internationales et Stratégiques de l'Université de Georgetown, prévient, « Si Israël attaque l'Iran, l'instabilité les conflits et le terrorisme, dans la région, ne feront qu'augmenter et les conséquences pour la sécurité régionale seront catastrophiques. »

 Un groupe d'experts « bi-partisan » mené par Brent Scowcroft , ancien conseiller national à la sécurité constate que « Des coûts sérieux pour les intérêts américains se feront sentir à plus long terme avec des conséquences problématiques pour la stabilité politique et économique, régionale et internationale. Une escalade dynamique faite d'actions et de contre-actions pourrait générer des conséquences inattendues qui coûteront très chers et conduiront potentiellement à une guerre générale dans la région.

 S'il est possible d'exposer une pensée contradictoire, considérons la possibilité que cette guerre soit une éventualité favorable aux intérêts américains, qu'une frappe d’Israël réussisse, même de façon limitée, un délai de deux ans, pour l'Iran, dans l'acquisition de l'arme nucléaire, mettait un point d’arrêt au déclin précipité des États-Unis comme super-puissance.

 Sans frappe israélienne, l'Amérique fait face à : un Iran nucléarisé, au glissement continu de l'Irak vers une alliance avec l'Iran. Un régime généralement hostile en Égypte, ou le régime des Frères Musulmans s'appuiera sur des éléments djihadistes afin de divertir le pays de son effondrement économique, une guerre égyptienne pour le pétrole de la Libye et l'eau du Soudan, un régime sunnite radical contrôlant la plupart du territoire syrien faisant face aux Alaouites alliés des iraniens retranchés dans les montagnes de la cote, une prise de contrôle de jure ou de facto de la Jordanie par les Frères Musulmans. A une campagne de subversion contre les monarchies du golfe encouragée par l'Iran et menée par les Chites de la province de l'est et à l'intérieur par les Frères Musulmans. Un Turquie affaiblie qui peut-être imploserait sous l'agitation de ses minorités avec, comme joker, l’émergence des kurdes syriens. Un Afghanistan dominé par les Talibans et le radicalisation des régimes islamiques en Tunisie et en Libye.

 Si cette configuration l'emporte, c'est l'Arabie Saoudite, la perdante et la Russie la gagnante. L’Europe et le Japon ont déjà conclu que les américains avaient déjà abandonnée leur dédication ancienne à la sécurité des approvisionnements en énergie provenant du golfe persique en retirant son soutien à la monarchie saoudienne. Ils ont donc tranquillement changer leurs plans de ravitaillement en se tournant vers la Russie. On ne lit pas ceci dans la presse mais la réorientation vers la Russie est en route, quoi qu'il arrive.

 Pour l'avantage israélien, le scénario devient pire. Les sanctions économiques sont une nuisance pour l'Iran mais ne remettent pas sérieusement en question ses ambitions nucléaires. Quand le Président de la conférence des Chefs d’État-major américains, le Général Martin Dempsey, déclarait, le 30 août dernier qu'il «  ne voulait pas être le complice » d'une frappe israélienne contre l'Iran, il faisait état publiquement ce que le Pentagone signale à l'Iran depuis six mois. Les États-Unis ne veulent aucune part dans cette frappe.

 La remontrance du Pentagone et le refus du Département d' État d'identifier une « ligne rouge » par laquelle l’Iran provoquerait une action militaire américaine, compte pour un feu vert à l'Iran qui lui permet de construire une bombe atomique d'après les analystes israéliens.

 Et si Israël frappait l'Iran ? Du point de vue technique, il va sans dire qu’Israël pourrait endommager sévèrement le programme nucléaire iranien. Comme, Hans Ruhl, analyste militaire allemand très respecté l'écrivait plus tôt cette année : il existe de 25 à 30 installations que l'Iran a, de manière exclusive ou prédominante, consacré au programme nucléaire, six d’entre elles sont de premier rang : l'usine d'enrichissement de Natanz, les ateliers de conversion d' Ispahan, le réacteur à eau lourde d' Arak, les usines d'armement de de munitions à Parchin, l'unité d'enrichissement à Fordow, et le réacteur à eau de Bushehr.

 Les données sur Natanzare sont certaines. La projet est sous surveillance satellite depuis le début et a été observer par des « touristes » israéliens. En ce moment y tournent plus de 10.000 centrifugeuses dont 6.500 en production. La bombe la plus puissante, la GBU-28 (poids 2,3 tonnes), qui a démontré sa capacité à faire un trou dans sept mètres de béton renforcé et dans 30 mètres de terre, suffirait à briser la structure de Natanz. En cas de doute, deux GBU-28s pourraient être utilisées en séquence, La seconde approfondirait le cratère de la première et réaliserait ainsi l'opération.

 Le truc serait de pousser la seconde bombe directement dans le cratère de la première. Si on en croit Cordesman, la probabilité d'un coup direct à l'aide de la technique des bombes intelligentes est de 50%. une demi douzaine de bombes devraient suffire pour chacun des six sites clé, en supposant qu’Israël, après dix ans de planification de l'opération n'aie rien de mieux sous la main, il est raisonnable de conclure que la force aérienne israélienne pourra accomplir la mission.

 Un autre question, plus profonde est : qu'est-ce qui constitue le succès ?

 Quand Israël bombarda les réacteur irakien Osiris en 1981, on s'attendait à un retard de trois ans pour leur programme, le retard fut de dix ans. Mais ce n'était pas le plus important, ce qui le devint ce fut l'effet subséquent sur toute la région. Ce sont ces effets que le Département d’État craint le plus. La vision partagée par les administrations Bush et Obama, à quelques variantes près, d'un Moyen-Orient parsemé de régimes qui leur seraient favorables éclaterait comme une bulle de savon.

 L'Iran essayera probablement de bloquer le détroit d'Ormuz, porte d'un cinquième des livraisons mondiales de pétrole et les États-Unis riposteraient en détruisant, par des voies aériennes, les infrastructures et les capacités militaires conventionnelles de la République Islamique. Cela renforcerait l'humiliation de l'Iran et renforcera son opposition domestique.

 L'influence de l'Iran en Irak et en Syrie diminuera bien que ses tenants verseraient beaucoup de sang entre temps.

 Le Hezbollah lâchera presque certainement son arsenal de missiles sur Israël, infligeant quelques centaines de morts d'après les estimations israéliennes. Israël envahira le sud Liban et ne craindra pas, comme en 2006, une intervention syrienne. Le gouvernement Olmert avait restreint la manœuvre des ses troupes pour cette raison mais l'armée syrienne n'est plus à craindre aujourd'hui.

 Il existe bien sur la possibilité que la Syrie lâchent ses têtes chimiques et biologiques contre Israël mais si le gouvernement passade employait ce moyen, Israël riposterait par un bombardement nucléaire. C'est assez dissuasif. L'influence de l'Iran au Liban se trouverait réduite drastiquement.

 Privé du soutien de son allié iranien, le régime alaouite s'effondrerait et la Syrie deviendrait un condominium turco-saoudien. La boucherie ethnique se trouverait engagée pour un certain temps.

L’Égypte verrait son soutien financier par les états du golfe, supprimé, en punition de son ouverture à l'Iran. Les conséquences domestiques seraient assez laides à voir. Le pays n'a presque plus d'argent. Certains de ses fournisseurs de pétrole ont cessé de l'approvisionner en août et les raffinerie égyptiennes n'ont pas de fonds pour en acheter au gouvernement. Le 12 septembre, Al-Ahram rapporte, qu'en haute Égypte, on souffre actuellement de 30% de manque de diesel. Le journal continue en expliquant qu' à la mi septembre, les égyptiens ont commencé à ressentir une autre crise du diesel, les quantités disponibles sont tellement basses que les queues s'allongent dans les stations. Un manque de liquidités a retardé les payements aux raffineries qui ne peuvent plus acheter du brut nécessaire pour produire le diesel. Le marché quotidien est passé de 40 à 33.000 tonnes.

 L’Égypte pourrait bien devenir un état islamique radical , une Corée du Nord sur le Nil, mais les effets d'une telle dévolution seraient limités, l’Iran neutralisé, l’Égypte cesserait d’être une menace pour l'Arabie Saoudite mais en deviendrait une pour la Libye et le Soudan, voilà qui est bien malheureux mais qu'ont fait le Libye et le Soudan pour nous récemment ?

En l'absence de choix clairs en matière d’intérêts stratégiques de l'Amérique dans la région, Israël se trouverait en position de sauver l'Amérique.

 Sur le long terme, il n'y a aucune raison d’être optimiste à propos du monde musulman qui comprend deux types de pays, ceux qui ne peuvent nourrir leurs enfants, comme l’Égypte et ceux qui ne peuvent cesser d'en avoir comme l'Iran, la Turquie, l'Algérie et la Tunisie. Les nations musulmanes semblent passer directement de l'enfance à la sénescence sans passer par l'age adulte, directement du pré au post modernisme.

 Les turcs ont 1,5 enfants par famille comme les européens peu féconds. Les Kurdes eux, en ont quatre ou  cinq par famille, ce qui rend le remaniement de la carte de Turquie inévitable tôt ou tard. Dans une génération L'Iran se retrouvera avec une pyramide d'age inversée comme les pays industrialisés vieillissants, mais sans la richesse pour la soutenir.

 Il n'y a aucune raison que les pays musulmans s'enfoncent tranquillement dans un déclin irréversible. Une guerre générale au Moyen-Orient ne peut que s'en suivre, faut mieux se faire à l'idée.

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