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11/06/2009

L'illusionniste

Steven Millhauser ne trafique pas dans les dans la perturbation émotionnelle ni dans le conflit interpersonnel. La plupart des auteurs de fiction essayent de faire ressembler leurs personnages à des gens réels, mais Millhauser, lui, les aplatit, donnant de ses livres l'impression d'être plus vrais que vrais. Pour lui, une observation méticuleuse fait le travail de la psychologie. Il est presque notre animiste de pointe, dans ses histoires, les mannequins sortent du magasin par la fenêtre et des peintures tapent sur le chapeau du quidam de passage. Ses véhicules pour ces effets sont les paraboles et la confession. Chaque phrase de Millhauser recèle une tranquillité inquiétante qui la rend immédiatement reconnaissable, au sentiment que chacune d'entre elle est enregistrée pour la postérité par le dernier homme vivant. Les 13 histoires terribles de "Rires Dangereux" nous réintroduisent dans un étrange royaume, fondé il y a cinq ans, dans sa collection précédente, " Le Roi dans L'Arbre " Après la première histoire décrite comme un croquis d'introduction, il divise le reste en trois sections " Les actes qui disparaissent", "Architectures impossibles" et " Histoires hérétiques". ( Vous pouvez recomposer les noms et les adjectifs à souhait). Ensemble, elles représentent la galerie typique de Millhauser de miniaturistes obsédés, des adolescents papelards fascinés en quête de mystérieuses filles évanescentes et des observations à propos des futures dystopiques que font miroiter avec une confiance malade, les politiciens des villes. Avec les années l'élégante prose milieu vingtième s'est encore affermie, alors, il déplace ses thèmes choisis avec davantage de confiance et de puissance. Dans l'épisode appelé " Les actes qui disparaissent", Millhauser présente des gens qui, d'une facon ou d'une autre cessent d'exister. L'histoire titre montre une collégienne ordinaire, avec un talent pour le rire orgasmique et qui profite de sa popularité. Quand, l'épidémie d'hilarité s'abat, un jour d'été, sur une foule d'adolescents la tue après que ses condisciples l'avaient jeté par la fenêtre pour aller au balayage communal. Le narrateur adolescent de " La Chambre dans le grenier ", se lie d'amitié avec Wolf, un nouveau compagnon de classe sympathique, préoccupé par la maladie inconnue de sa sœur qui la garde hors de l'école. Ce couple, Isabelle et David, gardent leur relation secrète pendant des mois dans une chambre obscure, ne se connaissant que par la voix et d'occasionnels attouchements. Davis grandit, tranquillement obsédé, mais le climax, quand Isabelle s'apprête à ouvrir les rideaux, il s'échappe et quand il revient quelques jours plus tard, elle a disparu envoyée, d'après sa mère, chez une tante dans le Maine. "Elle adorait les jeux, tous les jeux ", il s'en rappelle et se demande si ce n'était pas finalement son propre jeu, plus rêve que réalité. La personnalité glissante est aussi le thème de " La disparition d'Hélène Coleman " à propos d'une femme qui retourne dans son appartement loué et qui n'en ressort plus. La police enquête et ne trouve aucune trace de crime ni d'Hélène Coleman. La porte était fermée, la clé à l'intérieur, avec la porte feuille de la femme. " C'est vrai qu'une chose vue ne s'oublie pas ". Le narrateur ne se demande seulement pour reconnaître que c'est que c'est faux. Elaine Coleman, conclut-il, disparaît graduellement, " s'évanouissant, fixée par la longue habitude de passer inaperçue. La partie nommée "Histoires érotiques" contient une série alternée de passé récent. Harlan Crane, le sujet de "Un précurseur du cinéma" est petit illustrateur à New York durant la période préhistorique de l'industrie du film, à l'époque, quand une montagne de beaux jouets, de spectacles et d'amusement produisaient des impressions de mouvement vivantes et éclatantes. Les peintures de Crane exposée dans son théâtre phantoptique, sont si vivantes que beaucoup d'observateurs les voient vraiment bouger. L'illusion ou peut-être une hallucination partagée, d'après la spéculation de certains journaux mènent à des rixes et à la mort du spectateur, La ville ferme le phantoptique avant le lien potentiellement remarquable au monde inanimé ne puisse être confirmer. Thomas Edison domine " Le Magicien d'Orange Ouest", qui travaille sur une invention appelée Haptographe, machine qui, une fois perfectionnée, donnera à ses utilisateurs l'impression d'être touché. Mais à la dernière minute, une recherche plus rémunératrice, un séparateur de lingots captive l'imagination d'Edison. Le microscope du toucher est remis sur une étagère avec ses potentiels pour de nouvelles formes, de nouveaux touchés, tout un monde enfermé. Un objet qui fera apparaître le phonographe comme un jouet intelligent sans plus, croit le narrateur agité. Dans le remarquable "Ici à la Société Historique ", un narrateur anonyme défend la décision d'une petite société dans une ville de province d'améliorer ses expositions. Les vieux mousquets typiques et les têtes de flèches en silex des "Indiens Setaucus " avec l'éphémère de ce qu'il appelle le nouveau passé, par exemple de signes de voirie, des extincteurs, des poteaux de téléphone de notre ville, chaque pièce de monopoly et chaque raquette de badminton. Il y a des assistants qui comptent les aiguilles de chaque sapin et chaque parcelle de mica sur toutes les tuiles de chaque toit. Comme argument le narrateur est que le soleil se reflétant sur un morceau de cellophane reposant entre les chiendents d'une route parle plus éloquemment que l'histoire de Rome et conclut en offrant les clés de son univers fictionnel que " Le présent est le seul passé que nous ne connaîtrions jamais ". Les histoires sur les sociétés d'un future proche en quête de progrès techniques sont réunies sous le titre "Architectures Impossibles ". Dans "Le Dome", quelques individus, puis des villes entières et finalement une nation sont couvertes progressivement de domes de plus en plus grands, d'abord manufacturés par Viviglas, puis par Slenpidmax enfin par la société Celestilux Supérieur. La communauté au centre de "L'Autre Ville" conçoit son sens des réalités d'une ville adjointe identique ou chaque détail, jusqu'à la corde à sauter à manches rouges dans le jardin de Langley, est reconstitué à l'identique et tous les détails mis à jour en temps réel par des "maîtres réplicateurs". La ville dans "La Tour" vit dans l'ombre d'un édifice sans cesse grandissant, incarnation de l'ambition de se libérer de la mort et qui physiquement, aux derniers moments de l'histoire s'effondre. La dernière histoire mêle les nuances de la bible et de 9/11. "L'Autre Ville" semble un commentaire sur nos existences dominées par la télévision, Dans "Le Dome" le pays n'est plus un centre commercial mais une immense salle de spectacles fait penser que le véritable sujet de Millhauser est l'Amérique contemporaine. Mais, dans ce monde post moderne, le sens n'est jamais dévoilé. Ce sont des fables et non pas des allégories, leurs qualités hermétiques nous découragent d'errer hors du texte. Raison pour laquelle semble moins un disciple de Jorge Luis Borges, auquel on le compare parfois, que de Shirley Jackson ou même de "Twilight Zone". Ces nouvelles sont offertes à votre appréciation, rien de plus. Millhauser commença son voyage inhabituel en 192 par une biographie parodique "Edwin Mullhouse : La vie et la Mort d'un Ecrivain Américain 1943-1954 ". Supposée écrite par un contemporain précoce et attentif Jeffrey Cartwright. Tout les thèmes travaillés par l'auteur dans les dernières années se trouvent dans ce premier livre : le moi instable, la différence tranchante entre le reve et la réalité. Le pouvoir d'hystérie de la jeunesse. La manière avec laquelle Millhauser convoie un monde suburbain ou un glissement tranquille du soi prenait plus de place que la violence correspond à peu près à cette époque. Ses caractères n'on pas apparus ou disparus. Ils vivent sous le ciel indifférent du Connecticut, amarrés à la réalité par leurs pensées et par leurs livres. Depuis lors, une vigilance visuelle affinée, qui fait le fond de son style es son possesseur, sont arrivés à quelques succès. Peu de choses ont change pour Millhausser. Mais pas pour nous, plus de trente ans plus tard avec la vie vécue partout ouvrant la voie à l'internet et à la télévision réalité. Les chroniques qu'offre Millhauser de notre paysage semi-habité ne sont pas seulement brillantes mais aussi teintées de prescience.


Source: D.T. MAX
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21:46 Écrit par walloween dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman |  Facebook