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04/01/2013

Pour qui sonne le glas syrien

La tragédie géopolitique de 2013 restera celle de 2012 : le viol de la Syrie

Un des passages favoris d'Hemingway, Alep avec son souk le plus extraordinaire du Moyen-Orient, son architecture, son peuple et ses marchands, cœur d'Alep depuis ses siècles,, le voilà, incendié et détruit par les "rebelles" de la soi-disant Armée Libre de Syrie.

Dans cette tragédie syrienne, pas d'Hemingway et pas de Robert Jordan des Brigades Internationales pour combattre ensemble avec les révolutionnaires républicains durant la guerre civile espagnole. Ces brigades internationales sont faites de Salafistes et de Djiadistes qui décapitent et font exploser des voitures. Sans oublier quelques jeunes américains qui sont les pions technologiques de ces rapaces nommés OTAN et CCG (Conseil de Coopération du Golfe).

Le drame continue, l'état syrien, son appareil politique et ses institutions de sécurité militaire maintiendra sa petite guerre éclair, sans arrière pensées à propos des dommages collatéraux. Dans l'autre camp, les commandants rebelles parieront sur le nouveau Conseil Militaire Suprême encouragé par les Saoudiens et les Qataris

Les Salafistes et les Djiadistes du Front al-Nusrah, des fanatiques du septième siècle, décapiteurs enthousiastes font le gros des combats sans y être invités. Après tout le Front al-Nusrah n'est-il pas nommément décrit par Washington comme une organisation terroriste.

Si on observe la réaction des Frères Musulmans, le Député, Contrôleur Général Mohammed Farouk Tayfour dit que les réactions sont "trop hasardeuses" tandis que le nouveau chef de l'opposition syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib, à Marrakech, pense que les décisions doivent être "réexaminées". Virtuellement, tous les porte-parole rebelles n'ont-ils pas déclarés leur amour immortel pour la radicalité en plaidant leurs allégeances à al-Nusrah.

Donc, avec tous les fanatiques d'al-Nusrah, qui, pour l'instant, dissimulent leurs barbes correctement islamiques, sous de prosaïques capuchons, s'attendent à de nouvelles avancées rebelles sur Damas, en dépit de deux défaites majeures (fin juin et en décembre) dues à la courtoisie de contre-offensives gouvernementales.

Après tout, ces jolis messieurs, entraînés aux Etats-Unis, des forces spéciales américaines, anglaises et jordaniennes doivent produire des résultats sans mentionner les quantités toujours plus grandes d'armes létales dispensées par ces parangons de la démocratie dans le Golfe Persique. Sinon, le Front al-Nusrah Front contrôle des sections entières d'Alep, ville dévastée.

Les règles de la haine sectaire

Nous avons aussi la toute nouvelle Coalition Nationale des Révolutionnaires Syriens et des Forces de l'Opposition, une coproduction Doha Washington. Rencontrez le nouveau chef, c'est le même que l'ancien, le Conseil National Syrien. Ce n'est que de la rhétorique, en fait, la seule chose qui les intéressent, c'est d'acquérir de plus en plus d'armes mortelles. Et ils aiment al-Nusrah, même si Washington ne l'aime pas.

Les Qatar, a déversé des tonnes d'armement "comme des bonbons" (d'après un marchand d'armes américain) sur la Libye "libérée" Après le coup de Benghazi, le Département d'Etat s'est dit qu'en continuant à armer les rebelles syriens comme çà, ils prenaient les mêmes risques qu'en Libye. Traduction: le Qatar continue à fournir de grandes quantités d'armes aux rebelles et l'Amérique continue à "diriger par derrière".

Il faut s'attendre à plus de massacres sectaires comme celui d'Aqrab, à d'autres distorsions contextuelles. Le Ministre des Affaires Etrangères russe Mikhaïl Bogdanov dit : " Les combats vont encore s'intensifier et la Syrie perdra encore des dizaines ou meme des centaines de milliers de civils. Si c'est le prix à payer pour l'empêchement du président et s'il vous semble acceptable, pas à nous".

La Russie fait tout ce qu'elle peut pour empêcher que cela n'arrive et si les "rebelles" de l'OTAN mènent à bien leurs menaces et qu'ils attaquent les ambassades de Russie et d'Ukraine à Damas, alors il va falloir qu'ils règlent leurs barbes sur la vitesse maximale pour échapper aux Spetnatz, les forces spéciales russes.

On peut s'attendre à plus grave comme le Cheikh Sunnite, vedette d'al-Jazeera, Yusuf al-Qaradawi qui formula incidemment une fatwa légitimant la mort de millions de syriens, qu'ils soient civils ou militaires peu importe tant qu'ils soient Alaouites ou Chiites.

La haine sectaire gouvernera, avec le Qatar à sa tète suivis par les Saoudiens avec leurs grands livres assortis d'islamistes purs et durs. L'agenda, c'est la guerre contre les Chiites, contre les Alaouites, même contre les modérés pas seulement en Syrie, mais partout au Moyen-Orient.

Un face à face Patriot contre Iskander

La nouvelle stratégie de l'Armée Syrienne Libre consiste à se retirer des ses bases à la campagne pour concentrer ses troupes dans les villes et les agglomérations.

Attendons-nous à ce que la stratégie générale du club de l'OTAN reste plus ou moins la même, tenter de battre l'Armée Syrienne, là où c'est possible, les démoraliser et savonner la planche pour son éventuelle intervention ( les armes chimiques et le discours sur la "catastrophe humanitaire" font partie du paquet psychologique opérationnel).

Les Syriens ont beau détenir les armes lourdes mais confrontés à un tsunami de mercenaires, de Salafistes et de Djiadistes armés et entraînés par l'OTAN, toute l'affaire peut prendre des années dans le style de la guerre civile au Liban. Ce qui nous mène à la "meilleure" option : la mort de l'état syrien par des milliers de blessures grandes et petites.

Ce qui est certain c'est que la "coalition des volontés" contre la Syrie, n'aura aucun problème à ramasser la mise quand le jeu s'achèvera. Washington parie sur un régime post-Assad gouverné par les Frères Musulmans. Il ne faut dont pas s'étonner de voir le petit Roi de Jordanie devenir nerveux, il sait que les Frères Musulmans prendront le pouvoir en Jordanie aussi, ce qui l'empêchera de rester le meilleur client permanent de chez Harrods.

Ces modèles de démocratie, les pétro monarchies médiévales du Golfe, ne sont pas moins inquiets tant ils craignent la popularité des Frères Musulmans comme on craint la peste. Le Kurdistan Syrien, maintenant bien engagé sur la voie d'une totale autonomie et d'une liberté éventuelle, aggrave la position d'Ankara dans un conflit que les Turcs mènent depuis quarante ans. Sans compter sur la perspective de Salafistes et de Djiadistes sans emploi coincés entre les frontières et qui sont prêts à tomber amok.

Téhéran a déjà prévenu Ankara en termes assez catégoriques des conséquences du déploiement prochain du système de missiles de défense de l'OTAN.

Le porte-parole du Pentagone, George Little, dans un de ses chef-d'œuvres n'a-t-il pas affirmé que " Les Etats-Unis aide la Turquie dans son effort d'autodéfense (contre la Syrie)."

Voilà pourquoi 400 militaires américains s'installent en Turquie afin de piloter les deux batteries de missiles Patriot pour mieux la défendre contre " les menaces potentielles émanant de la Syrie".

Traduction: çà n'a rien à voir avec la Syrie, c'est surtout la présence militaire russe en Syrie qui les énerve. Moscou a offert, non seulement les très efficaces missiles sol-sol hypersoniques Iskander (virtuellement immunisés contre les mesures antimissiles mais aussi le système de défense à cibles multiples Pechora 2M), un cauchemar pour le Pentagone si jamais une zone d'exclusion aérienne est décrétée contre la Syrie.

Bienvenue à la confrontation entre Patriot et Iskander. Juste sur la ligne de feu, nous trouvons le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan, à l'ego démesuré, et qui expose un profond complexe d'infériorité dans ses relations avec les Européens. On le laisse dans le froid, en attendant, la mise en œuvre des plans du maître.

Le talon d'Achille de la Turquie (à part les Kurdes), c'est le fait de se promouvoir au carrefour des routes de l'énergie entre l'Est et l'Ouest. Le problème, c'est que la Turquie dépend, pour ses fournitures en énergie, à la fois de la Russie et de l'Iran. Sottement, elle s'aliène les deux en même temps, avec sa politique syrienne informe.

Malédictions et brouillards

Comment résoudre cette tragédie ? Personne ne semble écouter le Vice-Président syrien Farouk Al-Sharaa.

Dans un échange de vue avec l'organe libanais Al-Akhbar, il souligne que " la menace de voir, par la présente campagne, la Syrie, son histoire, sa civilisation et son peuple... chaque jour qui passe, la solution s'éloigne, militairement et politiquement, Nous sommes dans la position de devoir défendre l'existence de la Syrie".

Il ne possède pas " une réponse claire à la question" mais il a un plan :

N'importe quelle solution soit en commençant des conversations entre arabes, dans les capitales régionales ou étrangères, ne peut exister sans une solide fondation syrienne ; La solution doit être syrienne. Elle se composerait d'un règlement entre les principaux pays de la région et le Conseil de Sécurité de l'ONU.

Cet arrangement doit inclure l'abandon de tout forme de violence et la création d'un gouvernement d'unité nationale avec de larges pouvoirs qui devra solutionner les dossiers sensibles relatifs à la vie des gens et à leurs demandes légitimes.

Ce n'est pas ce que veut le complexe otanesque, les Américains, les Anglais, les Français, les Turcs, le Qatar, l'Arabie Saoudite sont déjà tous engagés par leurs agendas divergents respectifs. L'OTAN a déjà accompli un objectif, assez similaire à l'Irak en 2003, réduire en poussière la fragile fabrique sociale syrienne.

C'est le capitalisme du désastre en action, phase I, le terrain est déjà prêt pour une "reconstruction" profitable de la Syrie, une fois le gouvernement turbo capitaliste pliable installé.

Parallèlement, les réactions sont souvent suscitées par leurs propres mouvements mystérieux ; des millions de Syriens qui initiallement, soutenaient l'idée de mouvement pro-démocratique, des classes d'affaire de Damas aux négociants d'Alep soutiennent aujourd'hui le gouvernement contre le nettoyage ethnique et religieux proposé par les "rebelles" du genre d'al-Nusrah.

Voilà, coincés entre l'OTAN, les Russes et les Iraniens de l'autre coté, les Syriens n'ont nulle part ou aller. Rien n'arrêtera l'OTAN de créer, dans le sang, n'importe quelle entité douteuse, allant d'émirats pro-américains à des "démocraties" gouvernées par les Frères Musulmans.

Il est facile de voir pour qui sonne le glas en Syrie, il ne sonne pas pour toi, mais pour la malédiction, l'égarement, l'errance, la mort et la destruction.

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13/12/2012

Pour Moscou, Le chemin de Damas passe par Groznyï

La politique russe conçernant la Syrie se préoccupe peut-être plus de Groznyï que de Tartous. Les critiques et les analystes, en Occident, ont déjà tout dit sur l'obstruction russe au Conseil de Sécurité relative à la crise humanitaire syrienne pour laquelle il ne semble y avoir aucune lumière au bout du tunnel.

Depuis le début du "soulèvement" armé en Syrie, vingt mois se sont passés, on se demande si le seul intérêt russe à soutenir le régime faiblissant de Bashar al-Assad n'est pas de protéger sa seule base navale, en mer chaude, de Tartous, unique facilité navale de ce genre en dehors de l'ancienne sphère soviétique et fournisseurs essentiels d'armes légères, d'artillerie et autres matériels militaires à la Syrie. Quoi qu'il en soit, ils savent très bien que les dictateurs à la recherche d'armement vont et viennent dans l'histoire de la guerre froide et que les contrats maritimes peuvent toujours se renégocier avec les régimes qui se succèdent.

Ce qui est crucial, pour le gouvernement de Vladimir Poutine, c'est la politique privilégiée des affaires intérieures d'une nation état. Les "Siloviki", sobriquet russe des élites dirigeantes se souviennent du chaos des années 90 et la perte brève mais si douloureuse à leur ego, de ce qui devint un état chètchène quasi-indépendant dans le nord du Caucase.

Boris Ieltsine affaibli, est obliger de négocier en août 1996, avec le chef nationaliste chètchène Aslan Maskhadov et de signer les accords de paix à Khasavyourt au Daguestan. Signature à laquelle il remédiera en lançant la seconde guerre russo-chètchène à l'automne de 1999. Poutine arrivait au pouvoir grâce à cette ré invasion de la chètchènie en exploitant la crise d'autorité de la fédération russe à son immense avantage, il y est toujours aujourd'hui.

Une Russie renouvelée économiquement et politiquement sous le duo rotatif Poutine Medvedev, soutenue par de copieuses ventes d'énergie en Europe et de métaux à la Chine trouvait le moyen de "perdre" Saddam et Kadhafi durant la tenue du duo. Ils se sont dits que la Syrie d'Assad, bon vieux client de la Russie depuis l'ère soviétique, ne serait pas une autre pièce de domino dans l'odieuse machination mise au point par les occidentaux sous les veneurs jumeaux de l'intervention humanitaire et de l'internationalisme libéral, concepts qui rendent les siloviki extrêmement sceptiques.

En dépit des coups significatifs portés par la vengeance des Chètchènes aussi loin au nord qu'à Moscou, secouée périodiquement par des bombardements suicide, le Kremlin est parvenu à prévenir toute intervention extérieure imposée en Chètchènie.

L'approche abstraite des puissances occidentales a laissé les forces terrestres russes et ses alliés chètchènes, pratiquer une politique de terre brûlée y compris la pulvérisation de la capitale Groznyï, ce qui ne manque pas de ressembler à la punition collective infligée par le régime d'Assad dans certains quartiers de Homs, Alep, Idlib et Daraa.

Assad et son frère, le vindicatif Maher ont, sans surprise, utilisé une artillerie russe identique ou similaire à celle utilisée à Groznyï contre la population

Sous Poutine, les Russes et les autorités locales ont supprimé avec succès l'accès de la presse dans la république chètchène, au point ou elle fut largement oubliée par l'Ouest, reléguée au chaos des années 90. Durant la gestion d'ivrogne de Ieltsine en 1994-1996, les journalistes occidentaux passèrent amok et rapportèrent la catastrophe humanitaire librement. Quand Poutine frappa à nouveau les rebelles trois ans plus tard, un de ses soucis principaux fut, après la mauvaise gestion des guerres antérieures, de contrôler l'accès au front des médias à tous les niveaux possibles.

Assad, ayant, au départ le sentiment que les puissances occidentales jouaient contre lui, a laissé deux options à la presse occidentale, fort réminiscente de la partition de Poutine, soit accepter les tours de piste orchestrées par le régime ou risquer la mort en entrant illégalement, avec les bandes erratiques de rebelles, sur son territoire. Poutine et Assad, par leurs tactiques contre insurectionnelles, à la fois anarchiques et brutales obtinrent un résultat similaire. Ils ont miné les commandements des rebelles nationaux et confinés les guerriers islamistes et djihadistes les plus virulents.

Pour éliminer toute évidence visuelle de la démolition de Grosnyi, Moscou s'est lancé dans sa reconstruction à toute vitesse. Mais tandis que le Kremlin y remet la main en sachant qu'il y avait défait l'ensemble de l'insurrection, elle s'est décentralisée, partout, loin, dans toute la région. La Russie s'est attaquée sans répit, avec un effet létal, au nationalisme ethnolinguistique chètchène. Le résultat de cette politique s'incarne dans une insurrection bien plus large qui se donne le nom d'Emirat du Caucase, dirigé par l'ambitieux commandant islamiste appelé "Emir" Doku Umarov. Si le Kremlin a écrasé le rêve d'un état chètchène, il a aussi donné naissance à l'ambition d'un état islamique qui s'étendrait des rives de la Caspienne à celles de la Mer Noire.

En Syrie, aujourd'hui, la rébellion a commencé avec des hommes qui proclamaient leur combat pour une nouvelle Syrie libérée de la dictature bathiste et qui doivent de plus en plus partager le chant de bataille avec des éléments qui prétendent installer un état islamique dans une Syrie traditionnellement pluraliste.

La Russie, après des décades de lutte contre des insurrections islamistes bien financées en Afghanistan et en Chetchènie pense que les faiseurs politiques occidentaux sont naïfs à propos de la dynamique politico-religieuse du monde musulman et que la Russie et l'Occident auront tous deux à faire face l'imprévisibilité des réactionnaires salafistes et djihadistes issus du printemps arabe.

La Russie et la Chine dans leurs empires, essentiellement continentaux, souffrent depuis toujours de périphéries peu sures, constellées de minorités irrédentistes aux mouvements nationalistes récurrents. Ces deux nations n'inclinent en aucune manière à acquiescer aux initiatives d'intervention occidentale, quelle qu'elles soient.

Pour les observateurs, Moscou et Beijing semblent montrer de la solidarité avec leurs pairs en autoritarisme ou craignent simplement la perte d'intérêts économiques établis depuis longtemps, quoi qu'il en soit, ils se voient comme les défenseurs du précepte infaillible de la souveraineté nationale contre la menace perceptible des projets d'intervention international avec un œil sur leurs propres colonies telles la Chètchènie et le Tibet. Préserver le statut quo en Syrie est devenu une de leurs "lignes rouges".

C'est Poutine, le premier gouvernant mondial à avoir téléphoné à George W Bush après les attaques du 9/11/2001 à New York pour manifester ses regrets. Les Russes étaient pressés de donner de la substance à leur intervention contre les séparatistes dans le Caucase, dans la perspective d'une "guerre totale" contre la terreur. Par la suite, les Etats-Unis tempérèrent fortement leurs critiques sur les tactiques brutales de la Russie en Chètchènie en échange de sa coopération avec sa nouvelle guerre globale.

La Russie cherche à interdire toute forme d'intervention militaire, partout, dans son ancienne sphère d'influence, avec actuellement la Syrie comme intérêt principal. La Chine a suivi avec sa position politique de non-intervention en Syrie, indiquant ainsi son anxiété à propos de Taiwan et du Tibet.

Les effets délétères des deux guerres chètchènes se reflètent dans les annonces de ses agences de presse, en Syrie, jusqu'au aujourd'hui, avec des rapports non-vérifiés de la présence de combattants chètchènes sur la ligne de front. Depuis des années, le gouvernement russe propage l'idée des la dangerosité des éléments chètchènes présentés comme les plus dangereux et les plus dispersés des djihadistes transnationaux.


Les généraux pakistanais racontent des histoires de cadavres chètchènes identifiés lors des opérations contre insurrectionnelles au Nord-Waziristan et les Marines américains croient s'être battus contre des nationaux chètchènes dans le gouvernorat d' al-Anbar en Irak, le cliché d'une guerre sans frontières de guerriers chètchènes avides de sang, se répand, maintenant, en Syrie

Ces rapports évitent de mentionner qu'en Syrie, en Irak, en Jordanie et en Turquie, il existe une diaspora Chètchène qui date de l'époque de la conquête tsariste du Caucase qui eut lieu au 19° siècle et poussa les Chètchènes à s'exiler dans l'Empire Ottoman.

Des opérateurs de l'Armée Libre Syrienne sont présents à Antioche, fiers à la fois d'être ethniquement chètchène et de nationalité syrienne, Dans ces régions du Levant, hautement factieuses, ce genre de rencontre n'est pas rare. En dépit des commentaires venus de Syrie du nord, l'archétype de ces djihadistes chètchènes n'auraient pas survécu à son utilité du moment.

Dans la perspective des jeux olympiques d'hiver à Sotchi en 2014, le Kremlin s'évertue, avec de grandes difficultés, à portraiturer la Chètchènie comme un république constituée, stable et revitalisée, dirigée par
Ramzan Kadyrov, l'homme fort de Poutine dans le Caucase, héritier des "bons" chètchènes vantés par le KGB, à l'époque, et par ses successeurs aujourd'hui.

La Russie, littéralement jetée hors d'Irak durant l'invasion anglo-américaine en 2003, avec des pertes financières considérables en termes d'énergie et d'armement, essaie, de se positionner à nouveau en Irak par le biez de sa principale organisation officielle de vente de systèmes d'armement, Rosoboronexport.

Une vente d'armes récente s'élevant à 4,2 milliards de dollars contractée par le gouvernement du Premier Ministre Nouri al-Maliki, est sur la table, ce qui démontre la volonté bien arrêtée, pour Moscou, d'influencer le nouvel ordre arabe. Le 10 novembre, l'agence Reuter rapporte l'histoire de nature très byzantine de la vente Rosoboronexport : le bureau de Maliki postpose sa signature sous des allégations de rétro commissions. En même temps le Ministre de la Défense faisant fonction, Sadoon al-Doulaimi, insiste pour dire que le contrat suit son cours.

Il a déclaré, pendant une conférence de presse, que l'Irak avait besoin de "diversifier ses sources" pour éviter de ne dépendre que d'un seul fournisseur (c. à d. les Etats-Unis) pour miner l'influence, des milices politiques armées, endémique dans le système politique irakien toujours très volatile.

La Syrie est tout à fait dépendante des modèles d'armes hérités de l'Union Soviétique et rien n'indique que Moscou ne continuera pas à en fournir à Damas même éventuellement post Assad comme elle le fait en Irak. Maliki joue sur les deux tableaux entre l'expansionnisme militaire américain au Moyen-Orient et le combat russe pour perpétuer une présence significative dans un monde arabe qui se remet en ordre.

A l'inverse de l'Iran, l'Irak ne peut se tenir entièrement aux cotés d'Assad, parce que Bagdad dépend énormément du complexe militaro-industriel américain. Washington reste le premier fournisseur d'armes de Maliki devant Moscou. Pour la bureaucratie américaine, ces priorités entre humanitarisme idéologique et le froid réalisme militaire entrent éventuellement en collision.

Pendant que le parlement américain stigmatise et sanctionne une entité comme Rosoboronexport parce qu'elle arme les régimes syriens et iraniens. Les prétoriens du Pentagone ne peuvent s'offrirent un tel luxe et ils ont besoin de leurs vieux compères de la guerre froide pour fournir à l'armée de l'air afghane des hélicoptères Mi-17 afin de permettre aux Américains de se dégager. Ce paradoxe très contre productif pose un dilemme embarrassant au Pentagone mais pas au Congrès.

Le système de sécurité actuel, qui date des cendres de la seconde guerre mondiale, montre que le schisme entre le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la France et la Russie(suivie par la Chine) reste ce qu'il est. La guerre en Syrie devient aussi intracable que possible, en attendant d'en arriver à une solution très sanglante.

La situation a aussi la possibilité d'évoluer vers une dimension régionale plus problématique encore, en tirant les voisins de la Syrie tels le Liban et la Turquie, tout aussi fragmentés politiquement, jusqu'à la diffusion de l'insurrection et la recréation d'émirats, sur tout le pourtour, jusqu'au Nord Caucase.

Les activistes djihadistes se firent les courroies de transmission de l'argent wahhabite pour combattre les "infidèles" russes dans les années 1990-2000 et ils font la même chose maintenant. La seule différence importante, c'est que les saoudiens, dorénavant, le font ouvertement, avec l'aide de leur appareil d'état et le consensus des services secrets occidentaux.

Avec l'augmentation des violences sectaires et politiques dans le nord du Liban et dans les gouvernorats de la Bekaa, alors que des tirs sont dirigés vers les provinces méridionales de la Turquie couplés à une importante augmentation de l'activité du PKK dans toute la région, ce scénario effrayant se réalise sans doute déjà sous nos yeux.

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29/07/2012

La guerre sainte en Syrie et le cours de l'histoire

 

 

Washington est clairement indisposé à la fois par intransigeance de Pékin et de Moscou, leur positions sur la crise syrienne et leur absence de volonté à justifier une frappe directe sur le Président Bashar al-Assad avec un blanc-seing de l'ONU. Les représentants américains à l'ONU qui décrivent de manière si vivante la brutalité du régime d'Assad en faisant appel à la fibre morale de la communauté internationale, en particulier, naturellement, à celles de la Chine et de la Russie. Les gouvernements des deux pays ne sont pas convaincus pour un certain nombre de raisons. L'une d'entre elles est que l'indignation morale de Washington passe difficilement le test de l'histoire puisque l'Amérique fut une amie de Joseph Staline, d'Augusto Pinochet et du Shah d'Iran. Cette nation a démontré que quand il s'agit de négocier des programmes politiques urgents, elle le peut avec des dictateurs de droite comme de gauche. Elle n'a non plus rien fait pendant les massacres génocidaires, de l'holocauste juif au génocide rwandais. En même temps, il ne serait pas logique d'accepter l'idée que Washington n'a aucuns amis étrangers dans son affaire syrienne. Il en a un, imprévisible Le Centre Kavkaz, le véhicule Internet des djihadistes du Nord-Caucasse. Récemment, Moscou a intensifié ses efforts pour mettre ce site hors ligne, mais il continue à fonctionner sous forme de blog c'est à dire à défier le Kremlin. Ses contributeurs encensent l'opposition syrienne comme des amis de coeur et encourage implicitement ses tentatives pour se débarrasser du régime d'Assad

Cette occurrence n'est pas isolée, Les autorités irakiennes ont informé le monde qu'un courant continu de djihadistes arrive en Syrie pour se joindre au combat contre Assad, elles n'ont pas seulement demandé des pressions de la part des américains mais aussi un engagement militaire direct dans les affaires syriennes, c'est à dire, implicitement, à une rupture directe avec l'Iran. Évidemment, une confrontation avec l'Iran en serait le résultat final. Mais bien qu'ils encouragent l'engagement direct, ils sont pourtant loin d'être des amis de Washington.

Après le 11 septembre 2001 les Centre Kavkaz présentait les Américains comme d'affreux zombies infidèles qui méritaient leur destinée, il affirmait que des centaines de milliers d'américains étaient morts et rendait hommage à ceux qui avaient démontré combien il était facile d'égarer l'Amérique grâce à quelques héros du djihad intelligents et sans égoïsme.

On peut supposer que cette attitude des djihadistes, y compris ceux engagés en Syrie ne soit pas un secret, pour Washington, spécialement pour les conservateurs si pressés de s'engager dans le conflit. Ce n'est pas, bien sur, du à un désir de sauver des vies. En réalité, ils font de leur mieux pour détruire les plans sociaux et médicaux prônés par les démocrates, indépendamment du fait que plusieurs milliers d'américains meurent chaque année par manque de traitement médical. Ici, le but majeur est d'affaiblir l'Iran, le problème géopolitique majeur des États-Unis au Moyen-Orient.

Ou pourrait mener une mésalliance si étrange ? Les analystes de Washington pensent qu'ils peuvent rouler leurs adversaires avec un genre de jeu byzantin. Quoi qu'il en soit, pour comprendre le résultat assez probable d'une telle stratégie, ils devraient se tourner vers le lieu de naissance du byzantinisme moderne, la Russie, et étudier le déroulement d'événements similaires, il y a presque un siècle.

Lénine, marxiste radical qui trouva sa maturation politique au début du siècle dernier, était convaincu que les masses satisfaites ne se lèveraient pas pour rejeter l'ordre capitaliste global, et que les Bolcheviques, son parti, étaient trop faibles pour s'engager contre le régime tsariste dont la chute aurait mené à une révolution mondiale et ou les masses établiraient un socialisme idéal global et plus tard une société communisme. Société qui rappelle un peu le califat général, but des djihadistes. Les Bolcheviques, groupe minuscule au début du vingtième siècle ne pouvait réussir que si les impérialistes s'autodétruisaient. Peu ami du Kaiser, il rêvait d'une confrontation générale entre Moscou et Berlin, en fait d'une guerre globale.

Aucune guerre générale européenne ne se montrait à l'horizon ; les dernières guerres, celles de Napoléon, vieilles de presque cent ans. Tout suggérait si on présumait de la santé mentale des plus grands chefs européens, qu'une telle guerre serait improbable. Les armes étaient devenues si destructives, les forces s'équilibraient et l'intégration européenne si avancée économiquement et politiquement, seul un fou comme Friedrich Nietzsche prédisait un énorme bain de sang dans le futur, que les Européens s'engageraient dans un conflit continental majeur.

Lénine le comprit et fit part de sa frustration à Maxime Gorky, le fameux écrivain radical russe. "Cher Alexis Maximovich," écrivait-il en 1912," la grande guerre européenne serait un bénéfice pour la révolution, hélas, ni le Tsar ou le Kaiser, ne nous procureront un tel plaisir". Lénine, et il n'était pas le seul, surestimait l'Empereur d'Allemagne et ses conseillers. Ils croyaient, comme les conservateurs américains, que ce serait une guerre éclair, il profitèrent de leur "11 septembre" le meurtre de l'Archiduc François-Joseph, comme un prétexte pour lancer la première guerre mondiale. La guerre n'obéit point au scénario allemand, et les évènements furent un peu similaire à ceux du Moyen-orient un siècle plus tard. La guerre éclair se tourna en guerre d'usure bien sale, les ressources allemandes commencèrent à s'épuiser dans sa propre version de la "séquestration" du budget militaire américain aujourd'hui attendue.

Tandis que les Européens mourraient par millions, Lénine se trouvait en extase, pour les grandes souffrances des masses renforcées des frustrations séculaires, qui rendaient la révolution russe possible. L'Empire Allemand en notant Lénine et ses suivants, comme Washington aujourd'hui au Moyen-Orient, qu'il pourrait utiliser les radicaux russes pour déstabiliser la situation en Russie et mener l'Allemagne à la victoire. Raison pour laquelle Berlin fournit des fonds à Lénine afin de lui permettre de voyager en Russie dans des "trains scellés" quand le Gouvernement Provisoire libéral qui émergea après février/mars 1917 l'autorisa à rentrer. Les Bolcheviques, menèrent la Russie à une seconde révolution, signèrent l'armistice avec l'Allemagne par comme disait Lénine "l'obscène traité" de Brest-Litovsk.

Berlin ne profita pas très longtemps des fruits de son stratagème. Les germes de la révolution se répandirent en Allemagne et menèrent à la chute de la monarchie allemande. Une génération plus tard, les fils spirituels et politiques de Lénine entrèrent avec leurs chars à Berlin.

Naturellement, l'histoire ne se répéta pas mot à mot, mais dessina quand même un nombre de ressemblances significatives. Les djihadistes du Nord Caucase au Moyen-Orient, croient que la chute d'Assad, mieux, une guerre avec l'Iran accomplira ce que la guerre des Américains avec l'Irak n'a pas su faire c'est à dire initier le chaos, non seulement au Moyen-Orient, mais avec un peu de chance globalement, ce qui permettrait aux djihadistes d'émerger.

Si cela arrive, le courant de marée du terrorisme ne touchera pas seulement Moscou et Beijing, les ennemis de Washington mais aussi Jérusalem. C'est la raison pour laquelle on entend à peine la voix du Premier Ministre Benjamin Netanyahu qui n'est guère excité par une chute brutale du régime d'Assad. Néanmoins, les Américains entendent avec difficulté les voix sobres de Jérusalem, non seulement parce qu'ils pourraient les jeter facilement comme ils l'ont fait, malgré toutes les assurances, avec Moubarak en Egypte, pas seulement pas qu'ils pensent que les Israéliens seraient peu affectés par le chaos et les vagues de terreur, mais aussi à cause des changements fondamentaux de leur politique.

Comme les problèmes économiques sont devenus trop évidents pour rester ignorés, les élites américaines ressentent que ce n'est pas seulement leur prédominance économique qui commence à faiblir mais aussi leur influence géopolitique qui commence à leur échapper des mains à grande vitesse. L'Amérique est une femme qui ne vieillit pas très bien sans se préparer à l'avenir. Dans ce cas, le nouvel ordre mondial et son privilège économique, son niveau de vie et son influence seront beaucoup plus modestes.

Obama et ses thuriféraires continuent à proclamer qu'ils ne font que rebondir pour mieux sauter. Et que, pour cette raison "elle" peut s'engager dans des actions stupides dont ne profitera que son amant djihadiste vigoureux et charismatique, préparé, par la persévérance, la planification à long terme et le sens du sacrifice, qualités aujourd'hui bien peu américaines

Alors, l'histoire pourrait bien se diriger vers une direction entièrement nouvelle, comme elle l'a fait en 1914, quand bien peu de gens connaissaient Lénine et bien moins encore Staline, Adolphe Hitler et Benito Mussolini, et que pratiquement personne pouvait prévoir ce qu'ils feraient dans le futur.

Comme Hegel le signalait avec raison, " La chouette de Minerve n'étend ses ailes qu'au crépuscule " ce qui veut dire que le sens des évènements ne peut être compris que rétrospectivement.

 

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