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29/05/2010

Le cœur de la religion élisabethaine

1.Le livre des prières communes (1549, 1552, 1559) peut être compris comme une expression fondamentale et formative de la religion élisabethaine(1) autorisée et son usage fut appliqué par un statut du royaume (I Eliz. 1.c.2), le livre affirme l’existence de Dieu, que le monde et tout ce qu’il contient fut créé et ordonné par Dieu, que les hommes par leurs vices (péché et orgueil) sont responsables du désordre d’un monde ordonné, que Jésus-Christ fut envoyé pour être l’agent par lequel cette arrogante impudicité peut être défaite, que les humains, rebelles et désobéissant, seront sauvés des conséquences du péché et de la mort

2. Une telle compréhension de l’ordre, du désordre et de la réorganisation était commune dans l’Angleterre élisabéthaine. Dans l’esprit des élisabethains Thomas Elyot, Edmund Spenser, and Sir Walter Raleigh, l’univers s’incarnait en un tout ordonné, dérangé par le vice et l’orgueil égoïste. L’idéal, c’était l’ordre, l’harmonie, la concorde, la « douce musique ». La réalité était désordre, « musique sûre ». Ils comprenaient ceci, non seulement en termes spécifiques concrets mais comme affectant l’univers. ainsi William Shakespeare dans Troilus and Cressida (1.3) fait dire à Ulysse:
Les cieux eux-mêmes, les planètes et ce centre
Observe degré, priorité et place,
Appui, chemin, proportion, forme,
Offices, habitudes et ordres ainsi alignés...
Ainsi, et l’idée et le barde sont très réels et il décrit sa réalité quand il dit :
Mais, quand les planètes
Dans le  mélange diabolique du désordre errant,
Quelles lèpres et quelles charges, quelle mutinerie,
Quelle mer enragée secouant la terre,
Quelle consternation d’esprit !
Maintenant l’entreprise est corrompue par la maladie qui envahit le genre humain. Ulysse commente :
Ne changes sue le ton, ajuste cette corde,
Regardes quel désordre suit ! Chaque chose se mêle
Dans une joyeuse confusion.
A ce propos, Leo Spitzer écrit, ‘L’ équation ici est distemperamentum = discordia rerum of which repugnantia rerum (Ciceron) and repugnantia naturae (Pline) , elle est covariante.’[2]

3.Quel est le remède ? Dans le sermon présenté au Roi Jacques VI, John Donne parle de Dieu faisant « tout ce monde dans une telle uniformité, une telle correspondance, une telle consubstantialité de ses parties comme un instrument parfaitement accordé.» Mais les cordes aigues sont désaccordées. Dieu dit « Ceux-là qui comprennent le mieux, les anges et les hommeslui ont fait perdre son harmonie. Il ne le dit pas ici, mais ailleurs, il attribue ce désordre à l’arrogance ayant à l’esprit les doctrines bibliques de la chute et du péché originel. Que faire? Dieu rectifia tout à nouveau, en ajoutant une corde, semen mulieris, la graine de la femme, le messie.(3) Et avec le son de cette corde, le désordre trouve sa subversion et l’ordre est restauré. C’est-à-dire, par Christ, sa naissance, son ministère, sa mort et sa résurrection, le peuple se voit éloigné du péché, de la mort et tourné vers le bien et la droiture par l’obéissance  à la volonté divine.. Ils entrent dans la vie éternelle en s’incorporant dans le corps vivant du Fils de Dieu, le verbe éternel.

4. Le livre de prière ordinaire fut manufacturé et son usage appliqué comme moyen de restauration de l’ordre parmi le peuple, l’Eglise et la nation. Une première mouture de ce livre en 1548, nommé « Ordre de la Communion » publié au début du règne d’Edouard VI, pour la communion du peuple à la messe, sous les deux espèces, le pain et le vin, afin de remédier aux désordres causés par la transition du règne de Henry VIII à son fils. Que le terme « ordre » fut nécessairement inclus dans la messe doit être souligné. Premièrement, c’était en anglais alors que tout le reste de la messe était en latin et met le point d’emphase sur la nécessité, pour le fidèle, de recevoir le sacrement, même où il n’était pas de tradition pour les masses de communier. Le mot et le concept de communion inclut la participation personnelle en Christ, sa mort, sa résurrection et son souci pour la salvation et le bien-être des gens de la communauté. Et prend soin de la confession des péchés et de l’amendement de la vie, non pas dans un esprit de contrition humiliant mais en remerciements. Le fidèle se trouvait exhorté « de remercier humblement et de tout son cœur (eucharistique) Dieu le Père, Le Fils et le Saint-Esprit, pour la rédemption du monde par la mort et le passion de notre Sauveur Christ. » En Christ, par le Christ, le fidèle est libéré des liens du péché et de la mort, Le servant (Dieu), en vrai sainteté et avec droiture tous les jours de notre vie(4) C’est l’ordre vrai, l’harmonie véritable, la douce musique restaurée.

5. Ceci advient dans L’Ordinaire des Prières avec le contexte  du Baptême et des Saints Sacrements. Dans sa Défense de la Vraie Doctrine Catholique des Sacrements(1550) Cranmer écrit des sacrements comme d’instruments pour rendre effective la participation du Christ quand nous sommes lavés de nos fautes, héritons de la vie éternelle et vivons en communion avec les autres citoyens responsables. Il souligne le fait que l’usage de l’eau du baptême ainsi que du pain et du vin de la communion, n’était rien autre chose, que ce qu’il devait semblé être. Mais qu’il était, peut-être, le moyen par lequel le travail divin de rédemption s’effectuerait, aidé du lavement dans l’eau du baptême, du pain, du vin, chair et sang du Christ pour les vrais croyants, ils sont ainsi unis au Christ dans sa mort et sa résurrection, nouveau peuple choisis pour  mener propager son œuvre  dans le monde.

6. De telles pensées, Cranmer ( et l’Ordinaire des Prières), ne séparait pas la religion personnelle de la société et de ses crises pas plus que l’avidité de ses propriétaires de la pauvreté des paysans. Dans la Défense il écrit : Ils sont plus cruels et moins raisonnables que des bêtes brutes, on ne peut les convaincre d’être bon avec les leurs et leurs voisins, pour qui le Christ souffrit la mort, quand, par ce sacrement, ils seront mis en face du souvenir de  Christ donnant sa vie à ses ennemis. L’expérience nous montre, chaque jour, qu’ils boivent et mangent tout en se faisant des amis et en continuant leur amitié. La table du Christ, elle, nous apporte bien davantage. On apprivoise les animaux sauvages en leur donnant à boire et à manger, pourquoi le chrétien ne  mêlerait-il pas le gentillesse et la grâce à cette vie céleste de Christ ? Nous serions ainsi tirés à hue et à dia aussi bien par le pain et le vin de ce souper sacré que par les mots de l’Ecriture récités à l’occasion et, malgré ce saint sacrement, la communion et le souper du Christ ne seraient pas assortis d’amour envers tous et ne causeraient pas le désir de s’arracher du cœur, toute envie, haine et malice, et de grandir en toute amitié et concorde. Celui-là se tromperait s’il pense haïr l’esprit du Christ qui l’ habite. (6) Donc la restauration de l’ordre évoque le bien  commun. Le peuple qui compose la paroisse géographique se réunit pour honorer Dieu et pour être formé et reformé par le corps du Christ, l’Eglise, est une entité sociale de gens se souciant les uns des autres, riches comme pauvres en accord avec leur situation dans la vie, une communauté marquée par l’ « amitié, la fraternité et la concorde », une société  bien ordonnée.
7. Richard Hooker dans Les Lois de la Politique Ecclésiastique reflète l’épicentre de la religion élisabéthaine et le livre V le précise dans un traité longuet qui est, en partie du moins, un commentaire de l’Ordinaire des Prières ou une exposition de la signification de la vénération du livre de prière, premier étude et premier examen de l’Ordinaire des Prières et de son sens.(7)

8. D’abord et, dans un sens premièrement, Hooker affirme Dieu le créateur qui retrouve et remplit tout ce qui est dans le ciel et sur la terre. Il l’affirme  en décrivant l’univers des lois toutes procédant de Dieu. Ceci mène à l’affirmation du livre V des Lois : « Dieu hait son influence sur l’essence des choses, sans laquelle  la divinité qui le supporterait jusque son annihilation totale ne pourrait choisir mais seulement suivre... De lui, toutes choses ont reçu, à la fois leur être et leur continuité pour être ce qu’elles sont » (Lois, V: 56.5).Il affirme ainsi l’interdépendance de tout ce qui est en disant dans le Sermon sur l’Orgueil : «Dieu n’a rien créé inutilement, chaque chose possède dans chaque autre un tel intérêt et elles ne peuvent jamais dire: Je n’ai pas besoin de toi » (FLE 5: 333.16-19).[8]. C’était la grande vision, partagée par Aristote et Thomas d’Aquin, qui trouvait ses racines dans les écritures hébraïques et chrétiennes et qui contient des ramifications dans tous les aspects de la vie de l’être et devenir. Dieu est le père de « tout.»

9. Mais, cette vision instillée dans le monde tel que nous le connaissons mais non dans son essentialisme. A la place d’un sentiment de dépendance basé sur l’amour et l’interdépendance divine, le fruit de cet amour dans nos proches, avec ce que Dieu a fait existe, Hooker nous dit, orgueil, « enflure », mère de tout le mal, mal qui nie l’amour de Dieu, jetant l’homme contre l’homme et les familles contre les familles et les nations contre les nations. Dans une phrase longue et magnifique décrit l’orgueil, entre autre « Ils usent de leurs domestiques comme si c’était des bêtes, leurs inférieurs comme s’ils étaient des domestiques, leurs égaux comme des inférieurs et ne reconnaissent rien qui leur soit supérieure. Ils s’admirent comme des sages, puissants, circonspects, vénérables,  généreux et grands en tout de toute façon et que tous les hommes sauf eux, sont de pauvres et sottes créatures, de vils riens(FLE 5: 319.29-320.4). Il existe d’autres formes d’orgueil qui infecte aussi les personnes qui, bien que reconnaissant leurs fautes, se détestent en pensant qu’il sont au delà de toute rédemption, refusent le pardon et se muent en désespoir. En fait, comme Hooker l’enseigne dans le Livre VI que c’est un déni de  Dieu que de se voir comme des dieux déchus. Quelque soit sa forme, l’orgueil est destructeur, maladie qui nous tuent et tuent les autres, détruisant la communauté.

10. La médecine, comme l’affirme l’épître aux Ephésiens, le remède de la fierté égoïste se trouve dans le don par Dieu de son Fils : « Que Dieu habite par la foi qui trouve ses racines et est plantée dans l’amour, » ceci accompli par la plénitude qui procède de Dieu(Eph. 3:17, 19). Dans le sermon sur l’orgueil se réfère à ce passage et insiste sur les mots « Que le Christ habite votre cœur » (FLE 5: 326.19). Il avait ici, à l’esprit « la participation, ce lien intime mutuel par lequel nous appartenons à Christ et qu’il nous appartient comme une précieuse propriété. »  (Lois, V: 56.1), qui nous renouvelle, nous transforme, nous sauve de l’enfer, de l’orgueil insensé et des ses hideuses manifestations. Christ, dans nos cœurs, nous vivifie pour rechercher le but ultime qu’est l’union des uns et des autres avec Dieu et en Dieu. « Sommes nous donc heureux, » écrit Hooker dans le Livre I, «  quand nous bénéficions de Dieu, comme un objet ou tous les pouvoirs de nos  âmes soient satisfait de délices infinis : tel que malgré notre humanité, nous vivrions unis à Dieu.

11. Comment cette transformation s’opère-t-elle ? Par la grâce de Dieu. L’amour abondant de Dieu travaillant par les mots(logos et Logos) et les sacrements contenus dans le corps réel du Christ : l’Eglise. Le ministère des mots et des sacrements vu dans le contexte du livre de prières les moyens de la justification et de la sanctification par la grâce de la repentance qui transforment les êtres orgueilleux dans une vie de nourissement mutuel à l’opposé de l’orgueil égoïste, selon Hooker c’est à dire l’humilité révélée en Jésus Christ et qui trouve son inspiration dans le ministères des mots et des sacrements. Participer à l’esprit de Jésus Christ(Phil. 2:5) c’est vivre son humilité. Vivre dans la conscience constante de la dépendance à Dieu et de notre interdépendance comme créatures au père de tout.